Fiscalité Italie–Algérie : revenus, biens et double imposition
- Dzaïr Zoom / 10 heures
- 23 août 2026

Un résident fiscal italien doit raisonner sur ses revenus mondiaux, pas seulement sur ce qu’il gagne en Italie. Un salaire, un appartement, un compte bancaire ou des revenus locatifs conservés en Algérie peuvent donc créer des obligations italiennes de déclaration, tandis que la convention Italie–Algérie détermine quel État peut imposer certains revenus et comment la double imposition est neutralisée.
La première étape n’est pas de chercher un taux : c’est d’établir votre résidence fiscale. Depuis la réforme italienne applicable aux personnes physiques, la présence physique en Italie pendant la majorité de la période d’imposition constitue à elle seule l’un des critères possibles, aux côtés de la résidence et du domicile au sens fiscal. La nationalité algérienne ou italienne ne décide donc pas, à elle seule, où vous êtes résident fiscal.
Ce guide est le pilier de la fiscalité Italie–Algérie. Il explique résidence, revenus mondiaux, convention, avoirs étrangers et crédit d’impôt. Il ne remplace pas les futurs dossiers spécialisés qui pourront détailler séparément un bien immobilier, des loyers, une succession ou un transfert.
Sommaire
- Quand devient-on résident fiscal en Italie ?
- Italie et Algérie vous considèrent résidents : que fait la convention ?
- Résident italien : quels revenus algériens doivent entrer dans la déclaration ?
- Bien immobilier en Algérie : qui peut imposer ?
- Revenus locatifs algériens : le principe à comprendre
- Comptes, placements et avoirs en Algérie : le monitoraggio fiscale
- Quadro RW ou quadro W : pourquoi ces cadres comptent
- Impôt payé en Algérie : comment éviter de payer deux fois ?
- Salaire, activité indépendante et télétravail
- Pensions et retraite : ne pas appliquer la règle de l’immobilier
- Année d’arrivée ou de départ : documenter les dates
- Le dossier de preuves à conserver
- Sept erreurs fréquentes
- Questions fréquentes
- Lire aussi
- Sources officielles consultées
Résidence fiscale italienne : les 183 jours ne sont pas la seule porte d’entrée
L’administration fiscale italienne a précisé les règles issues du décret législatif n° 209/2023. Une personne physique peut être considérée résidente fiscale en Italie lorsqu’elle remplit, pendant la majeure partie de la période d’imposition, l’un des critères prévus : résidence au sens civil, domicile, présence physique sur le territoire ou inscription au registre de la population résidente, cette dernière constituant une présomption pouvant être renversée.
La présence physique suffit lorsqu’elle couvre la majorité de l’année : l’Agenzia delle Entrate a explicitement illustré le calcul de 183 jours, ou 184 pendant une année bissextile, fractions de journée comprises. Mais il serait faux de transformer ce repère en règle unique : le domicile ou la résidence peuvent conduire au même résultat sans attendre mécaniquement le 184e jour.
Le domicile fiscal italien a été recentré sur le lieu où se développent principalement les relations personnelles et familiales. Pour une personne qui travaille en Italie mais conserve conjoint et logement principal en Algérie, l’analyse doit donc porter sur les faits concrets.
À retenir
« Moins de 183 jours en Italie = non-résident » est un raccourci dangereux. La présence est un critère autonome, mais les autres critères continuent d’exister.
Si l’Italie et l’Algérie revendiquent toutes les deux votre résidence
Les règles internes peuvent parfois conduire les deux pays à vous traiter comme résident. La convention fiscale Italie–Algérie prévoit alors une méthode de départage pour les personnes physiques.
Son article 4 examine successivement la disponibilité d’un foyer permanent, le centre des intérêts vitaux — c’est-à-dire les relations personnelles et économiques les plus étroites — puis le séjour habituel et la nationalité. Si ces critères ne suffisent toujours pas, les autorités compétentes doivent résoudre le cas d’un commun accord.
Ce mécanisme montre pourquoi un simple certificat de résidence ou une adresse postale ne suffit pas toujours. Il faut être capable de documenter où se trouvent réellement votre foyer, votre activité, votre famille et vos intérêts économiques.
Résident fiscal italien : l’Italie regarde vos revenus où qu’ils soient produits
Les instructions officielles de la déclaration Redditi PF 2026 rappellent que, pour les contribuables résidents en Italie, l’IRPEF porte sur le revenu global formé par tous les revenus possédés, où qu’ils soient produits, sous réserve des règles particulières et des conventions internationales.
Pour une personne liée à l’Algérie, cela peut notamment concerner :
- revenus d’un bien loué en Algérie ;
- salaires ou honoraires d’origine algérienne ;
- dividendes ou intérêts ;
- pensions ;
- plus-values ;
- autres revenus ou actifs dont la déclaration est requise.
Le fait que l’argent reste sur un compte en Algérie n’efface pas le revenu du point de vue italien. De même, le fait d’avoir déjà payé un impôt algérien ne dispense pas automatiquement de déclarer : la convention et le mécanisme de crédit d’impôt interviennent ensuite pour éviter une double charge contraire aux règles applicables.
Si vous changez de pays tout en conservant plusieurs attaches en Algérie, le dossier sur les comptes, biens et obligations algériennes après une seconde expatriation aide à inventorier les actifs avant de traiter la fiscalité italienne.
Un bien immobilier en Algérie peut être imposable en Algérie sans disparaître de la déclaration italienne
L’article 6 de la convention Italie–Algérie prévoit que les revenus qu’un résident d’un État tire de biens immobiliers situés dans l’autre État peuvent être imposés dans l’État où se situe l’immeuble. Ainsi, pour un résident italien propriétaire d’un appartement en Algérie, l’Algérie conserve un droit d’imposition sur les revenus immobiliers visés par la convention.
Cela ne signifie pas que l’Italie ignore le bien. Si vous êtes résident fiscal italien, les obligations italiennes de déclaration et de monitoraggio des actifs étrangers peuvent continuer à s’appliquer, avec les mécanismes prévus pour tenir compte de l’impôt payé à l’étranger lorsque les conditions sont réunies.
Le traitement exact de la valeur du bien, de l’IVIE, des droits réels, de l’acquisition ou d’une éventuelle vente mérite un calcul séparé. Ce pilier se limite volontairement au principe afin de ne pas mélanger toutes les opérations immobilières.
Loyers algériens : trois couches à distinguer
Un loyer encaissé en Algérie par un résident italien doit être lu en trois étapes :
- Algérie : identifier l’impôt dû dans l’État où se trouve le bien ;
- Italie : déterminer comment ce revenu entre dans la déclaration du résident italien ;
- Convention : appliquer le mécanisme destiné à éviter la double imposition dans les limites prévues.
Ne comparez donc pas simplement « taux algérien » et « taux italien ». Le calcul final dépend de la qualification du revenu, de l’impôt définitivement payé en Algérie et du plafond du crédit admis en Italie.
Compte bancaire algérien : le solde n’est pas forcément un revenu, mais il peut être déclarable
Un compte bancaire et le revenu qu’il reçoit sont deux sujets distincts. Le capital placé sur un compte n’est pas, par sa seule existence, un revenu annuel. En revanche, les intérêts éventuels, les mouvements liés à des revenus et les obligations de monitoraggio des activités financières étrangères doivent être examinés.
L’Agenzia delle Entrate indique que le quadro RW du modèle Redditi PF concerne les personnes physiques résidentes qui détiennent des investissements et activités financières à l’étranger. Pour les comptes et dépôts bancaires étrangers, l’exemption de monitoraggio mentionnée par les instructions concerne le cas où la valeur maximale globale atteinte pendant l’année ne dépasse pas 15 000 €, sans supprimer pour autant l’obligation de remplir le cadre si l’IVAFE est due.
Cette règle doit être appliquée au dossier réel : nombre de comptes, soldes, périodes de détention et nature des avoirs. Si vous envisagez d’organiser vos comptes algériens avant le départ, consultez le guide sur le compte bancaire en Algérie pour un non-résident.
Quadro RW et quadro W : le patrimoine étranger est devenu un vrai volet de la déclaration
Pour la déclaration 2026, l’Agenzia delle Entrate maintient le quadro RW dans le modèle Redditi PF pour le monitoraggio des investissements et activités financières étrangères et pour les impôts liés notamment aux biens immobiliers et produits financiers étrangers.
Le modèle 730/2026 comporte aussi un quadro W permettant de communiquer les investissements ou activités étrangères et de déterminer, selon les cas, l’IVIE, l’IVAFE et l’impôt sur les crypto-actifs.
| Élément en Algérie | Question italienne à poser | Ne pas confondre |
|---|---|---|
| Appartement | Monitoraggio et éventuelle IVIE, plus traitement des revenus | Valeur du bien et loyers |
| Compte bancaire | Monitoraggio, seuils et éventuelle IVAFE | Solde du compte et revenus crédités |
| Placement financier | Déclaration de l’actif et revenus associés | Détention et rendement |
| Participation dans une société | Valeur, revenus, éventuelles obligations spécifiques | Dividende et valeur de la participation |
Le formulaire n’est pas un substitut à la qualification fiscale. Il faut d’abord savoir ce que vous détenez juridiquement, puis utiliser la rubrique qui correspond.
Impôt algérien déjà payé : la convention prévoit un mécanisme de crédit côté italien
L’article 24 de la convention organise l’élimination de la double imposition. Lorsqu’un résident d’Italie possède des éléments de revenu imposables en Algérie conformément à la convention, l’Italie peut les intégrer dans la base imposable mais doit déduire de l’impôt italien l’impôt sur le revenu payé en Algérie, dans la limite de la part de l’impôt italien attribuable à ces revenus.
Les instructions Redditi PF 2026 prévoient le quadro CE pour le crédit d’impôt sur des revenus produits à l’étranger lorsque l’impôt étranger est devenu définitif. Les acomptes ou impôts encore remboursables ne sont pas traités de la même manière.
Conséquence pratique
Gardez les avis d’imposition, quittances et preuves de paiement algériens. Sans preuve claire de l’impôt définitivement acquitté, le calcul du crédit italien devient beaucoup plus difficile.
Salaire, activité indépendante et télétravail : le lieu du client n’est pas le seul critère
Pour un salaire ou des honoraires, il faut déterminer où l’activité est réellement exercée, quel État dispose du droit d’imposer selon la convention et où la personne est résidente. Un contrat signé avec une société algérienne ne signifie pas automatiquement que tout le revenu reste fiscalement « algérien » si le travail est exercé depuis l’Italie.
À l’inverse, une mission temporaire ou une activité transfrontalière peut répondre à des règles particulières. Les seuils de jours, la présence d’un employeur local, l’existence d’un établissement stable pour une activité professionnelle ou d’autres conditions conventionnelles peuvent modifier le résultat.
Pour un indépendant, ne copiez pas les règles du salarié. Avant de facturer régulièrement depuis l’Italie, faites vérifier le statut d’activité, les cotisations et la TVA éventuelle en plus de l’impôt sur le revenu.
Pensions : ne transposez pas la règle des loyers à la retraite
La convention contient des articles distincts selon la catégorie de revenu. Une pension n’est donc pas traitée comme un loyer, un dividende ou un salaire. Il faut identifier la nature de la pension — notamment privée ou liée à certaines fonctions publiques — avant de décider quel pays peut l’imposer.
Cette distinction est particulièrement importante pour une personne qui a travaillé dans plusieurs pays. La fiscalité de la pension et la coordination des droits sociaux sont deux questions différentes : la convention fiscale traite l’impôt, tandis que les accords de sécurité sociale déterminent les droits et périodes de cotisation lorsqu’ils existent.
Année d’installation : la date doit être prouvée, pas choisie a posteriori
La réforme italienne donne un poids explicite à la présence physique et aux relations personnelles. Pendant l’année de bascule, conservez donc les éléments qui permettent de reconstituer les faits :
- date d’entrée et calendrier de présence ;
- contrat de travail ou début d’activité ;
- bail ou acte de logement ;
- inscription administrative ;
- lieu de résidence du conjoint et des enfants ;
- factures, abonnements et couverture sociale ;
- date de cessation ou de transfert d’activités dans l’autre pays.
Si l’Algérie et l’Italie vous considèrent toutes deux résident sur la même période, ces preuves permettront d’appliquer sérieusement les critères de l’article 4 de la convention.
Le dossier annuel à conserver lorsque vous avez des revenus ou biens algériens
| Document | Pourquoi le garder |
|---|---|
| Avis et quittances fiscales algériennes | Prouver l’impôt définitivement payé pour le crédit |
| Relevés bancaires | Documenter soldes, intérêts et flux |
| Acte de propriété / contrat de location | Qualifier le bien et les revenus immobiliers |
| Justificatifs de résidence en Italie | Établir dates, présence et domicile |
| Contrats de travail ou prestations | Identifier lieu et nature de l’activité |
| Déclarations italiennes antérieures | Assurer la continuité du monitoraggio et des crédits |
Pour une succession ou un bien indivis en Algérie, ajoutez les actes qui établissent votre quote-part. La valeur et la nature du droit détenu peuvent compter davantage que le fait d’avoir ou non encaissé un revenu.
Sept erreurs qui rendent la fiscalité Italie–Algérie inutilement risquée
- Réduire la résidence à 183 jours et ignorer domicile, résidence ou présence réelle.
- Ne pas déclarer un revenu parce qu’il reste en Algérie.
- Confondre impôt payé en Algérie et exemption automatique en Italie.
- Oublier le monitoraggio des actifs étrangers parce qu’ils existaient avant l’installation en Italie.
- Appliquer le même article de convention à tous les revenus.
- Ne pas conserver la preuve de l’impôt algérien définitif.
- Attendre une demande du fisc italien pour reconstruire plusieurs années de relevés et justificatifs.
Si vous détenez un bien hérité ou une situation patrimoniale complexe, séparez le dossier fiscal du dossier de propriété. Zoom Algérie traite par exemple les documents de la fredha et les démarches successorales en Algérie, qui peuvent servir à établir les droits détenus sans répondre à la fiscalité italienne elle-même.
Questions fréquentes
Un Algérien qui vit en Italie doit-il déclarer ses revenus d’Algérie ?
S’il est résident fiscal italien, le principe italien porte sur les revenus mondiaux. Il faut ensuite appliquer les règles de la convention Italie–Algérie et les mécanismes de crédit ou autres traitements correspondant à chaque revenu.
Moins de 183 jours en Italie signifie-t-il automatiquement non-résident ?
Non. La présence physique pendant la majorité de l’année est un critère autonome, mais la résidence et le domicile fiscal restent également pertinents. Il faut examiner tous les critères.
Un appartement en Algérie doit-il apparaître dans la déclaration italienne ?
Un résident italien peut avoir des obligations de monitoraggio et d’imposition liées aux biens étrangers. Le traitement précis dépend du droit détenu, de la valeur, des revenus et des règles IVIE applicables.
Payer l’impôt locatif en Algérie suffit-il ?
Pas nécessairement. La convention permet à l’Algérie d’imposer certains revenus immobiliers, mais un résident italien doit aussi examiner sa déclaration en Italie et le crédit d’impôt correspondant.
À quoi sert le quadro RW ?
Il sert notamment au monitoraggio fiscal des investissements et activités financières détenus à l’étranger par les personnes physiques résidentes, ainsi qu’aux impôts associés comme l’IVIE ou l’IVAFE selon les situations.
Lire aussi
- Fiscalité Espagne–Algérie : résidence, revenus et double imposition
- Fiscalité Allemagne–Algérie : revenus et obligations transfrontalières
- Fiscalité Pays-Bas–Algérie : revenus, biens et résidence
- Fiscalité Suisse–Algérie : double imposition et revenus étrangers
- Fiscalité Canada–Algérie : résidence, revenus et déclaration des actifs
Sources officielles consultées
- Agenzia delle Entrate / FiscoOggi — nouvelles règles de résidence fiscale des personnes physiques
- Agenzia delle Entrate — Redditi PF 2026, revenus mondiaux des résidents
- Agenzia delle Entrate — quadro RW, monitoraggio, IVIE et IVAFE
- Agenzia delle Entrate — quadro W du 730/2026
- Agenzia delle Entrate — quadro CE et crédit pour impôts payés à l’étranger
- Ambassade d’Italie à Alger — Convention Italie–Algérie contre les doubles impositions
Informations vérifiées le 23 août 2026. La fiscalité transfrontalière dépend de la résidence, de la catégorie de revenu, de la convention et des justificatifs disponibles ; faites valider les situations importantes ou atypiques par l’administration ou un professionnel qualifié.









































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































