Ali Ideflawen (1957-2026) : biographie de la Voix des Neiges de la chanson kabyle
- Dzaïr Zoom / 2 heures
- 1 juillet 2026

ⵣ La Voix des Neiges
Ali Ideflawen
1957 – 2026 • La Voix des Neiges • Timizart
Cofondateur du groupe emblématique Ideflawen, Ali Aït Ferhat a porté pendant près d’un demi-siècle les aspirations d’un peuple à travers une chanson engagée, poétique et indomptable. Fils de maquisard, porte-voix du Printemps berbère, censuré mais jamais réduit au silence.
📍 Timizart • Tizi Ouzou
❄️ Groupe Ideflawen
Ali Ideflawen, de son vrai nom Ali Aït Ferhat, s’est éteint le 28 juin 2026 à Tizi Ouzou, à l’âge de 69 ans, après une longue maladie. Cofondateur du groupe Ideflawen en 1977, il était l’une des figures les plus respectées de la chanson kabyle engagée. Ses titres — Gget-iyi abrid, Berwagiya, Tamurt inu — sont devenus des hymnes de résistance, repris par des générations de militants, d’étudiants et de supporters. Artiste censuré, interdit de sortie du territoire en 2022, il n’a jamais cessé de chanter la liberté, l’identité amazighe et la dignité humaine.
- 1. Timizart : l’enfance d’un fils de maquisard (1957)
- 2. La naissance du groupe Ideflawen (1977)
- 3. Le Printemps berbère et les hymnes de la résistance
- 4. La collaboration avec Mohia : le verbe au sommet
- 5. Les années solo : gardien de la flamme
- 6. L’héritage : une voix que rien n’a pu éteindre
- 7. Questions fréquentes
«Laissez-moi passer ! Je n’ai rien chanté d’autre que la force de mes bras… Tout ce que j’ai de coupant se trouve sur le bout de ma langue. Vous ne pourrez jamais m’arrêter. Allez donc attraper mes paroles !
— Ali Ideflawen, Gget-iyi abrid
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Timizart : l’enfance d’un fils de maquisard (1957)
Ali Aït Ferhat naît le 16 janvier 1957 dans le village d’Aït Gouaret, commune de Timizart, dans la région des Aït Djennad, au cœur de la wilaya de Tizi Ouzou. Son père est un maquisard de l’ALN (Armée de Libération Nationale) — un moudjahid tombé trop tôt, laissant derrière lui un fils qui portera toute sa vie le poids de cette absence et la fierté de cet héritage.
Après la disparition de son père, sa mère retourne dans son village natal d’Ighil-Mahni, où elle élève seule son fils dans la rudesse et la dignité de la montagne. Cette enfance difficile — orphelin, modeste, mais bercé par la poésie orale et la mémoire de la résistance — forge sa sensibilité artistique et son attachement viscéral aux valeurs de justice, de liberté et de mémoire.
Le jeune Ali poursuit sa scolarité au lycée Abane Ramdane de Rouiba, où il croise le journaliste Allaoua Aït Mebarek, futur directeur de la rédaction du Soir d’Algérie, qui mourra dans l’attentat terroriste contre la Maison de la Presse d’Alger le 11 février 1996. Il intègre ensuite l’Institut des Travaux Publics de Kouba à la fin des années 1970. Mais c’est la musique, et non le béton, qui dictera le cours de sa vie.
Ideflawen signifie « Les Neiges » en kabyle (tamazight). Le nom évoque les sommets enneigés du Djurdjura, cette montagne sacrée qui domine la Kabylie — un symbole de pureté, de résistance et d’enracinement. Ali Aït Ferhat prend ce nom comme nom de scène, et il devient indissociable de l’homme et du groupe.
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La naissance du groupe Ideflawen (1977)
En 1977, dans un climat de répression féroce où le simple mot « Amazigh » peut mener en prison, trois amis décident de fonder le groupe Ideflawen : Ali Aït Ferhat (vocaliste et musicien), Lhacène Ziani (parolier) et Zahir Adjou (musicien). Ils sont rapidement rejoints par Lounis Hocine et Ali Termoul.
Leur musique est une rupture. Elle mêle tradition kabyle, folk et sonorités du monde pour forger un style nouveau — résolument moderne dans ses arrangements, profondément ancré dans l’identité amazighe. Leur parole dérange d’emblée : elle dénonce l’injustice sociale, la marginalisation de la culture berbère et le silence imposé par le pouvoir. Le premier album, Igujilen n Yiles (« Les orphelins de la langue »), paraît en 1983 et frappe comme un coup de tonnerre.
La collaboration entre Ali (la voix) et Lhacène Ziani (la plume) est l’une des plus fécondes de la chanson kabyle. « Il fut le porte-voix du groupe Ideflawen qui n’a jamais hésité à chanter mes textes dans les moments où la censure était monnaie courante et les menaces multiformes », écrira Ziani dans son hommage depuis le Canada.
Un trio fondateur
Ali la voix, Lhacène la plume, Zahir le rythme — trois piliers qui ont inventé un son nouveau. Un son qui portait les aspirations non seulement de la Kabylie, mais de toutes les régions amazighophones d’Algérie.
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Le Printemps berbère et les hymnes de la résistance
Le Printemps berbère de 1980 est le tournant. Quand les étudiants de Tizi Ouzou descendent dans la rue pour exiger la reconnaissance de la langue et de la culture amazighes, Ideflawen est là. Ali Ideflawen ne chante pas pour divertir — il chante pour éveiller les consciences, et il devient rapidement l’un des porte-voix du mouvement.
Deux titres deviennent des hymnes qui traverseront les décennies :
Gget-iyi abrid (« Laissez-moi passer ») : un cri de liberté devenu intemporel, repris en chœur lors des manifestations, dans les stades et pendant le Hirak de 2019. Les vers sont devenus un mantra : « Laissez-moi passer ! Tout ce que j’ai de coupant se trouve sur le bout de ma langue. Vous ne pourrez jamais m’arrêter. »
Berwagiya : un titre dédié aux détenus du Printemps berbère incarcérés à la sinistre prison de Berrouaguia. Une chanson qui nomme la répression, qui identifie les murs, qui refuse l’oubli.
« Ideflawen faisait partie de ces formations pour lesquelles chanter était aussi témoigner. Son répertoire ne relevait pas du simple divertissement. Il abordait des sujets brûlants : les droits des femmes, la montée de l’islamisme, la démocratie naissante. »
— Kabyle.com, hommage du 28 juin 2026
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La collaboration avec Mohia : le verbe au sommet
L’une des caractéristiques les plus remarquables du travail d’Ali Ideflawen est sa collaboration avec le dramaturge et poète Mohia (Muhend U Yahia), considéré comme l’un des plus grands auteurs kabyles contemporains. Ali prête sa voix à des textes d’une puissance inouïe, contribuant à faire connaître l’œuvre de Mohia à un public plus large.
Cette démarche illustre la philosophie artistique d’Ideflawen : la chanson n’est pas qu’un plaisir esthétique, c’est un véhicule de transmission culturelle, un moyen de sauver une langue menacée et de préserver une mémoire que le pouvoir veut effacer. Chaque album est un acte de résistance, chaque chanson un morceau d’archives vivantes.
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Les années solo : gardien de la flamme
Dans les années 1990, Ali reprend seul les rênes du groupe et poursuit sous le nom d’Ali Ideflawen, tout en restant fidèle à l’identité musicale originelle. Les tournées se multiplient — en Algérie et en France, dans les concerts de la diaspora kabyle — et de nouveaux albums continuent de sortir avec la même constance et le même fil conducteur : raconter la Kabylie, ses douleurs, ses combats et sa dignité.
Sa musique ne vieillit pas — elle grandit avec les luttes. Des titres comme Tilemzit, qui dénonce le mariage sans consentement et le code de la famille, montrent qu’Ideflawen ne se limite pas à l’identité amazighe : il chante aussi les droits des femmes, la laïcité et la démocratie.
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L’héritage : une voix que rien n’a pu éteindre
Les dernières années d’Ali Ideflawen sont marquées par une nouvelle forme de répression. En février 2022, il est frappé d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN), officiellement sans motif clair, dans le cadre de la vague de répression qui touche la Kabylie. Cette restriction administrative le touche profondément, s’ajoutant aux difficultés d’une santé déjà fragilisée.
Tombé malade, hospitalisé durant plusieurs mois à Tizi Ouzou, il reçoit le soutien d’artistes et de personnalités qui organisent des concerts de solidarité en France pour financer ses soins — un geste qui souligne, en creux, l’incapacité de son propre pays à protéger l’un de ses artistes les plus emblématiques.
Le 28 juin 2026, Ali Ideflawen s’éteint à l’hôpital de Tizi Ouzou. Il avait 69 ans. Son parolier historique, Lhacène Ziani, installé au Canada, lui rend hommage : « Une des plus grandes voix de la chanson kabyle vient de s’éteindre. Il rejoint, au paradis, les éléments du groupe partis avant lui : Lounis Hocine, Zaher Adjou et Ali Termoul. »
De nombreux artistes expriment leur tristesse : Lounis Aït Menguellet, Takfarinas, Mohamed Allaoua et Medjahed Hamid saluent un homme de conviction et un artiste qui a profondément marqué la chanson kabyle. Berbère Télévision le salue comme « une figure de la musique kabyle dont l’héritage continuera de vivre ».
Un homme d’humilité
Malgré le statut d’icône que lui conféraient les mélomanes, Ali Ideflawen est toujours resté d’une profonde humilité. Discret de nature, il a traversé les décennies avec la même droiture morale, restant fidèle aux idéaux de sa jeunesse et de sa terre natale, refusant les compromis et les mondanités.
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Questions fréquentes
Qui était Ali Ideflawen ?
Ali Ideflawen, de son vrai nom Ali Aït Ferhat, était un chanteur kabyle engagé né le 16 janvier 1957 à Timizart (Tizi Ouzou). Cofondateur du groupe Ideflawen en 1977, il était l’une des figures les plus importantes de la chanson kabyle moderne, avec des titres devenus des hymnes comme Gget-iyi abrid et Berwagiya. Il est décédé le 28 juin 2026 à Tizi Ouzou.
Que signifie « Ideflawen » ?
Ideflawen signifie « Les Neiges » en kabyle (tamazight). Le nom fait référence aux sommets enneigés du Djurdjura, la montagne qui domine la Kabylie. C’est un symbole de pureté, de résistance et d’enracinement territorial.
Quels sont les membres du groupe Ideflawen ?
Le groupe a été fondé en 1977 par Ali Aït Ferhat (voix et musique), Lhacène Ziani (parolier, aujourd’hui au Canada) et Zahir Adjou (musicien). Lounis Hocine et Ali Termoul ont également fait partie du groupe. Zahir Adjou, Lounis Hocine et Ali Termoul sont décédés avant Ali.
Pourquoi Ali Ideflawen a-t-il été interdit de quitter l’Algérie ?
En février 2022, Ali Ideflawen a été frappé d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN) sans motif officiel clarifié. Cette mesure s’inscrivait dans un contexte de répression plus large touchant la Kabylie et de nombreux militants et artistes. L’épisode a suscité une vague d’indignation et de solidarité.
Quelles sont les chansons les plus connues d’Ali Ideflawen ?
Ses titres les plus emblématiques sont Gget-iyi abrid (« Laissez-moi passer »), Berwagiya (sur la prison de Berrouaguia et les détenus du Printemps berbère), Tamurt inu (« Ma terre »), Acimi et Tilemzit (sur les droits des femmes). Ses chansons ont accompagné des militants, des étudiants, des familles et des exilés pendant près de 50 ans.
« Sa disparition n’est pas seulement celle d’un chanteur. Elle marque la fin d’une époque où la chanson kabyle, portée par des voix comme la sienne, était un espace de lutte, de mémoire et de liberté. »
— Hommage à Ali Ideflawen (1957 – 2026)
ⴰⵍⵉ ⵉⴷⴻⴼⵍⴰⵡⴻⵏ — La Voix des Neiges éternelles







































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































