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Visite de Pedro Sánchez en Algérie : ce qu’il faut retenir du réchauffement Alger-Madrid (juillet 2026)

Résumé — visite de Pedro Sánchez en Algérie

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, s’est rendu à Alger le lundi 20 juillet 2026 pour une visite officielle de travail et d’amitié, sa première dans la capitale algérienne depuis octobre 2020. Reçu par le président Abdelmadjid Tebboune, cet échange scelle le réchauffement complet des relations bilatérales, quatre ans après la crise diplomatique de mars 2022 déclenchée par le revirement de Madrid en faveur du plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Les discussions ont porté sur l’énergie (l’Algérie couvrant 33,9 % des importations gazières espagnoles au premier semestre 2026, via le gazoduc Medgaz), les investissements (plus de 100 entreprises espagnoles déjà présentes en Algérie), la lutte contre la migration irrégulière, la coopération judiciaire sur les avoirs détournés, ainsi que plusieurs dossiers internationaux (Palestine, Sahel, Libye). Sur le Sahara occidental, l’Espagne n’a pas modifié sa position de soutien au plan d’autonomie marocain, mais ce désaccord de fond n’a pas empêché la reprise complète des relations. Une 8e réunion de haut niveau algéro-espagnole est prévue en octobre 2026 pour approfondir cette dynamique. Ce guide revient sur l’ensemble du contexte, des enjeux et des chiffres de cette visite.

Introduction : la première visite depuis 2020

Après six ans d’absence à ce niveau de responsabilité, le chef du gouvernement espagnol a foulé le sol algérien le 20 juillet 2026, dans un contexte particulièrement chargé en symboles : au lendemain même du sacre de l’équipe nationale espagnole de football en finale de la Coupe du monde 2026 face à l’Argentine, dont Pedro Sánchez et Abdelmadjid Tebboune ont célébré ensemble la victoire lors de leur rencontre. Au-delà de l’anecdote sportive, cette visite marque la conclusion d’un processus de réconciliation entamé progressivement depuis 2023, après l’une des crises diplomatiques les plus profondes qu’aient connues l’Algérie et l’Espagne depuis leur indépendance respective.

Ce guide revient en détail sur l’origine de la crise, les étapes du dégel, le contenu précis des discussions du 20 juillet 2026, et les enjeux économiques et géopolitiques qui structurent désormais cette relation bilatérale.

Retour sur la crise de mars 2022 : le revirement espagnol sur le Sahara occidental

Le point de départ de la crise remonte au 18 mars 2022, lorsque le palais royal marocain annonce que l’Espagne aligne officiellement sa position sur le plan d’autonomie marocain concernant le Sahara occidental — un vaste territoire désertique riche en phosphates et en eaux poissonneuses, ancienne colonie espagnole jusqu’en 1975, dont le statut oppose depuis des décennies le Maroc, qui le contrôle largement, et le Front Polisario indépendantiste, soutenu par l’Algérie. Pedro Sánchez qualifie alors ce plan d’autonomie de piste « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le conflit — un changement de ton net par rapport à la position historiquement plus neutre de Madrid, alignée jusque-là sur le processus de référendum d’autodétermination porté par l’ONU.

Ce revirement est perçu à Alger comme une trahison historique. Un diplomate algérien évoque à l’époque un « coup de poignard » de la part des autorités espagnoles, dans un pays qui a toujours revendiqué un soutien de principe à l’autodétermination du peuple sahraoui.

Les représailles algériennes : rappel d’ambassadeur et gel commercial

La réaction algérienne est immédiate et graduée. Dès le 19 mars 2022, au lendemain de l’annonce marocaine, l’Algérie rappelle son ambassadeur à Madrid, Saïd Moussi. En juin 2022, Alger durcit encore sa position en suspendant le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé avec l’Espagne en 2002, et en gelant l’ensemble des transactions commerciales bilatérales — seules les exportations de gaz algérien, jugées stratégiques pour les deux parties, échappant à ce gel. Les conséquences économiques sont lourdes pour les entreprises espagnoles : leurs exportations vers l’Algérie chutent de 1,9 milliard d’euros en 2021 à seulement 332 millions d’euros en 2023, un effondrement de plus de 80 % en deux ans.

Le dégel progressif entre 2023 et 2026

La normalisation s’est construite par étapes successives, sur plus de trois ans :

DateÉtape
Septembre 2023Après plus de 19 mois de brouille, l’Algérie nomme un nouvel ambassadeur à Madrid, Abdelfettah Daghmoum, mettant fin à la vacance du poste.
2024Reprise partielle et progressive des échanges commerciaux entre les deux pays.
1er juillet 2025Rencontre entre le Premier ministre algérien Nadir Larbaoui et Pedro Sánchez en marge de la Conférence des Nations unies sur le financement du développement, à Séville.
Mars 2026Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, se rend à Alger — première visite de ce niveau depuis la crise. La présidence algérienne annonce dans la foulée la réactivation du traité d’amitié de 2002.
20 juillet 2026Pedro Sánchez se rend à Alger pour une visite officielle de travail et d’amitié, scellant le retour complet des relations au plus haut niveau.

Le déroulé de la visite du 20 juillet 2026

Arrivé à l’aéroport international d’Alger, Pedro Sánchez est accueilli par le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, le ministre des Hydrocarbures Mohamed Arkab, ainsi que l’ambassadeur d’Algérie en Espagne. Il est ensuite reçu par le président Tebboune au siège de la présidence de la République, pour un entretien en tête-à-tête suivi d’une réunion élargie aux délégations des deux pays. La visite se conclut par une déclaration commune à la presse, au cours de laquelle les deux dirigeants détaillent le contenu de leurs échanges.

Fait notable : le président Tebboune ouvre la rencontre en félicitant le gouvernement et le peuple espagnols pour le sacre de leur équipe nationale à la Coupe du monde 2026, tandis que Pedro Sánchez présente ses condoléances pour les victimes d’un incendie survenu quelques jours plus tôt dans un établissement de l’enfance assistée à Mohammadia, près d’Alger — deux gestes protocolaires qui illustrent le climat apaisé de cette rencontre.

Le contexte sportif a d’ailleurs directement rythmé le calendrier du déplacement : Pedro Sánchez avait assisté, la veille, à la finale de la Coupe du monde 2026 au MetLife Stadium, près de New York, où l’Espagne a dominé l’Argentine de Lionel Messi (1-0) pour décrocher sa deuxième étoile mondiale après celle de 2010. Le chef du gouvernement espagnol a pris l’avion directement depuis les États-Unis pour rejoindre Alger dès le lendemain. Sur place, les deux dirigeants ont partagé un moment de célébration convivial autour de ce sacre, immortalisé en vidéo et abondamment relayé par la presse des deux pays : Abdelmadjid Tebboune a reçu en cadeau un maillot de la Roja des mains de Pedro Sánchez, et les images de leur échange chaleureux, empreint de bonne humeur, ont largement circulé sur les réseaux sociaux comme symbole du climat retrouvé entre les deux capitales. « Je pense que la victoire était pleinement méritée, au regard du niveau atteint par l’élite sportive espagnole », a notamment déclaré le président algérien, saluant la performance de la sélection ibérique.

Le dossier énergétique : l’Algérie, premier fournisseur de gaz de l’Espagne

L’énergie constitue, sans surprise, le socle le plus solide de la relation bilatérale. Selon les données du gestionnaire du réseau gazier espagnol Enagás, l’Algérie a fourni 64,23 térawattheures (TWh) de gaz à l’Espagne au premier semestre 2026, soit 33,9 % des importations gazières totales du pays — la première place, devant les États-Unis (29,4 %) et la Russie. En juin 2026 seul, la part algérienne atteignait même 40,3 % des importations espagnoles.

L’essentiel de ces volumes transite par le gazoduc Medgaz, reliant Béni Saf, en Algérie, à Almería, en Espagne — une infrastructure détenue à 51 % par le groupe algérien Sonatrach, devenue la voie d’exportation privilégiée depuis l’arrêt du gazoduc Maghreb-Europe passant par le Maroc en 2021. Sánchez est venu à Alger accompagné de hauts responsables des principaux groupes énergétiques espagnols — Naturgy, Repsol, Moeve et Enagás — avec un objectif affiché de négocier une augmentation pouvant aller jusqu’à 10 % des livraisons via Medgaz, dans un contexte où les réserves de gaz de l’Union européenne, à environ 30 % de leur capacité fin de saison de chauffage 2025-2026, imposent aux opérateurs de reconstituer leurs stocks avant l’hiver (objectifs de 80 % au 1er septembre et 90 % au 1er novembre 2026 fixés par Bruxelles).

Le volet économique : le retour des entreprises espagnoles

Au-delà du gaz, la visite s’accompagne d’un forum d’affaires algéro-espagnol organisé en marge du déplacement officiel, destiné à accélérer le retour des opérateurs économiques espagnols sur le marché algérien après l’effondrement commercial de 2022-2023. Plus de 100 entreprises espagnoles sont déjà implantées ou engagées dans des projets en Algérie, notamment dans les secteurs des infrastructures, de la gestion de l’eau et des énergies renouvelables. Le président Tebboune a personnellement appelé à « aller le plus loin possible » dans le développement de ces relations économiques, tandis que Pedro Sánchez a affirmé l’ambition espagnole de consolider sa position de partenaire stratégique dans le processus de modernisation économique algérien, notamment dans les domaines de l’énergie et de l’industrie.

Migration irrégulière : un dossier sensible et chiffré

La question migratoire figure explicitement parmi les sujets abordés par les deux dirigeants, dans un contexte où les traversées irrégulières depuis les côtes algériennes vers l’Espagne restent un point de friction récurrent. Sur la période favorable à la navigation de juin à septembre, plusieurs milliers de migrants ont rejoint les Baléares depuis les côtes algériennes — un flux nettement supérieur à celui enregistré aux îles Canaries, pourtant plus proches des côtes marocaines. Selon la déclaration du président Tebboune, les discussions ont porté sur les moyens de faciliter la circulation légale des personnes tout en renforçant la coordination sécuritaire entre les deux pays en matière de lutte contre la migration irrégulière, la traite des êtres humains et la criminalité organisée transnationale. Pour le détail de la politique algérienne récente en matière de régularisation des personnes en situation irrégulière à l’étranger, consultez notre guide sur la mesure de clémence pour les harraga annoncée par Tebboune en janvier 2026.

Le Sahara occidental : la question qui n’a pas disparu

C’est le point le plus délicat de cette réconciliation, et celui sur lequel aucune des deux parties n’a véritablement bougé : le gouvernement espagnol a expressément maintenu sa position officielle de soutien au plan d’autonomie marocain, sans y changer, selon ses propres termes, « une seule virgule ». Plusieurs observateurs notent d’ailleurs que ni la présidence algérienne ni les autorités espagnoles n’ont mis ce dossier en avant dans leur communication officielle autour de la visite, les deux parties ayant préféré centrer leur message sur le renforcement des relations bilatérales et la coopération économique plutôt que sur ce désaccord de fond.

Le sujet a néanmoins été formellement évoqué lors des entretiens, aux côtés d’autres dossiers régionaux, illustrant une approche pragmatique désormais assumée des deux côtés : la relation économique et stratégique reprend son cours sans attendre un règlement du différend sahraoui, contrairement à la ligne de conduite affichée par l’Algérie au moment de la rupture de 2022.

Le volet judiciaire : coopération et biens mal acquis

Un aspect moins médiatisé mais politiquement significatif de la visite concerne la coopération judiciaire. Le président Tebboune a publiquement remercié les autorités espagnoles pour leur « réponse positive » aux démarches algériennes visant à récupérer des fonds détournés placés en Espagne, et a appelé le gouvernement espagnol à poursuivre cette coopération, en particulier sur les dossiers liés à la lutte contre la corruption et au recouvrement des produits du crime, en accélérant le traitement des demandes d’entraide judiciaire entre les deux pays.

Les autres dossiers internationaux abordés

Au-delà du strict cadre bilatéral, les deux dirigeants ont également échangé sur plusieurs dossiers de politique internationale : la situation au Moyen-Orient et dans le Golfe, la question palestinienne — sur laquelle le président Tebboune a salué la position qualifiée d’« honorable » du gouvernement espagnol — ainsi que la crise au Sahel et la situation en Libye, deux zones de préoccupation sécuritaire partagée pour Alger comme pour Madrid.

La suite : la 8e réunion de haut niveau algéro-espagnole en octobre

Le président Tebboune a explicitement présenté la visite de Pedro Sánchez comme une étape de préparation en vue de la 8e session de la Réunion de haut niveau algéro-espagnole, prévue en octobre 2026 — un format de dialogue institutionnalisé entre les deux gouvernements, réunissant plusieurs ministres de chaque côté, qui doit permettre d’ancrer durablement cette dynamique de rapprochement au-delà du symbole d’une visite officielle unique.

Un parallèle éclairant avec la relation franco-algérienne

Ce cycle de rupture puis de réconciliation entre Alger et Madrid rappelle, par sa mécanique, celui observé avec Paris sur une période comparable : rappel d’ambassadeur, gel de la coopération, avant une normalisation progressive engagée à partir de 2025-2026 sans que les désaccords de fond (le statut du Sahara occidental pour l’un, la révision de l’accord de 1968 pour l’autre) ne soient véritablement résolus. Pour comprendre en détail la dynamique comparable observée dans la relation franco-algérienne, consultez notre guide sur l’accord franco-algérien de 1968 et sa renégociation annoncée en 2026, ainsi que notre article sur l’affaire de l’écrivain Boualem Sansal, qui a marqué une phase distincte, mais tout aussi significative, des tensions diplomatiques algériennes de ces dernières années.

FAQ — Visite de Pedro Sánchez en Algérie

Quand a eu lieu la visite de Pedro Sánchez en Algérie ?

Le lundi 20 juillet 2026. Il s’agissait de sa première visite à Alger depuis octobre 2020, et de la première visite d’un responsable espagnol de ce rang depuis la crise diplomatique de mars 2022.

Pourquoi les relations entre l’Algérie et l’Espagne s’étaient-elles rompues en 2022 ?

À la suite du revirement du gouvernement espagnol, annoncé le 18 mars 2022, en faveur du plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental — une région disputée entre le Maroc et le Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Alger avait alors rappelé son ambassadeur, suspendu le traité d’amitié de 2002 et gelé les échanges commerciaux, à l’exception du gaz.

L’Espagne a-t-elle changé sa position sur le Sahara occidental lors de cette visite ?

Non. Le gouvernement espagnol a explicitement maintenu son soutien au plan d’autonomie marocain, sans modification. Les deux parties ont néanmoins choisi de ne pas mettre ce désaccord en avant dans leur communication, privilégiant le renforcement des relations économiques et politiques.

Quelle est la part de l’Algérie dans les importations de gaz de l’Espagne en 2026 ?

L’Algérie a couvert 33,9 % des importations gazières espagnoles au premier semestre 2026 (64,23 TWh), la plaçant au premier rang des fournisseurs devant les États-Unis et la Russie, principalement via le gazoduc Medgaz.

Quels autres sujets ont été abordés lors de cette visite ?

Les investissements économiques, la lutte contre la migration irrégulière, la coopération judiciaire sur le recouvrement de fonds détournés, ainsi que plusieurs dossiers internationaux (Palestine, Sahel, Libye, tensions au Moyen-Orient).

Quelle suite est prévue après cette visite ?

Une 8e session de la Réunion de haut niveau algéro-espagnole est programmée pour octobre 2026, destinée à approfondir la coopération bilatérale sur l’ensemble des dossiers évoqués lors de la visite de juillet.

Combien d’entreprises espagnoles sont présentes en Algérie en 2026 ?

Plus de 100 entreprises espagnoles sont déjà implantées ou engagées dans des projets en Algérie, notamment dans les infrastructures, la gestion de l’eau et les énergies renouvelables, un chiffre que la visite de juillet 2026 vise à accroître davantage.

Lire aussi :


Sources : France 24 — En visite à Alger, le Premier ministre espagnol scelle le réchauffement (20 juillet 2026) | TSA Algérie — Énergie, fonds détournés, visas, Sahara occidental : ce qu’il faut retenir du sommet Tebboune-Sánchez (20 juillet 2026) | TSA Algérie — Pedro Sanchez à Alger : rencontre avec Tebboune au lendemain du sacre de l’Espagne (20 juillet 2026) | Algérie360 — Pedro Sánchez : « L’Algérie est un partenaire stratégique et un ami cher », Visite de Sánchez : gaz, hydrogène vert et traité d’amitié (20 juillet 2026) | Atalayar — Pedro Sánchez se rend en Algérie après quatre ans de rupture diplomatique (20 juillet 2026) | Maghreb Émergent — L’Espagne vient chercher à Alger jusqu’à 1,8 milliard de mètres cubes de gaz en plus (18 juillet 2026) | ObservAlgérie — Gaz naturel : l’Algérie reste le premier fournisseur de l’Espagne (13 juillet 2026) | Just Info DZ — Sánchez en Algérie : les 6 contrats clés du retour économique de l’Espagne (20 juillet 2026) | 24H Algérie — Tebboune et Sánchez affichent une volonté de relancer un partenariat stratégique (20 juillet 2026) | Jeune Afrique — Algérie-Espagne : après trois années de tensions, les relations se réchauffent (2 juillet 2025) | TSA Algérie — Algérie-Espagne : la crise diplomatique est officiellement terminée (novembre 2023)

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