#Diaspora & Immigration

Convention de sécurité sociale France-Algérie (1980) : le guide complet

Résumé — convention sécurité sociale France-Algérie

La convention générale de sécurité sociale entre la France et l’Algérie, signée le 1er octobre 1980 et entrée en vigueur le 1er janvier 1982, est le texte fondateur qui coordonne les droits sociaux des ressortissants des deux pays ayant travaillé de part et d’autre de la Méditerranée. Son principe central est la totalisation des périodes de cotisation : un Algérien ayant travaillé en France conserve la totalité de ses années cotisées même après son retour en Algérie, et inversement pour un Français ayant travaillé en Algérie. Important à comprendre : il n’y a jamais de transfert d’une pension vers l’autre pays — chaque pays calcule et verse sa propre pension selon ses propres règles, sur la base des seules années cotisées chez lui. La convention couvre la quasi-totalité des branches (maladie, maternité, accidents du travail, vieillesse, décès, prestations familiales), à l’exclusion de l’assurance chômage.

Introduction : un texte fondateur méconnu

Avec plus de 642 000 Algériens résidant en France et des centaines de milliers de carrières professionnelles partagées entre les deux pays depuis l’indépendance, la question des droits sociaux binationaux concerne directement une part considérable de la diaspora. Pourtant, le texte juridique qui encadre cette situation — la convention générale de sécurité sociale du 1er octobre 1980 — reste largement méconnu, y compris des personnes directement concernées.

Ce guide a pour objectif de clarifier ce que cette convention garantit réellement, en distinguant bien ses dispositions de celles de la CNAS algérienne, qui est le régime national algérien et non un accord bilatéral. Pour les questions de retraite, consultez également notre guide sur la retraite Algérie-France : droits et cotisations.

Les bases juridiques du dispositif

TexteDateObjet
Convention générale de sécurité sociale1er octobre 1980 (entrée en vigueur 1er janvier 1982)Texte principal coordonnant les régimes de sécurité sociale des deux pays
Protocole général1er octobre 1980Complète la convention principale
Protocole annexe1er octobre 1980Dispositions spécifiques sur les prestations en nature (soins de santé)
Arrangement Administratif Général28 octobre 1981Modalités pratiques d’application de la convention
Protocole annexe sur les soins programmésSigné le 10 avril 2016 à Alger, publié par décret le 1er février 2019Encadre les soins de santé programmés dispensés en France à des assurés résidant en Algérie

Certaines dispositions de coordination entre les deux pays remontent même aux années 1960, avant la convention de 1980 elle-même, témoignant de l’ancienneté de cette relation sociale particulière entre la France et l’Algérie.

Les deux grands principes de la convention

PrincipeDétail
Égalité de traitementLes ressortissants des deux États sont traités de la même manière au regard de la législation de sécurité sociale de chaque pays — un Algérien en France a les mêmes droits sociaux qu’un Français dans les mêmes conditions de cotisation, et réciproquement
Totalisation des périodes d’assuranceLes périodes de cotisation accomplies dans l’un des deux pays sont prises en compte pour l’ouverture des droits dans l’autre pays, sans perte ni double comptage

La totalisation des périodes de cotisation

C’est le cœur du dispositif et le point le plus important à comprendre. La totalisation permet à un travailleur ayant cotisé dans les deux systèmes de faire reconnaître l’ensemble de sa carrière, sans perdre les années travaillées dans l’un ou l’autre pays.

SituationConséquence de la totalisation
Algérien ayant travaillé 20 ans en France, puis retourné en AlgérieConserve l’intégralité de ses années de cotisation françaises, prises en compte par la caisse algérienne pour l’ouverture de ses droits
Français ayant travaillé plusieurs années en Algérie, puis retourné en FranceConserve ses années de cotisation algériennes, prises en compte par les caisses françaises
Carrière mixte avec un troisième paysLes périodes cotisées dans un État tiers, lié à la France ou à l’Algérie par un autre accord de coordination, peuvent également être prises en compte pour la totalisation

Ce que la totalisation permet concrètement : éviter une décote sur la pension, atteindre plus facilement le nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein, et ouvrir des droits qui n’auraient pas été accessibles avec les seules années cotisées dans un seul pays.

La pension mixte : comment ça marche concrètement

Il existe une confusion très fréquente sur ce point, qu’il est essentiel de dissiper : la convention ne transfère jamais une pension d’un pays vers l’autre. Chaque pays reste seul responsable du calcul et du versement de sa propre pension.

ÉlémentDétail
Calcul de la pension françaiseLa caisse française (CNAV, CARSAT) calcule sa pension selon ses propres règles, sur la base du salaire annuel moyen français et des seules années cotisées en France
Calcul de la pension algérienneLa Caisse Nationale des Retraites (CNR) algérienne calcule sa propre pension selon ses règles propres (salaire moyen algérien, années cotisées en Algérie, taux applicables)
Résultat finalLe retraité perçoit deux pensions distinctes, une de chaque pays, chacune proportionnelle aux années réellement cotisées dans le pays concerné
Rôle de la totalisation dans ce calculElle ne change pas le montant calculé par chaque pays sur ses propres années — elle sert uniquement à valider l’ouverture du droit à pension (éviter la décote, atteindre le seuil de trimestres requis)

Exemple concret : un travailleur ayant cotisé 15 ans en Algérie puis 10 ans en France touchera une pension française calculée sur 10 années de cotisation française, et une pension algérienne calculée sur 15 années de cotisation algérienne — la convention lui aura permis d’atteindre les seuils d’ouverture de droits dans les deux pays grâce à la totalisation de ses 25 années cumulées, mais sans que les montants ne se mélangent.

Couverture maladie en France pour un retraité algérien

Une disposition très utile mais méconnue concerne les retraités algériens qui viennent vivre en France.

ÉlémentDétail
Base légaleArticle 17 paragraphe 3 de la convention de 1980 ; articles 26 et 28 de l’Arrangement Administratif Général de 1981
BénéficiaireRessortissant français ou algérien titulaire d’une pension de vieillesse du régime algérien de sécurité sociale, venant résider en France
ConditionNe pas avoir de droit à couverture maladie au titre du régime français (sinon c’est ce dernier qui s’applique)
DémarcheS’adresser directement à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) de son lieu de résidence en France — aucune attestation de droit n’est délivrée avant le départ d’Algérie
Documents impérativement nécessairesActe de naissance avec filiation, et passeport ou carte nationale d’identité

Pour obtenir l’acte de naissance avec filiation nécessaire à cette démarche, consultez notre guide complet sur l’acte de naissance algérien (12S) depuis la France.

Soins de santé en Algérie pour un assuré français

La convention fonctionne dans les deux sens. Le protocole annexe de 1980, complété par le protocole de 2016 (entré en vigueur par décret en 2019), encadre spécifiquement les soins de santé programmés.

SituationMécanisme
Assurés algériens résidant en Algérie nécessitant des soins programmés en FranceRemboursement par l’Algérie à la France des soins prodigués, après autorisation préalable de la caisse algérienne de sécurité sociale
Origine historique de cette dispositionCertains soins ne pouvaient autrefois pas être administrés en Algérie — une réalité bien moins vraie aujourd’hui qu’au moment de la signature initiale
Travailleur ou chômeur indemnisé transférant sa résidencePeut conserver ses prestations de maladie ou de maternité pour une durée limitée lors d’un transfert temporaire de résidence vers l’autre pays (articles 9 et 10 de la convention)

Le cas du travailleur détaché

La convention prévoit également une disposition spécifique pour les salariés envoyés temporairement par leur employeur d’un pays vers l’autre.

SituationRégime applicable
Salarié d’une entreprise française détaché en Algérie, à titre temporairePeut rester affilié à la sécurité sociale française, sans basculer vers le régime algérien
Condition essentielleLe détachement doit être de nature temporaire et non permanente — au-delà d’une certaine durée, le rattachement au régime du pays d’exécution du travail devient la règle

Quelles branches sont couvertes ?

La convention franco-algérienne couvre un champ très large, à une exception notable.

BrancheCouverte par la convention ?
Assurance maladie-maternité✅ Oui
Accidents du travail et maladies professionnelles✅ Oui
Assurance vieillesse (retraite)✅ Oui
Assurance décès✅ Oui
Prestations familiales✅ Oui
Assurance chômageExclue — seule branche non couverte par la convention

Conséquence pratique de cette exclusion : les périodes de chômage indemnisé dans un pays ne sont pas automatiquement coordonnées avec le système d’indemnisation de l’autre pays. Un Algérien ayant cotisé à l’assurance chômage en France ne peut pas faire reconnaître ces droits auprès d’un dispositif équivalent en Algérie via cette convention.

Documents nécessaires pour faire valoir ses droits

DémarcheDocuments requis
Couverture maladie en France (retraité algérien)Acte de naissance avec filiation, passeport ou CNI
Totalisation des périodes pour la retraiteRelevé de carrière française (CNAV/CARSAT) et relevé de carrière algérienne (CNR), justificatifs d’emploi des deux pays
Soins programmés en Algérie remboursés par la FranceAutorisation préalable de la caisse algérienne de sécurité sociale avant le déplacement
Détachement temporaireJustificatif de détachement délivré par l’employeur, formulaire de maintien au régime français

Différence avec la CNAS algérienne

Il est essentiel de ne pas confondre deux notions distinctes, souvent mélangées dans les recherches en ligne.

NotionNatureObjet
Convention de sécurité sociale France-Algérie (1980)Accord bilatéral international entre les deux ÉtatsCoordonner les droits sociaux des personnes ayant des carrières partagées entre les deux pays
CNAS (Caisse Nationale des Assurances Sociales)Organisme national algérienGère l’assurance maladie, maternité, invalidité et décès des salariés en Algérie — c’est le régime algérien lui-même, pas un accord international

Pour tout savoir sur le fonctionnement de cet organisme national algérien, consultez notre guide dédié sur la CNAS et la sécurité sociale en Algérie.

Erreurs fréquentes à éviter

  • Croire à un transfert de pension : la convention ne transfère jamais une pension d’un pays à l’autre — chaque pays verse sa propre pension calculée sur ses propres années cotisées.
  • Confondre la convention bilatérale et la CNAS : ce sont deux choses distinctes — l’une est un accord international, l’autre est l’organisme national algérien de sécurité sociale.
  • Penser que l’assurance chômage est couverte : c’est la seule branche explicitement exclue du champ de la convention.
  • Omettre l’acte de naissance avec filiation : ce document, souvent négligé, est impératif pour faire valoir ses droits de couverture maladie en France en tant que retraité algérien.
  • Ne pas demander l’autorisation préalable pour des soins programmés : sans cette autorisation de la caisse algérienne avant le déplacement vers la France, le remboursement des soins n’est pas garanti.
  • Négliger de réunir les relevés de carrière des deux pays : la totalisation ne se fait pas automatiquement — il faut activement produire les justificatifs de cotisation des deux régimes au moment de la demande de retraite.

FAQ — Convention de sécurité sociale France-Algérie

Qu’est-ce que la convention de sécurité sociale franco-algérienne de 1980 ?

C’est un accord bilatéral entre la France et l’Algérie, signé le 1er octobre 1980 et entré en vigueur le 1er janvier 1982, qui coordonne les droits sociaux des ressortissants des deux pays ayant travaillé dans l’un et/ou l’autre. Son principe central est la totalisation des périodes de cotisation et l’égalité de traitement.

Si j’ai travaillé en France et en Algérie, vais-je toucher une seule pension ou deux ?

Deux pensions distinctes. La convention ne transfère jamais une pension d’un pays vers l’autre. La France calcule et verse sa pension sur la base des seules années cotisées en France ; l’Algérie fait de même pour ses propres années cotisées. La convention sert uniquement à garantir l’ouverture des droits dans chaque pays grâce à la totalisation de l’ensemble de la carrière.

Un retraité algérien venant vivre en France a-t-il droit à une couverture maladie ?

Oui, sous certaines conditions. S’il est titulaire d’une pension de vieillesse du régime algérien et n’a pas de droit au regard du régime français, il peut bénéficier d’une couverture maladie en France au titre de sa retraite algérienne (article 17§3 de la convention). Il doit s’adresser à la CPAM de son lieu de résidence avec un acte de naissance avec filiation et son passeport ou CNI.

L’assurance chômage est-elle couverte par la convention ?

Non. C’est la seule branche explicitement exclue du champ d’application de la convention franco-algérienne de sécurité sociale.

Un salarié détaché temporairement en Algérie reste-t-il affilié à la sécurité sociale française ?

Oui, à condition que le détachement soit de nature temporaire. Un salarié d’une entreprise française envoyé travailler en Algérie pour une durée limitée peut conserver son affiliation au régime français au lieu de basculer vers le régime algérien.

Quelle est la différence entre la convention de 1980 et la CNAS ?

La convention de 1980 est un accord international entre la France et l’Algérie, qui coordonne les droits des personnes ayant des carrières partagées entre les deux pays. La CNAS (Caisse Nationale des Assurances Sociales) est, elle, l’organisme national algérien qui gère l’assurance maladie et les prestations sociales en Algérie — ce n’est pas un dispositif binational.

Comment faire reconnaître mes années de cotisation algériennes pour ma retraite française ?

Vous devez réunir vos relevés de carrière algériens (auprès de la CNR, Caisse Nationale des Retraites) et les transmettre à votre caisse de retraite française (CNAV ou CARSAT) au moment de votre demande de retraite, afin que la totalisation prévue par la convention de 1980 soit appliquée pour l’ouverture de vos droits.

Les soins de santé prodigués en France à un assuré algérien sont-ils remboursés ?

Oui, dans le cadre du protocole annexe de soins programmés (signé en 2016, en vigueur depuis 2019). L’Algérie remboursera à la France les soins prodigués à un assuré algérien résidant en Algérie, à condition qu’une autorisation préalable ait été obtenue auprès de la caisse algérienne de sécurité sociale avant le déplacement.

Lire aussi :


Sources : CLEISS (Centre de Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale) — Accords de sécurité sociale entre la France et l’Algérie ; Couverture maladie pour les retraités venant d’Algérie | Légifrance — Convention générale du 1er octobre 1980 entre la France et l’Algérie sur la sécurité sociale (texte intégral, CNAV) | Légifrance — Décret n° 2019-69 du 1er février 2019 portant publication du protocole annexe de 2016 | Le JDD — Que sont les accords de sécurité sociale entre la France et l’Algérie ? | Assemblée Nationale — Rapport n° 3022 de M. Didier Julia | DémarchesDZ.com — Comment toucher votre retraite algérienne en France ?