Notaire et succession franco-algérienne
- Dzaïr Zoom / 2 heures
- 1 juillet 2026

Résumé — notaire, succession et immobilier franco-algérien
La succession franco-algérienne est l’une des plus complexes à gérer : elle mêle le droit civil français, le Code de la famille algérien (inspiré du droit islamique), des règles de conflit de lois très techniques, et une convention bilatérale de 1964 dont l’application est souvent mal maîtrisée. Le recours à un notaire maîtrisant spécifiquement le droit international privé franco-algérien n’est pas un luxe — c’est une nécessité. Ce guide explique comment identifier ce professionnel, quel droit s’applique selon les situations, comment traiter les biens immobiliers des deux côtés de la Méditerranée, et comment anticiper de son vivant pour éviter à sa famille des années de procédures.
Introduction : pourquoi la succession franco-algérienne est particulièrement complexe
Des centaines de milliers de familles franco-algériennes font face chaque année à la même situation : un parent décède en laissant des biens en France, en Algérie, ou dans les deux pays à la fois, avec des héritiers potentiellement répartis sur les deux rives de la Méditerranée, relevant de nationalités différentes et de régimes juridiques distincts.
Le Code de la famille algérien (ordonnance n° 84-11 du 9 juin 1984, modifiée en 2005) organise la succession selon des règles très différentes du droit français : quotes-parts différentes selon le sexe des héritiers, place particulière de l’épouse, part réservée à certains héritiers de sang. Ces règles entrent parfois directement en contradiction avec les principes d’égalité qui fondent le droit successoral français depuis 2001.
Pour les aspects fiscaux, consultez notre article sur la succession franco-algérienne : droits et procédure et notre guide sur la convention fiscale France-Algérie.
Quel droit s’applique à une succession franco-algérienne ?
C’est la première question à résoudre — et elle n’a pas de réponse unique.
| Situation | Droit applicable en France |
|---|---|
| Défunt de nationalité française, résidant en France, biens en France | Droit français intégralement |
| Défunt de nationalité algérienne, résidant en France | Depuis le règlement européen « Successions » du 4 juillet 2012 (applicable en France depuis le 17 août 2015) : en principe le droit du pays de résidence habituelle au moment du décès s’applique — soit le droit français. Mais l’Algérie n’étant pas membre de l’UE, la situation reste complexe côté algérien. |
| Défunt de nationalité algérienne, résidant en Algérie, avec des biens en France | Pour les biens immobiliers en France : le droit français s’applique à la transmission formelle du bien. Pour l’ensemble de la succession : le droit algérien peut revendiquer application selon les règles de conflit algériennes. |
| Défunt binational (franco-algérien) | Situation la plus délicate — les deux nationalités peuvent être revendiquées par chaque système juridique. La résidence habituelle est souvent le critère déterminant sous le règlement européen. |
| Biens immobiliers situés en Algérie | Le droit algérien s’applique systématiquement aux biens immobiliers situés sur le territoire algérien (principe de la lex situs) |
Élection de loi : le règlement européen Successions permet à un ressortissant de l’UE (ou d’un État lié) d’élire de son vivant le droit de sa nationalité pour régir sa succession. Un Franco-Algérien peut ainsi choisir par testament d’appliquer le droit français à l’ensemble de ses biens — ce qui peut simplifier considérablement les choses pour les héritiers.
Le rôle du notaire dans une succession internationale
Le notaire joue un rôle central dans toute succession impliquant des biens immobiliers en France. Pour une succession franco-algérienne, ses missions sont particulièrement étendues.
| Mission | Détail |
|---|---|
| Acte de notoriété | Document établissant la liste des héritiers et leurs droits respectifs — indispensable pour débloquer les comptes bancaires et transférer les biens immobiliers |
| Déclaration de succession | Obligatoire en France dans les 6 mois du décès (12 mois si le défunt est décédé à l’étranger) — le notaire la rédige et la dépose auprès du fisc |
| Acte de partage | Formalise la répartition des biens entre héritiers — obligatoire pour les biens immobiliers |
| Coordination avec les autorités algériennes | Pour les biens en Algérie, le notaire français peut assister les héritiers dans leurs démarches auprès des notaires algériens (les deux pays ont des systèmes notariaux différents mais dialoguent) |
| Conseil stratégique | Anticiper les conflits entre héritiers, optimiser la fiscalité successorale, proposer des solutions alternatives (SCI, assurance vie, donation-partage) |
Comment choisir un notaire compétent en droit franco-algérien
Tous les notaires français ne sont pas également armés pour gérer une succession franco-algérienne. Voici comment identifier le bon professionnel.
| Critère | Ce qu’il faut vérifier |
|---|---|
| Spécialisation en droit international privé | Demander explicitement si le notaire a une expérience en successions internationales franco-algériennes ou franco-maghrébines — c’est une spécialité qui s’apprend, tous les notaires n’y sont pas formés |
| Connaissance du droit algérien | Le notaire doit connaître les grandes lignes du Code de la famille algérien pour anticiper les conflits de lois — ou avoir un réseau de correspondants algériens fiables |
| Réseau de correspondants en Algérie | Pour les biens situés en Algérie, le notaire français doit travailler avec un notaire algérien (les deux systèmes sont distincts) — vérifier l’existence de ce réseau |
| Localisation | Les notaires des grandes métropoles avec une forte population maghrébine (Paris, Marseille, Lyon) ont souvent une expérience plus développée de ces dossiers |
| Comment trouver | Notaires.fr (site officiel du Conseil Supérieur du Notariat) permet de rechercher des notaires par spécialité ; les associations de la diaspora algérienne recommandent parfois des praticiens réputés dans ce domaine |
Transmission de biens immobiliers situés en France
Pour un bien immobilier situé en France, le droit français s’applique à la forme de la transmission, quelles que soient les nationalités des parties.
| Étape | Délai / Point d’attention |
|---|---|
| Acte de notoriété | Établi par le notaire — liste les héritiers et leurs droits. Si certains héritiers sont en Algérie, des actes de naissance algériens traduits et légalisés seront requis |
| Attestation immobilière | Publiée au bureau des hypothèques (Service de Publicité Foncière) — transfère officiellement le bien aux héritiers |
| Déclaration de succession | À déposer dans les 6 mois (12 mois si décès à l’étranger) — droits de succession à régler selon les abattements applicables |
| Acte de partage si plusieurs héritiers | Obligatoire si les héritiers souhaitent sortir de l’indivision — droits de partage de 2,5 % sur l’actif net partagé |
Point de vigilance pour les héritiers algériens : un héritier résidant en Algérie devra parfois venir en France ou donner une procuration notariée (légalisée et apostillée) à un héritier présent en France pour le représenter. Pour tout savoir sur la procuration consulaire, consultez notre guide sur la procuration consulaire algérienne depuis la France.
Transmission de biens immobiliers situés en Algérie
Pour les biens immobiliers situés en Algérie, c’est le droit algérien qui s’applique — et la procédure est entièrement distincte de celle menée en France.
| Étape côté algérien | Détail |
|---|---|
| Notaire algérien obligatoire | Tout transfert de propriété immobilière en Algérie passe obligatoirement par un notaire algérien — le notaire français ne peut pas instrumenter directement en Algérie |
| Acte de succession algérien (faridha) | La répartition des héritiers est établie selon les règles du Code de la famille algérien, potentiellement différentes de celles appliquées en France |
| Documents français requis côté algérien | Acte de décès français traduit et apostillé, actes de naissance des héritiers, éventuellement acte de notoriété français — tous les documents doivent être légalisés pour valoir en Algérie |
| Délai | Les procédures immobilières en Algérie peuvent prendre plusieurs années, notamment en présence d’indivision ou de litiges entre héritiers |
L’exéquatur : faire reconnaître une décision algérienne en France
Lorsqu’un jugement ou acte algérien (décision de succession, partage, divorce) doit produire des effets en France, une procédure dite d’exéquatur est parfois nécessaire.
| Question | Réponse |
|---|---|
| Qu’est-ce que l’exéquatur ? | Procédure judiciaire par laquelle un tribunal français reconnaît la force exécutoire d’une décision rendue à l’étranger |
| Quand est-il nécessaire ? | Lorsqu’un jugement algérien (partage, acte de succession) doit être exécuté sur des biens situés en France, ou pour des actes notariés algériens à faire valoir en France |
| Tribunal compétent | Tribunal judiciaire du lieu de situation des biens (pour l’immobilier en France) |
| Conditions d’exéquatur | La décision algérienne ne doit pas être contraire à l’ordre public français — point particulièrement sensible pour les successions impliquant des inégalités de traitement entre héritiers selon leur sexe |
| Ordre public et droit algérien | La jurisprudence française a évolué : certaines dispositions du Code de la famille algérien organisant des inégalités de traitement entre héritiers hommes et femmes peuvent être écartées au nom de l’ordre public international français, notamment pour des héritiers ayant leur domicile en France |
La donation : anticiper la transmission de son vivant
La donation est l’un des meilleurs outils pour simplifier et optimiser la transmission d’un patrimoine franco-algérien. Elle permet d’organiser la répartition de son vivant, avec l’accompagnement d’un notaire, plutôt que de laisser les héritiers gérer une succession potentiellement conflictuelle.
| Type de donation | Avantages | Points d’attention franco-algériens |
|---|---|---|
| Donation simple | Transmet la propriété d’un bien immédiatement — abattements fiscaux renouvelables tous les 15 ans en France | Une donation faite à l’étranger peut être requalifiée en avance sur succession par les héritiers algériens — risque de rapport à la succession |
| Donation-partage | Partage anticipé et définitif entre tous les enfants — gèle les valeurs au moment de la donation, évite les conflits futurs sur la valeur des biens | Doit idéalement intégrer les enfants résidant en Algérie pour être opposable à tous |
| Donation avec réserve d’usufruit | Le donateur conserve l’usage du bien (ou les revenus locatifs) sa vie durant — seule la nue-propriété est transmise immédiatement | Mécanisme bien reconnu en droit français — à vérifier quant à sa reconnaissance en Algérie si le bien est situé là-bas |
Abattements fiscaux français pour les donations : 100 000 € par enfant (renouvelables tous les 15 ans), 31 865 € pour un petit-enfant, 5 310 € pour un arrière-petit-enfant. Ces abattements s’appliquent que le bénéficiaire réside en France ou en Algérie.
La SCI comme outil de transmission patrimoniale
La Société Civile Immobilière (SCI) est fréquemment utilisée par les familles franco-algériennes pour organiser la détention et la transmission de patrimoine immobilier, notamment en France.
| Avantage de la SCI | Pertinence pour les familles franco-algériennes |
|---|---|
| Éviter l’indivision | Au lieu de détenir un appartement en indivision (avec les risques de blocage que cela implique), les membres de la famille détiennent des parts de SCI — plus facile à gérer, à céder partiellement, à transmettre |
| Transmission par donation de parts | Les parts de SCI peuvent être données progressivement en utilisant les abattements fiscaux français — plus souple que la donation directe d’immobilier |
| Clauses statutaires sur mesure | Les statuts de la SCI peuvent prévoir des règles de gestion et de cession des parts adaptées à la situation familiale binationale (droits de préemption, agrément des nouveaux associés) |
| Limites | La SCI ne règle pas les questions de droit successoral algérien pour les biens situés en Algérie. Elle n’est efficace que pour les biens détenus via la SCI elle-même. |
Fiscalité successorale franco-algérienne
La France et l’Algérie n’ont pas de convention bilatérale spécifique sur les droits de succession — contrairement à la convention fiscale sur les revenus. Cela signifie qu’une double imposition est théoriquement possible.
| Situation | Fiscalité applicable |
|---|---|
| Biens immobiliers en France transmis à des héritiers algériens | Droits de succession français applicables — abattements selon le lien de parenté (100 000 € par enfant, 15 932 € entre frères et sœurs, etc.) — le fait que l’héritier réside en Algérie n’exonère pas des droits français |
| Biens immobiliers en Algérie transmis par un défunt résidant en France | Droits de succession algériens applicables en Algérie — en France, le droit international privé français peut exclure ces biens de la base taxable française (selon le domicile du défunt et la nature des biens) |
| Double imposition | En l’absence de convention successorale franco-algérienne, un crédit d’impôt pour les impôts payés en Algérie peut être demandé en France selon les règles de droit commun — à analyser au cas par cas |
Erreurs fréquentes à éviter
- Choisir un notaire sans vérifier sa compétence en droit international privé : un notaire généraliste sans expérience franco-algérienne peut commettre des erreurs de qualification du droit applicable, qui peuvent coûter très cher aux héritiers.
- Négliger de faire une élection de loi : tout ressortissant français peut choisir par testament que le droit français régira l’ensemble de sa succession — une démarche simple qui peut éviter des années de conflits entre héritiers.
- Attendre le décès pour s’occuper des biens en Algérie : un bien immobilier en Algérie sans titre de propriété clair, sans régularisation de la situation cadastrale, peut prendre 5 à 10 ans à être régularisé après un décès.
- Ignorer l’ordre public français : certaines dispositions du droit algérien sur la succession peuvent être écartées par les tribunaux français si elles heurtent l’ordre public, notamment pour les héritiers domiciliés en France.
- Ne pas prévoir de procuration pour les héritiers absents : un héritier résidant en Algérie qui ne peut pas se déplacer en France bloque souvent la succession — anticiper par une procuration notariée légalisée.
- Oublier la déclaration de succession dans les délais : en France, le délai est de 6 mois (12 mois si le défunt est décédé à l’étranger) — au-delà, des intérêts de retard s’appliquent.
FAQ — Notaire et succession franco-algérienne
Faut-il un notaire français ou algérien pour une succession franco-algérienne ?
En pratique, les deux interviennent souvent : le notaire français pour les biens situés en France et la partie française de la succession, le notaire algérien pour les biens situés en Algérie. Les deux professionnels travaillent en coordination. Le notaire français peut souvent jouer le rôle de chef d’orchestre du dossier global.
Quel droit s’applique si le défunt est franco-algérien et résidait en France ?
Depuis le règlement européen Successions (applicable depuis août 2015), c’est en principe le droit du pays de résidence habituelle du défunt au moment du décès qui s’applique — soit le droit français si le défunt résidait en France. Mais des nuances importantes existent, notamment pour les biens situés en Algérie où le droit algérien continue de s’appliquer.
Est-ce qu’un héritier algérien reçoit moins qu’un héritier français dans une succession franco-algérienne ?
Le montant reçu dépend du droit applicable et des biens concernés. Si le droit français s’applique, tous les enfants reçoivent des parts égales (principe d’égalité). Si le droit algérien s’applique pour des biens en Algérie, les règles du Code de la famille algérien peuvent prévoir des quotes-parts différentes.
Peut-on éviter l’application du droit algérien à sa succession ?
Un ressortissant français (même binational) peut faire une élection de loi dans son testament pour soumettre l’ensemble de sa succession au droit français, en application du règlement européen Successions. Cette démarche, réalisée devant notaire, est recommandée pour toute personne ayant des liens avec l’Algérie et souhaitant simplifier la transmission de son patrimoine.
Qu’est-ce qu’un exéquatur et quand en a-t-on besoin ?
L’exéquatur est la procédure par laquelle un tribunal français reconnaît la force exécutoire d’une décision rendue en Algérie. Il est nécessaire lorsqu’un acte ou jugement algérien doit être exécuté sur des biens situés en France. Attention : si l’acte algérien est contraire à l’ordre public français (par exemple s’il organise des inégalités de traitement entre héritiers selon leur sexe et que ceux-ci ont leur domicile en France), l’exéquatur peut être refusé.
Comment transmettre un appartement en Algérie à ses enfants vivant en France ?
Il faut passer par un notaire algérien, qui établira les actes de transmission selon le droit algérien. Les documents français (identités, actes d’état civil) devront être légalisés et traduits pour valoir en Algérie. Pour la légalisation de documents, consultez notre guide sur la légalisation de documents algériens depuis la France.
Lire aussi :
- Succession franco-algérienne : droits et procédure
- Donation franco-algérienne : fiscalité
- Convention fiscale France-Algérie
- IFI et biens immobiliers en Algérie
- Divorce franco-algérien en France : procédure
- Assurance vie pour les Algériens en France
- Légalisation de documents algériens en France
- Procuration consulaire algérienne depuis la France
Sources : Conseil Supérieur du Notariat — Successions internationales (notaires.fr) | Règlement (UE) n° 650/2012 du 4 juillet 2012 relatif aux successions (Règlement « Successions ») | Légifrance — Code civil français, articles 720 et suivants | Ordonnance algérienne n° 84-11 du 9 juin 1984 portant Code de la famille (modifiée en 2005) | Cour de cassation — Arrêts en matière de successions franco-algériennes et ordre public international | CRIDON (Centre de Recherches Interdisciplinaires en Droit des Affaires et des Nouvelles Technologies) — Droit international privé des successions | Me Alain Bénabent — Droit international privé (Montchrestien, 2023)










































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































