Le président algérien Mohamed Boudiaf
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 12 juillet 2017

Fiche d’identité
| Nom complet | Mohamed Boudiaf (محمد بوضياف) |
| Surnom | Si Tayeb el Watani (« Tayeb le Patriote ») |
| Naissance | 23 juin 1919 à Ouled Madhi (M’Sila) |
| Décès | 29 juin 1992 (73 ans) à Annaba (assassiné) |
| Nationalité | Algérienne |
| Tribu | Ouled Madhi (origine Hilalienne) |
| Épouse | Fatiha Boudiaf (née en 1944) |
| Enfants | Nacer Boudiaf (fils aîné) |
| Fonctions | Président du HCE (1992), Vice-président GPRA (1961-1962) |
| Parti | FLN (fondateur), PRS (fondateur, 1962) |
| Distinction | Carte n°1 du FLN |
| Sépulture | Carré des martyrs, El Alia, Alger |
📑 Sommaire
1. Origines et jeunesse à M’Sila
Mohamed Boudiaf naît le 23 juin 1919 à Ouled Madhi, dans la région du Hodna, au sein de l’actuelle wilaya de M’Sila. Il appartient à la tribu des Ouled Madhi, une famille dite « de grande tente », autrefois dominante avant d’être déclassée par la colonisation française.
Son père est cultivateur et tailleur. Mohamed appartient à une branche déclassée, « vouée à la condition paysanne », ce qui marquera sa conscience sociale et son ressentiment anticolonial.
Jusqu’à 14 ans, il grandit à M’Sila, fréquentant l’école coranique et l’école française. En 1933, il rejoint Bou Saada pour poursuivre au collège. Son ambition : l’École normale d’instituteurs. Mais la tuberculose interrompt sa scolarité avant l’obtention du brevet.
2. La Seconde Guerre mondiale et l’éveil nationaliste
En 1939, Boudiaf devient secrétaire chez Bentchicou à Constantine. En 1941, aide-commis à l’École militaire de Constantine, puis en 1942, commis aux contributions à Jijel.
Monte Cassino : le baptême du feu
Mobilisé d’août 1943 à août 1945, il participe à la bataille de Monte Cassino (1944), aux côtés d’autres futurs chefs historiques :
- Krim Belkacem (caporal)
- Larbi Ben M’Hidi (sergent)
- Rabah Bitat
Démobilisé brigadier-chef.
Les massacres de Sétif du 8 mai 1945 constituent le tournant décisif. Boudiaf adhère au PPA de Messali Hadj. En 1947, il devient responsable du MTLD pour Sétif.
3. L’Organisation spéciale (OS)
L’Organisation spéciale (OS), bras armé clandestin du MTLD, est fondée le 18 février 1947. Boudiaf dirige la cellule du département de Constantine, avec Larbi Ben M’Hidi comme adjoint.
La direction de l’OS (1947-1950)
- Mohamed Belouizdad : chef national
- Hocine Aït Ahmed : adjoint puis chef (1947-1949)
- Ahmed Ben Bella : chef (1949-1950)
- Mohamed Boudiaf : Constantine
Le 18 mars 1950, l’OS est démantelée. Boudiaf est condamné par contumace à 10 ans mais échappe aux arrestations. En 1952, il est muté en France.

4. Du CRUA à la Toussaint rouge
En mars 1954, Boudiaf rentre en Algérie. Le 23 mars 1954, il fonde le CRUA avec Mostefa Ben Boulaïd, Mohamed Dekhli et Ramdane Bouchbouba.
La réunion des 22 — 24-25 juin 1954
Au Clos Salembier (El Madania), 22 militants se prononcent « pour la révolution illimitée jusqu’à l’indépendance totale ».
Parmi eux : Mostefa Ben Boulaïd, Mohamed Boudiaf, Larbi Ben M’Hidi, Mourad Didouche, Rabah Bitat, Youcef Zighoud, Badji Mokhtar, Boudjemaa Souidani…
Un tirage au sort désigne Boudiaf coordinateur général. Il reçoit la carte n°1 du FLN.
Ahmed Ben Bella
Hocine Aït Ahmed
Krim Belkacem
Mostefa Ben Boulaïd
Larbi Ben M’Hidi
Rabah Bitat
Mourad Didouche
Mohamed Khider
Les neuf « chefs historiques » du FLN
Le 10 octobre 1954, le CRUA devient FLN. Boudiaf part le 26 octobre coordonner depuis l’extérieur.
5. La guerre d’indépendance
Le 1er novembre 1954 — « Toussaint rouge » — déclenche l’insurrection. Boudiaf coordonne depuis Madrid et le Maroc.
Une animosité grandit avec Ben Bella, qu’il qualifie de « chouchou de Nasser ». Après le Congrès de la Soummam (août 1956), Boudiaf devient membre du CNRA.
6. Le détournement de l’avion — 22 octobre 1956
L’acte de piraterie aérienne
Le DC-3 d’Air Atlas transportant Ben Bella, Khider, Boudiaf, Aït Ahmed et Lacheraf est détourné par l’armée française vers Alger.
Ils déclarent : « Ce n’est pas l’arrestation de quelques dirigeants qui mettra fin à un mouvement issu des profondeurs du peuple. »
Emprisonnés en France jusqu’en 1962 : Santé, île d’Aix, châteaux de Turquant et d’Aulnoy.
7. Le GPRA : ministre depuis la prison
Depuis sa cellule, Boudiaf dirige la Fédération de France du FLN. En 1958, il est nommé ministre d’État du GPRA. En 1961, vice-président. Libéré le 18 mars 1962, jour des Accords d’Évian.
8. L’indépendance et la rupture
Boudiaf s’oppose au « groupe de Tlemcen » (Ben Bella / Boumédiène). À Tripoli, il refuse le Bureau politique.
Le Parti de la révolution socialiste (PRS)
Le 20 septembre 1962, Boudiaf fonde le PRS en opposition. Il refuse son mandat de député et publie la revue El Jarida.
Le 23 juin 1963, arrêté sur le pont d’Hydra, incarcéré dans le sud. Condamné à mort en 1964, il s’exile.
9. Vingt-huit ans d’exil au Maroc
Exil en France puis au Maroc pendant 28 ans. En 1964, il publie Où va l’Algérie ?
« N’est-on pas en droit de se demander où va un régime capable de traiter des citoyens de la sorte et surtout : où va l’Algérie ? »
En 1979, après la mort de Boumédiène, il dissout le PRS et dirige une briqueterie à Kénitra.
10. Le retour de 1992
Décembre 1991 : le FIS gagne le premier tour des législatives. Le 11 janvier 1992, Chadli Bendjedid démissionne.

L’appel d’Ali Haroun
Le 10 janvier, Ali Haroun convainc Boudiaf de revenir. Par son exil, il apparaît comme « un homme neuf, non impliqué dans les tribulations du régime ».
Le 16 janvier 1992, Boudiaf est investi président du Haut Comité d’État. Priorités : lutte contre la corruption, Algérie démocratique, identité plurielle (amazighité, islamité, arabité).
En juin 1992, il lance le Rassemblement patriotique national : « L’Algérie avant tout ». Il ouvre des dossiers de corruption impliquant des généraux.
« Boudiaf a cru pouvoir partir en guerre sans armée. Il faut croire que c’était une erreur. »
11. L’assassinat en direct — 29 juin 1992

Le 29 juin 1992, Boudiaf effectue sa première visite hors d’Alger, à Annaba. Discours à la Maison de la culture, retransmis en direct.
Les derniers mots
« Les autres pays nous ont devancés par la science et la technologie. L’Islam… »
« L’Islam » — dernier mot de Mohamed Boudiaf.
À 11h30, le sous-lieutenant Lambarek Boumaarafi (GIS, 26 ans) surgit, lance une grenade, vide son chargeur. Trois balles : deux tête, une dos. Mort annoncée à 13h.
Aux funérailles d’El Alia à Alger, la foule conspue les généraux : « harkis ! »
12. L’enquête et les zones d’ombre
Boumaarafi : « J’ai agi seul. » Éléments troublants :
- Ordre de mission individuel délivré sur demande du colonel Smaïn Lamari
- Reçu par Smaïn Lamari deux jours avant
- Grenades jamais fournies aux agents de protection
- Sécurité « bancale », aucun haut responsable présent
Les rapports d’enquête
Juillet 1992 : « La thèse d’une action isolée ne nous paraît pas vraisemblable. » → « Complot »
Décembre 1992 : Accuse la « féodalité politico-financière » sans nommer les commanditaires.
Juin 1995 : Boumaarafi condamné à mort. Il déclare : « Vous avez mené à bien cette pièce de théâtre. »
2016 : La famille accuse quatre généraux : Larbi Belkheir, Mohamed Médiène (Toufik), Khaled Nezzar, Smaïn Lamari. Voir aussi : L’affaire de l’assassinat du président Boudiaf.
13. Héritage et mémoire

Boudiaf reste le symbole d’une révolution trahie et d’un espoir assassiné.
Œuvres : Où va l’Algérie ? (1964), La préparation du 1er novembre
Hommages : Aéroport Mohamed Boudiaf (Constantine), Universités d’Oran et M’Sila, Fondation Boudiaf
« Mon père m’a appris que pour moissonner du blé, je dois travailler un an. Pour cueillir un pommier, dix ans. Pour être un homme, toute une vie. »
14. Chronologie
Les dates clés
15. Questions fréquentes
Sources
- Wikipédia : Mohamed Boudiaf, OS, CRUA, Lambarek Boumaarafi
- Encyclopédie Universalis : Biographie de Mohamed Boudiaf
- Maitron : Dictionnaire Algérie
- El Watan, El Moudjahid, Jeune Afrique, Algeria-Watch
- Mohamed Boudiaf, Où va l’Algérie ?, 1964
- Gilbert Meynier, Histoire intérieure du FLN, 2002







































































































































































































































































































































































































































































































































































































