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La ville de Mila en Algérie

Mila, l’antique Milev, est l’une des plus anciennes cités d’Algérie. Surnommée la « Reine des céréales et du lait », cette ville numide fut l’un des quatre grands castellums protégeant Cirta (Constantine). Sa médina millénaire, toujours ceinte de murailles byzantines, abrite la mosquée Sidi Ghanem — la plus ancienne d’Algérie, édifiée en 679 apr. J.-C. — et la fontaine Aïn Lebled, seule source de l’Antiquité qui coule encore au monde. La wilaya, grenier à blé de l’Est algérien avec 3 millions de quintaux de céréales par an, héberge le barrage de Beni Haroun, le plus grand d’Algérie, qui alimente des millions d’habitants en eau potable.

1. Présentation générale

Mila (en arabe : ميلة, en berbère : ⵎⵉⵍⴰ) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située dans le nord-est de l’Algérie, à 50 km de Constantine et 450 km d’Alger.

Le nom « Milev » vient du punique : MIL (« fontaine » ou « eau ») et EV (« mille abreuvoirs » ou « terres irriguées »). D’autres interprétations proposent Milo (« ombre » en amazigh) ou Medius (« région centrale »), en référence à sa position entre Cirta, Rusicade (Skikda), Jijel et Sitifis (Sétif).

Une légende locale attribue le nom « Milo » à une reine berbère qui aurait donné son nom à la cité.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (wilaya)~810 000 habitants (2011)
Population (ville)~69 000 habitants (2008)
Superficie (wilaya)3 480 km²
Nombre de daïras13
Nombre de communes32
Code wilaya43
Altitude maximale1 600 m (nord)
Pluviométrie400-920 mm/an
ClimatHumide au nord, semi-aride au sud
Production céréales3 millions quintaux/an

Relief

La wilaya présente trois grandes zones : au nord, les montagnes du Nord Constantinois (M’sid Aïcha, Zouagha, El-Halfa) culminant à 1 600 m ; au centre, les plaines fertiles de Milev arrosées par le Rhummel ; à l’extrême sud, les hauts plateaux (1 400 m).

3. Histoire : de Massinissa à l’Islam

3.1 Époque numide

La fondation de Mila remonterait à l’apparition des premiers royaumes numides, deux à trois siècles av. J.-C. La ville fut l’une des plus importantes cités du roi Massinissa, premier souverain de la Numidie unifiée.

À l’époque numide, Milev était déjà surnommée la « Reine des céréales et des produits laitiers », témoignant de sa vocation agricole millénaire.

3.2 Confédération cirtéenne

Après la conquête romaine, Mila devint l’un des quatre grands castellums protégeant Cirta Régina (Constantine), aux côtés de :

Rusicade (Skikda), Chullu (Collo) et Cuicul (Djémila).

Ces quatre villes formaient la « Confédération cirtéenne », jouissant du statut de colonie romaine avec autonomie territoriale et citoyenneté romaine généreusement attribuée.

3.3 Périodes vandale et byzantine

Avec la chute de l’Empire romain, les Vandales envahirent l’Afrique du Nord. Mila fut ensuite conquise par Bélisaire sous l’empereur Justinien (VIe siècle). Les Byzantins y construisirent de grands monuments, aqueducs et jardins. La muraille byzantine ceint encore aujourd’hui la médina.

3.4 Conquête arabe et mosquée Sidi Ghanem

En 679 apr. J.-C. (59 de l’Hégire), le commandant Abou al-Mouhajir Dinar conquit Mila et en fit la capitale de l’État du Maghreb pendant deux ans. Il y édifia la mosquée Sidi Ghanem, première mosquée construite en Algérie, sur l’emplacement d’une ancienne église byzantine.

Mila devint un centre de rayonnement de l’islam, rattaché à Kairouan. Sous les Aghlabides, elle fut intégrée à l’orbite de Tabnah, capitale du Zab.

3.5 Périodes ottomane et coloniale

À l’époque ottomane, Mila relevait du Beylik de l’Est (Beylik de Constantine). La région connut des troubles dus à la lourdeur du kharadj (impôt).

L’armée coloniale française conquit Mila en 1837. La confiscation des terres provoqua l’exil de nombreux habitants vers le Moyen-Orient (Syrie). Durant la guerre d’Algérie, Mila fit partie de la wilaya II historique (Nord Constantinois).

La wilaya de Mila fut créée en 1984, issue du partage des wilayas de Constantine et Jijel.

4. Patrimoine et monuments

Mosquée Sidi Ghanem

Édifiée en 679 apr. J.-C. (59 de l’Hégire) par Abou al-Mouhajir Dinar, la mosquée Sidi Ghanem est la plus ancienne mosquée d’Algérie et la deuxième plus ancienne d’Afrique du Nord après celle de Kairouan (Tunisie).

Construite sur l’emplacement d’une église byzantine, elle représente l’histoire de l’islam au Maghreb. Elle est située dans la partie est de la vieille ville.

Fontaine Aïn Lebled

La fontaine Aïn Lebled (« Fontaine du pays ») fut érigée sous l’empereur Hadrien au IIe siècle. Vieille de plus de 17 siècles, elle serait la seule source de l’Antiquité qui coule encore au monde.

Une légende raconte qu’une fillette venue remplir son seau fut enlevée par le génie de la fontaine. Une autre tradition affirme que celui qui boit son eau se mariera (ou se remariera) !

Médina et muraille byzantine

La médina millénaire de Mila est toujours ceinte de sa muraille byzantine. C’est la seule cité millénaire encore habitée de la région. On y accède par Bab el-Bled (porte du pays) au nord et Bab el-Jami (porte de la mosquée) à l’ouest.

La rue du Sabat, rue commerçante animée aux échoppes traditionnelles, a été classée patrimoine protégé par le Ministère de la Culture en 2011.

Musée de Mila

Le musée abrite : sarcophages antiques ornés de sculptures, fontaines romaines, mosaïques, bornes d’épigraphes et épitaphes. Il conserve notamment la statue de Milo, la plus grande statue au monde sculptée dans une seule pièce de marbre (près de 2 m de hauteur).

Moulin de Sennaoua

Ce vieux moulin à grains est lié au mouvement national algérien. Il abrita des rencontres secrètes du MTLD puis servit à cacher les armes de l’Organisation spéciale (OS) après 1947.

5. Agriculture et économie

Grenier à blé de l’Est

La wilaya de Mila est l’une des premières wilayas productrices de céréales d’Algérie avec 3 millions de quintaux lors de la saison 2020-2021. Elle est également première productrice de lentilles avec 600 000 quintaux.

Les plaines fertiles de Milev, arrosées par le Rhummel (plus grand cours d’eau de l’Est algérien), sont le cœur agricole de la région.

Élevage

Terre de pâturages, la wilaya perpétue sa tradition d’élevage laitier, justifiant son surnom de « Reine du lait ». L’élevage ovin et bovin est pratiqué sur les hauts plateaux du sud.

Développement économique

La promotion administrative de Mila en 1984 a créé un « micro-pôle » satellite faisant contrepoids à la métropole de Constantine. Le Centre universitaire Abdelhafid Boussouf contribue au rayonnement intellectuel de la ville.

6. Ressources hydrauliques

Barrage de Beni Haroun

La wilaya abrite le plus grand barrage d’Algérie, le barrage de Beni Haroun. Ce complexe hydraulique alimente une grande partie de l’Est algérien en eau potable et en eau d’irrigation.

Sa capacité et son système de transfert d’eau constituent une infrastructure stratégique pour les wilayas de Constantine, Oum El Bouaghi, Batna et Khenchela.

Cours d’eau

Les principaux cours d’eau sont le Rhummel et l’Oued El-Kebir. Le barrage d’Oued Athmania complète les infrastructures hydrauliques.

7. Culture et traditions

Population

La région est majoritairement arabophone et fait partie du Nord Constantinois. Au nord, les habitants (Pays des Kotama, anciennement « Kabylie orientale ») sont des montagnards berbères d’origine Kutama arabophones, appelés « Kabyles Hadra ». Au sud, on trouve des Chaouis.

Yennayer

Tous les ans, à Fedj-M’Zala (Ferdjioua) et Mila, est célébré Yennayer (ou Ras El Hem), le nouvel an agraire berbère.

Malouf

Mila est un bastion du malouf, la musique arabo-andalouse. La ville entretient une relation culturelle étroite avec Constantine, capitale du malouf. Elle possède des traditions séculaires et compte de grands noms dans ce domaine musical.

Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

Découvrez les spécialités locales dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

8. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
ConstantineEst50 kmCirta antique, métropole
JijelNord100 kmCorniche, plages
SétifOuest~100 kmSitifis romaine
BatnaSud~120 kmAurès, Timgad
Oum El BouaghiSud-Est~80 kmHauts plateaux
SkikdaNord-Est~90 kmRusicade, port
BéjaïaNord-Ouest~150 kmKabylie maritime

9. Questions fréquentes

Pourquoi Mila est-elle appelée « Reine des céréales » ?

Mila porte le surnom de « Reine des céréales et du lait » depuis l’Antiquité en raison de la fertilité exceptionnelle de ses plaines, arrosées par le Rhummel. Aujourd’hui encore, la wilaya est l’une des premières productrices de céréales d’Algérie avec 3 millions de quintaux par an, et première productrice de lentilles (600 000 quintaux). Cette vocation agricole millénaire remonte à l’époque numide du roi Massinissa.

Quelle est la plus ancienne mosquée d’Algérie ?

La mosquée Sidi Ghanem à Mila est la plus ancienne mosquée d’Algérie et la deuxième plus ancienne d’Afrique du Nord après celle de Kairouan (Tunisie). Elle fut édifiée en 679 apr. J.-C. (59 de l’Hégire) par le commandant Abou al-Mouhajir Dinar, sur l’emplacement d’une église byzantine. Dinar fit de Mila la capitale de l’État du Maghreb pendant deux ans.

Qu’est-ce que la fontaine Aïn Lebled ?

La fontaine Aïn Lebled (« Fontaine du pays ») fut construite sous l’empereur Hadrien au IIe siècle. Vieille de plus de 17 siècles, elle serait la seule source de l’Antiquité qui coule encore au monde. Située dans la vieille ville de Mila, elle offre toujours une eau fraîche. Une légende locale affirme que celui qui boit son eau se mariera ou se remariera !

Qu’est-ce que la Confédération cirtéenne ?

La Confédération cirtéenne regroupait quatre villes romaines protégeant Cirta (Constantine) : Milev (Mila), Rusicade (Skikda), Chullu (Collo) et Cuicul (Djémila). Ces cités avaient le statut de colonie romaine avec autonomie territoriale et citoyenneté romaine. Mila était l’un des quatre grands castellums militaires assurant la défense de la capitale numide puis romaine.

Quel est le plus grand barrage d’Algérie ?

Le barrage de Beni Haroun, situé dans la wilaya de Mila, est le plus grand barrage d’Algérie. Ce complexe hydraulique alimente une grande partie de l’Est algérien (Constantine, Oum El Bouaghi, Batna, Khenchela) en eau potable et en eau d’irrigation. Il constitue une infrastructure stratégique majeure pour le développement de la région.

 

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