Pension d’invalidité entre la France et l’Algérie : droits, procédure et cumul
- Dzaïr Zoom / 1 semaine
- 4 juillet 2026

Résumé — pension invalidité France Algérie
La pension d’invalidité est l’une des branches couvertes par la convention franco-algérienne de sécurité sociale du 1er octobre 1980, au même titre que les pensions de vieillesse et l’assurance maladie. En théorie, les périodes de cotisation accomplies en France et en Algérie peuvent être totalisées pour ouvrir les droits à une pension d’invalidité dans l’un ou l’autre pays. En pratique, cette branche souffre des mêmes blocages que la retraite : la Caisse Nationale des Retraites (CNR) algérienne refuse de verser ses pensions aux résidents en France, invoquant un principe de territorialité contesté par Paris. Côté français, un Algérien reconnu invalide en France bénéficie de la pension d’invalidité de la CPAM selon les mêmes règles qu’un résident français, ainsi que de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) sous conditions de ressources et de régularité du séjour. La pension d’invalidité française peut être exportée en Algérie si le bénéficiaire choisit d’y résider — contrairement à l’AAH qui est conditionnée à la résidence en France.
Introduction : l’invalidité, le parent pauvre des droits transfrontaliers
Quand on parle de droits sociaux franco-algériens, la retraite monopolise l’essentiel de l’attention. L’invalidité est bien plus rarement traitée — et pourtant, elle concerne une population encore plus vulnérable. Des milliers d’Algériens installés en France ont vu leur capacité de travail réduite suite à un accident, une maladie grave ou un handicap apparu en cours de carrière. D’autres, installés en Algérie, ont cotisé en France pendant des années et aimeraient savoir si ces cotisations ouvrent des droits en cas d’invalidité.
Les questions sont légitimes et les réponses complexes. Ce guide démêle les règles des deux systèmes, les droits ouverts par la convention bilatérale, les blocages réels à connaître, et les démarches concrètes à engager selon votre situation.
Pour le cadre général de la sécurité sociale franco-algérienne, consultez notre guide complet sur la convention de sécurité sociale France-Algérie de 1980. Pour les questions de retraite, notre article sur la retraite Algérie-France : droits et cotisations détaille les mécanismes de totalisation.
Le cadre juridique franco-algérien pour l’invalidité
La convention générale de sécurité sociale franco-algérienne du 1er octobre 1980 couvre explicitement la branche invalidité. Son article 14 prévoit la totalisation des périodes d’assurance accomplies dans les deux pays pour l’ouverture des droits à une pension d’invalidité, lorsque les périodes cotisées dans un seul pays seraient insuffisantes pour atteindre le seuil d’ouverture des droits. Son article 15 précise les modalités de calcul de la pension selon le principe de proratisation : chaque pays calcule et verse sa propre pension, proportionnelle aux seules années cotisées sur son territoire.
La convention couvre toutes les catégories de résidents concernées : les travailleurs salariés de nationalité française ou algérienne qui exercent ou ont exercé une activité salariée en Algérie ou en France, ainsi que leurs ayants droit. Elle s’applique donc aux Algériens résidant en France qui ont cotisé au régime français, comme aux Algériens résidant en Algérie qui auraient cotisé en France avant de rentrer.
Point essentiel : la convention franco-algérienne de 1980 couvre bien l’invalidité — mais son application effective est entravée par un différend d’interprétation persistant entre les deux pays, notamment sur la question de l’exportabilité des pensions algériennes vers les résidents en France. Ce différend, officiellement documenté par une question écrite à l’Assemblée nationale en décembre 2025 (réponse au JO du 10 février 2026), concerne aussi bien les pensions de retraite que d’invalidité.
La pension d’invalidité française : les trois catégories
En France, la pension d’invalidité est gérée par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM). Elle est attribuée à tout assuré social dont la capacité de travail ou de gain est réduite d’au moins deux tiers en raison d’un accident ou d’une maladie non professionnelle. Le système français distingue trois catégories d’invalidité, chacune correspondant à un degré différent d’incapacité.
La première catégorie concerne les invalides capables d’exercer une activité professionnelle réduite. La pension correspond à 30 % du salaire annuel moyen des dix meilleures années de la carrière. Ce maintien d’une capacité de travail partielle est reconnu, et le cumul avec des revenus d’activité est possible dans certaines limites.
La deuxième catégorie concerne les invalides absolument incapables d’exercer une activité professionnelle quelconque. La pension est fixée à 50 % du salaire annuel moyen. C’est la catégorie la plus fréquente.
La troisième catégorie concerne les invalides absolument incapables d’exercer une profession ET dans l’obligation d’avoir recours à l’assistance d’une tierce personne pour accomplir les actes ordinaires de la vie. La pension correspond à 50 % du salaire annuel moyen, majorée d’une majoration pour tierce personne (MTP), dont le montant est revalorisé chaque année et s’élevait à environ 1 260 € par mois en 2026.
La pension d’invalidité française est soumise à des plafonds et des planchers. Elle ne peut pas être inférieure à un minimum garanti (environ 420 € par mois en 2026) ni excéder un plafond calculé sur la base du salaire de référence. Elle est cumulable avec l’exercice d’une activité professionnelle pour la première catégorie, dans la limite d’un plafond de ressources.
La pension d’invalidité algérienne : les trois catégories de la CNAS
Le régime algérien d’invalidité est géré par la Caisse Nationale des Assurances Sociales des travailleurs salariés (CNAS). Il est régi par la loi n° 83-11 du 2 juillet 1983 relative aux assurances sociales. À l’instar du système français, il distingue trois catégories d’invalides.
La première catégorie concerne les invalides capables d’exercer une activité salariée. Leur pension est égale à 60 % du salaire de poste annuel moyen, calculé sur la base du dernier salaire annuel perçu ou, si plus favorable, sur la moyenne des trois années qui ont donné lieu à la rémunération la plus élevée au cours de la carrière. Lorsque l’assuré ne compte pas trois années d’assurance, la pension est calculée sur le salaire moyen correspondant aux périodes de travail effectivement accomplies.
La deuxième catégorie concerne les invalides absolument incapables d’exercer une activité salariée. Leur pension est égale à 80 % du salaire de poste annuel moyen, calculé selon les mêmes modalités.
La troisième catégorie concerne les invalides absolument incapables d’exercer une activité ET ayant besoin de l’aide d’une tierce personne. Leur pension de base est identique à la deuxième catégorie (80 %), majorée d’une allocation de tierce personne égale à 20 % du salaire national minimum garanti (SNMG).
Ces montants sont relativement généreux en pourcentage du salaire — bien au-delà des taux français (30 % et 50 %). En contrepartie, le salaire de référence algérien étant lui-même bien plus bas que le salaire français, les montants absolus en dinars restent modestes.
Conditions d’ouverture du droit en France
Pour bénéficier d’une pension d’invalidité en France, il faut remplir plusieurs conditions cumulatives au moment de l’arrêt de travail ou de la constatation de l’invalidité :
- Être assuré social au régime général français (salarié ou assimilé)
- Être âgé de moins de 62 ans (l’invalidité se transforme automatiquement en pension de retraite à partir de l’âge légal)
- Avoir été immatriculé à la Sécurité sociale depuis au moins 12 mois
- Avoir travaillé au moins 600 heures au cours des 12 derniers mois, ou avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 2 030 fois le SMIC horaire au cours des 12 derniers mois
- Présenter une invalidité réduisant la capacité de travail ou de gain d’au moins deux tiers
C’est ici qu’intervient la totalisation prévue par la convention de 1980 : si les périodes de cotisation françaises seules sont insuffisantes pour ouvrir le droit, les périodes algériennes peuvent venir compléter. Un Algérien qui a travaillé 8 mois en France puis 6 mois en Algérie avant de tomber malade pourrait, grâce à la totalisation, atteindre le seuil de 12 mois d’assurance requis pour ouvrir ses droits en France.
Conditions d’ouverture du droit en Algérie
En droit algérien, la pension d’invalidité est attribuée avant l’âge de la retraite (60 ans en Algérie) à l’assuré qui présente une invalidité réduisant d’au moins 50 % sa capacité de travail ou de gain. Cette condition d’invalidité à 50 % est plus clémente que le seuil français de deux tiers (66,7 %).
La condition sur les périodes de travail est également plus souple : elle n’est pas opposable à l’assuré qui ne remplit pas les conditions de durée de travail pour bénéficier d’une pension de retraite, ce qui signifie concrètement qu’un travailleur avec peu d’années de cotisation peut quand même prétendre à une pension d’invalidité en Algérie si son état le justifie médicalement.
La demande doit être déposée auprès de la CNAS de la wilaya de résidence. Un médecin conseil de la CNAS évalue le taux d’invalidité et classe l’assuré dans l’une des trois catégories. Cette décision peut faire l’objet d’un recours devant la commission médicale de wilaya, puis devant la commission médicale nationale.
Montants de la pension d’invalidité en France en 2026
| Catégorie | Taux de base | Minimum garanti (approx. 2026) | Majoration tierce personne (3e cat.) |
|---|---|---|---|
| 1re catégorie (peut travailler partiellement) | 30 % du salaire annuel moyen | ~420 €/mois | — |
| 2e catégorie (incapable de travailler) | 50 % du salaire annuel moyen | ~420 €/mois | — |
| 3e catégorie (assistance tierce personne) | 50 % du salaire annuel moyen | ~420 €/mois | ~1 260 €/mois en plus |
La pension d’invalidité française est revalorisée chaque année selon l’inflation. Elle est soumise à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, sauf pour les invalides de première catégorie dont les ressources sont modestes. Elle est versée mensuellement sur le compte bancaire de l’assuré, y compris sur un compte algérien via virement international — la pension d’invalidité française est bien exportable, contrairement à l’AAH.
Montants de la pension d’invalidité en Algérie en 2026
Les pensions d’invalidité algériennes sont calculées sur la base du salaire de poste annuel moyen. Pour donner un ordre de grandeur concret : avec un salaire mensuel de référence de 50 000 DA (environ 330 € au taux parallèle), la pension de deuxième catégorie serait de 80 % soit 40 000 DA/mois (~265 €). Pour un SNMG fixé à 20 000 DA en 2026, la majoration tierce personne de la troisième catégorie représente 4 000 DA/mois supplémentaires.
Ces montants, modestes en valeur absolue, doivent être mis en perspective avec le coût de la vie en Algérie — significativement plus bas qu’en France — et avec la couverture médicale qui accompagne la pension.
À noter : les pensions d’invalidité algériennes ont bénéficié en 2026 des mêmes revalorisations historiques que les pensions de retraite — une hausse de 10 à 15 % annoncée par le gouvernement algérien. Pour un invalide résidant en Algérie, c’est une amélioration réelle du pouvoir d’achat.
La totalisation des périodes : comment ça fonctionne pour l’invalidité
Le mécanisme de totalisation pour l’invalidité fonctionne sur le même principe que pour la retraite, avec une nuance importante : l’invalidité est un événement qui survient à un moment précis, et c’est généralement le pays dans lequel se produit cet événement — ou dans lequel l’assuré cotisait au moment de l’arrêt de travail — qui devient le débiteur principal de la pension.
Concrètement, si un travailleur algérien résidant en France est reconnu invalide alors qu’il cotisait au régime français, c’est la CPAM française qui instruit le dossier et verse la pension. Si les cotisations françaises seules sont insuffisantes pour ouvrir les droits, la CPAM peut faire appel aux périodes algériennes pour compléter — mais elle calcule et verse uniquement la pension correspondant aux périodes françaises. La CNAS algérienne calcule et verse de son côté la pension correspondant aux périodes algériennes.
Il est important de comprendre que la totalisation ne fusionne pas les pensions — elle sert uniquement à vérifier que le seuil d’ouverture des droits est atteint dans chaque pays. Une fois ce seuil atteint, chaque pays calcule sa propre pension en ne tenant compte que des périodes cotisées chez lui.
Le problème majeur : l’exportabilité des pensions algériennes vers la France
C’est le point le plus douloureux de toute la relation sociale franco-algérienne, et il concerne autant les pensions d’invalidité que les pensions de retraite. La Caisse Nationale des Retraites (CNR) algérienne refuse systématiquement de verser ses pensions — retraite comme invalidité — aux assurés qui résident en France.
L’Algérie invoque un principe de territorialité de sa législation nationale, arguant que les conventions bilatérales ne couvrent que les travailleurs migrants retournant dans leur pays d’origine. La France conteste depuis des années cette interprétation, qu’elle juge contraire à la lettre et à l’esprit de la convention de 1980. Cette situation a été officiellement documentée par une question écrite soumise à l’Assemblée nationale en décembre 2025, dont la réponse publiée au Journal officiel du 10 février 2026 confirme que le différend reste non résolu et qu’aucune commission mixte franco-algérienne ne s’est tenue depuis 2018.
Les conséquences pratiques pour un Algérien invalide résidant en France qui aurait des années de cotisation algériennes sont claires et douloureuses : il ne peut pas percevoir sa pension d’invalidité algérienne depuis la France. Pour toucher cette pension, il devrait retourner vivre en Algérie — une contrainte que l’état de santé d’une personne invalide rend souvent impossible.
Ce que cela signifie concrètement : un Algérien invalide résidant en France avec des années de cotisation algérienne se retrouve à ne toucher que la pension française calculée sur ses seules années françaises, amputé de tout ce qu’il a cotisé en Algérie. La France, constatant cette lacune, lui verse des prestations de substitution (AAH notamment), supportant seule les conséquences financières d’un dysfonctionnement bilatéral qui relève pourtant de la responsabilité des deux États.
L’AAH pour les Algériens en France : conditions et montant
L’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) est une prestation française non contributive (elle ne dépend pas des cotisations) destinée aux personnes en situation de handicap dont les ressources sont insuffisantes. Elle est versée par la CAF ou la MSA.
Pour en bénéficier, les Algériens résidant en France doivent réunir les conditions suivantes :
- Être âgé d’au moins 20 ans (ou 16 ans sous certaines conditions)
- Résider régulièrement et de manière stable en France — condition vérifiée par le titre de séjour en cours de validité
- Présenter un taux d’incapacité permanent d’au moins 80 %, ou d’au moins 50 % avec une restriction substantielle et durable à l’accès à l’emploi reconnue par la CDAPH (Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées)
- Ne pas dépasser les plafonds de ressources fixés annuellement
En 2026, le montant maximal de l’AAH est de 1 016,05 € par mois pour une personne seule sans autre ressource. Ce montant est réduit selon les ressources du bénéficiaire et celles de son éventuel conjoint. Depuis la réforme de 2023, l’AAH est désormais calculée individuellement, sans tenir compte des revenus du conjoint pour les personnes en couple — une évolution importante qui a amélioré la situation de nombreux allocataires.
L’AAH est conditionnée à la résidence en France. Elle cesse d’être versée si le bénéficiaire quitte définitivement la France pour s’installer en Algérie — contrairement à la pension d’invalidité CPAM, qui est exportable.
La PCH (Prestation de Compensation du Handicap)
La Prestation de Compensation du Handicap (PCH) est une aide personnalisée versée par les Conseils Départementaux pour financer les besoins liés au handicap : aide humaine, aide technique (appareillage, matériel adapté), aménagement du logement, aménagement du véhicule, charges spécifiques ou exceptionnelles. Elle est distincte de l’AAH.
Les Algériens résidant légalement et de manière stable en France peuvent y prétendre sous les mêmes conditions que les ressortissants français. La demande se fait auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) du département de résidence. La CDAPH évalue les besoins et détermine les droits ouverts. La PCH n’est pas soumise à une condition de ressources mais à des conditions de handicap et d’âge.
Peut-on cumuler pension d’invalidité française et algérienne ?
En théorie, oui — chaque pays verse sa propre pension calculée sur ses propres années de cotisation, et il n’y a pas de règle de non-cumul dans la convention de 1980. Un assuré qui a cotisé en France ET en Algérie pourrait percevoir simultanément une pension d’invalidité française et une pension d’invalidité algérienne, proportionnelles aux années cotisées dans chacun des pays.
En pratique, ce cumul est bloqué pour les résidents en France par le refus de la CNR algérienne de verser ses prestations hors du territoire algérien. Un invalide qui accepte de vivre en Algérie pourrait potentiellement cumuler les deux pensions — à condition que la CPAM française accepte de verser sa pension en Algérie (ce qu’elle fait) et que la CNAS algérienne reconnaisse les droits ouverts côté algérien.
Le cumul de la pension d’invalidité française avec l’AAH est en revanche possible, sous certaines conditions et dans des limites fixées par les règles de non-cumul de la CAF.
Procédure de demande en France
La pension d’invalidité française se demande auprès de la CPAM. La procédure se déroule ainsi :
- Constatation médicale : votre médecin traitant établit un arrêt de travail initial. Après une période d’invalidité médicale (généralement après 3 ans d’arrêt de travail ou plus tôt en cas d’affection grave), la CPAM peut vous proposer ou vous pouvez demander une reconnaissance d’invalidité.
- Dossier CPAM : le médecin conseil de la CPAM évalue votre état de santé et vous classe dans l’une des trois catégories. Cette décision peut faire l’objet d’un recours.
- Demande d’AAH : parallèlement ou après l’attribution de la pension d’invalidité, vous pouvez déposer une demande d’AAH auprès de la MDPH de votre département, qui évalue votre taux d’incapacité. Si le taux retenu est d’au moins 50 %, la demande est instruite par la CDAPH.
- Totalisation des périodes algériennes : si vos périodes françaises sont insuffisantes, indiquez-le à votre CPAM et demandez l’application de la convention franco-algérienne de 1980. La CPAM contactera alors l’institution algérienne compétente pour vérifier vos périodes de cotisation algériennes.
Procédure de demande en Algérie
Si vous résidez en Algérie et souhaitez faire valoir des droits à une pension d’invalidité algérienne en faisant reconnaître vos années de cotisation françaises, la démarche est la suivante :
- Adressez-vous à la CNAS de votre wilaya de résidence, qui est l’organisme compétent pour les travailleurs salariés
- Fournissez les preuves de vos cotisations françaises : relevé de carrière CNAV ou CARSAT, bulletins de paie ou attestations d’employeur, documents attestant des périodes d’assurance en France
- La CNAS instruira votre dossier en appliquant le mécanisme de totalisation de la convention de 1980 pour vérifier si le seuil d’ouverture des droits est atteint
- Un médecin conseil de la CNAS évaluera votre taux d’invalidité et vous classera dans l’une des trois catégories algériennes
Passage de l’invalidité à la retraite
La pension d’invalidité est par nature une prestation temporaire — elle prend fin lorsque l’assuré atteint l’âge légal de la retraite. Ce passage se fait de façon différente dans les deux pays.
En France, la pension d’invalidité se transforme automatiquement en pension de retraite à 62 ans (ou 64 ans selon les règles de la réforme de 2023 selon le cas). L’invalide n’a aucune démarche à effectuer — la CPAM informe automatiquement la CNAV ou la CARSAT, qui prend le relais pour le versement de la retraite. Dans la plupart des cas, le montant de la retraite obtenu au titre de l’invalidité est au moins équivalent à celui de la pension d’invalidité.
En Algérie, selon l’article 34 de la loi 83/11, la pension d’invalidité est attribuée à l’assuré avant d’atteindre l’âge de la retraite (60 ans). À cet âge, elle se transforme également en pension de retraite selon les modalités prévues par le Code algérien des retraites. Si l’invalide ne remplit pas les conditions de durée de cotisation pour la retraite, la pension d’invalidité peut être maintenue sous certaines conditions.
Erreurs fréquentes à éviter
- Croire que la pension d’invalidité algérienne sera versée en France : le refus de la CNR de verser ses prestations hors d’Algérie est une réalité documentée et persistante. Ne comptez pas sur ce versement si vous résidez en France — explorez en priorité vos droits côté français (CPAM, AAH, PCH).
- Ne pas demander la totalisation des périodes algériennes à la CPAM : si vos années de cotisation françaises sont insuffisantes pour ouvrir vos droits, vous avez le droit de demander l’application de la convention de 1980 pour faire reconnaître vos périodes algériennes. Cette démarche n’est pas automatique — il faut la demander explicitement.
- Confondre AAH et pension d’invalidité : la pension d’invalidité est contributive (elle dépend de vos cotisations), versée par la CPAM, et exportable. L’AAH est non contributive (elle ne dépend pas des cotisations), versée par la CAF, conditionnée à la résidence en France, et soumise à conditions de ressources. Les deux peuvent se cumuler dans certaines limites.
- Ne pas s’inscrire à la MDPH en arrivant en France : la MDPH est le guichet unique du handicap en France — c’est elle qui instruit les demandes d’AAH, de PCH et de Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH). Cette inscription est indépendante de la demande de pension d’invalidité à la CPAM.
- Quitter la France sans avoir vérifié l’exportabilité de vos droits : la pension d’invalidité CPAM est exportable, mais l’AAH ne l’est pas. Si vous envisagez de vous installer en Algérie, la perte de l’AAH peut représenter une réduction significative de vos revenus.
- Attendre d’avoir atteint l’âge de la retraite pour faire valoir ses droits : la pension d’invalidité est conditionnée à ne pas avoir atteint l’âge légal de la retraite. Si vous attendez trop longtemps avant de demander la reconnaissance de votre invalidité, vous risquez de dépasser l’âge limite et de devoir demander directement votre retraite, avec potentiellement des droits moindres.
FAQ — Pension d’invalidité France-Algérie
La convention franco-algérienne de 1980 couvre-t-elle l’invalidité ?
Oui. La convention générale de sécurité sociale franco-algérienne du 1er octobre 1980 couvre explicitement la branche invalidité, au même titre que la retraite, l’assurance maladie et les accidents du travail. Elle prévoit la totalisation des périodes de cotisation et le versement par chaque pays de sa propre pension, proportionnelle aux années cotisées sur son territoire.
Un Algérien invalide résidant en France peut-il toucher une pension d’invalidité algérienne ?
En principe oui, selon la convention de 1980. En pratique non, car la CNR algérienne refuse de verser ses prestations aux résidents en France, invoquant un principe de territorialité contesté par la France. Ce différend est officiellement documenté et non résolu à ce jour. Pour percevoir une éventuelle pension algérienne, il faudrait résider en Algérie.
Quelles sont les trois catégories d’invalidité en Algérie ?
La première catégorie concerne les invalides capables d’exercer une activité salariée (pension de 60 % du salaire de référence). La deuxième catégorie concerne les invalides absolument incapables de travailler (pension de 80 % du salaire de référence). La troisième catégorie concerne les invalides absolument incapables de travailler ET nécessitant l’aide d’une tierce personne (pension de 80 % plus une majoration de 20 % du SNMG).
L’AAH est-elle accessible aux Algériens résidant en France ?
Oui, sous conditions. Les Algériens résidant régulièrement et de manière stable en France peuvent bénéficier de l’AAH s’ils remplissent les conditions de taux d’incapacité (au moins 50 % reconnu par la CDAPH), d’âge (au moins 20 ans) et de ressources. Son montant maximal est de 1 016,05 € par mois en 2026. Elle est conditionnée à la résidence en France et cesse en cas d’installation définitive en Algérie.
La pension d’invalidité française peut-elle être versée en Algérie ?
Oui. Contrairement à l’AAH, la pension d’invalidité de la CPAM est exportable — elle peut être versée par virement international sur un compte bancaire algérien si le bénéficiaire choisit de s’installer en Algérie. Le versement continue jusqu’à l’âge légal de la retraite, moment auquel la pension d’invalidité se transforme automatiquement en pension de retraite.
Que se passe-t-il à la pension d’invalidité lorsqu’on atteint l’âge de la retraite ?
En France, la pension d’invalidité se transforme automatiquement en pension de retraite à 62 ans (ou 64 ans selon les règles applicables). La CPAM informe la CNAV ou la CARSAT qui prend le relais pour le versement. En Algérie, la pension d’invalidité prend fin à 60 ans et est remplacée par la pension de retraite selon les règles du Code algérien des retraites.
Comment faire reconnaître mes années de cotisation algériennes pour une pension d’invalidité en France ?
Si vos périodes de cotisation françaises seules sont insuffisantes pour ouvrir vos droits, demandez explicitement à votre CPAM l’application de la convention franco-algérienne de 1980 et la prise en compte de vos périodes algériennes par totalisation. Fournissez vos justificatifs de cotisation algériens (relevé de carrière CNAS, bulletins de paie, attestations d’employeur). Cette démarche n’est pas automatique — vous devez la demander.
Lire aussi :
- Convention de sécurité sociale France-Algérie 1980
- Retraite Algérie-France : droits et cotisations
- Assurance vie pour les Algériens en France
- Pension alimentaire impayée France-Algérie
- Retraite anticipée en Algérie : guide financier
- Mutuelle santé en Algérie : comparatif
Sources : CLEISS — Convention générale de sécurité sociale franco-algérienne du 1er octobre 1980 (texte consolidé, cleiss.fr) | CLEISS — Accords de sécurité sociale entre la France et l’Algérie : invalidité (cleiss.fr) | Assemblée nationale — Question écrite n° 11418 de Mme Caroline Colombier, réponse publiée au JO du 10 février 2026, page 1301 | Khaled Touati, avocat — L’invalidité au titre des lois régissant la sécurité sociale en Algérie (village-justice.com) | Loi algérienne n° 83-11 du 2 juillet 1983 relative aux assurances sociales | Service-Public.fr — Pension d’invalidité : montants et conditions 2026 | Service-Public.fr — Allocation aux adultes handicapés (AAH) 2026 | MyBledi.com — Retraite en Algérie : faire valoir ses droits acquis à l’étranger (avril 2026) | ZoomAlgérie — Retraite des Algériens en France : droits, cotisations et pensions | CNAV / lassuranceretraite.fr — Droits à la retraite et à l’invalidité acquis hors UE




















































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































