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DZ Mafia : qui sont-ils vraiment ?

Le nom fait débat. La DZ Mafia — acronyme de « Dzayer », l’Algérie en arabe dialectal — est devenue en quelques années l’une des organisations criminelles les plus médiatisées de France. En mars 2026, l’opération Octopus a mis 42 de ses membres présumés en garde à vue. Quinze jours plus tard, le ministre de la Justice français se déplaçait à Alger pour en parler avec son homologue algérien. Mais entre le fantasme et la réalité, entre la stigmatisation et la vérité des faits, qui est vraiment la DZ Mafia ? Et que dit-elle — ou ne dit-elle pas — de l’Algérie ?

En résumé : La DZ Mafia est une organisation criminelle née à Marseille, dans les quartiers nord de la ville — principalement les cités du 14e et 15e arrondissement. Elle n’est pas algérienne au sens d’une organisation pilotée depuis l’Algérie : ses fondateurs et membres sont des Français, pour la plupart d’origine algérienne, nés et élevés dans les banlieues françaises. Son nom — « DZ » pour Dzayer, Algérie en arabe — reflète un sentiment identitaire de quartier, pas un rattachement organisationnel à l’État algérien. En mars 2026, l’opération Octopus a conduit à 43 interpellations et 26 mises en examen. Fin mai 2026, la visite du ministre Darmanin à Alger a mis la DZ Mafia au cœur des discussions franco-algériennes de coopération judiciaire.


Qu’est-ce que la DZ Mafia ?

La DZ Mafia est une organisation criminelle marseillaise spécialisée principalement dans le trafic de stupéfiants — cannabis, cocaïne et héroïne — mais aussi dans les assassinats commandités, les extorsions, le racket et le blanchiment d’argent. Le gang marseillais né à La Paternelle s’est imposé comme le plus puissant sur le marché de la drogue en France, étendant ses activités criminelles bien au-delà des cités du nord de Marseille.

Son nom vient du mot « DZ » — abréviation courante d' »Algérie » ou « d’Algériens » dans le langage des quartiers (de « Dzayer », le nom arabe d’Alger et, par extension, de l’Algérie). Ce nom est apparu au début des années 2020 comme un marqueur identitaire de bande — pas comme une déclaration d’allégeance à l’État algérien.

Le nom du cartel n’est mentionné pour la première fois que le 12 mars 2023 dans une story Snapchat de Mattéo Farina, l’un de ses membres présumés. Début 2023 également, un tag apparaît sur un point de deal avec un fennec aux couleurs de l’Algérie et des inscriptions comme « DZ jusqu’à la mort ».

La DZ Mafia est-elle vraiment « algérienne » ?

C’est la question centrale — et la plus politisée. La réponse factuelle est claire : non, la DZ Mafia n’est pas une organisation algérienne.

La DZ Mafia n’est pas une importation étrangère, elle est née dans les quartiers nord de Marseille, et plus précisément à la cité de la Paternelle. L’histoire de la DZ Mafia prend racine dans le 15e arrondissement de Marseille, à la cité Bassens, là où grandissent les frères Lamine et Mehdi Laribi.

Ses membres sont des Français. Ils sont nés à Marseille, ont grandi dans les cités marseillaises et ont construit leurs réseaux criminels en France. L’origine algérienne de beaucoup d’entre eux est le reflet démographique de Marseille — une ville où une part importante de la population a ses racines en Algérie — pas une connexion organisationnelle avec l’Algérie.

Le journaliste spécialisé Rachid Temal l’a résumé avec précision : « La DZ Mafia, c’est un problème des banlieues, c’est un problème franco-français. »

TSA Algérie a posé le même constat en y ajoutant une dimension critique : « Qu’il y ait des Français d’origine algérienne dans la mafia marseillaise, c’est dans l’ordre naturel des choses, sachant qu’une partie importante des habitants de la cité phocéenne a ses origines en Algérie. Ce qui est inexact, c’est de prétendre que cette mafia est algérienne ou qu’elle est constituée exclusivement d’Algériens. Même ses éléments ayant des origines algériennes sont avant tout des Français. »

Comment fonctionne la DZ Mafia ? Sa structure

La DZ Mafia n’est pas une organisation mafieuse traditionnelle au sens sicilien du terme. La DZ n’a de mafia que le nom. Le gang fonctionne non pas comme une société secrète pyramidale, mais comme une structure opportuniste.

Les investigations ont permis de déterminer que les chefs présumés constituent un « triumvirat » agissant de concert ou en autonomie sous le couvert de l’organisation criminelle dénommée « DZ mafia ». L’enquête a également mis en exergue de très nombreuses complicités d’individus exerçant des rôles divers : lieutenants, tenanciers de points de deal, collecteurs, fournisseurs de moyens et logisticiens, prêtes-noms, investisseurs et blanchisseurs.

Autre caractéristique qui surprend : l’organisation recrute massivement via les réseaux sociaux, comme Snapchat, des « petites mains » (guetteurs, vendeurs) et des tueurs à gages. Des adolescents, parfois âgés d’à peine 14 ou 18 ans, sont recrutés pour exécuter des contrats contre quelques milliers d’euros.

Des profils inédits sont également apparus au sein de l’organisation. Des femmes occupent désormais des rôles opérationnels allant de la logistique à la désignation de cibles, sortant du rôle traditionnel de « nourrice ». Certaines ont même été impliquées directement dans des tentatives d’assassinat ou la gestion d’armes de guerre.

Les principaux chefs présumés

D’origine algérienne, Amine Oualane, dit « Gsxr1000 », « Mamine », « Mamine Escobar » ou « Jalisco », est natif de la Belle-de-Mai et a grandi aux Micocouliers. Avant de devenir l’un des chefs de la DZ, « Mamine » a connu une enfance difficile. En cavale depuis près de deux ans, il a été arrêté le 13 avril 2026 devant sa résidence espagnole par la brigade nationale de recherche des fugitifs (BNRF), alors qu’il venait d’être condamné en son absence par la cour d’assises d’Aix-en-Provence à 25 ans de réclusion criminelle.

Les frères Laribi — Lamine et Mehdi, originaires de la cité Bassens dans le 15e arrondissement de Marseille — sont parmi les figures les plus citées dans les enquêtes judiciaires. Certains membres présumés restent en fuite, notamment ceux soupçonnés d’avoir trouvé refuge à l’étranger.

L’opération Octopus : le grand coup de filet de mars 2026

L’événement judiciaire le plus marquant de cette affaire reste sans conteste l’opération Octopus.

Le lundi 9 mars 2026, une opération d’une envergure exceptionnelle conduite par plus de 1 000 militaires de la Gendarmerie nationale a permis l’interpellation de 43 individus soupçonnés d’occuper un rôle important au sein de l’organisation criminelle de la « DZ Mafia ». Résultat d’une enquête de longue haleine, ce coup de filet illustre le changement de stratégie de la gendarmerie en matière de lutte contre ces réseaux criminels.

L’objectif était double : cartographier précisément les maillons de cette organisation et la démanteler, non pas en s’attaquant à son carburant — les stupéfiants —, mais en entravant ses réseaux de blanchiment.

Le bilan : en mars 2026, la police française porte un coup à l’organisation en interpellant 41 de ses membres présumés dont 30 seront mis en examen et 15 placés en détention provisoire.

L’enquête avait démarré bien avant. Tout commence le 22 février 2024 avec la dénonciation d’un juge d’instruction montrant que des gérants de point de vente de drogue rendent des comptes réguliers à un cadre de la « DZ Mafia » incarcéré. La juridiction inter-régionale spécialisée (JIRS) de Marseille décide d’ouvrir une nouvelle enquête.

La DZ Mafia et l’Algérie : le dossier diplomatique

Fin mai 2026, la DZ Mafia est devenue, pour la première fois, un sujet diplomatique franco-algérien à part entière.

La DZ Mafia, très active dans le sud de la France, a occupé une place importante dans l’agenda du ministre de la Justice français, Gérald Darmanin, en visite en Algérie le 18 mai. Lors de son entretien avec son homologue algérien, Lotfi Boudjemaa, il a clairement été question de « la criminalité organisée, en particulier du dossier de la DZ Mafia ».

Pourquoi l’Algérie est-elle dans l’équation ? Après l’opération Octopus en mars 2026, la justice française entend poursuivre sa traque de l’autre côté de la Méditerranée. Les enquêteurs français pensent que l’Algérie pourrait abriter des avoirs financiers liés au trafic de drogue, mais aussi qu’une dizaine de membres de la DZ Mafia y auraient trouvé refuge : des têtes de réseau comme Mehdi L., alias « Tic », ou Mohamed D., alias « Mimo ».

La réponse algérienne, pour l’instant, est mesurée. Comme le note un observateur : « Les renseignements algériens ont toujours collaboré. Je ne pense pas que les autorités algériennes refuseraient de collaborer pour neutraliser les têtes de pont, si le cas se présentait. »

Le débat : la DZ Mafia stigmatise-t-elle les Algériens ?

C’est le débat qui traverse silencieusement les familles de la diaspora algérienne en France. Beaucoup le ressentent comme une association de leur identité — « DZ », l’Algérie — à la criminalité organisée. Et ce ressenti n’est pas infondé.

Mais la nuance s’impose : ce nom a été choisi par les membres de l’organisation eux-mêmes — des jeunes hommes qui ont grandi dans les banlieues françaises et qui ont revendiqué cette identité « DZ » comme un marqueur de leur appartenance à une culture, une origine, un quartier. Ce n’est ni un accident ni une étiquette imposée de l’extérieur.

L’analyse la plus lucide est probablement celle de TSA : « C’est curieux, mais le Maroc n’est jamais associé à la DZ Mafia, ni au trafic de drogue en France, alors que ce pays est le plus grand producteur et fournisseur de cannabis au monde. » Ce constat pointe vers une asymétrie dans le traitement médiatique — où l’origine algérienne des membres est soulignée, tandis que l’origine marocaine de la majorité des stupéfiants qu’ils revendent est rarement mise en avant.

Ce débat n’est pas anecdotique. Il touche à la façon dont la France parle de ses minorités, à la manière dont les médias nomment les organisations criminelles, et à la question de la responsabilité collective — qui n’a aucun sens en droit comme en éthique. Les membres de la DZ Mafia sont responsables de leurs actes. Les Algériens de France — ou d’Algérie — n’ont aucune responsabilité dans les crimes d’une organisation qui a choisi leur identité comme blason.

Ce que la DZ Mafia dit de la France — pas de l’Algérie

La DZ Mafia est un produit social et géographique français. Elle est née dans les quartiers nord de Marseille — dans les mêmes quartiers qui concentrent la pauvreté, le chômage de masse, la relégation scolaire et le sentiment d’abandon de l’État. Son essor dit quelque chose de l’échec des politiques de la ville en France, de l’économie souterraine qui comble le vide laissé par l’économie formelle, et du recrutement de très jeunes adolescents faute d’autres perspectives.

Elle dit aussi quelque chose du rapport à l’identité des deuxième et troisième générations — ces jeunes Français qui se disent « DZ » parce que c’est la seule identité dans laquelle ils se reconnaissent pleinement, entre deux cultures qui les tiennent parfois à distance.

L’Algérie, elle, a ses propres défis en matière de criminalité organisée. Mais la DZ Mafia — au sens de l’organisation criminelle qui sévit à Marseille — n’en fait pas partie. Le nom est algérien. L’organisation est française.

Chronologie : les moments clés de la DZ Mafia

DateÉvénement
Fin 2010sÉmergence du groupe dans les cités du 14e et 15e arrondissement de Marseille (Bassens, Belle-de-Mai, Paternelle)
Début 2023Premier tag « DZ Mafia » avec fennec aux couleurs algériennes sur un point de deal
Mars 2023Première mention du nom dans une story Snapchat de Mattéo Farina
22 février 2024Ouverture de l’enquête JIRS de Marseille sur la structure de la DZ Mafia
9-10 mars 2026Opération Octopus : 43 interpellations par 1 000 gendarmes et membres du GIGN
Avril 2026Procès des premiers chefs présumés à Aix-en-Provence
13 avril 2026Arrestation d’Amine Oualane (« Mamine ») en Espagne par la BNRF
18 mai 2026Visite de Gérald Darmanin à Alger — coopération judiciaire franco-algérienne sur la DZ Mafia

Ce qu’il faut retenir

  • La DZ Mafia est une organisation criminelle née à Marseille, dans les quartiers nord de la ville — pas une importation algérienne.
  • Ses membres sont des Français, principalement d’origine algérienne, nés et élevés en France.
  • Le nom « DZ » est un marqueur identitaire de bande, pas une affiliation organisationnelle à l’Algérie.
  • L’opération Octopus (mars 2026) est le plus grand coup de filet judiciaire jamais mené contre l’organisation.
  • La coopération judiciaire franco-algérienne est sollicitée pour les membres présumés en fuite ou pour tracer des avoirs suspects en Algérie.
  • La stigmatisation des Algériens via ce nom est un débat légitime — mais la responsabilité des crimes appartient exclusivement à leurs auteurs, pas à une communauté.

FAQ — DZ Mafia

Qu’est-ce que la DZ Mafia ?

La DZ Mafia est une organisation criminelle marseillaise spécialisée dans le trafic de stupéfiants, les assassinats commandités, les extorsions et le blanchiment. Elle est née dans les quartiers nord de Marseille au tournant des années 2020 et s’est imposée comme l’une des plus puissantes organisations criminelles de France. Son nom vient de « DZ », abréviation d’Algérie en arabe dialectal, utilisée comme marqueur identitaire par ses fondateurs.

La DZ Mafia est-elle dirigée depuis l’Algérie ?

Non. L’organisation est née et fonctionne principalement depuis Marseille. La justice française soupçonne que quelques membres en fuite pourraient se trouver en Algérie, mais l’organisation n’est pas pilotée depuis le territoire algérien. Les autorités algériennes ont signalé leur disponibilité à coopérer avec la France dans ce dossier.

Qui sont les chefs de la DZ Mafia ?

Les principaux chefs présumés identifiés par la justice française sont notamment Amine Oualane (alias « Mamine » ou « Jalisco »), arrêté en Espagne en avril 2026, les frères Laribi et d’autres membres du « triumvirat » identifié par l’enquête Octopus. La structure fonctionne comme un collectif de chefs de clans plus que comme une hiérarchie pyramidale.

Qu’est-ce que l’opération Octopus ?

L’opération Octopus est l’opération judiciaire et policière menée les 9 et 10 mars 2026 par plus de 1 000 militaires de la Gendarmerie nationale, dont des membres du GIGN, contre la DZ Mafia. Elle a conduit à 43 interpellations, 26 mises en examen et 15 détentions provisoires. L’enquête visait particulièrement les réseaux de blanchiment de l’organisation.

Pourquoi la DZ Mafia s’appelle-t-elle ainsi ?

« DZ » est l’abréviation populaire d’Algérie (de « Dzayer », le nom arabe d’Alger). Ce nom a été adopté par les membres fondateurs comme marqueur identitaire de leur origine ou de leur appartenance culturelle — un phénomène courant dans la culture des quartiers. Il n’implique aucun lien organisationnel avec l’État ou les institutions algériennes.

La DZ Mafia stigmatise-t-elle les Algériens ?

C’est une question légitime que de nombreux membres de la diaspora algérienne se posent. Le nom crée une association entre l’identité algérienne et la criminalité organisée, ce que beaucoup ressentent comme une injustice. Les experts soulignent que l’organisation est française dans son fonctionnement et ses origines sociales, et que la responsabilité de ses crimes appartient exclusivement à ses membres, pas à une communauté entière.

Lire aussi sur Zoom Algérie :


Sources : Wikipedia — DZ Mafia (article mis à jour, consulté mai 2026) | Le JDD — Opération Octopus : le grand coup de filet contre la DZ Mafia, 16 mars 2026 | France 3 Provence — Opération Octopus, 42 interpellations, 12 mars 2026 | ICI.fr — DZ Mafia : l’ascension fulgurante d’un nouveau réseau, 14 mars 2026 | Gendarmerie Nationale (gendinfo.fr) — Opération Octopus, 14 mars 2026 | Franceinfo — Darmanin en Algérie, « la DZ Mafia c’est un problème franco-français », 18 mai 2026 | Yahoo Actualités / Independent Arabia — La DZ Mafia et la coopération judiciaire franco-algérienne, 20 mai 2026 | TSA Algérie — DZ Mafia : l’Algérie stigmatisée, le Maroc épargné