Mise de fonds pour acheter au Canada quand on vient d’Algérie : épargne étrangère, preuve des fonds et hypothèque
- Dzaïr Zoom / 3 minutes
- 17 octobre 2026

Un nouvel arrivant peut acheter au Canada avec une épargne constituée en Algérie, mais une mise de fonds n’est acceptée que si le prêteur peut en voir l’origine et le trajet. Le minimum légal est de 5 % du prix jusqu’à 500 000 $, puis 10 % de la tranche au-delà, selon l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC). Mais le chiffre qui bloque le plus souvent un dossier n’est pas ce pourcentage : c’est la capacité à prouver que l’argent est bien le vôtre, qu’il est arrivé légalement et qu’il est disponible dans un compte canadien avant la signature.
Pour un Algérien, une difficulté s’ajoute : le dinar n’est pas librement convertible, et sortir une épargne d’Algérie obéit à des règles de change strictes. Ce guide se concentre donc sur ce que les guides généraux traitent en quelques lignes : quelles sources de mise de fonds les prêteurs acceptent, quelles pièces fournir pour chacune, ce qu’il est réaliste de compter depuis l’Algérie, et les erreurs qui retardent ou font échouer une demande. Il ne remplace ni votre prêteur, ni un notaire, ni votre banque algérienne : chacun peut exiger des pièces supplémentaires.
L’essentiel à retenir
- Minimum fédéral : 5 % jusqu’à 500 000 $, 10 % sur la partie entre 500 000 $ et 1,5 M$, 20 % à partir de 1,5 M$ (ACFC, page du 15 octobre 2025). Une banque peut exiger davantage selon votre statut et votre dossier.
- Sources reconnues : épargne personnelle, retrait de REER, don non remboursable d’un proche parent, produit de la vente d’une propriété, emprunt garanti par des actifs confirmés (liste donnée par la SCHL).
- Preuve habituelle : relevés des 90 derniers jours, lettre de don signée si l’argent est offert, copie du virement reçu pour des fonds venus de l’étranger.
- Épargne restée en Algérie : ne comptez dessus que si le transfert est déjà fait et visible dans votre compte canadien. Le prêteur ne finance pas une promesse de virement.
- Dépôt de dernière minute : une grosse somme arrivée la semaine précédente, sans explication ni historique, attire des questions.
- Mise de fonds et frais de clôture sont deux montants distincts : les frais (droits de mutation, notaire, inspection) ne font pas partie de la mise de fonds.
Sommaire
- Combien faut-il de mise de fonds, et pourquoi le minimum ne suffit pas toujours ?
- Quelles sources de mise de fonds les prêteurs acceptent-ils ?
- Tableau : chaque source, sa preuve et son piège
- Peut-on utiliser l’épargne restée en Algérie ?
- Comment prouver l’origine de sa mise de fonds ?
- Combien de mois de relevés faut-il fournir ?
- Don de la famille : lettre de don et limites
- REER et CELIAPP : mobiliser son épargne canadienne
- Emprunter pour sa mise de fonds : possible, mais encadré
- Le statut d’immigration change-t-il la mise de fonds ?
- Quatre cas pratiques
- Calendrier conseillé avant l’offre d’achat
- Erreurs fréquentes
- Checklist avant de demander une préapprobation
- Questions fréquentes
- Lire aussi
- Sources officielles et références
Combien faut-il de mise de fonds, et pourquoi le minimum ne suffit pas toujours ?
La règle fédérale est la même pour tous les acheteurs. Selon la page « Combien faut-il pour une mise de fonds » de l’ACFC (mise à jour le 15 octobre 2025), le minimum se calcule par tranches :
| Prix d’achat | Mise de fonds minimale | Exemple (calcul illustratif) |
|---|---|---|
| 500 000 $ ou moins | 5 % du prix | 400 000 $ : 20 000 $ |
| Plus de 500 000 $ et moins de 1,5 M$ | 5 % des premiers 500 000 $, puis 10 % du reste | 600 000 $ : 35 000 $ |
| 1,5 M$ ou plus | 20 % du prix | 1,5 M$ : 300 000 $ |
Ce sont des planchers réglementaires, pas une garantie de financement. L’ACFC précise que les travailleurs autonomes ou les personnes dont l’historique de crédit est faible peuvent se voir demander davantage. Pour un nouvel arrivant sans dossier de crédit canadien, un prêteur peut donc fixer sa propre exigence, plus haute que 5 %. Le détail des programmes bancaires, de l’assurance prêt hypothécaire et des documents généraux est traité dans notre guide sur le prêt hypothécaire pour nouvel arrivant au Canada ; le présent article se concentre sur la provenance et la preuve de la somme elle-même.
Deux points à retenir sur le seuil de 20 %. Sous ce seuil, une assurance contre le défaut de paiement est habituellement exigée, ce qui ajoute une prime au coût de l’achat : notre article sur l’assurance prêt hypothécaire SCHL détaille le barème. Et l’ACFC rappelle qu’en règle générale la mise de fonds est versée « à partir de vos propres fonds », ce qui explique pourquoi les prêteurs examinent de près d’où vient l’argent.
Quelles sources de mise de fonds les prêteurs acceptent-ils ?
La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) cite, dans sa foire aux questions sur l’assurance prêt hypothécaire, les sources couramment utilisées : l’épargne personnelle, le retrait d’un REER, un don non remboursable fait par un proche parent, le produit de la vente d’une autre propriété et un emprunt garanti par des actifs confirmés. La liste n’est pas présentée comme exhaustive, et chaque prêteur applique ensuite sa propre politique.
Pour une personne qui arrive d’Algérie, ces sources se traduisent ainsi :
- Épargne personnelle : économies faites en Algérie puis transférées, ou économies constituées au Canada depuis votre arrivée.
- Produit de la vente d’un bien : appartement, terrain ou local vendu en Algérie, dont le prix a été transféré selon la procédure bancaire applicable.
- Don d’un proche parent : parents ou conjoint, en Algérie ou dans un pays tiers comme la France.
- REER et CELIAPP : uniquement l’épargne constituée ou transférée selon les règles de ces comptes, détaillées plus bas.
- Emprunt : accepté seulement dans des cas précis, avec des conséquences sur votre capacité de remboursement.
Tableau : chaque source, sa preuve et son piège
| Source | Preuve généralement demandée | Piège principal |
|---|---|---|
| Épargne dans un compte canadien | Relevé d’épargne ou de placement des 90 derniers jours (liste de documents CIBC) | Un dépôt récent et important sans explication |
| Épargne arrivée d’Algérie | Copie du virement reçu et relevé montrant la réception des fonds dans votre compte ; relevés algériens d’appui | Fonds transférés trop tard, ou sans lien documenté avec votre épargne d’origine |
| Vente d’un bien en Algérie | Acte de vente, preuve de l’encaissement et du transfert, relevés des deux comptes | Transfert non autorisé ou non terminé avant la date de clôture |
| Don d’un parent | Lettre attestant que la somme est un don non remboursable, preuve des fonds chez le donateur ou chez vous | Un « don » qui est en réalité un prêt |
| Retrait de REER (Régime d’accession à la propriété) | Document relatif au retrait RAP (liste CIBC) | Ne pas remplir les conditions d’admissibilité du RAP |
| Emprunt | Contrat de prêt ou de marge, prise en compte de la mensualité | Taux d’endettement qui dépasse la limite du prêteur |
Les pièces exactes varient d’un prêteur à l’autre. Les listes de la CIBC citées ici servent d’illustration : votre banque ou votre courtier vous remettra sa propre liste, et il est prudent de la faire confirmer avant de demander des documents à durée de validité courte.
Peut-on utiliser l’épargne restée en Algérie ?
Juridiquement, rien n’interdit à un prêteur canadien d’accepter une épargne d’origine algérienne : ce qui compte pour lui, c’est qu’elle soit documentée et déjà arrivée. La difficulté se situe ailleurs, dans la sortie des fonds d’Algérie. Elle ne relève pas des règles canadiennes, mais de la réglementation des changes algérienne, appliquée par les banques.
Plusieurs éléments sont à connaître, avec leurs limites :
- Le dinar n’est pas librement convertible. Les opérations de change passent par les intermédiaires agréés, c’est-à-dire les banques. Notre article sur le compte en dinars, compte en devises ou compte CEDAC explique ce que chaque type de compte permet.
- Un compte en devises ne se remplit pas librement avec des dinars. Il peut conserver des devises effectivement entrées en Algérie, mais ne permet pas de transformer à volonté une épargne en dinars en euros ou en dollars.
- La réglementation de la Banque d’Algérie encadre la constitution d’avoirs à l’étranger par des résidents à partir de fonds d’origine algérienne. Le règlement n° 07-01 et l’ordonnance n° 03-11 sont les textes de référence cités dans la presse spécialisée et par les cabinets, avec des exceptions étroitement définies. La situation d’une personne qui quitte définitivement l’Algérie pour s’établir au Canada est une question que seule votre banque algérienne ou la Banque d’Algérie peut trancher pour votre dossier précis ; les pratiques peuvent aussi évoluer. À confirmer par écrit avant tout projet.
- Le produit de la vente d’un bien immobilier suit une procédure spécifique, décrite dans notre guide sur le rapatriement de l’argent d’une vente immobilière. Elle n’est ni automatique ni immédiate.
La conséquence pratique est simple. Ne signez pas une promesse d’achat en comptant sur un virement algérien dont vous n’avez pas obtenu la confirmation écrite de la banque. Tant que l’argent n’est pas dans votre compte canadien, il n’existe pas pour le prêteur. Et une conversion ou un transfert sans trace bancaire ne pourra pas être justifié auprès d’un prêteur canadien : ne prévoyez pas de mise de fonds qui en dépend.
Le cas des sommes que vous avez déjà fait passer du côté canadien est plus simple. Si elles sont arrivées par le circuit bancaire, avec une confirmation de virement et vos relevés d’origine, vous avez un dossier lisible. Une règle voisine existe pour l’argent en main propre : à l’entrée au Canada, il faut déclarer à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) les espèces ou instruments monétaires d’une valeur de 10 000 $ CA ou plus ; transporter la somme n’est pas illégal si elle est déclarée, mais elle peut être saisie dans le cas contraire. Déclarer votre argent à la frontière ne prouve toutefois pas son origine : cela ne remplace ni les relevés ni la traçabilité exigée par le prêteur.
Comment prouver l’origine de sa mise de fonds ?
Le prêteur et ses équipes de conformité ne cherchent pas à savoir si vous êtes Algérien. Ils cherchent à reconstituer une histoire cohérente : d’où vient l’argent, depuis quand il est à vous, par où il est passé, et pourquoi il se trouve aujourd’hui dans un compte canadien. Plusieurs prêteurs précisent d’ailleurs leurs attentes pour les fonds étrangers. La Banque Laurentienne, dans sa liste de documents pour un achat (édition de 2019), demandait ainsi, pour des fonds provenant de l’étranger, la copie du transfert par câble reçu et le relevé du compte démontrant la réception des fonds dans le compte de l’emprunteur. L’idée générale reste actuelle : chaque étape doit pouvoir être justifiée par un document.
Pour une épargne venue d’Algérie, le dossier le plus solide associe :
- Les relevés du compte algérien d’origine, sur plusieurs mois, montrant l’épargne ou le dépôt de la somme.
- La preuve de l’origine de l’argent : fiches de paie ou attestations de travail, avis d’imposition, acte de vente d’un bien, ou lettre de la banque lorsqu’elle accepte d’en délivrer une.
- Le justificatif du transfert : confirmation du virement, avis de réception par la banque canadienne, relevé du compte canadien où la somme figure.
- Les traductions demandées par le prêteur lorsque les documents ne sont ni en français ni en anglais.
Votre banque ou votre courtier peut vous dire si une traduction certifiée est nécessaire. Gardez aussi les originaux et les versions numériques datées : certaines pièces, comme les relevés, perdent de leur valeur avec le temps.
Il faut distinguer cette vérification de la déclaration de télévirement faite par les institutions financières. Selon CANAFE (le Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada), les entités déclarantes, dont les banques, doivent déclarer les télévirements internationaux de 10 000 $ ou plus reçus en une seule opération, ou cumulés sur 24 heures. Cette déclaration est une obligation de la banque, pas une accusation contre vous. Elle explique en revanche pourquoi un virement important peut s’accompagner de questions sur son origine.
Si le virement vient d’une somme gagnée ou épargnée durant plusieurs années, vous n’avez rien à cacher mais tout à documenter. Si vous avez un doute sur la manière de présenter une situation inhabituelle (vente d’un bien familial, héritage, rapatriement par étapes), parlez-en d’abord à votre prêteur ou à un conseiller indépendant, avant de déplacer l’argent.
Combien de mois de relevés faut-il fournir ?
Il n’existe pas de durée unique fixée par la loi. Les pratiques varient d’un prêteur à l’autre. À titre d’exemple publié, la CIBC demande dans sa liste de documents hypothécaires un relevé de compte d’épargne ou d’investissement des 90 derniers jours pour la mise de fonds. D’autres prêteurs, notamment pour les nouveaux arrivants, peuvent demander une lettre de référence d’une institution financière du pays d’origine ou plusieurs mois de relevés du compte principal. Les conditions étant propres à chaque prêteur, retenez une règle prudente : l’argent doit apparaître dans votre compte canadien depuis plusieurs semaines, avec un historique lisible.
Concrètement, cela veut dire :
- faire arriver les fonds bien avant l’offre d’achat, pas la veille ;
- éviter les mouvements entre vos comptes qui rendent le trajet difficile à suivre ;
- conserver, pour chaque dépôt important, le document qui l’explique (confirmation de virement, acte de vente, lettre de don).
Un dépôt soudain n’est pas interdit. Mais plus il est récent, plus le prêteur voudra comprendre ce qu’il représente, et plus vous devrez le justifier.
Don de la famille : lettre de don et limites
Un don de vos parents, de votre conjoint ou d’un autre proche est une source courante chez les nouveaux arrivants. La SCHL le mentionne sous la forme d’un « don non remboursable fait par un proche parent ». Le mot qui compte est non remboursable : si la somme doit être rendue, elle est traitée comme une dette.
Les prêteurs demandent généralement une lettre de don, par exemple la CIBC dans sa liste de documents (« lettre d’attestation du don »). Ces lettres suivent des modèles propres à chaque institution ; on y retrouve typiquement l’identité du donateur et son lien avec vous, le montant, l’affirmation qu’aucun remboursement n’est exigé, et qu’aucune personne intéressée à la transaction n’a fourni l’argent. Ne copiez pas un modèle trouvé en ligne : demandez celui de votre prêteur. Le donateur peut aussi devoir prouver qu’il détient les fonds (relevé de son compte) ou que la somme est arrivée dans le vôtre.
Si vos parents vivent en Algérie, les contraintes de change décrites plus haut s’appliquent à eux : leur virement vers le Canada ne devient pas plus simple parce qu’il s’agit d’un don. Si le donateur vit dans un autre pays, comme la France, le virement international suit les règles de sa banque. Dans les deux cas, la somme doit être arrivée et documentée avant que le prêteur ne l’accepte. Sur l’autre sens, de vous vers votre famille, notre article sur le fait de transférer de l’argent du Canada vers l’Algérie explique les modalités bancaires, qui ne s’appliquent pas telles quelles à l’envoi d’Algérie vers le Canada.
REER et CELIAPP : mobiliser son épargne canadienne
Une fois installé au Canada, deux comptes peuvent soutenir la mise de fonds. Notre guide sur le CELI, REER et CELIAPP pour un nouvel arrivant en détaille le fonctionnement ; voici ce qui compte pour la mise de fonds.
- Régime d’accession à la propriété (RAP) : selon l’Agence du revenu du Canada (page du 20 janvier 2026), vous pouvez retirer jusqu’à 60 000 $ de votre REER. Vous devez être résident du Canada au moment du retrait, avoir une entente écrite pour acheter ou construire une habitation admissible, être en principe un acheteur d’une première habitation (pas de logement occupé comme résidence principale que vous possédiez durant l’année du retrait et les quatre années civiles précédentes), et avoir l’intention d’en faire votre résidence principale. La maison doit être achetée ou construite avant le 1er octobre de l’année suivant le premier retrait. Les sommes retirées doivent ensuite être remboursées au REER selon les règles de l’ARC.
- CELIAPP : l’ARC indique que les droits de cotisation de la première année d’ouverture sont de 8 000 $. Les plafonds annuel et à vie, ainsi que les conditions de retrait, sont précisés sur ses pages dédiées. Si vous avez été propriétaire d’un logement à l’étranger dans les dernières années, faites confirmer à l’ARC l’effet de cette situation sur votre admissibilité avant d’ouvrir le compte.
Pour un nouvel arrivant, ces comptes ne s’alimentent pas avec l’argent resté en Algérie par simple décision. Les cotisations à un REER dépendent des droits de cotisation que vous accumulez avec vos revenus déclarés au Canada, que vous pouvez consulter dans votre dossier de l’ARC. Un arrivant de quelques mois a donc rarement un REER suffisant pour un retrait important : prévoyez-le comme un complément, pas comme la source principale.
Emprunter pour sa mise de fonds : possible, mais encadré
La SCHL range « un emprunt garanti par des actifs confirmés » parmi les sources possibles. Chez Sagen, l’un des assureurs hypothécaires privés, la page consacrée à la mise de fonds empruntée indique qu’elle concerne les prêts à ratio élevé (de 90,01 % à 95 % de la valeur) lorsque l’argent provient de sources sans lien de dépendance, comme un prêt personnel, une marge de crédit ou une carte de crédit. Le remboursement de cet emprunt doit être inclus dans le calcul du ratio d’amortissement de la dette totale (ratio ATD), dont la limite publiée est de 44 %. Sagen exige aussi un profil de crédit solide, avec un pointage minimal de 600.
Pour un nouvel arrivant sans historique de crédit canadien, cette voie est donc rarement la plus réaliste. Elle réduit votre capacité d’emprunt hypothécaire et peut compliquer le test de résistance. Un prêt familial, même sans intérêt, doit être déclaré comme tel : il n’a rien à voir avec un don. Si vous envisagez cette voie, comparez d’abord les conditions auprès d’un courtier hypothécaire ou d’une banque et demandez par écrit ce que chaque prêteur accepte.
Le statut d’immigration change-t-il la mise de fonds ?
Oui, indirectement. Un résident permanent peut viser le minimum fédéral, sous réserve de l’acceptation du prêteur. Pour un travailleur étranger ou un résident non permanent, certaines banques fixent un plancher plus élevé via leurs programmes dédiés : le guide cité plus haut en donne des exemples. Si vous n’avez pas encore le statut de résident permanent, vérifiez en outre votre admissibilité à l’achat au regard de la Loi sur l’interdiction d’achat d’immeubles résidentiels par des non-Canadiens, dont l’échéance annoncée par Finances Canada en février 2024 était le 1er janvier 2027 ; son sort après cette date devait être confirmé à la date de rédaction. Notre guide d’achat au Québec pour un immigrant algérien résume ces conditions.
Ne confondez pas la mise de fonds et le reste de la facture. Les droits de mutation (taxe de bienvenue), les honoraires du notaire, l’inspection et les ajustements se paient en plus : notre article sur les frais d’achat d’une maison au Québec permet de les chiffrer. Votre épargne doit couvrir les deux.
Quatre cas pratiques
Les situations ci-dessous sont fictives ; les montants servent d’illustration et ne garantissent aucun résultat.
Cas 1 : Karim, résident permanent depuis huit mois. Il a 28 000 $ dans un compte canadien, dont 24 000 $ transférés d’Algérie il y a cinq mois, avec confirmation de virement et relevés algériens montrant l’épargne sur deux ans. Son dossier est lisible : source, trajet, durée. Le prêteur demandera surtout ses relevés des derniers mois et ses preuves de revenu au Canada.
Cas 2 : Nadia, qui compte sur des dinars restés au pays. Elle a une épargne en dinars à Alger et veut l’envoyer au Canada « le mois précédant l’offre d’achat ». Elle n’a pas encore demandé à sa banque algérienne si le transfert est possible, ni comment. Son plan est fragile : sans confirmation écrite, elle ne peut pas annoncer à son prêteur une mise de fonds à venir. Elle devrait d’abord clarifier la faisabilité, puis chiffrer son budget uniquement avec les fonds déjà arrivés.
Cas 3 : un couple aidé par la famille. Les parents de l’épouse vivent en France et offrent 30 000 $ CA équivalents. Chacun fournit une lettre de don dans le format du prêteur, et le virement est reçu plusieurs semaines avant l’offre d’achat. Le prêteur voit un don non remboursable, une preuve de fonds chez le donateur et une réception sur le compte. La clé, ici, n’est pas le montant mais la cohérence des pièces.
Cas 4 : Yacine, qui a vendu un appartement en Algérie. Il détient l’acte de vente, la preuve de l’encaissement et la confirmation du transfert. Il a fait confirmer par sa banque que la procédure était lancée, puis attend son aboutissement avant de fixer une date de signature. Il ne met pas de condition de financement fondée sur une somme qui n’est pas encore arrivée.
Calendrier conseillé avant l’offre d’achat
| Étape | Objectif |
|---|---|
| Plusieurs mois avant | Faire confirmer par votre banque algérienne et votre banque canadienne la voie de transfert, et rassembler les relevés d’origine |
| Avant la préapprobation | Demander au prêteur sa liste de pièces pour la mise de fonds, la lettre de don et les fonds étrangers |
| Plusieurs semaines avant l’offre | Faire arriver les fonds dans le compte canadien et conserver le justificatif de chaque virement |
| Avant la signature | Prévoir aussi les frais de clôture ; vérifier avec le notaire comment le solde doit être versé |
Erreurs fréquentes
- Compter sur de l’argent qui n’est pas encore arrivé : une promesse de virement ne constitue pas une mise de fonds.
- Déplacer la somme la veille de l’offre d’achat, sans historique ni explication.
- Présenter un prêt comme un don : la lettre de don engage le donateur à ne rien réclamer.
- Utiliser des fonds dont le trajet n’est pas documenté, par exemple une conversion sans trace bancaire.
- Oublier les frais de clôture en les confondant avec la mise de fonds.
- Utiliser un modèle de lettre de don générique au lieu de celui du prêteur.
- Ignorer l’obligation fiscale : les biens étrangers déterminés dont le coût total dépasse 100 000 $ CA au cours de l’année doivent être déclarés sur le formulaire T1135 par les résidents du Canada. Le sujet est traité dans notre guide sur la fiscalité Canada–Algérie et le T1135 ; l’ARC reste l’autorité pour confirmer les seuils en vigueur.
- Négliger son dossier de crédit : la mise de fonds ne remplace pas un historique, voir notre article pour bâtir sa cote de crédit au Canada.
Checklist avant de demander une préapprobation
- Montant visé de la mise de fonds calculé avec la règle des tranches, plus les frais de clôture.
- Source de chaque dollar identifiée : épargne, don, vente, REER, emprunt.
- Relevés des comptes d’origine et du compte canadien, sur la durée demandée par le prêteur.
- Confirmation de virement pour chaque somme venue de l’étranger.
- Pour un don : lettre dans le format du prêteur, preuve des fonds du donateur.
- Pour une vente de bien : acte de vente, preuve du paiement, preuve du transfert.
- Traductions, si le prêteur les exige.
- Banque algérienne consultée par écrit sur la faisabilité et les délais d’un transfert.
- Choix de la banque ou du courtier comparé ; voir notre comparatif des banques pour nouvel arrivant.
Questions fréquentes
Peut-on acheter au Canada avec 5 % de mise de fonds quand on arrive d’Algérie ?
Le minimum fédéral est de 5 % jusqu’à 500 000 $, mais le prêteur peut demander plus selon votre statut, votre crédit et la nature du dossier. Ce pourcentage est un plancher légal, pas une promesse d’approbation.
L’épargne restée en Algérie compte-t-elle comme mise de fonds ?
Pas tant qu’elle n’est pas arrivée dans un compte canadien avec les justificatifs. Le transfert dépend de la réglementation algérienne des changes et de votre banque : demandez-lui une réponse écrite avant de bâtir un budget sur cette somme.
Combien de mois de relevés faut-il fournir ?
Cela dépend du prêteur. La CIBC cite par exemple un relevé des 90 derniers jours pour l’épargne. Pour des fonds étrangers, d’autres pièces peuvent s’ajouter. Demandez la liste exacte avant de réunir vos documents.
Mes parents peuvent-ils m’aider pour la mise de fonds ?
Oui, si la somme est un don non remboursable d’un proche parent, selon la SCHL, et si vous fournissez la lettre de don et les preuves exigées par le prêteur. Un prêt n’est pas un don.
Le prêteur peut-il refuser une mise de fonds venue d’Algérie ?
Il peut refuser des fonds dont il ne comprend pas l’origine ou le trajet. Un dossier documenté, avec virement bancaire et relevés d’origine, est en général beaucoup mieux accueilli qu’une somme apparue sans explication.
Puis-je utiliser mon REER pour la mise de fonds si je viens d’arriver ?
Le RAP permet jusqu’à 60 000 $, mais il suppose un REER suffisamment alimenté, l’admissibilité de premier acheteur et la résidence au Canada. Pour un arrivant récent, le solde est souvent limité.
Faut-il déclarer l’argent que l’on apporte en espèces ?
Oui, à partir de 10 000 $ CA en espèces ou instruments monétaires à l’entrée au Canada, selon l’ASFC. Mais pour acheter une maison, le prêteur demandera de toute façon un trajet bancaire documenté.
La banque canadienne peut-elle bloquer mon virement ?
Les banques ont des obligations de vérification et de déclaration, notamment pour les télévirements internationaux de 10 000 $ ou plus. Elles peuvent demander des justificatifs ; un virement documenté en amont limite le risque de retard.
Dois-je prévoir une somme en plus de la mise de fonds ?
Oui. Les frais de clôture (droits de mutation, notaire, inspection, ajustements) s’ajoutent à la mise de fonds et doivent être couverts par votre épargne.
Un courtier peut-il m’aider à présenter une mise de fonds étrangère ?
Oui, il connaît les exigences de plusieurs prêteurs et peut orienter vers ceux qui acceptent mieux les dossiers de nouveaux arrivants. Il ne remplace pas la vérification de chaque pièce auprès du prêteur retenu.
Lire aussi
- Hypothèque à taux fixe ou variable au Canada : que choisir quand on est nouvel arrivant ?
- Première déclaration d’impôt au Canada pour un nouvel arrivant algérien
- Assurance titre au Québec : à quoi sert-elle, combien coûte-t-elle et est-elle obligatoire ?
- S’installer et vivre au Québec pour un Algérien : guide complet
- Euro / Dinar en Algérie : taux réel, marché parallèle et solutions légales
Sources officielles et références
- Agence de la consommation en matière financière du Canada, Combien faut-il pour une mise de fonds : barème du minimum par tranches, assurance sous 20 % (page du 15 octobre 2025).
- Société canadienne d’hypothèques et de logement, FAQ sur l’assurance prêt hypothécaire : mise de fonds minimale et sources couramment utilisées.
- Agence du revenu du Canada, Comment participer au régime d’accession à la propriété : plafond de 60 000 $, conditions de résidence et de premier acheteur (page du 20 janvier 2026).
- Agence du revenu du Canada, Compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété : droits de cotisation de la première année.
- Sagen, Borrowed Down Payment : mise de fonds empruntée, sources sans lien de dépendance, ratio ATD, pointage minimal.
- CIBC, Finaliser votre prêt hypothécaire : exemple de liste de documents pour la mise de fonds (relevé de 90 jours, lettre de don, document RAP).
- Agence des services frontaliers du Canada, Vous voyagez avec 10 000 $ CA ou plus ? Déclarez-le : obligation de déclaration à l’entrée.
- CANAFE, Déclaration des télévirements internationaux : seuil de 10 000 $ et règle des 24 heures.
- Finances Canada, Prolongation de deux ans de l’interdiction d’achat de logements canadiens par des étrangers : échéance au 1er janvier 2027 annoncée en février 2024.
Les montants, les seuils et les exigences des prêteurs évoluent. Les règles de change algériennes, en particulier, sont présentées ici d’après des sources secondaires et doivent être confirmées par écrit auprès de votre banque. Vérifiez chaque point auprès de la SCHL, de l’ARC et de votre prêteur au moment de votre démarche.





