Abdelhafid Boussouf
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Abdelhafid Boussouf (1926-1980), connu sous le nom de guerre « Si Mabrouk », occupe une place singulière dans la Révolution algérienne : moins une figure de tribune qu’un architecte d’appareil. Cadre du PPA puis de l’Organisation spéciale (OS), il participe à la bascule insurrectionnelle (Groupe des 22) avant de devenir l’un des hommes clés de l’ALN, notamment à la Wilaya V (Oranie). Son héritage le décrit surtout comme le bâtisseur d’un système de liaisons, transmissions et renseignement qui culminera avec le MALG, matrice des services algériens.
Dans une guerre où tout peut basculer sur un message intercepté, une liaison coupée ou une infiltration, la victoire se joue aussi loin des combats visibles.
C’est ce terrain-là que Boussouf investit : organiser, contrôler les circuits, former des cadres, sécuriser la circulation des hommes, des armes et de l’information.
Ce portrait retrace son itinéraire de Mila aux états-majors de la Révolution, et explique pourquoi son nom reste associé au MALG et à la construction d’un « État clandestin » en guerre.
Sommaire
- Fiche d’identité
- Origines à Mila et entrée au PPA
- OS et clandestinité : la culture du secret
- Groupe des 22 : la décision de passer à l’action
- Wilaya V : l’Oranie comme théâtre stratégique
- Soummam, CNRA et CCE : montée au sommet
- Le MALG : armes, liaisons, renseignement
- Après 1962 : mise à l’écart et mémoire
- Chronologie complète
- Questions fréquentes
Fiche d’identité : Abdelhafid Boussouf
| Nom | Abdelhafid Boussouf (عبد الحفيظ بوصوف) |
| Nom de guerre | « Si Mabrouk » |
| Date de naissance | 17 août 1926 |
| Lieu de naissance | Mila (wilaya de Mila) |
| Parcours | PPA → OS → CRUA/FLN → ALN |
| Fonctions clés | Cadre ALN (Wilaya V), membre CNRA et CCE, responsable/chef du MALG (armes, liaisons, renseignement) |
| Date de décès | 31 décembre 1980 |
| Lieu de décès | Paris (France) |
1. Origines à Mila et entrée au PPA
Abdelhafid Boussouf naît à Mila en 1926, dans une Algérie où le nationalisme se diffuse à travers des réseaux militants, des cercles culturels, des syndicats et des structures politiques clandestines.
Selon plusieurs notices biographiques, il adhère au Parti du Peuple Algérien (PPA) avant de basculer vers des structures plus secrètes.
Dans les récits qui évoquent Boussouf, une constante revient : sa préférence pour l’action organisée, le travail de terrain, la discipline et la confidentialité.
Autrement dit, il se construit comme un homme d’appareil, au sens le plus opérationnel du terme.
2. OS et clandestinité : la culture du secret
À la fin des années 1940, l’Organisation spéciale (OS) joue le rôle de laboratoire : formation, caches, circuits de liaisons, savoir-faire clandestin.
Boussouf est présenté comme l’un de ses cadres, puis entre dans la clandestinité après le démantèlement de l’OS au début des années 1950.
Cette séquence explique une partie de sa méthode : cloisonnement, contrôle des accès, priorité aux transmissions sûres — un univers où la guerre se gagne parfois sans tirer un coup de feu.
Pour situer cette « école » dans une trajectoire plus large, on peut la rapprocher de celles d’autres figures traitées sur Zoom Algérie, notamment Didouche Mourad et Mostefa Ben Boulaïd, eux aussi passés par l’OS, mais avec des profils et des terrains d’action différents.
🔎 Repères : transmissions, liaisons, renseignement
Pendant la guerre, « liaisons » et « transmissions » recouvrent les messagers, les codes, les radios, les itinéraires, les points de contact.
Le « renseignement » n’est pas qu’espionnage : il inclut la vérification des identités, la détection des infiltrations, et la fiabilisation de l’information.
3. Groupe des 22 : la décision de passer à l’action
En juin 1954, la Réunion des 22 acte le principe de l’insurrection.
Boussouf figure parmi les participants cités par de nombreuses sources, au moment où le mouvement national cherche une sortie à l’impasse politique.
Cette étape le place au cœur du basculement qui mènera au 1er novembre 1954.
Au fil des mois, les rôles se spécialisent : certains deviennent des symboles publics, d’autres stabilisent les structures. Boussouf appartient clairement à la seconde catégorie — et c’est précisément ce qui le rend central quand la guerre s’intensifie.
4. Wilaya V : l’Oranie comme théâtre stratégique
Après le Congrès de la Soummam (août 1956), Boussouf est promu au rang de colonel et prend la direction de la Wilaya V (Oranie) selon des biographies institutionnelles, dont celle publiée par l’Université de Mila.
Cette zone, autour d’Oran, de l’Ouest et des corridors vers la frontière marocaine, représente un enjeu logistique majeur : passages, liaisons, structuration des unités, ravitaillement.
Le lien avec Tlemcen revient souvent dans les récits de cette période, parce que la région est un nœud de circulation et un espace où la clandestinité doit rester hermétique.
Dans cet environnement, la maîtrise des transmissions et le filtrage des contacts deviennent des priorités opérationnelles.
5. Soummam, CNRA et CCE : montée au sommet
Le Congrès de la Soummam ne sert pas seulement à « donner un cadre » : il transforme une insurrection en organisation politico-militaire structurée.
Boussouf devient membre du CNRA (Conseil national de la Révolution algérienne) et évolue dans les cercles de décision, puis au CCE (Comité de coordination et d’exécution), selon plusieurs sources biographiques.
C’est aussi la période où l’on associe souvent Boussouf à un trio de direction, les « 3B », avec Krim Belkacem et Lakhdar Bentobal. Le terme désigne un noyau dirigeant du GPRA et de l’ALN — et renvoie à la fois à une efficacité organisationnelle et à des critiques sur l’autoritarisme de l’appareil, selon les auteurs et les époques.
6. Le MALG : armes, liaisons, renseignement
Le nom de Boussouf reste indissociable du MALG — Ministère de l’Armement et des Liaisons générales.
Dans les présentations institutionnelles, il est crédité d’avoir mis sur pied un service central de transmissions, de liaisons et de renseignement, avec formation de cadres et mise en place de réseaux.
Radio Algérie souligne, dans une conférence commémorative, son rôle dans la création et l’encadrement du service des transmissions et des liaisons générales pendant la guerre.
En clair : le MALG vise à assurer la continuité de la guerre en sécurisant ce qui relie tout le reste — les ordres, les informations, les hommes, les itinéraires, les équipements.
C’est aussi ce qui nourrit la formule souvent reprise : Boussouf comme « père » (ou matrice) du renseignement révolutionnaire.
À retenir : pourquoi le MALG compte
- Centralisation des liaisons et des transmissions dans une guerre éclatée.
- Formation de cadres techniques (radio, cryptage, discipline de réseau).
- Renseignement : contre-infiltration, vérification, fiabilisation des circuits.
- Logistique : articulation entre armement, itinéraires, points de passage.
7. Après 1962 : mise à l’écart et mémoire
Après l’indépendance, les rapports de force internes se recomposent brutalement.
Plusieurs sources indiquent que Boussouf est écarté des centres de décision dès 1962, ce qui contribue à son effacement public relatif.
Il meurt le 31 décembre 1980 à Paris.
Sa mémoire, elle, revient régulièrement par le prisme des institutions de moudjahidine, d’archives et de travaux historiques.
Pour comprendre les équilibres de l’époque, le lecteur peut croiser ce portrait avec ceux de Mohamed Boudiaf, Rabah Bitat ou Larbi Ben M’hidi, dont les trajectoires éclairent autrement la Révolution : organisation, action armée, politique, puis crise post-1962.
8. Chronologie complète
| Date | Événement |
|---|---|
| 17 août 1926 | Naissance à Mila |
| Années 1940 | Adhésion au PPA, structuration militante |
| Fin 1940s | Engagement dans l’Organisation spéciale (OS) |
| 1950 | Entrée en clandestinité après le démantèlement de l’OS |
| Juin 1954 | Participation à la Réunion des 22 |
| Août–septembre 1956 | Après la Soummam : membre du CNRA, promotion au rang de colonel, direction de la Wilaya V |
| 1958 | Montée en puissance de l’appareil des liaisons/renseignement (réseaux centralisés, préfiguration MALG) |
| 1962 | Indépendance et recomposition politique : mise à l’écart |
| 31 décembre 1980 | Décès à Paris |
9. Questions fréquentes
Qui était Abdelhafid Boussouf ?
Abdelhafid Boussouf (1926-1980), dit Si Mabrouk, était un dirigeant du FLN/ALN : militant du PPA, cadre de l’OS, participant à la Réunion des 22, responsable de la Wilaya V et acteur majeur des réseaux de liaisons, transmissions et renseignement associés au MALG.
Pourquoi l’appelle-t-on « Si Mabrouk » ?
« Si Mabrouk » est son nom de guerre, utilisé pendant la clandestinité et la guerre d’indépendance pour limiter l’identification, protéger les réseaux et sécuriser les liaisons.
Qu’est-ce que le MALG ?
Le MALG (Ministère de l’Armement et des Liaisons générales) est une structure du FLN/ALN chargée d’organiser l’armement, les liaisons, les transmissions et une partie du renseignement pendant la guerre. Boussouf est l’un des responsables emblématiques de ce système.
Quel rôle a-t-il joué dans la Wilaya V ?
Après 1956, Boussouf dirige la Wilaya V (Oranie) et participe à la mise en place de réseaux de transmissions et d’information. L’Oranie est un espace stratégique, notamment pour les liaisons et la logistique vers l’Ouest et les zones frontalières.
Pourquoi parle-t-on des « 3B » ?
Les « 3B » désignent un trio souvent cité dans la direction de la Révolution : Krim Belkacem, Lakhdar Bentobal et Abdelhafid Boussouf. L’expression renvoie à un noyau dur du GPRA/ALN, associé à la gestion politico-militaire et aux appareils.
À lire aussi :
- Krim Belkacem : du maquis aux négociations
- Lakhdar Bentobal : Wilaya II, GPRA et Évian
- Rabah Bitat : une autre colonne du FLN
- Larbi Ben M’hidi : stratégie et symbole
- Mostefa Ben Boulaïd : l’organisation dans les Aurès
- Didouche Mourad : la bascule de 1954
- Mohamed Boudiaf : itinéraire révolutionnaire
- Oran : repères historiques et géographiques
- Tlemcen : ville carrefour de l’Ouest
- Alger : centre politique et mémoire
Sources externes et références
- Radio Algérie (Ministère des Moudjahidine) — hommage à Abdelhafid Boussouf et à son rôle dans les transmissions : https://news.radioalgerie.dz/fr/node/38098
- Université de Mila — notice biographique (Wilaya V, CNRA, réseaux de transmissions) : https://www.univ-mila.dz/?lang=en&page_id=1280
- Notice encyclopédique (repères : naissance/décès, alias, rôles) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Abdelhafid_Boussouf
- Repère sur le MALG (définition et rôle) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Minist%C3%A8re_de_l%27Armement_et_des_Liaisons_g%C3%A9n%C3%A9rales
- Repère sur l’expression « 3B » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_B
Pour aller plus loin : Mohammed Harbi a analysé le « système Boussouf » dans ses travaux sur la guerre d’indépendance (approche critique des appareils).
Voir aussi : Krim Belkacem, Lakhdar Bentobal et Rabah Bitat.
Abonnez-vous à la rubrique Personnalités algériennes pour suivre la série.


















































































































































































































































































































































































































































































































































































































