La ville de Chlef en Algérie
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 10 juillet 2017

Chlef, anciennement El Asnam et Orléansville, tire son nom du plus grand fleuve d’Algérie, le Chéliff (733 km), qui traverse sa vallée fertile. Située à mi-chemin entre Alger et Oran, cette wilaya de plus d’un million d’habitants est un carrefour stratégique entre le Centre et l’Ouest du pays. Marquée par le terrible séisme de 1980, Chlef renaît aujourd’hui avec un patrimoine exceptionnel : la cité phénicienne de Ténès, des vestiges romains, 129 km de côtes méditerranéennes et une agriculture florissante.
Sommaire
1. Présentation générale
La wilaya de Chlef occupe une position géographique exceptionnelle dans le Tell occidental algérien, à environ 200 km à l’ouest d’Alger. Véritable carrefour d’échanges entre les régions du Centre, de l’Ouest et des Hauts Plateaux, elle bénéficie d’atouts naturels remarquables : une façade maritime de 129 km sur la Méditerranée, la vallée fertile du Chéliff (surnommée « le grenier de l’Algérie »), les monts du Dahra au nord et l’imposant massif de l’Ouarsenis au sud.
Le nom « Chlef » vient du fleuve Chéliff, lui-même dérivé du berbère « Chenaleph » (signifiant « la défense du sanglier », en référence à la courbure du fleuve contournant l’Ouarsenis). La ville a connu plusieurs appellations au fil de l’histoire : Castellum Tingitanum à l’époque romaine, El Asnam (« les idoles » en arabe, à cause des statues romaines), puis Orléansville sous la colonisation française. Elle reprend son nom actuel de Chlef en 1980, après le séisme dévastateur.
Chef-lieu de la wilaya n°02, Chlef est aujourd’hui la huitième plus grande ville d’Algérie avec près de 500 000 habitants dans son agglomération (incluant Chettia, Oum Drou, Ouled Fares et Oued Sly). La wilaya compte 13 daïras et 35 communes.
2. Données géographiques et démographiques
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Population (wilaya) | ~1 100 000 habitants |
| Population (ville) | ~290 000 habitants (500 000 avec l’agglomération) |
| Superficie | 4 791 km² |
| Nombre de daïras | 13 daïras, 35 communes |
| Code wilaya | 02 |
| Littoral | 129 km de côtes méditerranéennes |
| Climat | Méditerranéen sub-humide (nord) / Continental (sud) |
| Pluviométrie | ~480 mm/an |
| Distance Alger | ~200 km |
| Distance Oran | ~230 km |
3. Histoire de Chlef
3.1 Préhistoire et antiquité phénicienne
Le territoire de la wilaya de Chlef est habité depuis la Préhistoire, comme en témoignent les grottes du Cap Ténès, riches en vestiges du Paléolithique moyen. Des escargotières ibéromaurusiennes et néolithiques jalonnent le littoral, attestant d’une présence humaine continue depuis des millénaires.
Au VIIIe siècle avant J.-C., les Phéniciens fondent un comptoir commercial à Ténès, qu’ils nomment Kertène (du phénicien « qart » signifiant ville). Une importante nécropole phénicienne, avec des tombeaux encore visibles aujourd’hui, témoigne de cette présence. La région côtière subit ensuite l’influence carthaginoise avant de passer sous le contrôle des royaumes berbères.
3.2 L’époque romaine (Ier siècle av. J.-C. – Ve siècle)
En 33 avant J.-C., l’empereur Auguste fonde une colonie romaine à Ténès (Cartennae) avec des vétérans de la IIe Légion. Sous le règne de Juba II, la région devient une source de richesse agricole pour la Maurétanie Césarienne. Les Romains s’installent durablement pendant près de cinq siècles, laissant de nombreux vestiges : la ville de Timici (Taougrite), le site d’Arsenaria (El-Marsa), le fortin de Ksar El Kaoua, et surtout la célèbre mosaïque de Saint Réparatus, considérée comme provenant de la plus ancienne église d’Afrique du Nord.
Le trésor de Ténès, découvert en 1936, comprend 19 pièces de bijoux romains (17 en or) datant du Ve siècle, cachés lors de l’invasion vandale de 429.
3.3 La période arabo-musulmane
Entre 675 et 682, le général Abou al-Mouhajir Dinar conquiert la région lors des Futuhât islamiques. En 740, la ville est le théâtre de la bataille des Nobles (Ghazwat El-Achraf), victoire décisive des Berbères zénètes menés par Maysara al-Matghari contre les Omeyyades. La région passe successivement sous l’autorité des Rostémides, Hammadides, Almoravides, Almohades et Zianides.
En 875, des marins andalous fondent le « Nouveau Ténès » (Ténès El-Hadhar), distinct de l’ancien site romain. Ils construisent la mosquée Sidi Maïza, l’une des plus anciennes d’Algérie (Xe siècle), classée deuxième du continent après celle de Sidi Okba à Biskra. Au XVIe siècle, la zaouïa de Medjadja est fondée par Sidi Yedder, devenant un centre majeur d’enseignement islamique.
3.4 Période ottomane et colonisation française
En 1516, les frères Barberousse chassent les Espagnols de Ténès et rattachent la région à la Régence d’Alger. La vallée du Chéliff est alors dominée par les Ouled Kosseir, puissante tribu qui résiste même au bey d’Oran en 1774.
Après 1830, la région connaît une résistance acharnée menée par l’Émir Abdelkader dans les plaines et par Boumaaza (Mohamed Ben Abdellah) dans le Dahra et l’Ouarsenis. Les généraux français Saint-Arnaud, Pélissier et Cavaignac y commettent les tristement célèbres enfumades des grottes du Dahra (1845), massacrant des populations civiles réfugiées. Pour approfondir ce contexte, consultez notre article sur pourquoi la guerre d’Algérie a éclaté.
En 1843, le maréchal Bugeaud fonde Orléansville, colonie de peuplement européen. La ville se développe comme centre agricole et administratif jusqu’à l’indépendance en 1962.
4. Le séisme de 1980 : une tragédie nationale
Le 10 octobre 1980, à 13h25 (heure de la prière du vendredi), un séisme de magnitude 7,3 sur l’échelle de Richter frappe El Asnam. C’est le tremblement de terre le plus violent jamais enregistré dans la région ouest-méditerranéenne depuis l’ère instrumentale.
Bilan et conséquences
- Plus de 2 600 morts (certaines estimations parlent de 5 000)
- Des milliers de blessés et 400 000 sans-abri
- 80% des bâtiments détruits ou inhabitables
- Une faille de 36 km de long s’ouvre dans le sol
- La secousse est ressentie jusqu’à Alger, Oran et les côtes espagnoles
Ce n’était pas le premier séisme majeur : en 1954, un tremblement de terre de magnitude 6,7 avait déjà fait 1 243 morts à Orléansville. La ville est située sur une zone de failles actives, à la jonction des plaques africaine et eurasienne.
Reconstruction et renaissance
Un immense élan de solidarité national et international s’organise. La reine Elizabeth II visite même l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger pour réconforter les blessés. Plus de 18 000 chalets préfabriqués sont construits pour reloger les sinistrés. La ville reprend son nom berbère de Chlef en hommage au fleuve. Aujourd’hui, la reconstruction se poursuit avec l’éradication progressive des chalets et l’édification de nouveaux pôles urbains modernes aux normes parasismiques.
5. Sites et monuments
Ténès : la cité trois fois millénaire
À 52 km au nord de Chlef, Ténès est l’une des plus anciennes villes d’Algérie. Elle se compose de deux parties distinctes :
Le Vieux Ténès (Ténès El-Hadhar) : Médina fondée au IXe siècle par les Andalous, elle abrite la mosquée Sidi Maïza, joyau architectural influencé par Kairouan et Cordoue. Ses colonnes à chapiteaux romains et son mihrab décalé témoignent d’un style éclectique unique. La Casbah, classée en 2007, bénéficie d’un plan de sauvegarde.
La ville moderne : Construite sur l’emplacement de l’antique Cartennae romaine. On y découvre le musée de Ténès (1 153 objets), le phare du Cap Ténès (l’un des plus anciens d’Algérie), la nécropole phénicienne et des vestiges romains régulièrement mis au jour.
Sites archéologiques classés
La wilaya compte plusieurs monuments classés au patrimoine national :
- Kalâa des Ouled Abdallah (Taougrite) : Site de 30 ha à 619 m d’altitude, avec ruines romaines et nécropole de 300-400 tombes creusées dans le roc
- Site d’Arsenaria (El-Marsa) : Ville romaine du Ier siècle avec ses deux citernes
- Mosaïque de Saint Réparatus : Témoignage de la plus ancienne église d’Afrique du Nord
- Dar El-Baroud et la Muraille de Chlef : Vestiges de l’époque coloniale
- Grottes préhistoriques du Cap Ténès
Patrimoine religieux et culturel
La région a produit d’illustres érudits : Ibrahim Ibn Yekhlef El Tensi, Ali El Medjadji (940-1002 H), Abderrahman El Medjadji… La zaouïa de Medjadja reste un centre spirituel important. Pour découvrir d’autres sites patrimoniaux, consultez notre guide des arts traditionnels algériens.
6. Wilayas limitrophes
| Wilaya | Direction | Distance | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Tipaza | Est | ~100 km | Ruines romaines UNESCO, Chenoua |
| Aïn Defla | Est | ~60 km | Vallée du Haut-Chéliff |
| Mostaganem | Ouest | ~80 km | Embouchure du Chéliff, plages |
| Relizane | Sud-Ouest | ~90 km | Plaine du Bas-Chéliff |
| Tissemsilt | Sud | ~100 km | Monts de l’Ouarsenis |
Chlef est également bien connectée aux grandes métropoles : Alger (200 km), Oran (230 km), Blida (150 km).
7. Gastronomie
La cuisine de Chlef reflète sa position de carrefour entre influences méditerranéennes, telliennes et des Hauts Plateaux. La fertilité de la vallée du Chéliff fournit des produits frais de qualité. Pour découvrir l’ensemble des spécialités du pays, consultez notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.
Plats traditionnels
Djouez Loubia : Plat emblématique de Chlef, ce ragoût de haricots verts est préparé avec de la viande de veau, des tomates séchées, des épices (paprika, ras el hanout, cumin, gingembre) et servi avec des pommes de terre frites et de la coriandre fraîche.
Couscous du Chéliff : La région est réputée pour son couscous aux légumes de saison, accompagné de viande d’agneau ou de poulet. La qualité des céréales locales donne une semoule particulièrement savoureuse.
Chakhchoukha : Plat à base de galettes émiettées (rougag) arrosées d’une sauce rouge épicée à la viande.
Poissons et fruits de mer : Grâce à ses quatre ports de pêche, Chlef propose des poissons frais : sardines grillées, daurade, merlan, et fruits de mer. La région est d’ailleurs première nationale en aquaculture marine (65% de la production en 2021).
Pâtisseries et douceurs
Les pâtisseries traditionnelles incluent les makrouts aux dattes, les griouech au miel, les cornes de gazelle et les baklawas. Pour les recettes détaillées, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.
8. Économie et agriculture
Le grenier de l’Algérie
La wilaya de Chlef possède une vocation agricole marquée, avec 65,43% de sa superficie consacrée à l’agriculture. La plaine du Chéliff, irriguée par le plus grand fleuve d’Algérie et ses barrages (Oued Fodda avec 225 millions de m³, Sidi Yakoub), est surnommée « le grenier de l’Algérie ».
Productions agricoles :
- Céréales (blé, orge)
- Agrumes (oranges, clémentines)
- Cultures maraîchères
- Oliviers
- Légumes secs
- Fourrages
L’élevage est également diversifié : bovins, ovins et caprins.
Pêche et aquaculture
Avec quatre ports de pêche, la wilaya dispose d’une activité halieutique importante. Elle occupe la première place nationale en aquaculture marine, représentant 65% de la production nationale en 2021.
Ressources hydriques
La wilaya est exceptionnellement dotée en ressources en eau : des centaines de sources naturelles, des dizaines d’oueds, et deux barrages majeurs. Ces ressources sont essentielles pour l’irrigation et l’alimentation en eau potable. Pour suivre l’évolution économique de l’Algérie, consultez notre article sur les startups algériennes prometteuses.
9. Tourisme balnéaire
Avec 129 km de côtes méditerranéennes, Chlef offre un potentiel balnéaire considérable. Les plages, dominées par le massif du Dahra, attirent de nombreux estivants en été.
Principales stations balnéaires
Ténès : Principal accès au littoral, avec ses plages de sable fin, son port et ses sites historiques. Le Cap Ténès offre des criques sauvages et un phare panoramique.
El-Marsa : Station balnéaire appréciée, à proximité du site romain d’Arsenaria.
Beni Haoua : Plages familiales et corniche spectaculaire.
La combinaison de sites historiques, de plages et de paysages montagneux permet de développer un tourisme multiforme : balnéaire, culturel, de montagne et écologique. Pour planifier votre séjour, consultez notre guide des hôtels en Algérie par ville et budget.
10. Questions fréquentes
Pourquoi Chlef s’appelait-elle El Asnam ?
El Asnam signifie « les idoles » en arabe. Ce nom fait référence aux nombreuses statues et sculptures romaines découvertes sur le site de l’ancienne Castellum Tingitanum. Les premiers musulmans refusèrent de s’installer sur les ruines romaines précisément à cause de ces statues. Après le séisme de 1980, la ville reprend son nom berbère de Chlef, dérivé du fleuve Chéliff.
Qu’est-ce que le fleuve Chéliff ?
Le Chéliff est le plus grand fleuve d’Algérie, long de 733 km. Il prend sa source dans l’Atlas saharien (Djebel Amour) et se jette dans la Méditerranée près de Mostaganem. Sa vallée, « le grenier de l’Algérie », est l’une des plus fertiles du pays grâce à un réseau de barrages et canaux d’irrigation. Le nom viendrait du berbère « Chenaleph » (défense du sanglier).
Que s’est-il passé lors du séisme de 1980 ?
Le 10 octobre 1980, à 13h25 (heure de la prière du vendredi), un séisme de magnitude 7,3 a frappé El Asnam (Chlef). C’est le tremblement de terre le plus violent enregistré dans la région ouest-méditerranéenne. Le bilan est de plus de 2 600 morts, des milliers de blessés et 80% des bâtiments détruits. C’était le deuxième séisme majeur après celui de 1954 (1 243 morts).
Que visiter à Ténès ?
Ténès, cité trois fois millénaire, offre de nombreux sites : le Vieux Ténès (médina andalouse du IXe siècle), la mosquée Sidi Maïza (Xe siècle, l’une des plus anciennes d’Algérie), la nécropole phénicienne, le phare du Cap Ténès, le musée archéologique, les vestiges romains de Cartennae, et bien sûr ses plages méditerranéennes.
Comment se rendre à Chlef ?
Chlef est accessible par la route (autoroute Est-Ouest, à 200 km d’Alger et 230 km d’Oran) et dispose d’un aéroport (Aboubakr Belkaid). Des liaisons ferroviaires existent également. La ville est un carrefour stratégique entre le Centre et l’Ouest de l’Algérie.
Quelles sont les spécialités culinaires de Chlef ?
La cuisine de Chlef combine influences méditerranéennes et telliennes. Les spécialités incluent le djouez loubia (ragoût de haricots verts), le couscous aux légumes de la vallée, les poissons frais (la région est première en aquaculture), la chakhchoukha, et les pâtisseries traditionnelles (makrouts, griouech, baklawas).
À lire aussi sur Zoom Algérie :



















































































































































































































































































































































































































































































































































































































