Maurice El Médioni
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 12 juillet 2017

L’Astre du Piano Oranais
Maurice El Medioni
1928 – 2025 • Le Dandy d’Oran • L’âme du Pianoriental
Virtuose visionnaire et trait d’union entre les cultures, Maurice El Medioni a révolutionné la musique citadine. En mariant le piano européen aux maqâms d’Algérie, il a inventé un langage universel né dans les cabarets d’Oran.
📍 Oran • Paris • Marseille
🎹 Pilier de la Musique Judéo-Arabe
Maurice El Medioni est le Phénix des nuits oranaises. Né dans le bouillonnement du quartier juif du Derb à la ville d’Oran, il a su transformer le piano en un vecteur de l’âme algérienne. En inventant le Pianoriental, il a créé un pont sonore entre la musique andalouse, le raï originel et le swing des GI’s américains. Pilier de la musique judéo-arabe aux côtés de Lili Boniche et Reinette l’Oranaise, son œuvre est un témoignage vibrant de la fraternité culturelle algérienne.
- 1. Le Derb d’Oran : Un carrefour de génies (1928)
- 2. L’invention du Pianoriental : Technique et révolution
- 3. La scène judéo-arabe : De l’Andalou au Francarabe
- 4. 1962 et le silence de l’exil : Le blues de la Ghorba
- 5. El Gusto : Le retour triomphal du Maître à Alger
- 6. Héritage et postérité d’une légende éternelle
- 7. Questions fréquentes
«Le piano est ma mémoire. Chaque fois que mes doigts touchent le clavier, c’est l’Oran de ma jeunesse qui s’éveille.
— Maurice El Medioni
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Le Derb d’Oran : Un carrefour de génies (1928)
Maurice El Medioni naît le 18 octobre 1928 à Oran, dans le quartier juif du Derb. Il est issu d’une lignée de musiciens d’exception : son oncle, Saoud l’Oranais (Messaoud El Medioni), était un maître respecté de la musique andalouse qui a formé Reinette l’Oranaise, la cousine de Maurice.
L’enfance de Maurice est baignée dans cette atmosphère où la rigueur des noubas andalouses côtoie les chants populaires oranais. Autodidacte au piano, il apprend en écoutant les orchestres qui répètent dans la maison familiale. Mais c’est le débarquement américain à Oran en 1942 qui va libérer son jeu. En découvrant le boogie-woogie et le jazz joués par les GI’s, il comprend que le piano peut devenir l’instrument de toutes les fusions.
À Oran, Maurice n’est pas seulement un musicien juif, il est un musicien oranais. Il fréquente les cabarets où l’on chante en arabe et en français, s’imprégnant de cette culture hybride qui fera sa force internationale.
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L’invention du Pianoriental : Technique et révolution
Le piano est un instrument dit « tempéré », incapable par nature de produire les quarts de ton (les bémols et dièses intermédiaires) essentiels aux modes de la musique arabe. Maurice El Medioni a résolu ce dilemme en inventant le Pianoriental.
Sa technique consiste à utiliser la main gauche pour plaquer des rythmes latins (Rumba, Cha-cha-cha) ou jazzy, tandis que la main droite « feinte » les quarts de ton par des ornementations ultra-rapides et des glissandos hérités du luth (Oud). Cette révolution a permis d’intégrer le piano dans l’orchestre algérien classique, apportant une dimension harmonique nouvelle aux qasidates du chaâbi.
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La scène judéo-arabe : De l’Andalou au Francarabe
Maurice El Medioni a été l’architecte musical de la brillante scène judéo-arabe d’Algérie. Dans les années 50, il devient le partenaire indissociable de Lili Boniche. Ensemble, ils créent le style « Francarabe », mélangeant textes en français et en arabe sur des rythmes entraînants.
Il accompagne les plus grandes voix féminines comme Reinette l’Oranaise, Line Monty ou Alice Fitoussi. Il est également le compagnon de route de Blond-Blond, le crooner d’Oran. Maurice était le seul capable de passer avec la même aisance d’un cabaret chic d’Alger à une veillée traditionnelle à Oran, prouvant que la musique était le ciment de la société algérienne d’avant-guerre.
L’âge d’or du Coq d’Or
Dans son cabaret d’Oran, Maurice voyait défiler toutes les célébrités. Il a même accompagné les balbutiements de Cheikha Rimitti, la grand-mère du raï, fusionnant son piano avec les flûtes bédouines.
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1962 et le silence de l’exil : Le blues de la Ghorba
L’indépendance de 1962 est une brisure. Maurice El Medioni quitte l’Algérie pour la France. Comme Dahmane El Harrachi ou Cheikh El Hasnaoui, il va vivre la douleur de la Ghorba. Durant des années, il met sa carrière entre parenthèses, travaillant dans le commerce de vêtements à Marseille puis à Paris.
Mais le piano reste son refuge. Le soir, il retrouve ses amis musiciens exilés pour rejouer les morceaux d’Alger et d’Oran. Ces retrouvailles clandestines maintiennent vivante la flamme du patrimoine citadin algérien en plein cœur de la France. Maurice devient le gardien d’une mémoire que beaucoup croyaient perdue.
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El Gusto : Le retour triomphal du Maître à Alger
La renaissance publique de Maurice El Medioni a lieu à la fin des années 2000. Il participe au projet El Gusto, l’orchestre qui réunit les maîtres juifs et musulmans du chaâbi algérois. Les retrouvailles avec ses anciens collègues à Alger sont historiques.
Il se lie d’amitié avec les nouvelles légendes comme Amar Ezzahi et Abdelkader Chaou. Le monde entier découvre alors ce dandy octogénaire qui n’a rien perdu de sa virtuosité. En 2006, son album Descarga Oriental est sacré meilleur album de World Music par la BBC, faisant de lui une icône globale.
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L’héritage éternel d’une légende
Maurice El Medioni s’est éteint le 25 mars 2025 à l’âge de 96 ans. Il laisse derrière lui une discographie immense et une autobiographie précieuse, Maurice El Médioni : Pianiste de l’Oriental. Son héritage est aujourd’hui porté par des artistes comme son fils ou des musiciens de jazz qui continuent d’explorer les voies du Pianoriental.
Il restera pour l’Algérie le symbole d’une époque où l’art transcendait les frontières. Sa musique continue d’être écoutée à Alger, Oran et Constantine, rappelant que la culture algérienne est un fleuve alimenté par de multiples sources. Maurice n’était pas un invité dans la musique algérienne, il en était l’un des propriétaires les plus légitimes.
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Questions fréquentes
Pourquoi sa technique de piano est-elle unique ?
Parce qu’il a réussi à adapter un instrument européen aux règles microtonales de la musique orientale. Son jeu simule les quarts de ton par des ornements de main droite, créant une illusion sonore parfaite.
Quel était son lien avec Lili Boniche ?
Ils étaient les deux faces d’une même pièce. Lili Boniche apportait le chant et le charisme, Maurice El Medioni apportait le génie de l’arrangement et la structure harmonique.
Est-il considéré comme un artiste raï ?
Pas exclusivement, mais il a été l’un des premiers à intégrer des rythmes raï dans ses morceaux de piano. Il a collaboré avec Cheikha Rimitti et a influencé les arrangements des futurs classiques du raï moderne.
A-t-il écrit des livres ?
Oui, son livre Maurice El Médioni : Pianiste de l’Oriental est une ressource historique inestimable pour comprendre la vie culturelle de l’Algérie coloniale et les coulisses de la musique judéo-arabe.
« La musique est le seul pays où personne ne peut nous demander nos papiers. C’est là que je suis né, c’est là que je resterai. »
— À la mémoire de Maurice El Medioni (1928 – 2025)
ⵎⵓⵔⵉⵙ ⵉⵍ ⵎⵉⴷⵢⵓⵏⵉ — Le Phénix Éternel



















































































































































































































































































































































































































































































































































































































