Omar Boudaoud
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Omar Boudaoud : Chef de la Septième Wilaya, Architecte du 17 Octobre 1961
Biographie complète du dernier chef de la Fédération de France du FLN (1924-2020), organisateur du « deuxième front » et de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961, qui assura 80% du financement de la révolution algérienne.
📍 Azoubar • Paris • Cologne
⚔️ Fédération de France du FLN
« La Révolution algérienne a triomphé grâce aux hommes de la trempe d’Omar Boudaoud. Il était un homme très discipliné, fort d’une volonté inébranlable et d’une grande intelligence politique, qui lui ont permis d’assumer convenablement sa mission au sein de la Fédération de France. Il est le prototype du révolutionnaire moderne. » Ainsi parlait Redha Malek, ancien négociateur des accords d’Évian, lors d’un hommage rendu en 2013 à celui qui dirigea la Septième Wilaya pendant cinq années décisives.
🌱 Jeunesse et éveil nationaliste (1924-1951)
Un enfant de Kabylie
Omar Boudaoud naît en 1924 dans le village d’Azoubar (également orthographié Azroubwar), commune de Mizrana, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, à proximité de Tigzirt sur la côte méditerranéenne.
Ses parents s’installent ensuite au village de Tawerga, commune dépendant aujourd’hui de la wilaya de Boumerdès, où le jeune Omar fait l’essentiel de sa scolarité. Brillant élève, il poursuit ses études jusqu’à obtenir un diplôme en agronomie — une formation technique qui témoigne déjà de son esprit méthodique et organisé.
L’engagement précoce au PPA
Très jeune, Omar Boudaoud adhère au Parti du Peuple Algérien (PPA) de Messali Hadj. Il milite sous la responsabilité du nationaliste Zerouali, qui lui transmet les bases de l’organisation clandestine et de la lutte anticoloniale.
L’engagement d’Omar Boudaoud lui vaut de connaître très tôt les geôles coloniales : arrêté une première fois en 1945 pour sa participation aux activités insurrectionnelles en Kabylie, puis en 1947 pour ses activités au sein de l’Organisation Spéciale (OS), et une troisième fois en 1949 dans la région de Baghlia lors du démantèlement de l’OS. Libéré en 1951, il part pour la France où il intègre directement le FLN dès sa création.
La collecte d’armes au Maroc
Après le déclenchement de la guerre de libération le 1er novembre 1954, Omar Boudaoud participe aux côtés de son frère Mansour Boudaoud — qui deviendra l’une des chevilles ouvrières des services de renseignements algériens — à la collecte d’armes au Maroc pour approvisionner les maquis de l’ALN.
Son dynamisme et ses qualités d’organisateur ne passent pas inaperçus. En juin 1957, les organes dirigeants du FLN, sous l’impulsion d’Abane Ramdane, le désignent à la tête de la Fédération de France du FLN.
🏛️ À la tête de la Fédération de France (1957-1962)
La « Septième Wilaya »
Le 10 juin 1957, après l’intérim assuré par Tayeb Boulahrouf, Omar Boudaoud est officiellement nommé à la tête de la Fédération de France. Il est assisté par Rabah Bouaziz (dit « Saïd »), un officier de l’ALN recruté par Abane Ramdane, chargé de mettre en place une organisation militaire calquée sur l’Organisation Spéciale.
Au printemps 1958, Ali Haroun (dit « Thami ») rejoint l’équipe sur ordre de la direction du FLN. Se forme alors le « Comité des cinq », quatrième et dernier comité fédéral de la « Wilaya VII », composé d’Omar Boudaoud, Ali Haroun, Rabah Bouaziz, Kaddour Ladlani et Abdelkrim Souici.
📊 La Fédération de France en chiffres
Sous la direction d’Omar Boudaoud, la Fédération de France devient une véritable machine de guerre financière et organisationnelle :
- 💰
80% du financement de la révolution algérienne - 👥
136 345 membres en 1960, 150 000 cotisants de 1955 à 1962 - 💵
6 milliards d’anciens francs collectés - 🏭
80% du financement de l’usine d’armes de Tétouan (pistolets, mitrailleuses, bazookas, mortiers)
Les missions de la Fédération
La Fédération de France, structurée de manière pyramidale à l’image des wilayas d’Algérie, remplit plusieurs fonctions essentielles : la collecte des cotisations auprès des travailleurs algériens (5 à 9% du salaire), le soutien aux familles des détenus, l’acheminement des fonds vers l’achat d’armes, la prospection de recrues et la Commission de presse et d’information (CPI).
Omar Boudaoud coordonne également les réseaux de soutien français : le célèbre réseau Jeanson (les « porteurs de valises ») et le réseau Curiel, composés de femmes et d’hommes européens qui ont cru en la révolution algérienne — parmi lesquels Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Francis Jeanson lui-même.
« Omar Boudaoud et Ali Haroun rapportent que 80% du financement de la Révolution se faisait à partir de la Fédération FLN de France, réfutant de ce fait les propos de Ben Bella qui minimisaient l’apport de la Septième Wilaya historique à la marche de la Révolution. »
Chems Eddine Chitour
Le Soir d’Algérie, mai 2020
💥 Le « deuxième front » d’août 1958
Porter la guerre sur le sol du colonisateur
Fin juillet 1958, une réunion du comité fédéral et des responsables des wilayas de France se tient à Cologne, en Allemagne, où le comité s’est installé pour éviter les arrestations. Omar Boudaoud rappelle qu’il est investi d’une mission précise donnée par Abane Ramdane : ouvrir un second front en France au moment opportun.
L’objectif est clair : élargir le champ du combat pour contraindre le gouvernement français à accroître ses dépenses militaires, rendre sa politique impopulaire et disperser ses forces, ce qui soulagerait d’autant les maquis de l’ALN alors « au creux de la vague » face au plan Challe.
À minuit, la France est frappée simultanément sur tout son territoire. Du 25 août au 27 septembre 1958, les commandos du FLN exécutent :
- 56 sabotages
- 242 attaques contre 181 objectifs économiques, militaires ou politiques
Parmi les cibles : la cartoucherie de Vincennes, un hangar de l’aéroport du Bourget, des dépôts de pétrole à Vitry, Gennevilliers, Marseille, Toulouse… Le bilan initial est de 24 morts et 17 blessés. C’est la première fois dans l’histoire qu’un mouvement d’indépendance perpètre des attaques sur le sol du colonisateur.
Le refus du terrorisme aveugle
Francis Jeanson témoignera que la direction du FLN avait initialement envisagé des attentats « à l’aveuglette ». Découvrant ces projets, il menace d’arrêter son réseau s’il y a des victimes civiles : « Toute mon action depuis deux ans est fondée sur cette conviction : sauvegarder l’amitié franco-algérienne. Vous allez tout foutre en l’air. »
Omar Boudaoud et la direction du FLN suivent les critiques de Jeanson : la population civile ne doit pas être frappée. Les attaques ciblent uniquement des objectifs économiques et militaires, sans recourir au terrorisme aveugle — une ligne de conduite qui sera maintenue jusqu’à l’indépendance.
🩸 Le 17 octobre 1961 : la nuit sanglante
Le couvre-feu raciste de Maurice Papon
Le contexte est explosif. Depuis janvier 1961, 22 policiers sont tombés sous les balles du FLN en France. Le 5 octobre 1961, le préfet de police de Paris Maurice Papon — qui sera condamné en 1998 pour complicité dans la déportation de Juifs — promulgue un couvre-feu de 20h30 à 5h30 pour tous les « Français musulmans d’Algérie » de la région parisienne.
Omar Boudaoud comprend immédiatement le danger : « Le travail du FLN s’effectuait généralement le soir : les réunions de militants se tenaient dans les cafés, la collecte des cotisations s’effectuait après la sortie du travail et le repas du soir, de même que la diffusion de la littérature FLN. »
Omar Boudaoud se rend à Tunis pour obtenir l’appui du GPRA. Lakhdar Ben Tobbal, ministre de l’Intérieur, lui répond dans une réplique devenue célèbre :
« Si vous réussissez, c’est la Révolution qui réussit ; si vous échouez, vous paierez votre décision. »
La réponse de Boudaoud est sans équivoque : « J’ai compris, alors nous allons agir. »
L’organisation de la manifestation
Le comité fédéral se réunit à Cologne et opte pour le boycott du couvre-feu. Omar Boudaoud prévoit une action en trois phases : manifestations de masse à Paris le 17 octobre, manifestations de femmes en province le 18, puis grève de 24 heures le 19.
Les consignes sont strictes : la manifestation doit être absolument pacifique. Hommes, femmes et enfants doivent y participer. Omar Boudaoud prévient : « Tout manifestant pris avec ne serait-ce qu’une épingle sur lui serait passible de la peine de mort. » Des militants procèdent à des fouilles pour s’en assurer.
Le massacre
Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens convergent vers le centre de Paris. La réponse policière est d’une violence inouïe. Sur les ponts de Neuilly et Saint-Michel, les CRS et gardiens de la paix prennent les manifestants en étau. Des centaines sont précipités dans la Seine.
Près de 12 000 manifestants sont arrêtés et transférés dans des « centres d’identification » (Palais des sports, stade de Coubertin) où ils subissent les pires violences. Le bilan reste disputé : entre 38 et 393 morts selon les sources — les historiens britanniques Jim House et Neil MacMaster qualifient cet événement de « répression d’État la plus violente qu’ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale ».
« La manifestation du 17 octobre 1961 agit comme un révélateur de l’action des pouvoirs de police française à l’égard des Algériens. La répression était permanente depuis novembre 1954. Cependant, les événements du 17 octobre 1961 ont marqué un tournant dans son histoire et, par là même, dans l’histoire de la guerre de libération. »
Omar Boudaoud
Du PPA au FLN : mémoires d’un combattant
🇩🇿 L’été 1962 et l’après-indépendance
Le Congrès de Tripoli
Le 27 mai 1962, s’ouvre à Tripoli la session extraordinaire du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA). Omar Boudaoud en préside le bureau aux côtés de Mohamed Seddik Benyahia et Ali Kafi. Il est lui-même membre du CNRA depuis 1959.
Les tensions éclatent entre le GPRA de Benyoucef Benkhedda et la coalition Ben Bella-Boumediene. Dans la nuit du 5 au 6 juin, une violente altercation oppose Ben Bella à Ben Khedda. Pour éviter le pire, Omar Boudaoud suspend les débats à minuit dix — un moment crucial marquant le début de « l’été de la discorde ».
Après l’indépendance, Omar Boudaoud se positionne clairement : il soutient la légitimité du GPRA contre l’armée des frontières de Houari Boumediene. La Fédération de France qu’il dirige se distingue en prônant l’instauration d’un État laïc en Algérie — une position qui restera minoritaire. Ben Bella l’appelle deux fois pour rejoindre le « groupe de Tlemcen », mais Boudaoud décline catégoriquement.
La rupture avec le pouvoir
Voyant les tiraillements au sommet du pouvoir et la victoire du « clan d’Oujda », Omar Boudaoud prend ses distances. Le 19 juin 1965, lorsque Boumediene renverse Ben Bella par un coup d’État, il rompt définitivement avec le régime.
Il choisit alors une vie discrète, loin des cercles du pouvoir, fidèle à ses principes révolutionnaires. Il s’installe en Allemagne où il passera une grande partie de sa vie, refusant les compromissions avec un système qu’il avait combattu.
📚 Héritage et mémoire
Les mémoires d’un combattant
En 2007, Omar Boudaoud publie ses mémoires sous le titre « Du PPA au FLN : mémoires d’un combattant » aux éditions Casbah. Ce livre témoignage, aux côtés de « La 7e Wilaya : la guerre du FLN en France 1954-1962 » d’Ali Haroun, constitue l’une des sources les plus précieuses sur l’histoire de la Fédération de France.
Omar Boudaoud s’éteint le 9 mai 2020 à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, à l’âge de 95 ans. L’un des derniers piliers de la glorieuse Révolution de novembre s’en va d’une façon discrète, loin de son pays. Il est inhumé au cimetière d’El-Alia à Alger, parmi les héros de la nation.
Le « Cincinnatus algérien »
Le professeur Chems Eddine Chitour compare Omar Boudaoud au général romain Cincinnatus, qui déposa la dictature seize jours après l’avoir acceptée pour retourner cultiver son champ. Comme lui, Boudaoud refusa les honneurs et le pouvoir après avoir accompli sa mission :
« Devant ces hommes exceptionnels qui ont permis à l’Algérie de se libérer du joug colonial, nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. »
Une famille de révolutionnaires
Omar Boudaoud était issu d’une famille engagée dans le combat indépendantiste. Son frère Mansour Boudaoud, décédé quelques années avant lui, fut l’une des chevilles ouvrières des services de renseignements algériens pendant la guerre de libération. Ensemble, ils incarnent le sacrifice de toute une génération pour l’indépendance de l’Algérie.
❓ Questions fréquentes sur Omar Boudaoud
Qui était Omar Boudaoud ?
Omar Boudaoud (1924-2020) était le dernier chef de la Fédération de France du FLN de 1957 à 1962. Nommé par Abane Ramdane, il dirigea la « Septième Wilaya » et fut l’architecte principal des manifestations du 17 octobre 1961.
Quel était le rôle de la Fédération de France du FLN ?
La Fédération collectait les cotisations, finançait l’achat d’armes, soutenait les familles de détenus, coordonnait les réseaux de soutien français et menait des opérations armées sur le sol français.
Qu’est-ce que le « deuxième front » de 1958 ?
Une offensive armée lancée le 25 août 1958 : en un mois, 56 sabotages et 242 attaques contre 181 objectifs économiques et militaires, sans terrorisme aveugle contre les civils.
Quel rôle Omar Boudaoud a-t-il joué le 17 octobre 1961 ?
Il fut l’architecte principal de cette manifestation pacifique contre le couvre-feu de Papon. Il organisa la mobilisation, interdit le port d’armes et obtint l’aval du GPRA.
Quelle était la position d’Omar Boudaoud après l’indépendance ?
Il soutint la légitimité du GPRA contre l’armée des frontières de Boumediene et prôna un État laïc. Il rompit avec le pouvoir après le coup d’État de juin 1965.
Qui était Mansour Boudaoud ?
Le frère d’Omar Boudaoud, cheville ouvrière des services de renseignements algériens pendant la guerre. Les deux frères participèrent ensemble à la collecte d’armes au Maroc.
Omar Boudaoud a-t-il écrit ses mémoires ?
Oui, « Du PPA au FLN : mémoires d’un combattant » (2007, éditions Casbah), l’une des sources les plus importantes sur la Fédération de France du FLN.


















































































































































































































































































































































































































































































































































































































