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Cheikh Mohamed Tahar Fergani

 
 

Le Rossignol de Constantine

Cheikh Mohamed Tahar Fergani

9 mai 1928, Constantine – 7 décembre 2016, Paris

Maître absolu du malouf, El Hadj a consacré 70 ans à la préservation du patrimoine arabo-andalou. Sa voix exceptionnelle, capable de parcourir quatre octaves, a fait de lui une légende vivante de Constantine.

🎵 Malouf
🎻 Violon
📍 Constantine

🎭 Carte d’Identité
📅
Naissance
9 mai 1928
Constantine
🕊️
Décès
7 décembre 2016
Paris (88 ans)
🎵
Genre
Malouf
Arabo-andalou
🎻
Instrument
Violon
Tenu à la verticale
⏱️
Carrière
70 ans
1951-2015

Cheikh Mohamed Tahar Fergani, de son vrai nom Reganni, est un chanteur, violoniste et compositeur algérien né le 9 mai 1928 à Constantine et décédé le 7 décembre 2016 à Paris. Surnommé le « Rossignol de Constantine », il est considéré comme le maître absolu du malouf, le répertoire de la musique arabo-andalouse de l’école constantinoise. Une voix légendaire qui a porté le patrimoine algérien à travers le monde.

« 

Celui que Dieu a envoyé pour faire le bonheur des gens – zahi ennass.

— Cheikh Mohamed Tahar Fergani, se définissant lui-même

🌅
Origines et formation musicale

Mohamed Tahar Fergani naît le 9 mai 1928 dans l’antique Cirta (Constantine), au sein d’une famille où la musique n’est ni décorative ni mondaine. Son père, Cheikh Hamou Fergani (1884-1972), était un chanteur et compositeur réputé du genre hawzi, un style populaire en provenance de Tlemcen.

🎼 L’apprentissage dès l’enfance

Dès l’âge de six ans, le jeune Mohamed Tahar est initié à la flûte de roseau (fhel ou djouwak), puis à tous les instruments de la musique andalouse. Parallèlement, son frère Abdelkrim lui transmet le métier de la broderie, cet apprentissage manuel qui forge le goût du détail et de la rigueur.

👨‍🏫 Ses maîtres

Mohamed Tahar Fergani a été formé par les plus grands cheikhs de son temps : Cheikh Hassouna Ali Khodja, qui lui a enseigné les zjoul, Cheikh Baba Abid (Abderrahmane Kara Baghli) pour la nouba et le mahjouz, et Cheikh Abdelkader Toumi. Son père lui avait déjà transmis les bases du patrimoine musical constantinois.

🎤
Du charqi au malouf : la révélation

Comme beaucoup de musiciens algériens de son époque, Mohamed Tahar Fergani débute dans le genre charqi (oriental), très populaire grâce aux ondes égyptiennes. Il chante au sein de l’ensemble Toulou’ El Fadjr (L’Aurore), explorant un style accessible et ancré dans son temps.

🏆 1951 : La consécration à Annaba

En 1951, à Annaba, Mohamed Tahar Fergani se fait remarquer lors d’un concours musical dont il remporte le premier prix. Dans la foulée, il enregistre son premier album avec le titre « Habibak la tanseh », qui l’impose à la fois comme chanteur populaire et maître du malouf.

Ce retour aux sources n’est pas un repli, mais un engagement. Sous l’influence de ses maîtres Cheikh Hassouna et Cheikh Baba Abid, il s’oriente résolument vers le malouf constantinois. Après l’indépendance, il perfectionne son art auprès de grands noms de la musique andalouse comme Dahmane Ben Achour et Abdelkrim Dali, maîtrisant ainsi les répertoires des trois écoles maghrébines.

🎻
La maîtrise du malouf

Avec le malouf, Cheikh Fergani trouve sa pleine mesure. Il devient l’un de ses plus grands interprètes. Ce qui le caractérise, c’est sa voix chaude et puissante, fortement imprégnée de couleurs orientales, et son coup d’archet inégalable au violon, tenu à la verticale selon la tradition constantinoise.

🎵 L’exploit des quatre octaves

Mohamed Tahar Fergani est l’un des rares chanteurs à interpréter des compositions sur quatre octaves. Cette prouesse vocale exceptionnelle lui a valu son surnom de « Rossignol de Constantine ». Sa voix, ample et capable de parcourir plusieurs octaves, impressionne sans jamais forcer.

🎶 Répertoire et genres musicaux

En plus du malouf, Mohamed Tahar Fergani interprétait le mahjouz (genre populaire constantinois dérivé du malouf), les zjoul (genre aussi ancien que le malouf), le hawzi (dérivé du gharnati de Tlemcen), ainsi que le madih (chant religieux). Il fut le premier à décloisonner les musiques citadines algériennes en s’appropriant les corpus de la sanaâ algéroise et du gharnati tlemcénien.

🎼 Les noubas du malouf constantinois
Nouba Dhil
Nouba Maya
Nouba Mezmoum
Nouba Sika
Nouba Zidane
Nouba Rasd dhil
Nouba Reml maya
Nouba H’sine saba

🏛️
Résistance et patrimoine

Au-delà du succès artistique, l’exploit réalisé par Cheikh Fergani pour préserver l’identité nationale à travers l’interprétation de chansons arabo-andalouses durant la période coloniale constitue l’autre face de son prodigieux parcours. En pleine ère coloniale, alors que le colonisateur français tentait d’extraire les Algériens de leurs valeurs arabo-musulmanes, Fergani contribuait à la préservation du patrimoine.

🇩🇿 Chants patriotiques et religieux

Durant la période coloniale, Mohamed Tahar Fergani interprétait en public des chants patriotiques comme « Ana Laârbi Wèld El Arbiya », et participait à la défense de la religion avec des extraits du madih (louange au Prophète) comme « Madh Khatim El Anbiaâ ». Une forme de résistance culturelle sous la pression et la menace du colonisateur.

Après l’indépendance, il a révolutionné le malouf en intégrant des apports de la musique orientale, du flamenco et de la musique occidentale, donnant à ce genre un souffle nouveau plus attractif et entraînant. L’émission mythique « Rasd ou Maya », animée par Leïla et tournée dans le décor du prestigieux palais Ahmed Bey, reste gravée dans les mémoires.

🌍 Rayonnement international

El Hadj Mohamed Tahar Fergani a porté la renommée du malouf à travers le monde arabe, l’Europe et même l’Asie. Avec lui, ce genre musical est arrivé jusqu’à Tachkent en Ouzbékistan. Il a été primé en plusieurs occasions et consacré tant sur le plan national qu’international.

👨‍👩‍👧‍👦
La dynastie Fergani

Chez les Fergani, on est initié au malouf dès la petite enfance. Quatre générations de musiciens ont perpétué cette tradition familiale, faisant de ce nom une véritable institution de la musique constantinoise.

🎶 L’arbre généalogique musical
Cheikh Hamou Fergani
1884-1972 • Père • Hawzi
Zhor Fergani
1915-1982 • Sœur • Chanteuse hawzi
Mohamed-Seddik (Zouaoui)
Frère • Musicien
Salim Fergani
Né 1953 • Fils aîné • Oud
Mourad Fergani
Fils • Guitariste
Adlène Fergani
Petit-fils • 4e génération

Salim Fergani, fils aîné et digne héritier, est aujourd’hui un maâlem (maître) reconnu du malouf. Oudiste expérimenté, il enseigne la musique en France et perpétue le répertoire familial. Son neveu Adlène Fergani, la trentaine, semble prendre le relais avec assurance. Son timbre vocal est proche de celui de son grand-père.

💿
Discographie et œuvres

Mohamed Tahar Fergani compte à son actif des centaines d’enregistrements qui ont amplement contribué à préserver le patrimoine musical de Constantine. Il possédait sa propre maison d’édition pour enregistrer le patrimoine de la musique citadine constantinoise.

📀 Enregistrements majeurs
Anthologie de la musique arabo-andalouse Vol. 1
Nouba Maya – Malouf de Constantine • 1992 • Ocora Radio France
Anthologie de la musique arabo-andalouse Vol. 2
1992 • Ocora Radio France
Trésors de la musique algérienne
2 CD • Institut du Monde Arabe
🎵 Chansons emblématiques
🎤 Galou Laârab Galou
🎤 Ya Dalma
🎤 Nedjma
🎤 El Boughi
🎤 Ana Lamdalel
🎤 Damai Yadjri
🎤 Habibak la tanseh
🎤 Ana Laârbi
🎭 Dernière apparition publique

La dernière apparition sur scène de Mohamed Tahar Fergani remonte à juillet 2015, lors de la manifestation « Constantine, capitale de la culture arabe ». Du haut de ses 87 ans, il avait donné le ton à une gaâda purement constantinoise lors d’un hommage rendu à son père Hamou Fergani et son frère Mohamed-Seddik (Zouaoui), accueilli par des youyous et des tonnerres d’applaudissements.


Questions fréquentes

Qui est Cheikh Mohamed Tahar Fergani ?

Cheikh Mohamed Tahar Fergani (1928-2016) est un chanteur, violoniste et compositeur algérien, considéré comme le maître absolu du malouf constantinois. Surnommé le « Rossignol de Constantine », il a consacré 70 ans de carrière à la préservation de la musique arabo-andalouse algérienne.

Qu’est-ce que le malouf ?

Le malouf est le répertoire de la musique arabo-andalouse de Constantine. Influencé par l’école de Séville et la musique ottomane, il est constitué de noubas et représente l’une des trois grandes écoles de musique andalouse en Algérie, avec Alger (sanaâ) et Tlemcen (gharnati). Le mot signifie « fidèle à la tradition ».

Pourquoi Fergani était-il surnommé le Rossignol de Constantine ?

Ce surnom lui vient de ses capacités vocales exceptionnelles. Il était l’un des rares chanteurs à interpréter sur quatre octaves, avec une voix chaude et puissante qui impressionnait sans jamais forcer, comparable au chant du rossignol.

Quels sont les chefs-d’œuvre de Mohamed Tahar Fergani ?

Ses œuvres les plus célèbres incluent Galou Laârab Galou, Ya Dalma, Nedjma, El Boughi, Ana Lamdalel, Damai Yadjri, ainsi que l’enregistrement de la Nouba Maya pour Ocora Radio France, considéré comme une référence absolue du malouf.

Qui sont les héritiers de la tradition Fergani ?

La tradition Fergani se perpétue sur quatre générations. Son fils Salim Fergani est un maâlem reconnu qui enseigne en France. Son petit-fils Adlène Fergani reprend le flambeau sur scène. Toute la famille – père Hamou, sœur Zhor, frère Zouaoui, fils Mourad – a été initiée au malouf.

Quel lien entre Fergani et Cheikh Raymond ?

À Constantine, musiciens juifs et arabes ont longtemps coexisté dans le malouf. Mohamed Tahar Fergani et Cheikh Raymond (assassiné en 1961) étaient les deux grandes figures de cette tradition commune. Tous deux ont étudié auprès des mêmes maîtres et représentaient ce patrimoine partagé entre les communautés.

« L’Algérie aura perdu un de ses plus grands artistes qui a consacré sa vie à la préservation du malouf, un art raffiné et apprécié. »

— Président Abdelaziz Bouteflika, décembre 2016

Le Rossignol de Constantine • 1928-2016 • 70 ans au service du patrimoine

Cheikh Mohamed Tahar Fergani

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