#Villes d'Algérie

La ville de Constantine en Algérie

Constantine, l’antique Cirta, est la troisième ville d’Algérie et la capitale de l’Est du pays. Surnommée la « ville des ponts suspendus », elle est perchée sur un rocher spectaculaire cerné par les gorges du Rhumel, profondes de 200 mètres. Capitale du royaume de Numidie sous Massinissa il y a 2 500 ans, reconstruite par l’empereur Constantin Ier en 313, elle conserve un patrimoine exceptionnel : le palais Ahmed Bey, la majestueuse mosquée Émir Abdelkader (19 000 places), une médina classée UNESCO et huit ponts légendaires. Berceau du malouf, la musique arabo-andalouse constantinoise, elle fut capitale de la culture arabe en 2015.

1. Présentation générale

Constantine (en arabe : قسنطينة) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située dans le nord-est de l’Algérie. La ville se trouve à 431 km à l’est d’Alger, 110 km à l’ouest de Guelma, 90 km au sud de Skikda et 150 km au sud-ouest d’Annaba.

Implantée sur un plateau rocheux à 649 m d’altitude, la ville est isolée par les gorges profondes de l’oued Rhumel qui l’entoure à l’est et au nord. Ce site défensif exceptionnel, comparé par Théophile Gautier à une forteresse « mieux fortifiée que n’aurait pu le faire Vauban », a façonné son destin unique.

Avec Annaba et Skikda, Constantine forme le triangle industriel de l’Est algérien. Le Grand Constantine (incluant El Khroub et Hamma Bouziane) dépasse le million d’habitants.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (ville)~480 000 habitants
Population (agglomération)~1 000 000 habitants
Population (wilaya)~950 000 habitants
Superficie (wilaya)2 308 km²
Nombre de daïras/communes6 daïras, 12 communes
Code wilaya25
Altitude649 m
Profondeur des gorges135-200 m
ClimatMéditerranéen continental (500-700 mm/an)
SurnomsVille des ponts, ville des aigles, ville du malouf

3. Histoire : de Cirta à Constantine

3.1 Cirta, capitale de Numidie

Constantine est l’une des plus anciennes cités du monde, fondée au VIe siècle av. J.-C. par les Phéniciens sous le nom de Sarim Batim (« Ville royale »). Elle prit ensuite le nom berbère de Cirta (« ville creusée à pic »). Des vestiges paléolithiques dans les grottes de Sidi M’Cid attestent d’une occupation encore plus ancienne.

Au IIIe siècle av. J.-C., Cirta devint la capitale du royaume de Numidie sous le roi Massinissa et ses successeurs. L’historien Stéphane Gsell estime sa population entre 150 000 et 180 000 habitants. Selon Appien, la ville pouvait contenir 10 000 cavaliers et 20 000 fantassins.

3.2 Période romaine

Après les guerres de Jugurtha (112-105 av. J.-C.), Cirta passa sous contrôle romain. En 311, la ville fut détruite par Maxence. L’empereur Constantin Ier la reconstruisit en 313 et lui donna son nom : Civitas Constantina Cirtensium. Un concile chrétien s’y tint en 412, dirigé par Saint Augustin.

3.3 Périodes vandale, byzantine et arabe

Conquise par les Vandales au Ve siècle, puis par les Byzantins, Constantine fut islamisée au VIIe siècle. Elle passa successivement sous les dynasties aghlabide, fatimide, ziride, hammadide, almohade et hafside.

3.4 Beylik de Constantine

Au XVIe siècle, Constantine devint la capitale du beylik de l’Est, vassale de la régence d’Alger. Salah Bey (1771-1792) et Ahmed Bey (1826-1837) furent les plus illustres gouverneurs. Le magnifique palais Ahmed Bey témoigne de cette époque.

3.5 Colonisation française et indépendance

Après un échec en 1836, les Français prirent Constantine le 13 octobre 1837 au terme d’un siège sanglant. Durant la guerre d’Algérie, la ville fut intégrée à la wilaya II (Constantinois). À l’indépendance en 1962, elle devint chef-lieu de wilaya.

4. Les ponts suspendus

Guy de Maupassant écrivait : « Huit ponts jadis traversaient ce précipice. » La géographie unique de Constantine a nécessité la construction de nombreux ouvrages d’art pour franchir les gorges du Rhumel.

Pont Sidi M’Cid (1912)

Chef-d’œuvre de l’ingénieur Ferdinand Arnodin, ce pont suspendu de 164 m surplombe le Rhumel à 175 m de hauteur. Lors de son inauguration, il était le plus haut pont suspendu du monde. Il relie le Rocher au faubourg Lamy.

Pont Sidi Rached (1912)

Long de 447 m, composé de 27 arches dont la plus large atteint 70 m, ce pont en pierre de taille fut à sa construction le plus haut pont en maçonnerie du monde (105 m au-dessus du Rhumel).

Pont El-Kantara

Le plus ancien pont de Constantine, d’origine romaine sous Antonin (IIe siècle), fut reconstruit par Salah Bey en 1792 sur les ruines du pont antique, puis rebâti sous Napoléon III (1860-1863). Long de 128 m, il domine le Rhumel de 125 m.

Viaduc Salah Bey (2014)

Pont à haubans moderne de 1 119 m conçu par Dissing+Weitling, avec deux pylônes de 120 m. Il relie la place de l’ONU au nouveau quartier, symbolisant le Constantine du XXIe siècle.

Autres ponts et passerelles

La passerelle Mellah-Slimane (1917-1925), accessible par ascenseur, le pont des Chutes (1925) marquant le début du chemin des Touristes, le pont du Diable (ottoman, piétons) et une arche naturelle de 60 m creusée par les torrents complètent ce patrimoine unique.

5. Patrimoine et monuments

Palais Ahmed Bey

Construit de 1826 à 1835 par le dernier bey de Constantine, ce joyau de 5 600 m² est l’un des plus importants monuments historiques d’Algérie. Son style mauresque baroque mêle influences européennes et orientales. Deux mille mètres carrés de fresques polychromes relatent les voyages d’Ahmed Bey, figure de la résistance contre la colonisation.

Mosquée Émir Abdelkader

Inaugurée en 1994, cette mosquée monumentale est un chef-d’œuvre de l’architecture islamique africaine. Pouvant accueillir 19 000 fidèles, elle s’étend sur 13 hectares et possède deux minarets de 107 m de hauteur. L’université islamique attenante accueille 3 000 étudiants. Pour en savoir plus sur ce héros national, consultez notre article sur l’Émir Abdelkader.

La Médina (Souika)

Classée patrimoine national par l’UNESCO depuis 2004, la vieille ville déploie ses ruelles tortueuses, ses maisons aux toits de tuiles, ses mosquées centenaires et ses palais des XVIe-XVIIe siècles. La Grande Mosquée (hammadide) est le plus ancien édifice islamique de Constantine.

Musée national Cirta

Fondé en 1852, le musée rassemble des collections numides, romaines et islamiques. On y trouve notamment des stèles puniques du site d’El Hofra et la célèbre mosaïque « Triomphe de Neptune et Amphitrite ».

Site punique d’El Hofra

Près de 1 000 stèles puniques y ont été découvertes, déposées au musée de Cirta et au Louvre.

6. Culture et malouf

Le malouf constantinois

Constantine est le berceau du malouf, variante constantinoise de la musique arabo-andalouse. Cette tradition séculaire, transmise de génération en génération, fait de la ville la « ville du malouf ». Le Cheikh Mohamed Tahar Fergani en fut l’un des maîtres incontestés.

Capitale de la culture arabe 2015

Constantine fut désignée capitale de la culture arabe du 5 avril 2015 au 5 avril 2016, donnant lieu à d’importantes rénovations de la médina, à la construction du viaduc Salah Bey et à la mise en service du tramway.

Art de vivre constantinois

Constantine est réputée pour son art de vivre raffiné : bijouterie traditionnelle (or, argent, corail rouge), broderie sur velours (gandoura constantinoise), dinanderie et poterie. La ville fut historiquement l’arbitre de l’élégance d’Al-Andalus.

7. Économie et universités

Pôle universitaire

Constantine est un pôle universitaire majeur avec l’Université des Frères Mentouri (tour de 22 étages conçue par Oscar Niemeyer, 1969-1972) et l’Université des sciences islamiques Émir Abdelkader (3 000 étudiants).

Industrie et agriculture

L’industrie se répartit en agroalimentaire, mécanique, manufacturier et matériaux de construction. La superficie agricole (127 400 ha) est consacrée pour moitié aux céréales, avec cultures fourragères, maraîchères et arboriculture.

Transports

Constantine dispose d’un tramway (depuis 2013), d’un téléphérique reliant le centre au quartier Émir Abdelkader (2,3 km, 33 cabines, 8 minutes), et de l’aéroport Mohamed Boudiaf (12 km au sud). Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

8. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
SkikdaNord~90 kmRusicade, port, plages
AnnabaNord-Est~150 kmHippone, Saint Augustin, sidérurgie
GuelmaEst~110 kmCalama, thermes, théâtre romain
MilaOuest~50 kmMilev antique, agriculture
Oum El BouaghiSud-Est~100 kmHauts plateaux, céréales
BatnaSud~120 kmAurès, Timgad, Ghoufi

9. Gastronomie constantinoise

La cuisine blanche constantinoise est réputée pour son raffinement. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Spécialités locales

Chakhchoukha : Plat emblématique à base de galettes émiettées et de sauce rouge.

Jari : Soupe traditionnelle aux légumes et viande.

Trida : Pâtes fraîches carrées en sauce blanche.

Dolma : Légumes farcis (courgettes, poivrons, aubergines).

Nougat constantinois (Cirtabeille), Makroud, Baklawa.

Pour plus de recettes, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

10. Questions fréquentes

Pourquoi Constantine est-elle appelée la ville des ponts suspendus ?

Constantine est bâtie sur un rocher isolé par les gorges du Rhumel, profondes de 135 à 200 m. Cette géographie unique a nécessité la construction de nombreux ponts pour accéder à la ville : Sidi M’Cid (175 m de hauteur, plus haut pont suspendu du monde en 1912), Sidi Rached (plus haut pont en maçonnerie du monde), El-Kantara (d’origine romaine), le viaduc Salah Bey (2014) et plusieurs passerelles. D’où son surnom de « ville des ponts suspendus ».

Quelle est l’origine du nom Constantine ?

La ville s’appelait Cirta (« ville creusée à pic » en berbère) depuis l’Antiquité. En 311, elle fut détruite par Maxence. L’empereur romain Constantin Ier la reconstruisit en 313 et lui donna son nom : Civitas Constantina Cirtensium, devenu Constantine. Avant Cirta, les Phéniciens l’appelaient Sarim Batim (« Ville royale »).

Que visiter à Constantine ?

Les incontournables sont : les ponts suspendus (Sidi M’Cid, Sidi Rached, El-Kantara, viaduc Salah Bey), le palais Ahmed Bey (5 600 m², fresques polychromes), la mosquée Émir Abdelkader (minarets de 107 m, 19 000 places), la médina Souika (UNESCO), le musée Cirta, les gorges du Rhumel (chemin des Touristes), et le monument aux morts. Le téléphérique offre une vue panoramique exceptionnelle.

Comment se rendre à Constantine ?

Par avion : l’aéroport Mohamed Boudiaf (12 km) propose des vols vers Alger, Paris et d’autres destinations. Par la route : Constantine est à 431 km d’Alger, 90 km de Skikda, 150 km d’Annaba. Par le train : gare centrale. En ville : tramway (depuis 2013) et téléphérique. Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

Qu’est-ce que le malouf ?

Le malouf est la variante constantinoise de la musique arabo-andalouse, héritée des réfugiés d’Al-Andalus. C’est une tradition séculaire qui fait de Constantine la « ville du malouf ». Le Cheikh Mohamed Tahar Fergani fut l’un de ses plus grands maîtres. Ce patrimoine musical a contribué à la désignation de Constantine comme capitale de la culture arabe en 2015.

Quelle est la meilleure période pour visiter Constantine ?

Le printemps (15-25°C) et l’automne (18-28°C) sont idéaux pour les visites. L’été peut être très chaud (jusqu’à 47°C). L’hiver est froid (jusqu’à -6°C enregistré). Le climat continental entraîne de fortes amplitudes thermiques. Les précipitations (500-700 mm/an) sont concentrées en hiver.

 

La ville de Constantine en Algérie

La ville de Guelma en Algérie

La ville de Constantine en Algérie

La ville de Médéa en Algérie

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *