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Musique Tergui et Diwane-Gnawa

Musique Saharienne • Rituels Sacrés

Musique Tergui & Diwane-Gnawa
Le Blues du Désert et les Rituels Mystiques du Sahara

Des mélodies hypnotiques de l’imzad aux transes du guembri, plongée dans deux traditions musicales nées du Sahara algérien : l’une portée par les nomades touaregs, l’autre héritée des anciens esclaves africains.

🏜️ Sahara • Hoggar • Tassili
📍 Tamanrasset • Béchar • Djanet
🎸 Imzad • Guembri • Guitare

🎵 Deux Traditions du Sahara Algérien
🏜️
Musique Tergui
Touareg / Amazigh
Origine : Peuple nomade Touareg
Régions : Hoggar, Tassili, Adrar
Style moderne : Assouf (blues du désert)
Groupe phare : Tinariwen

🎵
Musique Diwane
Gnawa / Spirituelle
Origine : Descendants d’esclaves africains
Régions : Béchar, Mostaganem, Ghardaïa
Fonction : Rituels de transe thérapeutiques
Icône : Hasna El Becharia

Le Sahara algérien abrite deux trésors musicaux d’une richesse exceptionnelle. La musique tergui (touareg), portée par les nomades du désert, a donné naissance au blues du désert qui conquiert les scènes mondiales avec Tinariwen. La musique diwane, héritée des anciens esclaves africains, perpétue des rituels de transe où le guembri et les karkabous invoquent les esprits pour guérir les âmes.

🏜️
Musique Tergui : l’âme touareg

Les Touaregs (Kel Tamashek, « ceux qui parlent tamasheq ») sont un peuple amazigh nomade vivant dans le Sahara, entre l’Algérie, le Mali, le Niger, la Libye et le Burkina Faso. Leur musique, intimement liée à la poésie et aux traditions ancestrales, exprime la nostalgie du désert, l’honneur guerrier et l’amour courtois.

👩 La femme, gardienne de la musique

Dans la société touareg matrilinéaire, la femme est au centre de toutes les décisions. Les biens sont transmis par les femmes, qui possèdent les tentes et tout ce qu’elles contiennent — y compris les instruments de musique. Deux instruments leur sont exclusivement réservés : l’imzad (violon) et le tindé (tambour). Les hommes n’ont pas le droit d’en jouer, sous peine de « malédiction ».

L’Imzad : le violon des femmes (UNESCO 2013)

L’imzad est un violon monocorde fabriqué et joué exclusivement par les femmes. Charles de Foucauld le décrivait comme « l’instrument de musique favori, noble, élégant par excellence ». Quand il vibre, on dit « yantakq » : « il parle ».

En 2013, l’UNESCO a inscrit les « pratiques et savoirs liés à l’imzad » au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. L’association « Sauver l’Imzad » à Tamanrasset a créé des écoles pour transmettre cet art aux jeunes générations.

🎻 Caractéristiques de l’imzad
  • Calebasse semi-sphérique
  • Peau ornée de motifs symboliques
  • Manche en bois d’acacia
  • Corde unique en crin de cheval
  • Archet en bois arqué
🎵 Répertoires féminins traditionnels
Tindé

Genre festif pour mariages et célébrations. Femmes réunies autour du tambour, chantant au rythme des battements.

Iswat

Genre nocturne et mélancolique, réservé aux jeunes. Voix féminine et chœur masculin en basse.

🎸
L’assouf : le blues du désert

À partir des années 1970-80, une révolution musicale naît dans les camps d’exilés touaregs : l’assouf (« la nostalgie » en tamasheq), aussi appelé tichoumaren, blues du désert ou desert rock. Cette musique mêle guitare électrique, rock occidental et traditions touarègues pour exprimer la souffrance d’un peuple en exil.

📜 Contexte historique

Après les indépendances des années 60, les terres touarègues sont divisées entre six pays. Les sécheresses des années 70 forcent les nomades à l’exil. En Libye, Kadhafi accueille les jeunes Touaregs dans des camps d’entraînement militaire. C’est là que naît l’assouf : des guitares de contrebande, des influences rock (Jimi Hendrix, Led Zeppelin) et la nostalgie du désert natal créent un son unique — le blues né dans l’exil et la souffrance.

🎤 Thèmes des chansons
  • L’amour du désert (Ténéré)
  • L’exil et la nostalgie
  • La rébellion et la résistance
  • L’honneur et les héros du passé
  • L’unité du peuple touareg
🎸 Influences musicales
  • Rock occidental (Led Zeppelin, Hendrix)
  • Blues américain
  • Musique malienne (Ali Farka Touré)
  • Traditions touarègues (tindé, iswat)
  • Chaâbi algérois (Rabah Driassa)


Tinariwen : les guitares de la rébellion

Tinariwen (« les déserts » en tamasheq) est le groupe emblématique du blues touareg. Formé en 1979 à Tamanrasset (Algérie) par Ibrahim ag Alhabib, ils sont les pionniers de l’assouf et ont fait connaître cette musique au monde entier.

En 2012, ils remportent le Grammy Award du meilleur album de musique du monde pour « Tassili ». Ils ont joué avec Robert Plant (Led Zeppelin), les Red Hot Chili Peppers et Carlos Santana, devenant les ambassadeurs du peuple touareg sur la scène internationale.

🎸
Tinariwen
« Les Déserts »
Fondé en 1979
Origine :
Tamanrasset
Grammy :
2012 (Tassili)
Style :
Assouf / Blues
📅 Chronologie Tinariwen
  • 1979 — Création à Tamanrasset par Ibrahim ag Alhabib
  • 1980 — Formation militaire en Libye, rencontre des autres membres
  • 1990-91 — Participation à la rébellion touareg au Mali
  • 1992 — Retour à la paix, consécration à la musique
  • 1999 — Premier concert en France (Festival Toucouleur)
  • 2004 — Album « Amassakoul », succès international
  • 2007 — Concert avec Robert Plant au Bataclan (Paris)
  • 2010 — Concert d’ouverture Coupe du Monde Afrique du Sud
  • 2012Grammy Award pour l’album « Tassili »
🎵 La « troisième vague » touareg

Tinariwen a ouvert la voie à une nouvelle génération d’artistes du désert :

Imarhan (Algérie)
Tamikrest (Mali)
Bombino (Niger)
Mdou Moctar (Niger)
Tissilawen (Djanet)
Terakaft (Mali)

🎵
Musique Diwane-Gnawa : les rituels sacrés

Le diwane (« réunion des adeptes d’une confrérie mystique ») est la version algérienne de la musique gnawa marocaine. Héritée des anciens esclaves subsahariens amenés au Maghreb entre le VIIe et le XIXe siècle, elle mêle traditions africaines, soufisme et islam populaire dans des rituels de transe thérapeutiques.

📜 Origines historiques

Le mot « Gnawa » viendrait de « Ghana » ou « Guinée » — le « pays des Noirs ». Ces populations africaines, amenées comme esclaves, ont conservé leurs pratiques rituelles en les adaptant à l’Islam. Leur chaîne initiatique les relie à Sidi Bilal, premier muezzin du Prophète et ancien esclave affranchi — d’où leur nom de « Bilali » en Algérie (« Ouled Sidi Blel » en Oranie).

Le rituel de la Lila (ou Derdeba)

Le lila (« la nuit ») est la cérémonie centrale du diwane. C’est un rite de possession syncrétique où musique, danse et couleurs invoquent les esprits (djinns, mlouk) pour guérir les malades. Chaque couleur correspond à une entité spirituelle et déclenche une transe spécifique.

Noir
Sidi Mimoun
🟢
Vert
Moulay Brahim
🔴
Rouge
Sidi Hamou
🔵
Bleu
Sidi Moussa
Blanc
Lalla Aïcha
📍 Appellations régionales en Algérie
  • Diwane — Terme général (Béchar, Sud-Ouest)
  • Ouled Sidi Blel — Oranie (référence à Bilal)
  • El Ouesfen — Constantine (« esclaves »)
  • Stambali / Benga — Est algérien, Tunisie
  • Dendoun — Ghardaïa (M’zab)

Gnawa Diffusion : la fusion moderne

Fondé en 1992 à Grenoble par Amazigh Kateb (fils de l’écrivain Kateb Yacine), Gnawa Diffusion a révolutionné le genre en fusionnant diwane, reggae, raggamuffin et rock. Leurs textes, en arabe, français et anglais, célèbrent « l’africanité du Maghreb » et prônent la fraternité entre les peuples.

👩
Hasna El Becharia : la rockeuse du désert

Hasna El Becharia (1950-2024), surnommée « la rockeuse du désert », était une figure emblématique de la musique diwane. Née à Béchar, elle fut la première femme à jouer du guembri, brisant un tabou ancestral réservant cet instrument aux hommes.

Malgré l’interdiction de son père (« Le guembri c’est pour les hommes, va faire le couscous ! »), elle apprend en cachette sur la terrasse. En 2002, son album « Djazaïr Johara » (L’Algérie est un joyau) la propulse sur la scène internationale. Elle décède le 1er mai 2024, laissant un héritage impérissable.

🎸
Hasna El Becharia
La Rockeuse du Désert
1950 — 2024
Origine :
Béchar
Albums :
Djazaïr Johara, Smaa Smaa
1ère femme :
Guembri sur scène

La musique, c’est ma liberté. C’est aussi ma manière de me battre contre les injustices que j’ai vécues en tant que femme.

— Hasna El Becharia, 2004

🎤 Autres artistes diwane algériens
  • Gaâda Diwân Béchar — Groupe traditionnel de Béchar
  • Souad Asla — A permis aux femmes du Sud de former le groupe Lemma
  • El Ferda — Groupe de Béchar
  • Gnawa de Mostaganem — Confrérie Saiddiya
  • Gnawa Diffusion — Fusion gnawa-reggae-rock

🎸
Instruments traditionnels

Les musiques tergui et diwane possèdent chacune leurs instruments emblématiques, reflets de leurs origines distinctes mais complémentaires.

🏜️ Instruments Tergui (Touareg)

🎻
Imzad
Violon féminin (UNESCO)

Violon monocorde en calebasse, joué exclusivement par les femmes. Accompagne les chants poétiques glorifiant les héros.

🪘
Tindé
Tambour féminin

Mortier recouvert d’une peau de chèvre. Utilisé par les femmes pour les fêtes, mariages et célébrations.

🎸
Guitare électrique
Instrument moderne (années 70)

Introduite par les exilés touaregs, elle remplace peu à peu l’imzad chez les hommes. Symbole de l’assouf moderne.

🎵 Instruments Diwane-Gnawa

🎸
Guembri
Luth à 3 cordes

Instrument central du diwane. Son grave et envoûtant. Traditionnellement réservé aux maâlems (maîtres) masculins.

🎵
Karkabous
Crotales métalliques

Quatre cymbales métalliques reliées deux à deux. Rythme hypnotique caractéristique qui induit la transe.

🥁
Tbal
Grand tambour

Tambour cylindrique joué avec deux baguettes. Marque les temps forts et accompagne les processions.


Questions fréquentes

Qu’est-ce que la musique tergui (touareg) ?

C’est la musique traditionnelle et moderne des peuples touaregs du Sahara. Elle comprend l’imzad (violon féminin), le tindé (tambour de fête) et le blues du désert (assouf), mélange de rock, blues et traditions ancestrales popularisé par Tinariwen.

Qu’est-ce que la musique diwane ou gnawa ?

Le diwane est la musique des confréries soufies d’origine subsaharienne en Algérie. Héritée des anciens esclaves africains, elle utilise le guembri et les karkabous pour des rituels de transe thérapeutiques. C’est l’équivalent algérien des gnawa marocains.

Qui est Tinariwen ?

Tinariwen est un groupe de musique touareg formé en 1979 à Tamanrasset (Algérie). Pionniers du blues du désert, ils ont remporté un Grammy Award en 2012 pour l’album « Tassili ».

Qu’est-ce que l’imzad ?

L’imzad est un violon monocorde touareg joué exclusivement par les femmes. Inscrit au patrimoine UNESCO en 2013, il accompagne les chants poétiques. L’association « Sauver l’Imzad » à Tamanrasset préserve cet art.

Quels sont les instruments de ces musiques ?

Musique tergui : imzad, tindé, guitare électrique. Diwane-gnawa : guembri, karkabous, tbal. Les deux utilisent le bendir et diverses percussions sahariennes.

🏜️ Artistes Sahariens

Tinariwen
Hasna El Becharia
Gnawa Diffusion
Imarhan
Souad Asla
Athmane Bali

📖 Articles liés


Tamanrasset

Capitale du Hoggar

 



Béchar

Berceau du Diwane

 



Illizi

Porte du Tassili

 



Adrar

Sahara profond

 

📚 Sources et références

  • UNESCO — « Pratiques et savoirs liés à l’imzad » (2013), « Gnawa » (2019)
  • Wikipédia — « Tinariwen », « Tichoumaren », « Musique diwane », « Gnaoua », « Imzad »
  • Music In Africa — « La musique saharienne d’Algérie », « La troisième vague touareg »
  • Jeune Afrique — « Hasna El Becharia, pionnière de la musique diwane »
  • Observatoire Pharos — « La musique gnawa, témoin d’une diversité »
  • C’est l’Algérie — « La musique des Touaregs »
  • Philharmonie de Paris — « Bibliographie sur la musique Gnawa »
  • OpenEdition — « Deux disques de musique gnawa »
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