Musique Tergui et Diwane-Gnawa
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Musique Saharienne • Rituels Sacrés
Musique Tergui & Diwane-Gnawa
Le Blues du Désert et les Rituels Mystiques du Sahara
Des mélodies hypnotiques de l’imzad aux transes du guembri, plongée dans deux traditions musicales nées du Sahara algérien : l’une portée par les nomades touaregs, l’autre héritée des anciens esclaves africains.
📍 Tamanrasset • Béchar • Djanet
🎸 Imzad • Guembri • Guitare
Le Sahara algérien abrite deux trésors musicaux d’une richesse exceptionnelle. La musique tergui (touareg), portée par les nomades du désert, a donné naissance au blues du désert qui conquiert les scènes mondiales avec Tinariwen. La musique diwane, héritée des anciens esclaves africains, perpétue des rituels de transe où le guembri et les karkabous invoquent les esprits pour guérir les âmes.
🏜️
Musique Tergui : l’âme touareg
Les Touaregs (Kel Tamashek, « ceux qui parlent tamasheq ») sont un peuple amazigh nomade vivant dans le Sahara, entre l’Algérie, le Mali, le Niger, la Libye et le Burkina Faso. Leur musique, intimement liée à la poésie et aux traditions ancestrales, exprime la nostalgie du désert, l’honneur guerrier et l’amour courtois.
Dans la société touareg matrilinéaire, la femme est au centre de toutes les décisions. Les biens sont transmis par les femmes, qui possèdent les tentes et tout ce qu’elles contiennent — y compris les instruments de musique. Deux instruments leur sont exclusivement réservés : l’imzad (violon) et le tindé (tambour). Les hommes n’ont pas le droit d’en jouer, sous peine de « malédiction ».
L’Imzad : le violon des femmes (UNESCO 2013)
L’imzad est un violon monocorde fabriqué et joué exclusivement par les femmes. Charles de Foucauld le décrivait comme « l’instrument de musique favori, noble, élégant par excellence ». Quand il vibre, on dit « yantakq » : « il parle ».
En 2013, l’UNESCO a inscrit les « pratiques et savoirs liés à l’imzad » au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. L’association « Sauver l’Imzad » à Tamanrasset a créé des écoles pour transmettre cet art aux jeunes générations.
- Calebasse semi-sphérique
- Peau ornée de motifs symboliques
- Manche en bois d’acacia
- Corde unique en crin de cheval
- Archet en bois arqué
Genre festif pour mariages et célébrations. Femmes réunies autour du tambour, chantant au rythme des battements.
Genre nocturne et mélancolique, réservé aux jeunes. Voix féminine et chœur masculin en basse.
🎸
L’assouf : le blues du désert
À partir des années 1970-80, une révolution musicale naît dans les camps d’exilés touaregs : l’assouf (« la nostalgie » en tamasheq), aussi appelé tichoumaren, blues du désert ou desert rock. Cette musique mêle guitare électrique, rock occidental et traditions touarègues pour exprimer la souffrance d’un peuple en exil.
Après les indépendances des années 60, les terres touarègues sont divisées entre six pays. Les sécheresses des années 70 forcent les nomades à l’exil. En Libye, Kadhafi accueille les jeunes Touaregs dans des camps d’entraînement militaire. C’est là que naît l’assouf : des guitares de contrebande, des influences rock (Jimi Hendrix, Led Zeppelin) et la nostalgie du désert natal créent un son unique — le blues né dans l’exil et la souffrance.
- L’amour du désert (Ténéré)
- L’exil et la nostalgie
- La rébellion et la résistance
- L’honneur et les héros du passé
- L’unité du peuple touareg
- Rock occidental (Led Zeppelin, Hendrix)
- Blues américain
- Musique malienne (Ali Farka Touré)
- Traditions touarègues (tindé, iswat)
- Chaâbi algérois (Rabah Driassa)
⭐
Tinariwen : les guitares de la rébellion
Tinariwen (« les déserts » en tamasheq) est le groupe emblématique du blues touareg. Formé en 1979 à Tamanrasset (Algérie) par Ibrahim ag Alhabib, ils sont les pionniers de l’assouf et ont fait connaître cette musique au monde entier.
En 2012, ils remportent le Grammy Award du meilleur album de musique du monde pour « Tassili ». Ils ont joué avec Robert Plant (Led Zeppelin), les Red Hot Chili Peppers et Carlos Santana, devenant les ambassadeurs du peuple touareg sur la scène internationale.
Tamanrasset
2012 (Tassili)
Assouf / Blues
- 1979 — Création à Tamanrasset par Ibrahim ag Alhabib
- 1980 — Formation militaire en Libye, rencontre des autres membres
- 1990-91 — Participation à la rébellion touareg au Mali
- 1992 — Retour à la paix, consécration à la musique
- 1999 — Premier concert en France (Festival Toucouleur)
- 2004 — Album « Amassakoul », succès international
- 2007 — Concert avec Robert Plant au Bataclan (Paris)
- 2010 — Concert d’ouverture Coupe du Monde Afrique du Sud
- 2012 — Grammy Award pour l’album « Tassili »
Tinariwen a ouvert la voie à une nouvelle génération d’artistes du désert :
Tamikrest (Mali)
Bombino (Niger)
Mdou Moctar (Niger)
Tissilawen (Djanet)
Terakaft (Mali)
🎵
Musique Diwane-Gnawa : les rituels sacrés
Le diwane (« réunion des adeptes d’une confrérie mystique ») est la version algérienne de la musique gnawa marocaine. Héritée des anciens esclaves subsahariens amenés au Maghreb entre le VIIe et le XIXe siècle, elle mêle traditions africaines, soufisme et islam populaire dans des rituels de transe thérapeutiques.
Le mot « Gnawa » viendrait de « Ghana » ou « Guinée » — le « pays des Noirs ». Ces populations africaines, amenées comme esclaves, ont conservé leurs pratiques rituelles en les adaptant à l’Islam. Leur chaîne initiatique les relie à Sidi Bilal, premier muezzin du Prophète et ancien esclave affranchi — d’où leur nom de « Bilali » en Algérie (« Ouled Sidi Blel » en Oranie).
Le rituel de la Lila (ou Derdeba)
Le lila (« la nuit ») est la cérémonie centrale du diwane. C’est un rite de possession syncrétique où musique, danse et couleurs invoquent les esprits (djinns, mlouk) pour guérir les malades. Chaque couleur correspond à une entité spirituelle et déclenche une transe spécifique.
- Diwane — Terme général (Béchar, Sud-Ouest)
- Ouled Sidi Blel — Oranie (référence à Bilal)
- El Ouesfen — Constantine (« esclaves »)
- Stambali / Benga — Est algérien, Tunisie
- Dendoun — Ghardaïa (M’zab)
Gnawa Diffusion : la fusion moderne
Fondé en 1992 à Grenoble par Amazigh Kateb (fils de l’écrivain Kateb Yacine), Gnawa Diffusion a révolutionné le genre en fusionnant diwane, reggae, raggamuffin et rock. Leurs textes, en arabe, français et anglais, célèbrent « l’africanité du Maghreb » et prônent la fraternité entre les peuples.
👩
Hasna El Becharia : la rockeuse du désert
Hasna El Becharia (1950-2024), surnommée « la rockeuse du désert », était une figure emblématique de la musique diwane. Née à Béchar, elle fut la première femme à jouer du guembri, brisant un tabou ancestral réservant cet instrument aux hommes.
Malgré l’interdiction de son père (« Le guembri c’est pour les hommes, va faire le couscous ! »), elle apprend en cachette sur la terrasse. En 2002, son album « Djazaïr Johara » (L’Algérie est un joyau) la propulse sur la scène internationale. Elle décède le 1er mai 2024, laissant un héritage impérissable.
Béchar
Djazaïr Johara, Smaa Smaa
Guembri sur scène
La musique, c’est ma liberté. C’est aussi ma manière de me battre contre les injustices que j’ai vécues en tant que femme.
— Hasna El Becharia, 2004
- Gaâda Diwân Béchar — Groupe traditionnel de Béchar
- Souad Asla — A permis aux femmes du Sud de former le groupe Lemma
- El Ferda — Groupe de Béchar
- Gnawa de Mostaganem — Confrérie Saiddiya
- Gnawa Diffusion — Fusion gnawa-reggae-rock
🎸
Instruments traditionnels
Les musiques tergui et diwane possèdent chacune leurs instruments emblématiques, reflets de leurs origines distinctes mais complémentaires.
🏜️ Instruments Tergui (Touareg)
Violon monocorde en calebasse, joué exclusivement par les femmes. Accompagne les chants poétiques glorifiant les héros.
Mortier recouvert d’une peau de chèvre. Utilisé par les femmes pour les fêtes, mariages et célébrations.
Introduite par les exilés touaregs, elle remplace peu à peu l’imzad chez les hommes. Symbole de l’assouf moderne.
🎵 Instruments Diwane-Gnawa
Instrument central du diwane. Son grave et envoûtant. Traditionnellement réservé aux maâlems (maîtres) masculins.
Quatre cymbales métalliques reliées deux à deux. Rythme hypnotique caractéristique qui induit la transe.
Tambour cylindrique joué avec deux baguettes. Marque les temps forts et accompagne les processions.
❓
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la musique tergui (touareg) ?
C’est la musique traditionnelle et moderne des peuples touaregs du Sahara. Elle comprend l’imzad (violon féminin), le tindé (tambour de fête) et le blues du désert (assouf), mélange de rock, blues et traditions ancestrales popularisé par Tinariwen.
Qu’est-ce que la musique diwane ou gnawa ?
Le diwane est la musique des confréries soufies d’origine subsaharienne en Algérie. Héritée des anciens esclaves africains, elle utilise le guembri et les karkabous pour des rituels de transe thérapeutiques. C’est l’équivalent algérien des gnawa marocains.
Qui est Tinariwen ?
Tinariwen est un groupe de musique touareg formé en 1979 à Tamanrasset (Algérie). Pionniers du blues du désert, ils ont remporté un Grammy Award en 2012 pour l’album « Tassili ».
Qu’est-ce que l’imzad ?
L’imzad est un violon monocorde touareg joué exclusivement par les femmes. Inscrit au patrimoine UNESCO en 2013, il accompagne les chants poétiques. L’association « Sauver l’Imzad » à Tamanrasset préserve cet art.
Quels sont les instruments de ces musiques ?
Musique tergui : imzad, tindé, guitare électrique. Diwane-gnawa : guembri, karkabous, tbal. Les deux utilisent le bendir et diverses percussions sahariennes.


















































































































































































































































































































































































































































































































































































































