Kateb Yacine
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

PÈRE FONDATEUR DE LA LITTÉRATURE ALGÉRIENNE
Kateb Yacine
L’homme qui a donné naissance à Nedjma et forgé l’identité littéraire de l’Algérie moderne
Fiche d’identité
Nom complet : Yacine Kateb
Naissance : 2 août 1929, Constantine
Décès : 28 octobre 1989, Grenoble
Sépulture : Cimetière El-Alia, Alger
Origines : Famille chaouie des Aurès
Métiers : Écrivain, dramaturge, journaliste
Langues : Français, arabe, tamazight
Distinction : Grand Prix National des Lettres (1987)
Œuvre majeure : Nedjma (1956)
Éditeur : Éditions du Seuil
Descendance : Amazigh Kateb (Gnawa Diffusion)
Parenté : Grand-oncle de Reda Kateb
Le nom « Kateb » signifie « écrivain » en arabe. Difficile d’imaginer prénom plus prophétique pour celui qui allait devenir le fondateur de la littérature algérienne moderne. Né dans une famille de lettrés du Constantinois, Yacine Kateb — il inversera volontairement nom et prénom, rappelant l’appel scolaire colonial — a bouleversé le paysage littéraire francophone avec Nedjma, roman-poème publié en 1956 en pleine guerre d’Algérie. L’écrivain marocain Abdellatif Laâbi résumera son impact par cette formule devenue célèbre : « Nous descendons tous du manteau de Nedjma », paraphrasant ce que Dostoïevski disait de Gogol.
Une lignée de lettrés dans l’Est algérien
Les origines exactes de Kateb Yacine demeurent nimbées d’un certain mystère — ce qui convient assez bien à l’auteur du Polygone étoilé. La date de naissance officielle, le 2 août 1929, fait débat : certaines sources avancent le 6 août, d’autres le 25 janvier. Quant au lieu, il est inscrit à l’état civil de Condé Smendou (aujourd’hui Zirout Youcef), mais c’est bien à Constantine, « l’Écrasante » comme il l’appellera, qu’il voit le jour.
Il appartient à une famille chaouie originaire des Aurès, les Keblout ou Kheltiya, une lignée maraboutique versée dans les lettres arabes et le droit musulman. Son grand-père maternel, Ahmed Bel Ghazzali, est bach-adel (juge suppléant du cadi) à Condé Smendou et également poète — ses vers figurent dans une anthologie des Oulémas de Constantine. Cet aïeul était proche du cheikh Ben Badis, figure tutélaire du réformisme musulman algérien. Du côté paternel, son père exerce comme oukil judiciaire, équivalent d’avocat dans le système juridique musulman.
La famille suit les mutations professionnelles du père. Le jeune Yacine passe par l’école coranique de Sedrata, sur les hauts plateaux de l’Est, où il mémorise des sourates sans les comprendre — expérience qu’il évoquera avec une ironie teintée d’amertume. En 1935, tournant décisif : son père décide de l’inscrire à l’école française de Lafayette (aujourd’hui Bougaa, en Petite Kabylie).
« Mon père prit soudain la décision irrévocable de me fourrer sans plus tarder dans la « gueule du loup », c’est-à-dire à l’école française. »
Cette décision, le père la justifie en termes stratégiques : maîtriser la langue du colonisateur pour mieux revenir, un jour, aux sources. « La langue française domine. Il te faut la dominer », explique-t-il à son fils. Le garçon se plonge dans Nerval, Baudelaire, Verlaine. En 1941, il entre comme interne au lycée Albertini de Sétif.
Sa mère, Yasmina, occupe une place centrale dans son imaginaire. Femme du terroir, pétrie de légendes et de chants populaires, elle ne parle pas français mais possède, selon son fils, un génie poétique naturel. « À elle seule, elle était un théâtre », écrira-t-il. « Je suis né d’une mère folle très géniale. Elle était généreuse, simple, et des perles coulaient de ses lèvres. Je les ai recueillies sans savoir leur valeur. »
8 mai 1945 : la naissance dans le sang
« Je suis né quand j’avais seize ans, le 8 mai 1945. » Cette phrase de Kateb résume le séisme fondateur de son œuvre et de sa conscience politique. Ce jour-là, alors que la France fête la capitulation nazie, l’Algérie s’embrase. À Sétif, jour de marché, une manifestation nationaliste rassemble des milliers de personnes réclamant l’indépendance. Le jeune lycéen, en classe de troisième, rejoint le cortège.
« Je suis sorti de l’internat. Devant la foule en cortège, il y avait des scouts et quelques-uns de mes camarades ; l’un d’eux me fit signe, je les rejoins et à peine a-t-on fait quelques pas que ça a été la fusillade… » La manifestation vire au massacre. La répression qui s’ensuit, durant trois semaines, fait des dizaines de milliers de morts dans le Constantinois — les historiens avancent le chiffre de 30 000 victimes. Quatorze membres de la famille Kateb périssent.
Trois jours après les événements, le jeune Yacine est arrêté. Détenu au camp militaire de Sétif, il y est torturé et menacé d’exécution. En prison, il découvre deux choses qui ne le quitteront plus : la poésie et la révolution. « C’est là que j’ai compris que mon « vague humanitarisme » d’alors s’effondrait », confiera-t-il. L’adolescent qui, en 1940, avait pleuré la défaite de la France comme tant d’autres Algériens, n’existe plus.
Sa mère, Yasmina, le croyant fusillé, bascule dans la folie. Elle ne s’en remettra jamais, passant les trente-cinq dernières années de sa vie dans les asiles psychiatriques d’Algérie, notamment à Blida. Cette « rose de Blida », comme il l’appellera dans un poème bouleversant, hantera toute son œuvre. « Après le massacre du 8 mai 1945, je l’ai vue devenir folle. Elle, la source de tout. Elle se jetait dans le feu, partout où il y avait du feu. Ses jambes, ses bras, sa tête, n’étaient que brûlures. »
« Puis, je fus tué fictivement, les yeux ouverts, auprès de vrais cadavres et loin de ma mère qui s’est enfuie pour se cacher, sans retour, dans une cellule d’hôpital psychiatrique. Elle vivait dans une parenthèse, qui, jamais plus, ne s’ouvrira. Ma mère, lumière voilée, perdue dans l’infini de son silence. »
Libéré après deux mois de détention, exclu du lycée, le jeune homme traverse une période de profond abattement. Son père l’envoie à Bône (Annaba). C’est là, chez des parents, qu’une cousine lui ouvre la porte : Zouleikha, de dix ans son aînée, déjà mariée. Le coup de foudre est immédiat. Elle deviendra Nedjma — « l’étoile » en arabe —, obsession amoureuse et figure mythique de l’Algérie elle-même. « Je me suis lancé tout droit dans la folie d’un amour, impossible pour une cousine déjà mariée. »
Dans la gueule du loup : Paris et les premiers écrits
À Bône, le jeune Kateb publie en 1946 son premier recueil de poèmes, Soliloques, imprimé par l’imprimerie du journal local Le Réveil Bônois. Ces vers, portés par le souvenir des camarades tombés le 8 mai, marquent l’entrée en littérature d’une voix singulière. Il se politise, donne des conférences sous l’égide du Parti du Peuple Algérien (PPA), le grand parti nationaliste de masse de l’époque.
En 1947, à dix-huit ans, il débarque à Paris — « dans la gueule du loup », selon son expression. Sans le sou, il est hébergé par un compatriote algérien et devient écrivain public pour les immigrés du quartier. Cette expérience le lie intimement au monde ouvrier maghrébin de la diaspora, matière qu’il travaillera plus tard dans son théâtre populaire. En mai, il prononce une conférence sur l’émir Abdelkader à la Salle des Sociétés savantes et adhère au Parti communiste algérien.
L’année suivante, le prestigieux Mercure de France publie « Nedjma ou le Poème ou le Couteau », embryon de ce qui deviendra le roman. De retour en Algérie en 1949, il entre comme journaliste à Alger républicain, quotidien de gauche où Albert Camus l’a précédé. Son premier grand reportage l’emmène en Arabie saoudite et au Soudan. À son retour, il publie sous le pseudonyme de Saïd Lamri un article virulent dénonçant l’« escroquerie » du pèlerinage à La Mecque — un texte qui lui vaudra des inimitiés durables dans les milieux religieux.
Son père meurt en 1950. Pour subvenir aux besoins de sa famille, Kateb devient docker à Alger en 1952. Puis il s’installe à Paris jusqu’en 1959, travaillant avec l’écrivain Malek Haddad, se liant d’amitié avec le peintre M’hamed Issiakhem et le dramaturge Armand Gatti. En 1954, il s’entretient longuement avec Bertolt Brecht — une rencontre qui marquera son approche du théâtre. La même année, la revue Esprit publie Le Cadavre encerclé, pièce mise en scène par Jean-Marie Serreau mais aussitôt interdite en France.
Pendant toute la guerre d’Algérie, harcelé par la Direction de la Surveillance du Territoire (DST), Kateb mène une existence d’errance à travers l’Europe — France, Belgique, Allemagne, Italie, Yougoslavie, URSS —, invité comme écrivain ou survivant grâce à des petits métiers. Pendant huit ans, il travaille à son roman, le réduisant de 2000 à 250 pages.
Nedjma (1956) : l’acte de naissance d’une littérature
Quand Nedjma paraît aux Éditions du Seuil en 1956, en pleine guerre d’Algérie, c’est un tremblement de terre littéraire. Le roman raconte l’histoire de quatre jeunes hommes — Lakhdar, Mustapha, Rachid, Mourad — tous éperdument amoureux de Nedjma, fille d’un chef de tribu et d’une Française. Derrière cette trame d’apparence simple se déploie une architecture narrative d’une complexité inouïe : cercles concentriques, éclatement temporel, voix multiples, fusion du mythe et de l’histoire.
La critique est déconcertée. Un lecteur confie à Kateb : « C’est trop compliqué, ça. En Algérie vous avez de si jolis moutons, pourquoi vous ne parlez pas de moutons ? » L’écrivain s’en souviendra avec ironie toute sa vie. Mais les pairs littéraires, eux, reconnaissent immédiatement la portée de l’œuvre. Édouard Glissant signe l’introduction du Cercle des représailles ; la critique Jacqueline Arnaud consacrera sa vie à l’étude de cette œuvre labyrinthique.
Nedjma, c’est à la fois la cousine aimée, la femme fatale, et l’Algérie elle-même — « vierge après chaque viol », selon la formule de l’auteur. Le roman puise dans l’histoire de la tribu ancestrale des Keblout, dans le traumatisme du 8 mai 1945, dans la passion adolescente pour Zouleikha. Interrogé sur son héroïne, Kateb répondra simplement : « Nedjma, c’est l’Algérie. »
« Nedjma est en effet sans conteste le texte fondamental de la littérature algérienne de graphie française. […] Il a fallu attendre 1956 pour que Nedjma vienne, par la complexité de sa quête et la superbe échevelée de son écriture, fonder une vraie maturité littéraire. »
L’influence de Joyce et Faulkner est souvent évoquée, mais Kateb précise qu’il ne s’est jamais agi d’un projet théorique : ces lectures l’ont simplement « autorisé à écrire comme il le sentait ». Dix ans plus tard, Le Polygone étoilé (1966) rassemblera des fragments inédits du même univers, confirmant que toute l’œuvre de Kateb procède d’un seul bloc éclaté, une étoile aux branches multiples dont Nedjma constitue le cœur incandescent.
Le « grand tournant » : du français à l’arabe populaire
Après l’indépendance de 1962, Kateb rentre en Algérie. Il reprend sa collaboration à Alger républicain, voyage à Moscou, en Allemagne, en France. En 1964, il publie six textes sur « Nos frères les Indiens » et raconte dans Jeune Afrique sa rencontre avec Jean-Paul Sartre. Mais l’Algérie indépendante le déçoit. Le régime de parti unique, l’arabisation imposée, l’étouffement des libertés le révoltent.
En 1967, deux voyages au Vietnam opèrent un déclic. Il écrit L’Homme aux sandales de caoutchouc, hommage à Ho Chi Minh, et prend une décision radicale : abandonner le roman et le français pour un théâtre populaire en arabe dialectal. « Combien de fois j’ai rêvé quand j’étais en France de m’exprimer en arabe populaire. C’est une idée qui ne m’a jamais quitté mais je restais trop prisonnier du français. »
En 1971, il fonde le Théâtre de la Mer à Bab El-Oued, troupe prise en charge par le ministère du Travail et des Affaires sociales. Pendant cinq ans, il sillonne l’Algérie, jouant devant des ouvriers, des paysans, des étudiants — le « peuple sans voix » auquel il veut redonner la parole. Ses spectacles marquent les esprits : Mohamed prends ta valise (1971) sur l’émigration, La Voix des femmes (1972), La Guerre de deux mille ans (1974) où réapparaît la Kahina, reine berbère qui résista à la conquête arabe.
Ce théâtre épique et satirique mêle tradition populaire maghrébine, farce contestataire autour de Djeha (le Nasreddine Hodja maghrébin), et engagement politique brûlant. Le Roi de l’Ouest (1975) vise Hassan II ; Palestine trahie (1977) dénonce l’abandon des Palestiniens. Kateb rêve aussi de faire jouer ses pièces en tamazight : il fait donner des cours de berbère aux comédiens de sa troupe.
En 1979, l’Action Culturelle des Travailleurs (ACT) est dissoute. Kateb se retrouve isolé à Sidi-Bel-Abbès, où il dirige un théâtre régional vétuste. Il n’abandonne pas : en 1986, il travaille à une pièce sur Nelson Mandela. En 1987, la France lui décerne le Grand Prix National des Lettres — reconnaissance paradoxale pour celui qui a choisi de ne plus écrire dans la langue du colonisateur.
« La langue française est notre butin de guerre »
Cette phrase, devenue célèbre, résume la position complexe de Kateb face à la question linguistique. Écrire en français, langue du colonisateur, n’est pas une allégeance mais une appropriation. « La francophonie est une machine politique néocoloniale, qui ne fait que perpétuer notre aliénation. Mais l’usage de la langue française ne signifie pas qu’on soit l’agent d’une puissance étrangère. J’écris en français pour dire aux Français que je ne suis pas français. »
Mais Kateb va plus loin. Sa critique ne vise pas seulement le colonialisme français : elle s’attaque aussi à l’arabisation forcée de l’Algérie indépendante, qu’il considère comme une autre forme de domination culturelle. Dans un entretien de 1987, il déclare sans détour : « L’Algérie arabo-islamique, c’est une Algérie contre elle-même, une Algérie étrangère à elle-même. C’est une Algérie imposée par les armes, parce que l’islam ne se fait pas avec des bonbons et des roses. Il s’est fait dans les larmes et le sang. »
Ces positions lui valent des inimitiés tenaces dans les milieux islamistes et nationalistes arabes. Défenseur acharné du tamazight et de la diversité culturelle algérienne, il rappelle : « L’arabisation ne peut jamais être autre chose que l’écrasement du tamazight. L’arabisation, c’est imposer à un peuple une langue qui n’est pas la sienne. Comme les Français quand ils interdisaient aux écoliers algériens de parler arabe ou tamazight. »
« Jamais je n’ai cessé, même aux jours de succès près de l’institutrice, de ressentir au fond de moi cette seconde rupture du lien ombilical, cet exil intérieur qui ne rapprochait plus l’écolier de sa mère que pour les arracher, chaque fois un peu plus, au murmure du sang, aux frémissements réprobateurs d’une langue bannie. Ainsi avais-je perdu tout à la fois ma mère et son langage, les seuls trésors inaliénables — et pourtant aliénés ! »
Ce positionnement fait de Kateb une figure tutélaire pour les mouvements berbéristes et laïques algériens, mais aussi une cible permanente des courants conservateurs. Il assume pleinement : « Quand l’ignorance devient la norme, la vérité devient un péché. »
La mort du poète et l’héritage vivant
En 1988, le festival d’Avignon crée Le Bourgeois sans culotte ou le Spectre du parc Monceau, commande du Centre culturel d’Arras pour le bicentenaire de la Révolution française. La pièce porte sur Robespierre — figure qui fascine Kateb par son intransigeance révolutionnaire. Il s’installe à Vercheny, dans la Drôme, fait un voyage aux États-Unis, mais continue ses allers-retours en Algérie.
Octobre 1988 : des émeutes éclatent en Algérie, prélude à la décennie noire qui s’annonce. Kateb travaille à une pièce sur ces événements. Il ne l’achèvera pas. Le 28 octobre 1989, il s’éteint à l’hôpital de la Tronche, près de Grenoble, emporté par une leucémie. Il a soixante ans. Par une coïncidence troublante, son cousin Mustapha Kateb, ancien directeur du Théâtre national algérien et frère de Zouleikha-Nedjma, meurt le même jour à Marseille. Les deux dépouilles se retrouvent à l’aéroport de Marseille pour le rapatriement. Zouleikha est présente. Réalité et roman s’entremêlent une dernière fois.
Kateb Yacine est enterré au cimetière des martyrs d’El-Alia, à Alger. Son dernier texte, adressé à l’anthropologue Tassadit Yacine le 29 septembre 1989, est une préface pour un recueil de Lounis Aït Menguellet : Les Ancêtres redoublent de férocité.
Son héritage est immense. En 2003, son œuvre entre au répertoire de la Comédie-Française. Une bibliothèque municipale de Grenoble porte son nom depuis 2005. Le théâtre régional de Tizi Ouzou, des rues à Paris, Saint-Ouen, Die, Tremblay-en-France, honorent sa mémoire. Mais c’est surtout dans la littérature que son influence perdure : de Rachid Boudjedra à Kamel Daoud, les écrivains algériens reconnaissent leur dette envers celui qui a ouvert la voie.
Sa descendance prolonge son engagement artistique : son fils Amazigh Kateb est le leader du groupe Gnawa Diffusion, fusion de gnawa et de rock qui perpétue l’esprit contestataire paternel. Son petit-neveu Reda Kateb est devenu l’un des acteurs français les plus reconnus de sa génération, César du meilleur acteur dans un second rôle en 2015.
📚 Œuvres principales
Romans et poésie
- Soliloques (poèmes, 1946)
- Abdelkader et l’indépendance algérienne (1948)
- Nedjma (roman, Seuil, 1956)
- Le Polygone étoilé (roman, Seuil, 1966)
Théâtre en français
- Le Cadavre encerclé (1954)
- Le Cercle des représailles (Seuil, 1959)
- Les Ancêtres redoublent de férocité (1967)
- L’Homme aux sandales de caoutchouc (Seuil, 1970)
Théâtre en arabe dialectal
- Mohamed prends ta valise (1971)
- La Voix des femmes (1972)
- La Guerre de deux mille ans (1974)
- Le Bourgeois sans culotte (1988)
❓ Questions fréquentes sur Kateb Yacine
Pourquoi Kateb Yacine écrit-il son nom de famille avant son prénom ?
Kateb Yacine inverse volontairement l’ordre de son nom pour rappeler le rituel de l’appel scolaire colonial, où les élèves étaient appelés par leur nom de famille d’abord. C’est aussi un jeu symbolique : « Kateb » signifiant « écrivain » en arabe, il signe ainsi « l’écrivain Yacine », affirmant sa vocation dès son patronyme.
Qui est Nedjma dans la vie réelle ?
Nedjma est inspirée de Zouleikha Kateb, cousine de l’écrivain. Il la rencontre à Bône (Annaba) en 1945, alors qu’il a seize ans et elle vingt-six. Elle est déjà mariée. Ce coup de foudre pour un amour impossible nourrira toute son œuvre. Nedjma (« étoile » en arabe) devient dans le roman une figure mythique représentant à la fois la femme aimée et l’Algérie elle-même.
Que signifie « la langue française est notre butin de guerre » ?
Cette formule célèbre de Kateb Yacine signifie que les écrivains algériens se sont approprié la langue du colonisateur pour la retourner contre lui. Écrire en français n’est pas une allégeance mais une conquête, une arme de résistance et d’affirmation identitaire. Kateb précise : « J’écris en français pour dire aux Français que je ne suis pas français. »
Pourquoi Kateb Yacine a-t-il abandonné le français pour l’arabe dialectal ?
Après l’indépendance, Kateb veut s’adresser directement au peuple algérien, largement analphabète en français. À partir de 1970, il crée un théâtre populaire en arabe dialectal (darija) pour toucher les ouvriers, paysans et étudiants. Il rêvait aussi de faire jouer ses pièces en tamazight. Ce « grand tournant » répond à sa conviction que l’écrivain révolutionnaire doit placer le public au cœur de son œuvre.
Quel lien de parenté unit Kateb Yacine à Reda Kateb et Amazigh Kateb ?
Amazigh Kateb, leader du groupe Gnawa Diffusion, est le fils de Kateb Yacine. Il porte un prénom berbère choisi par son père en hommage à l’identité amazighe de l’Algérie. Reda Kateb, acteur césarisé en 2015, est le petit-neveu de l’écrivain — son grand-père était le frère de Kateb Yacine.
Où est enterré Kateb Yacine ?
Kateb Yacine est mort le 28 octobre 1989 à l’hôpital de Grenoble (France) d’une leucémie. Sa dépouille a été rapatriée en Algérie et il est enterré au cimetière des martyrs d’El-Alia, à Alger. Une bibliothèque de Grenoble et le théâtre de Tizi Ouzou portent son nom.










































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































