Djura
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 12 juillet 2017

ⵣ Pionnière de la Chanson Kabyle
Djura
Djouhra Abouda Lacroix • Voix de la Liberté • Née en 1949
Première femme à créer un groupe féminin berbère, réalisatrice de cinéma, auteure du best-seller Le Voile du Silence, Djura incarne le combat pour l’émancipation des femmes.
🎬 Réalisatrice
📚 Écrivaine
🏅 Légion d’honneur
Djura (de son vrai nom Djouhra Abouda Lacroix) est une chanteuse, réalisatrice et écrivaine franco-algérienne née le 3 avril 1949 à Ifigha, en Kabylie. Fondatrice du groupe DjurDjura en 1979, elle est la pionnière de la chanson kabyle féministe. Son combat pour l’émancipation des femmes a marqué l’histoire de la musique berbère.
« Nous chantions tout haut ce que nos mères fredonnaient tout bas. »
— Djura
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Origines et enfance kabyle
Djouhra Abouda naît le 3 avril 1949 à Ifigha, un petit village niché dans les montagnes du Djurdjura en Kabylie. Elle grandit au cœur d’une société traditionnelle, bercée par les chants berbères et les récits oraux transmis de mère en fille.
Rejetée par sa mère pour être une fille, la petite Djouhra est nourrie du lait d’une femme stérile, mariée et répudiée sept fois. Elle sera élevée par la femme de son grand-père, qui lui donnera tout l’amour qu’elle n’a pas reçu de sa génitrice. Djura dira plus tard : « Est-ce la force de cette femme qui m’a permis de combattre ? »
En 1954, la guerre d’Algérie éclate. Son père quitte le pays pour aller travailler à Paris. Quelques années plus tard, son épouse Tassadit Abouda (née Sardi), poétesse de tradition orale, et leurs enfants le rejoignent.
Djura n’a que cinq ans lorsqu’elle débarque à Paris. La famille s’installe d’abord dans le quartier populaire de Belleville, puis dans une chambre d’hôtel, avant d’être relogée dans le 13e arrondissement dans un préfabriqué d’une cité d’urgence. À 14 ans, ils arrivent aux 4000 de La Courneuve. Elle ne parle alors que le kabyle.
Très jeune, Djura se sent attirée par l’art, notamment le théâtre et le cinéma. Elle fait partie de la chorale de son école et chante en solo. À 16 ans, on lui propose un rôle principal dans une production télévisée, mais son père s’y oppose fermement, ne lui voyant comme avenir que celui de mère au foyer.
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Rupture et quête de liberté
Le père de Djura est alcoolique et violent. Elle essuie les coups, connaît la séquestration, les tentatives de mariage forcé. Pour échapper à ce destin, elle décide à 17 ans de retourner seule en Algérie à la recherche de ses racines.
Refusant de se conformer au stéréotype traditionnel (son frère et sa belle-sœur souhaitent la marier), Djura rentre en France mais est séquestrée par sa famille. Plus tard, lorsqu’elle choisit de vivre avec Hervé Lacroix, un Français qui deviendra son producteur et mari, ses frères débarquent chez elle revolver au poing. Enceinte, elle faillit perdre son bébé.
Malgré les obstacles, Djura poursuit ses études. Elle obtient un baccalauréat de philosophie, puis une licence et une maîtrise en arts plastiques à l’Université Paris 8 Vincennes. Elle refuse de céder au poids des traditions, au prix d’une exclusion et d’un harcèlement sans relâche de la part des siens.
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Le cinéma expérimental
Dans les années 1970, Djura développe un projet cinématographique au sein du laboratoire expérimental de l’Université de Vincennes avec l’architecte Alain Bonnamy. Elle devient ainsi la première femme issue d’une culture dite musulmane réalisatrice de cinéma en France.
- Algérie couleurs (1970-1972) — Recherche cinématographique sur la couleur dans l’architecture algérienne
- Cinécité (1973-1974) — Film fondé sur le métissage des cultures, aujourd’hui dans la collection du Musée national d’art moderne
- Ali au pays des merveilles (1975-1976) — Film expérimental sur la condition des travailleurs immigrés
Ali au pays des merveilles est un film-tract tourné en 16mm où, selon Djura, « toutes les images ont été filmées comme des coups de poing ». Ce film radical dénonce l’exploitation et le racisme que subissent les travailleurs immigrés dans la France des années 1970. Il est présenté à la Cinémathèque d’Alger en 1976.
C’est en cherchant des musiques pour Ali au pays des merveilles que Djura rencontre Hervé Lacroix, qui deviendra son producteur et son mari. Il lui conseille de s’engager dans la chanson. Une nouvelle carrière s’ouvre à elle.
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Le groupe DjurDjura
En 1979, Djura fonde le groupe DjurDjura, du nom de la plus longue chaîne montagneuse de la Kabylie. Elle y associe ses sœurs Malha et Fatima, leur frère Djamel (compositeur, guitariste et percussionniste) et leur mère Tassadit, poétesse de tradition orale.
DjurDjura est le premier groupe féminin berbère. Présenté comme un « groupe de femmes algériennes », il fusionne la modernité (folk, pop rock) et les mélodies et rythmes traditionnels de la Kabylie. Les trois sœurs portent des fouta kabyles rouge et or conçues par Malha, comme un étendard.
Le premier disque, Printemps, sort en 1979 aux éditions Kondo-Râ. Les chansons, écrites par Djura, sont basées sur des poèmes d’inspiration sociale et surtout féministe. Le message est révolutionnaire : elles chantent l’émancipation, la résistance, la mémoire, les femmes.
Le groupe connaît un succès considérable. Il se produit à l’Olympia (« après Oum Kalthoum ! », se souvient Djura), au Théâtre de la Ville, sur la grande scène de la Fête de l’Humanité, dans l’émission Mosaïques sur FR3. Le public arrive par cars entiers de La Courneuve et d’Aubervilliers. Le groupe figure également sur l’album d’Alan Stivell Symphonie celtique : Tír na nÓg (1979).
1980 – Groupe Djurdjura
1982 – Asirem
1986 – Le Défi
En 1986, un tragique différend familial sépare les sœurs. Djura crée alors un nouveau groupe sous le nom de Djur Djura (en deux mots), faute de pouvoir utiliser le nom initial. Le groupe initial avait été interdit de se produire en Algérie à cause de ses chants patriotiques kabyles.
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L’écriture : Le Voile du Silence
En 1987, Djura publie Le Voile du Silence, un roman autobiographique chez Michel Lafon. Elle devient ainsi la première femme à témoigner publiquement du drame vécu au sein de sa famille. Le livre retrace le parcours d’une jeune Kabyle condamnée à mort pour avoir pris un Français pour compagnon.
Le Voile du Silence se vend à plus de 200 000 exemplaires. Il est réédité au Livre de Poche en 1991 et traduit en anglais sous le titre The Veil of Silence (Quartet Books, 1990). Djura y raconte l’enfance en Kabylie, l’émigration pendant la guerre, les taudis parisiens, la violence paternelle, la séquestration et sa quête de liberté.
En 1993, elle publie La Saison des Narcisses (Michel Lafon), une analyse sociologique sur la condition des femmes. Elle y dénonce la suprématie de l’homme dans les sociétés régies par le droit musulman et plaide pour une législation laïque.
« Une fille, disent les Kabyles, c’est une épine dans le pied, un pieu dans le dos de son père et de ses frères. Une source d’inquiétude et d’ennuis permanents. »
— Djura, Le Voile du Silence
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Carrière solo et reconnaissance
Après la séparation du groupe, Djura poursuit une carrière solo. Elle réalise plusieurs albums personnels : Le Défi (1986), A Yemma (1990) et Uni-vers-elles (2002). Ce dernier album, plus moderne, comprend des collaborations avec Catherine Ringer et El Ghazi.
En 2008, Djura crée L’Opéra des cités, une fresque musicale qui retrace l’histoire de l’immigration sur trois générations à travers les yeux d’une petite fille venue en France à 5 ans. Le projet vise à instaurer le dialogue entre les communautés de la France multiculturelle. Elle invite l’orchestre des Petites Mains Symphoniques (100 enfants) à chanter au CESE.
En 2015, après des décennies d’interdiction, le nouveau groupe Djur Djura est enfin autorisé à se produire en Algérie. Il participe au 37e Festival international de musique de Timgad. En 2016, le groupe se produit au Théâtre Hasni-Chakroun d’Oran et au Centre des arts de Sidi-Fredj près d’Alger.
Tafat (Lumière)
Yiwen wass (Un Jour)
Yir ussan (Les Mauvais Jours)
Alger la Blanche
Kker a mmis umazigh (Debout fils d’Amazigh)
- 2005 — Chevalier de la Légion d’honneur (promotion « égalité des chances »)
- 2017 — Nommée au Conseil économique, social et environnemental (CESE) par le président François Hollande
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Questions fréquentes
Qui est Djura ?
Djura (Djouhra Abouda Lacroix) est une chanteuse, réalisatrice et écrivaine franco-algérienne née le 3 avril 1949 à Ifigha en Kabylie. Pionnière de la chanson kabyle féministe, elle a fondé le groupe DjurDjura en 1979 avec ses sœurs Malha et Fatima. Elle est également l’auteure du best-seller Le Voile du Silence (1987), vendu à plus de 200 000 exemplaires.
Qu’est-ce que le groupe DjurDjura ?
DjurDjura est un groupe de musique kabyle fondé en 1979 par Djura avec ses sœurs Malha et Fatima, leur frère Djamel (compositeur) et leur mère Tassadit (poétesse de tradition orale). Premier groupe féminin berbère, il fusionne folk moderne et mélodies traditionnelles kabyles. Le groupe tire son nom de la chaîne montagneuse du Djurdjura en Kabylie.
Quel est le livre le plus célèbre de Djura ?
Le Voile du Silence, publié en 1987 chez Michel Lafon, est le roman autobiographique de Djura qui s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires. Elle y raconte son parcours de jeune Kabyle émigrée, les violences familiales, la séquestration et sa lutte pour la liberté. Le livre a été traduit en anglais sous le titre The Veil of Silence.
Quels films a réalisé Djura ?
Djura a co-réalisé trois films avec Alain Bonnamy dans les années 1970 au laboratoire expérimental de l’Université de Vincennes : Algérie couleurs (1970-1972), Cinécité (1973-1974, dans la collection du Musée national d’art moderne) et Ali au pays des merveilles (1975-1976), un film expérimental sur la condition des travailleurs immigrés présenté à la Cinémathèque d’Alger.
Quelles distinctions a reçu Djura ?
Djura a été nommée Chevalier de la Légion d’honneur en 2005 dans le cadre de la promotion de l’égalité des chances. En 2017, le président François Hollande l’a nommée au Conseil économique, social et environnemental (CESE), reconnaissance de son engagement pour les droits des femmes et le dialogue interculturel.
Qu’est-ce que L’Opéra des cités ?
L’Opéra des cités est une fresque musicale créée par Djura en 2008. Elle retrace l’histoire de l’immigration sur trois générations à travers les yeux d’une petite fille venue en France à 5 ans. Le projet vise à instaurer le dialogue entre les communautés de la France multiculturelle et présente les talents des cités sur les grandes scènes de France.
📍 Kabylie
🎤 Idir
🎤 Lounis Aït Menguellet
🎤 Matoub Lounès
🎤 Takfarinas
🎤 Beihdja Rahal
📍 Tizi Ouzou
« Mon message, révolutionnaire et féministe, s’adressait à toutes les femmes du monde. »
— Djura
ⵣ Pionnière de la Chanson Kabyle Féministe • Voix de la Liberté • Chevalier de la Légion d’honneur










































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































