#Musique

Ahmed Wahbi

 
 

Chantre de l’Oranité

Ahmed Wahbi

15 novembre 1921 – 28 octobre 1993

Fondateur du genre El Asri avec Blaoui Houari, Ahmed Wahbi a donné à la chanson oranaise une dimension qui dépasse les frontières du Maghreb. Sa voix de baryton-basse au timbre exceptionnel a marqué des générations.

🎤 El Asri
🎸 Oud & Luth
🌊 Oran El Bahia

🎭 Carte d’Identité
📅
Naissance
15 novembre 1921
Marseille, France
🕊️
Décès
28 octobre 1993
Alger, Algérie
🎵
Genre
El Asri
Chanson oranaise
💿
Répertoire
+800 chansons
40 ans de carrière
🏆
Distinction
Médaille Achir
Mai 1992

Ahmed Wahbi, de son vrai nom Ahmed Driche Tidjani, est un chanteur algérien né le 15 novembre 1921 à Marseille et décédé le 28 octobre 1993 à Alger. Fondateur avec Blaoui Houari du genre musical El Asri, il a interprété plus de 800 chansons et donné à la chanson oranaise une dimension internationale. Son hymne « Wahran Wahran » reste gravé dans la mémoire collective algérienne.

« 

Wahbi a donné à la chanson oranaise une dimension qui a dépassé les frontières du Maghreb. Sa voix reste unique et atypique, celle du père spirituel de l’oranité profonde.

— Hommage au chantre de l’Oranité

🌅
Origines et jeunesse à Médina Jdida

Ahmed Wahbi naît le 15 novembre 1921 à Marseille, d’un père algérien et d’une mère française d’origine italienne. La tragédie frappe tôt : sa mère décède alors qu’il est encore nourrisson. Orphelin dès son jeune âge, il est recueilli avec sa sœur par ses grands-parents dans le quartier de Médina Jdida à Oran.

🎭 Un héritage musical familial

Son père est le chanteur Dader, membre du célèbre groupe S’hab El Baroud (ou Banda Zahouaniya) du quartier de Médina Jdida. Pourtant, ce n’est pas directement de ce côté que le jeune Ahmed trouve sa vocation musicale.

C’est à travers le réseau du scoutisme qu’Ahmed Wahbi découvre sa passion pour la chanson. En 1937, il participe à la création du groupe de scouts musulmans d’Oran « En-Najah », aux côtés de Hamou Boutlélis et Kada Mazouni. Son talent se révèle lors des longues veillées dans la forêt de Misserghin, où il reprend avec succès le répertoire de Mohamed Abdelwahab.

🏃 Le sportif avant l’artiste

Avant d’être reconnu comme artiste, Ahmed Wahbi connaît la gloire dans le milieu de l’athlétisme et de la natation. Il est sacré champion dans le 110 mètres haies. C’est en 1942 qu’il décide de se consacrer entièrement à la chanson.

🎤
Les débuts et la création d’El Asri

En 1942, Ahmed adopte son nom d’artiste « Wahbi » (en hommage à son idole Mohamed Abdelwahab) et se produit avec l’orchestre de Blaoui El Houari à l’Opéra d’Oran, interprétant « Nadani qalbi » (Mon cœur m’a appelé) de Mohamed Abdelwahab.

🎵 Naissance du genre El Asri

Avec Blaoui Houari, Ahmed Wahbi fonde le genre musical El Asri (« le moderne ») dans les années 1940. Ce genre novateur est influencé par les grands maîtres de la musique arabe comme Mohamed Abdelwahab et Farid El Atrache, tout en empruntant les rythmes et le langage poétique typiquement oranais.

Sa première apparition en public majeure remonte à 1946, à la salle « Atlas » d’Alger, aux côtés de Rouiched, Keltoum, Abderrahmane Aziz, Mohamed Touri, Amraoui Missoum et Cheikh Er-Rouge.

Ahmed Wahbi est considéré comme le premier artiste algérien à user du luth, instrument emblématique de la musique orientale. Sa musique opère une synthèse magistrale entre l’esthétique moyen-orientale (modes mélodiques et techniques de chant des crooners égyptiens) et l’art traditionnel bédouin de l’Oranie (gasba, gallal et rythmes typiquement oranais).

📀 Premier disque (1949)

En 1949, Ahmed Wahbi enregistre son premier disque 78 tours à la maison d’édition « Pacific ». C’est le début d’une carrière prolifique qui comptera plus de 800 chansons.

🗼
L’exil parisien et Wahran Wahran

L’essentiel de son œuvre, Ahmed Wahbi la réalise en exil. De 1947 à 1957, il vit à Paris où il se produit notamment au cabaret « El-Djazaïr » de la rue de la Huchette, dans le Quartier latin. Sa voix de baryton-basse au timbre exceptionnel dégage une chaleur envoûtante.

🎵 Wahran Wahran (1950)

En 1950, Ahmed Wahbi enregistre chez Pathé-Marconi sa chanson phare sur le thème de l’exil : « Wahran Wahran ». Cette chanson où il évoque son père Dader le consacre définitivement dans la tradition algérienne. Elle sera reprise plus tard par Cheb Khaled et deviendra un hymne de l’Oranité.

En 1955, Ahmed Wahbi rencontre Cheikh Abdelkader Khaldi (l’auteur de « Bakhta ») qui lui fait découvrir le bédouin oranais. Il signe alors ses plus belles chansons : « Ya twil regba », « Zendha ichali », « Yamna ». Son répertoire s’enrichit également grâce à l’apport d’autres maîtres de la poésie populaire comme Mostefa Benbrahim, Cheikh Saïd el Mamouni et Cheikh Benkablia.

⚔️
La troupe artistique du FLN

Ahmed Wahbi est un militant nationaliste durant la guerre d’Algérie (1954-1962). En août 1957, il rejoint la base frontalière de l’Est, Ghardimaou, pour renforcer la troupe artistique du FLN qu’il contribue à fonder.

🇩🇿 Au service de la Révolution

Il participe à des tournées de galas dans les pays amis d’Europe, d’Asie et du Moyen-Orient pour représenter l’Algérie et son peuple en lutte pour sa liberté. À la base Ben M’hidi (Maroc) et dans les centres de soins de la bande frontalière algéro-tunisienne, il apporte réconfort et bonheur aux Djounoud de l’Armée de Libération Nationale (ALN).

En 1975, il représente brillamment le chant arabophone au festival d’Abou Dhabi où il obtient un premier prix, consacrant ainsi la reconnaissance internationale de son art.

🌟
Carrière après l’indépendance

Après l’indépendance, Ahmed Wahbi réside à Oran, la ville qu’il a toujours adulée. Il ne la quittera qu’à deux reprises : de 1965 à 1967 pour Paris, puis de 1969 à 1971 pour le Maroc.

🎭 Fonctions officielles
  • Direction musicale du Théâtre régional d’Oran (TRO)
  • Co-direction de la Radio-Télévision d’Oran avec Blaoui Houari
  • Secrétaire général de l’Union Nationale des Arts Lyriques (UNAL) durant deux mandats (à partir de 1981)

Sa rencontre avec Saïm Hadj, son principal parolier, produit 19 œuvres de qualité, notamment les belles qacidas « Fat elli fat » et « Cha’lat la’youne ».

💔 Les épreuves de la vie

Ahmed Wahbi connaît des moments difficiles : son épouse décède des suites d’une longue maladie, puis son fils Dader (prénommé en hommage à son propre père) est ravi à la fleur de l’âge dans un accident de la circulation. Ce fut le coup de grâce. L’auteur de « Wahran Wahran » ne s’en relèvera jamais.

En mai 1992, Ahmed Wahbi est la neuvième personnalité du monde de la culture et des arts à être décorée de la médaille « Achir », alors qu’il est sur son lit d’hôpital à Ben Aknoun, Alger. Il s’éteint le 28 octobre 1993, à 71 ans, et sera, selon ses vœux, enterré à Alger au cimetière Sidi Yahia de Bir Mourad Raïs.

💿
Discographie et héritage

Ahmed Wahbi a interprété plus de 800 chansons au cours de ses 40 années de carrière. Auteur-compositeur prolifique, il a su créer une synthèse unique entre musique orientale et identité oranaise.

🎵 Chansons emblématiques
🎤 Wahran Wahran – Hymne de l’exil
🎤 Fat elli fat – Tube populaire
🎤 Alach tloumouni – Reprise par Khaled
🎤 Ya twil regba – Poésie bédouine
🎤 Harguetni Eddamaa – Samplé par 113
🎤 Zendha ichali – Bédouin oranais
🎤 Ya Dzayer – Chant patriotique
🎤 Lesnamia – Hommage à El Asnam
🎤 Yamna – Classique oranais
🎤 Youm el khmiss – Film Omar Gatlatou
🎧 Héritage et reprises

En 1999, le groupe de rap français 113 et leur compositeur DJ Mehdi samplent le titre « Harguetni Eddamaa » pour leur single « Tonton du Bled » (album Les Princes de la ville), l’un de leurs plus gros succès. Cheb Khaled a également repris « Wahran Wahran » et « Alach tloumouni », perpétuant ainsi l’héritage du maître.

🏛️ Le Conservatoire Ahmed Wahbi

La ville d’Oran honore sa mémoire en baptisant le Conservatoire municipal, entièrement rénové et inauguré le 28 juin 2008, en son nom. C’est le seul souvenir institutionnel qui rappelle ce monument de la chanson oranaise.


Questions fréquentes

Qui est Ahmed Wahbi ?

Ahmed Wahbi, de son vrai nom Ahmed Driche Tidjani, né le 15 novembre 1921 à Marseille et décédé le 28 octobre 1993 à Alger, est un chanteur algérien. Il est l’un des fondateurs avec Blaoui Houari du genre musical El Asri et a interprété plus de 800 chansons au cours de ses 40 ans de carrière.

Quelle est la chanson la plus célèbre d’Ahmed Wahbi ?

Sa chanson la plus célèbre est « Wahran Wahran », enregistrée en 1950 chez Pathé-Marconi. Cette chanson sur le thème de l’exil, où il évoque son père Dader, a été reprise par Cheb Khaled et est devenue un hymne de l’Oranité.

Qu’est-ce que le genre El Asri ?

El Asri (« le moderne ») est un genre musical né à Oran dans les années 1940, fondé par Ahmed Wahbi et Blaoui Houari. Il fusionne les influences des grands maîtres de la musique arabe (Mohamed Abdelwahab, Farid El Atrache) avec les rythmes et le langage poétique typiquement oranais.

Quel rôle Ahmed Wahbi a-t-il joué pendant la guerre d’Algérie ?

En août 1957, Ahmed Wahbi rejoint la troupe artistique du FLN à la base de Ghardimaou. Il participe à des tournées internationales pour représenter la cause algérienne et apporte réconfort aux Djounoud de l’ALN dans les bases frontalières.

Pourquoi le conservatoire d’Oran porte-t-il le nom d’Ahmed Wahbi ?

Le Conservatoire municipal d’Oran, inauguré le 28 juin 2008 après rénovation, a été baptisé « Ahmed Wahbi » en hommage au chantre de l’Oranité. C’est la reconnaissance de la ville pour celui qui lui a donné une identité musicale internationale.

Quels artistes ont repris les chansons d’Ahmed Wahbi ?

Cheb Khaled a repris « Wahran Wahran » et « Alach tloumouni ». En 1999, le groupe de rap 113 et DJ Mehdi ont samplé « Harguetni Eddamaa » pour leur tube « Tonton du Bled ». Houari Benchenet lui a également dédié une chanson en hommage.

« Wahran, Wahran tu es perdue… Des êtres de valeur t’ont quittée. Jamais je n’oublierai mon pays, ma terre et la terre de mes ancêtres. »

— Ahmed Wahbi, « Wahran Wahran »

Le Chantre de l’Oranité • Marseille 1921 – Alger 1993

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