#Personnalités algériennes

Youcef Zighoud

Youcef Zighoud (1921-1956) est l’une des figures majeures de la guerre de libération algérienne. Successeur de Didouche Mourad à la tête du Nord-Constantinois, il est l’architecte de l’offensive du 20 août 1955, tournant décisif qui inscrivit la cause algérienne à l’ordre du jour de l’ONU. Élevé au grade de colonel lors du Congrès de la Soummam, il tomba au champ d’honneur un mois plus tard, à 35 ans, après avoir combattu « jusqu’à la dernière cartouche ».

Fiche d’identité

Nom completYoucef Zighoud (يوسف زيغود)
SurnomSidi Ahmed
Naissance18 février 1921 à Smendou (Constantine)
Décès23 septembre 1956 (35 ans) à Sidi Mezghiche (Skikda)
NationalitéAlgérienne
ProfessionForgeron
PartiPPA, MTLD, FLN
GradeColonel de l’ALN
FonctionCommandant de la Wilaya II, membre du CNRA
Fait d’armesOffensive du 20 août 1955

1. Origines et jeunesse à Smendou

Youcef Zighoud naît le 18 février 1921 dans le village de Smendou (alors appelé Condé-Smendou), situé au nord-est de Constantine. Ce village porte aujourd’hui son nom : Zighoud Youcef.

Jeune, il fréquente l’école coranique en parallèle des cours qu’il suit à l’école primaire française. Après avoir obtenu le certificat d’études primaires en langue française, il est contraint de quitter l’école en raison des limitations imposées par les autorités coloniales aux enfants musulmans.

Il exerce alors le métier de forgeron, fabriquant des outils agricoles pour les paysans de la région. Ce métier lui permet de tisser des liens étroits avec la population rurale et de connaître parfaitement les routes, les chemins et les montagnes de chaque village — un avantage stratégique qui servira la Révolution.

2. L’éveil du militantisme

Dès l’âge de 17 ans, en 1938, Youcef Zighoud adhère au Parti du peuple algérien (PPA) fondé par Messali Hadj. Il devient le premier responsable du PPA à Smendou.

En 1947, il est élu au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Sous cette bannière, il participe aux manifestations du 8 mai 1945 dans son village, une date tragique marquée par les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata.

Un leader naturel

Son parcours militant précoce et sa proximité avec les paysans lui confèrent une grande popularité. La population lui témoigne une totale confiance et le surnomme « Sidi Ahmed ». On loue ses qualités d’« excellent stratège, commandant discipliné, sage, équilibré et discret ».

3. L’Organisation spéciale (OS) et l’arrestation

Youcef Zighoud intègre l’Organisation spéciale (OS), le bras armé clandestin du MTLD chargé de préparer les conditions nécessaires à la lutte armée, après que l’échec de la voie pacifique fut devenu flagrant.

En avril 1950, lors du démantèlement de l’OS par la police coloniale, il est arrêté et incarcéré à la prison d’Annaba (ex-Bône).

4. Évasion et engagement au CRUA

En avril 1954, Youcef Zighoud réussit une spectaculaire évasion de la prison d’Annaba. Il entre aussitôt dans la clandestinité et s’engage dans l’action militante du Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA) dès sa création.

Le 25 juillet 1954, il participe à la réunion du CRUA dans une modeste villa du Clos Salambier à Alger, appartenant à Lyès Deriche. Cette réunion historique prépare le déclenchement de l’insurrection armée.

5. Le 1er novembre 1954 aux côtés de Didouche Mourad

Le 1er novembre 1954, date du déclenchement de la guerre de libération, Youcef Zighoud est aux côtés de Didouche Mourad, responsable du Nord-Constantinois (future Wilaya II de l’ALN).

Il devient l’adjoint de Didouche Mourad et participe avec lui aux premières opérations de la Révolution dans cette région stratégique.

6. La succession de Didouche Mourad

Le 18 janvier 1955, lors de la bataille d’Oued Boukerker, Didouche Mourad tombe au champ d’honneur à l’âge de 27 ans. Youcef Zighoud lui succède à la tête de la Zone 2 (Nord-Constantinois).

Un contexte difficile

À l’été 1955, la pression militaire française est intense. Les Aurès et la Kabylie sont assiégés. Le Nord-Constantinois semble « pacifié », la population encore traumatisée par les massacres du 8 mai 1945.

Zighoud comprend que sous la pression des contrôles et arrestations, ses faibles effectifs (environ 300 combattants armés) risquent de fondre et de se démobiliser.

Il décide alors de « montrer la force » du FLN par une offensive spectaculaire qui mobiliserait la population et briserait le cycle de la peur.

7. L’offensive du 20 août 1955 : le « coup de génie »

Le 20 août 1955, à midi, Youcef Zighoud lance une offensive coordonnée dans une quarantaine de localités du Nord-Constantinois : Philippeville (Skikda), Collo, El Harrouch, Constantine, Guelma, El Halia, Aïn Abid, Saint-Charles…

Les objectifs stratégiques

  • Soulager les Aurès et la Kabylie en ouvrant un second front pour disperser les troupes françaises
  • Mobiliser la population autour de l’ALN et vaincre la peur héritée du 8 mai 1945
  • Internationaliser le conflit en attirant l’attention de l’opinion mondiale
  • Creuser un fossé irréparable entre Algériens et Français, rendant toute réconciliation impossible

Plusieurs milliers d’hommes, armés de fusils pour les moudjahidine et d’armes blanches (haches, pioches, faucilles) pour les fedayine civils, attaquent les postes de police, gendarmeries et bâtiments publics aux cris de « Allah Akbar » et « El-Djihad Fi Sabil Allah ».

C’est la première fois depuis le déclenchement de la Révolution qu’une bataille réunit, côte à côte, des combattants de l’ALN et des fedayine issus de toutes les couches de la société.

« La stratégie du 20 août 1955, c’était d’impliquer toute la population du Nord-Constantinois dans la Guerre de libération, l’impliquer directement. À ce moment-là, les maquis algériens sont devenus l’Armée de libération nationale. Cela marquait la naissance de l’ALN en tant qu’armée du peuple. »
— Lakhdar Bentobbal, adjoint de Zighoud Youcef

8. Conséquences et répression

L’offensive cause la mort de 123 personnes côté français (dont 71 civils européens). À la mine de pyrite d’El Halia, 140 personnes sont tuées dont 70 Européens et 70 musulmans « loyalistes ».

La répression française est immédiate et d’une violence extrême. Le croiseur Montcalm pilonne les hameaux côtiers entre Philippeville et Collo. Des milliers de prisonniers, âgés de 14 à 70 ans, sont rassemblés au stade municipal de Skikda, transformé en camp d’interrogatoire.

Le bilan de la répression

Le bilan officiel français fait état de 1 273 morts algériens. Le FLN avance le chiffre de 12 000 morts. L’historien Benjamin Stora estime à « près de 10 000 musulmans » le nombre de victimes.

À Skikda, plus de 1 500 prisonniers auraient été exécutés et enterrés au bulldozer dans une fosse commune. Cet engin est aujourd’hui conservé dans le stade avec l’inscription : « Cet engin a servi à faire un enterrement collectif le jour du 20 août 1955 ».

Jacques Soustelle, gouverneur général de l’Algérie, bouleversé par les événements, déclare : « Il n’y a pas d’alternative, c’est la guerre, il faut la faire ! » — marquant la fin de toute tentative de conciliation.

L’objectif de Zighoud est atteint : la cause algérienne est inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations unies. Le « point de non-retour » est franchi.

9. Le Congrès de la Soummam (20 août 1956)

Un an jour pour jour après l’offensive, le 20 août 1956, se tient le Congrès de la Soummam, organisé par Abane Ramdane. Ce congrès met définitivement en place les structures organiques et politiques de la Révolution.

Youcef Zighoud, qui en est l’un des promoteurs, y est :

  • Nommé membre du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA)
  • Élevé au grade de colonel de l’ALN
  • Confirmé comme commandant de la Wilaya II (ex-Zone 2)

10. Mort au combat à Sidi Mezghiche

Peu après le Congrès de la Soummam, le colonel Zighoud regagne son poste de combat pour mettre en pratique les décisions adoptées. Il entreprend une tournée d’explication et d’organisation dans les unités placées sous son autorité.

Le 23 septembre 1956 (certaines sources indiquent le 25 septembre), au lieu-dit El-Hamri, sur les hauteurs de Sidi Mezghiche (wilaya de Skikda), Youcef Zighoud tombe dans une embuscade de l’armée française.

Mort en héros

Selon les témoignages, le colonel Zighoud combat « jusqu’à la dernière cartouche ». Il meurt à l’âge de 35 ans, un mois seulement après avoir été élevé au grade de colonel.

11. Héritage et mémoire

Youcef Zighoud est considéré comme l’un des principaux architectes de la guerre de libération. Son offensive du 20 août 1955 marque un tournant décisif dans le conflit.

Hommages

  • Commune Zighoud Youcef (ex-Smendou, Constantine) — son village natal porte désormais son nom
  • Boulevard Zighoud Youcef à Alger
  • Mémorial Zighoud Youcef à Skikda
  • Université du 20 Août 1955 à Skikda
  • Stèle commémorative à Sidi Mezghiche, lieu de sa mort
  • Nombreuses rues, écoles et institutions portant son nom à travers l’Algérie
« L’objectif numéro 1 de Zighoud Youcef, tout au long de sa vie, était de former une génération solide comme de l’acier, dont les fils adhèrent aux enseignements de l’Islam et consentent tous les sacrifices pour leur patrie. »
— Moussa Boukhmis, moudjahid ayant servi sous ses ordres

Chronologie

Les dates clés

18 février 1921Naissance à Smendou (Constantine)
1938Adhésion au PPA à 17 ans — premier responsable à Smendou
8 mai 1945Participation aux manifestations dans son village
1947Élu du MTLD
1950Arrestation lors du démantèlement de l’OS — prison d’Annaba
Avril 1954Évasion de prison — entrée dans la clandestinité
25 juillet 1954Réunion du CRUA au Clos Salambier (Alger)
1er nov. 1954Déclenchement de la Révolution — adjoint de Didouche Mourad
18 janvier 1955Mort de Didouche Mourad — Zighoud lui succède
20 août 1955Offensive du Nord-Constantinois — tournant de la guerre
20 août 1956Congrès de la Soummam — élevé au grade de colonel
23 sept. 1956Mort au combat à Sidi Mezghiche (Skikda)

12. Questions fréquentes

Pourquoi l’offensive du 20 août 1955 est-elle considérée comme un tournant ?
Cette offensive a mobilisé pour la première fois la population civile aux côtés de l’ALN, transformant la guérilla en guerre populaire. La répression massive qui suivit (des milliers de morts) creusa un fossé irréparable entre Algériens et Français, et permit d’inscrire la cause algérienne à l’ordre du jour de l’ONU.
Qu’est-ce que la Wilaya II ?
La Wilaya II était l’une des six régions militaires de l’ALN pendant la guerre de libération. Elle couvrait le Nord-Constantinois et comprenait les régions de Skikda, Constantine et Guelma. Didouche Mourad en fut le premier chef, suivi par Youcef Zighoud après sa mort en janvier 1955.
Pourquoi Zighoud Youcef était-il surnommé « Sidi Ahmed » ?
Ce surnom lui fut donné par la population en signe de respect et de confiance absolue. « Sidi » est un titre honorifique en arabe. Son charisme, son éloquence et sa connaissance du terrain (acquise comme forgeron itinérant) lui valurent cette marque d’estime.
Quel était le lien entre Zighoud et le Congrès de la Soummam ?
Zighoud fut l’un des promoteurs du Congrès de la Soummam, tenu exactement un an après son offensive du 20 août 1955. Lors de ce congrès fondateur, il fut élevé au grade de colonel et nommé membre du CNRA (Conseil national de la Révolution algérienne).
Comment est mort Youcef Zighoud ?
Un mois après le Congrès de la Soummam, le 23 septembre 1956, il tomba dans une embuscade de l’armée française à El-Hamri, sur les hauteurs de Sidi Mezghiche (wilaya de Skikda). Il combattit « jusqu’à la dernière cartouche » et mourut à 35 ans.
Quels lieux portent aujourd’hui le nom de Zighoud Youcef ?
Son village natal Smendou a été rebaptisé Zighoud Youcef. Un boulevard porte son nom à Alger, un mémorial lui est dédié à Skikda, et l’Université du 20 Août 1955 de Skikda commémore son offensive historique.

Sources

  • Wikipédia : Youcef Zighoud, Massacres d’août 1955 dans le Constantinois
  • El Moudjahid : « Offensive du Nord-Constantinois : le coup de génie de Zighoud Youcef »
  • Radio Algérienne : « Zighoud Youcef, figure charismatique qui a déclenché l’Offensive »
  • APS : Commémorations du 67e anniversaire de la mort du Chahid Zighoud Youcef
  • Claire Mauss-Copeaux, Algérie, 20 août 1955. Insurrection, répression, massacres, Payot, 2011
  • Ouanassa Siari Tengour, in Histoire de l’Algérie à la période coloniale, La Découverte, 2014

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