Rock Algérien
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Rock • Années 1970
Rock Algérien
Des Campus Universitaires aux Scènes Internationales
Né dans les cités universitaires d’Alger sous l’influence de Pink Floyd et des Rolling Stones, le rock algérien fusionne guitares électriques et patrimoine musical local. Des Abranis au gourbi-rock, il incarne la liberté d’une jeunesse en quête d’identité.
🎵 Rock • Metal • Fusion
🌍 Kabyle • Arabe • Français
Le rock algérien naît à la fin des années 1960 dans les campus universitaires, sous l’influence de la vague hippie internationale. D’abord progressif et planant, il évolue vers une fusion originale entre guitares électriques et patrimoine musical algérien : chaâbi, musique kabyle, gnawa. Des Abranis à Rachid Taha, du gourbi-rock au metal, ce genre reflète la quête identitaire d’une jeunesse algérienne entre tradition et modernité.
« À l’époque, l’Algérie c’était l’Union soviétique au Maghreb. Parler kabyle dans la rue pouvait vous conduire en prison. Nous souhaitions simplement déterrer ce que le pouvoir cherchait à enterrer. »
— Shamy El Baz, Les Abranis
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Origines et contexte historique
Le rock algérien est d’abord un rock progressif et planant. Il naît vers la fin des années 1960 et début 1970, créé par divers groupes comme T34, Abranis, Les Berbères d’El Eulma ou encore D’zaïr. Ce rock, chanté en arabe dialectal, en kabyle et en chaoui, puise ses origines à la fois dans le patrimoine algérien (chaâbi) et dans les groupes anglo-saxons.
C’est sous l’influence des Rolling Stones, de Pink Floyd, de Jimi Hendrix et de la vague hippie qui touche le milieu universitaire que le rock naît en Algérie. Les campus deviennent des lieux d’effervescence culturelle où la jeunesse algérienne découvre et s’approprie cette musique rebelle.
- 1967 — Formation des Abranis à Paris
- 1973 — Premier prix du Festival de la chanson moderne algérienne (Abranis)
- 1977 — Album « Abranis 77 » et succès de « Cnaɣ lblues »
- 1980 — Fondation de Carte de Séjour à Lyon par Rachid Taha
- 1983 — Album « She Ness » de T34 (rock d’Alger)
- 1986 — « Douce France » de Carte de Séjour
- 1992 — Création de Gnawa Diffusion à Grenoble
- 1993 — Neanderthalia : premier groupe metal algérien
- 1998 — Premier album de Cheikh Sidi Bémol (gourbi-rock)
Les cités universitaires d’Alger sont le berceau du rock algérien. Le groupe T34 tire son nom de la chambre 34 du bâtiment T de la cité universitaire de Ben Aknoun où ses membres répétaient. Le groupe Metro de la Place du 1er Mai apporte aussi une touche nouvelle avec des créations inédites à la fin des années 1970.
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Les Abranis : le Rockabylie
Les Abranis sont le premier groupe à avoir fusionné rock occidental et musique kabyle. Fondé à Paris en 1967 par Karim Abranis (Sid Mohand Tahar, né en 1949) et Shamy El Baz (Abdelkader Chemini), ils inventent un genre unique baptisé « Rockabylie » — un mélange explosif de guitares fuzz, de rythmes tribaux et de chant en berbère.
Les Abranis — Amazigh Freedom Rock
Formation initiale : Karim Abranis (chant, basse, guitare), Shamy El Baz (claviers), Samir Chabane (batterie) et Madi Mahdi (guitare). En 1973, ils remportent le Premier Prix du Festival de la chanson moderne algérienne — avant d’être censurés et expulsés du direct de la télévision d’État. Leur musique, jugée « décadente », défie le pouvoir en chantant en kabyle à une époque où cette langue était quasiment interdite.
Abranis 77
Album phare fusionnant rock et chaâbi. Le titre « Cnaɣ lblues » (On joue le blues) triomphe sur les ondes. Rythme plus lent, textes profonds. Particularité : présence de sitar, violons, aoud et derbouka aux côtés des guitares électriques.
Tubes légendaires
Linda, Wali Kan, Tizizwa, Immetti n-Tayri, Laàslama, Aya Avehri, Mel-iyi kan — des titres qui traversent les générations et totalisent des millions de vues sur YouTube.
Retour triomphal
Après leur dernier concert en 1983, les Abranis font un retour triomphal en 2007. En 2008, nouvelle grande tournée en Algérie. Album « Asmekti » en 2016. Compilation « Amazigh Freedom Rock 1973-1983 » (Bongo Joe, 2023).
Les Abranis ont ouvert la voie à toute la chanson kabyle moderne. Leur rock kabyle a influencé des artistes comme Idir et Lounès Matoub. En 2025, leur vinyle « Le Rockabylie originel » atteint le sommet des ventes internationales de World Music. Différents musiciens du groupe ont ensuite brillé en Europe, notamment Karim Ziad dans des orchestres de jazz aux rythmes gnaoua.
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T34 : le rock d’Alger
Le groupe T34 engendre un vif succès auprès des jeunes Algérois. Son nom provient de la chambre 34 du bâtiment T de la cité universitaire de Ben Aknoun à Alger, où ses membres répétaient dans les années 1970. Surnommés les « Pink Floyd algériens », ils fusionnent le rock occidental avec le chaâbi, le raï naissant et les mélodies populaires du Maghreb.
Khaled Louma et T34
Khaled Louma (1955-2025), né à Hadjout, était le chanteur et leader du groupe mythique. Également animateur célèbre de la radio Chaîne 3, il a présenté les émissions « Contact », « Balek le rock » et « Vibrato ».
Le groupe débute par des reprises anglo-saxonnes avant de créer ses propres titres. En 1983, l’album « She Ness » (Ces gens-là) devient un classique — un concentré de révolte contre l’intolérance et la misère affective de la jeunesse.
- Boualem El Far (hymne urbain)
- Jamais Doukh
- Ma Dir Walou
- She Ness
« Mesures cassées, la derbouka est punk et la strato hurle comme un mandole surchauffé. Le raï vrillé, l’andalou débauché, le chaâbi démystifié. » T34 devient le symbole de la rébellion musicale algérienne, avec des textes qui déplaisent aux politiques et des concerts de plus en plus rares.
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Rachid Taha et Carte de Séjour
Rachid Taha (1958-2018), né à Sig près d’Oran, est considéré comme le premier rockeur arabe. Arrivé en France en 1968, il fonde en 1980 le groupe Carte de Séjour à Lyon avec les frères Mohammed et Moktar Amini. Il fusionne rock, punk, raï et chaâbi dans un style unique.
Carte de Séjour — Le rock beur
Premier groupe à établir une fusion entre rock français et musiques méditerranéennes. Albums : « Rhorhomanie » (1984), « 2 ½ » (1986). En 1986, leur reprise de « Douce France » de Charles Trenet devient un hymne antiraciste. Le ministre de la Culture Jack Lang distribue le single aux députés de l’Assemblée nationale. Carte de Séjour reçoit le « Bus d’Acier » du meilleur groupe rock français.
Carrière solo
Après la dissolution du groupe en 1990, Rachid Taha entame une carrière solo. Albums majeurs : « Barbès » (1991), « Diwân » (1998), « Tékitoi » (2004). Collaborations avec Steve Hillage, Brian Eno, Carlos Santana.
1, 2, 3 Soleils
Concert historique avec Khaled et Faudel à Paris-Bercy. Le titre « Ya Rayah » (reprise de Dahmane El Harrachi) devient un tube planétaire et fait de Rachid Taha un ambassadeur de la culture algérienne.
Rock El Casbah
Sa reprise de « Rock the Casbah » de The Clash est unanimement acclamée. Mick Jones déclare préférer la version de Taha. Les deux artistes la chantent ensemble sur scène. Victoire de la musique en 2001 et 2015.
« Français tous les jours, Algérien toujours. »
— Rachid Taha
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Nouvelles fusions : Gnawa et Gourbi-rock
Au début des années 2000, avec le retour à la mode de la musique gnawa, le rock-gnawi apparaît — un nouveau style mêlant guitare électrique, basse et kerkabou. Parallèlement, le gourbi-rock de Cheikh Sidi Bémol invente une fusion tonique et humoristique entre rock, blues et traditions algériennes.
Gnawa Diffusion
Formé autour d’Amazigh Kateb, fils de l’écrivain Kateb Yacine. Fusion de rock, reggae, ragga, et musiques gnawa. Albums : « Légitime différence » (1993), « Algeria » (1997), « Bab el Oued-Kingston » (1999), « Souk System » (2003). Textes engagés en arabe, français et anglais pour la paix et la liberté d’expression. Le guembri (instrument gnawa) est omniprésent dans leurs compositions.
Cheikh Sidi Bémol
Formé par Hocine « Elho » Boukella, biologiste et dessinateur. Fusion de rock, blues, influences celtiques et musiques traditionnelles algériennes (kabyle, chaâbi, gnawa). Albums : « El Bandi » (2003), « Gourbi Rock » (2007). Textes ironiques et sarcastiques.
Orchestre National de Barbès
Fondé par Youcef Boukella (frère de Sidi Bémol). Fusion de rock, chaâbi, gnawa et musiques du Maghreb. Nombreux musiciens issus des groupes rock algériens pionniers ont rejoint cette formation devenue référence de la world music.
Groupes des années 2000
En 2004, le rock algérien trouve sa place avec de nouvelles formations : El Ghachi, Djezma, Good Noise, SiRock’o, Rahdj, GiN’s, Helter Skelter, Vortex, Illusion…
Jimmy Oihid
Khindjar (hard rock)
Timlilit
Afous
Zedma (Bouira)
Acyl
Arkan
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La scène metal algérienne
Au milieu des années 1990, un rock plus dur commence à apparaître en Algérie : le thrash metal et le death metal. La popularité du metal atteint son apogée durant la décennie noire, où le genre sert d’échappatoire face aux tumultes que traverse la société algérienne.
Neanderthalia — Premier groupe metal algérien
Première formation metal à s’imposer en Algérie avec l’album autoproduit « Rage By Hate ». Mené par Samir (guitare/chant). Influence heavy thrash, doom et death metal. Textes à forte connotation politico-sociale. Le 18 mai 1995, premier concert metal d’Algérie à la Salle du Mouflon d’Or (Alger). Neanderthalia donne naissance à plusieurs groupes dont Litham.
Litham
Premier groupe à commercialiser un album metal en Algérie : « Dhal Ennar » (Ombre du feu, 1999). Fusion de metal et chaâbi. Fondé par Redouane Aouameur (ex-Neanderthalia). Organise le festival Lelahel Metal, premier festival metal maghrébin.
Lelahell
Fondé par Redouane Aouameur. Tournées dans 10 pays européens. Albums en Pologne (2012) et aux États-Unis (2014). Représente le metal algérien sur la scène internationale.
Scène metal actuelle
Jugulator (thrash, 2014), Barbaros (Djurdjura), Paranoid Fantasy, Tenebrum (Kouba), Meltdown et Entropy (Constantine), Swan (Annaba), Amnestia (Oran)…
Le metal algérien reste essentiellement underground. Il souffre de la difficulté d’accès aux salles, de l’absence d’appui des institutions culturelles et des campagnes de désinformation qui associent à tort le mouvement au satanisme. Malgré tout, les groupes comme Litham ont su adapter les sonorités traditionnelles (chaâbi, berouali, derbouka) à leur musique, prouvant que le metal peut être profondément algérien.
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Questions fréquentes
Quand est né le rock algérien ?
Le rock algérien naît vers la fin des années 1960 et début 1970, sous l’influence des Rolling Stones, Pink Floyd et Jimi Hendrix. La vague hippie touche le milieu universitaire algérien, donnant naissance aux premiers groupes comme T34, Abranis et D’zaïr.
Qui sont les Abranis ?
Les Abranis sont un groupe de rock kabyle fondé en 1967 par Karim Abranis et Shamy El Baz. Précurseurs du genre « Rockabylie », ils fusionnent rock occidental et musique berbère. Leur tube « Cnaɣ lblues » triomphe dans les années 1970. Ils sont les premiers à avoir chanté en kabyle sur des bases rock, malgré la censure du régime.
Qu’est-ce que le gourbi-rock ?
Le gourbi-rock est un terme créé par le journaliste Aziz Smati pour décrire le style inclassable de Cheikh Sidi Bémol. C’est une fusion de rock, blues, influences celtiques et musiques traditionnelles algériennes (chaâbi, gnawa, kabyle, melhoun), avec des textes souvent ironiques et sarcastiques.
Qui est Rachid Taha ?
Rachid Taha (1958-2018) est un chanteur franco-algérien né près d’Oran. Fondateur du groupe Carte de Séjour à Lyon en 1980, il fusionne rock, punk, raï et chaâbi. Sa reprise de « Douce France » (1986) devient un hymne antiraciste. Il est également célèbre pour « Ya Rayah » et « Rock El Casbah ».
Existe-t-il du metal en Algérie ?
Oui, le metal algérien émerge au milieu des années 1990 avec Neanderthalia (fondé en 1993), premier groupe de heavy metal algérien. Litham enregistre le premier album metal commercialisé en Algérie en 1999 : « Dhal Ennar ». La scène reste underground mais active avec des groupes comme Lelahell, Jugulator et Barbaros.
Pourquoi le rock algérien est-il peu diffusé ?
Depuis les années 1990, le rock algérien connaît une « traversée du désert » médiatique. Les médias algériens diffusent peu les artistes rock et encore moins le metal. Les raisons : absence d’industrie musicale structurée, préférence pour les genres traditionnels (raï, chaâbi), et parfois méfiance envers ces musiques jugées « décadentes ». Cependant, l’engouement du public ne faiblit pas.
Figures du Rock Algérien
Les artistes qui ont marqué l’histoire
Rachid Taha
T34
Gnawa Diffusion
Cheikh Sidi Bémol
Litham
Neanderthalia
Carte de Séjour
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