Reinette l’Oranaise
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 12 juillet 2017

La Reine de l’Andalou Oranais
Reinette l’Oranaise
1915 – 1998 • Sultana Daoud • La Voix du Hawzi
Virtuose du violon et gardienne des mélodies citadines, Reinette l’Oranaise a transcendé son handicap pour devenir l’âme sonore d’une Algérie plurielle. Sa voix, vibrante de nostalgie, demeure le phare de la musique judéo-arabe.
📍 Tiaret • Oran • Paris
👑 Légende de la Musique Judéo-Arabe
Reinette l’Oranaise, de son vrai nom Sultana Daoud, est une figure monumentale de la musique andalouse et du Hawzi. Privée de la vue dès l’enfance, elle a développé une sensibilité musicale exceptionnelle, faisant d’elle l’une des rares femmes à diriger des orchestres masculins à la ville d’Oran. Entre les traditions juives et arabes, elle a porté la voix de l’Algérie citadine avec une élégance et une fidélité qui ont forcé le respect de ses pairs, d’Hadj M’hamed El Anka à Maurice El Medioni.
- 1. Tiaret et Oran : L’obscurité fertile (1915-1925)
- 2. L’école de Saoud l’Oranais : L’apprentissage du Maître
- 3. La Reine des Fêtes : L’âge d’or oranais
- 4. Une icône de la fraternité judéo-arabe
- 5. 1962 : La Ghorba parisienne et la traversée du désert
- 6. Le retour triomphal et l’héritage éternel (1980-1998)
- 7. Questions fréquentes
«Mes yeux ne voient pas, mais mon violon connaît chaque recoin de l’âme d’Oran. La musique est ma seule patrie.
— Reinette l’Oranaise
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Tiaret et Oran : L’obscurité fertile (1915-1925)
Sultana Daoud naît en 1915 à Tiaret, dans les Hauts Plateaux algériens. À l’âge de deux ans, une variole mal soignée lui fait perdre la vue. Cette tragédie initiale sera paradoxalement la source de son destin exceptionnel : incapable de travailler dans les champs ou de se marier selon les conventions de l’époque, elle est envoyée par sa mère à Oran pour apprendre la musique.
À Oran, elle découvre une cité bouillonnante où les cultures juive et musulmane cohabitent dans une harmonie sonore unique. Logée dans le quartier juif du Derb, elle passe ses journées à écouter les orchestres de quartier. Son oreille, affûtée par l’absence de vision, capte les moindres nuances des maqâms et des rythmes syncopés du terroir oranais.
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L’école de Saoud l’Oranais : L’apprentissage du Maître
La chance sourit à Sultana lorsqu’elle frappe à la porte de Saoud l’Oranais (Messaoud El Medioni), le plus grand maître de la musique citadine de l’époque. Saoud remarque immédiatement les dons hors du commun de la petite fille. Il l’adopte artistiquement et lui donne le surnom de Reinette (Petite Reine).
Pendant dix ans, elle apprend le violon, qu’elle joue « à l’algérienne » (posé sur le genou), le luth (oud) et la darbouka. Saoud lui transmet les secrets du **Hawzi** (genre poétique tlemcenien) et des **Noubas** andalouses. Elle devient la soliste vedette de son orchestre, stupéfiant le public par sa capacité à diriger les musiciens d’un simple mouvement de son violon, malgré sa cécité.
La Maîtresse du Violon
Reinette a imposé un style de jeu énergique et nerveux, rompant avec la langueur habituelle du violon andalou. Son archet était une arme de précision au service de l’émotion.
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La Reine des Fêtes : L’âge d’or oranais
Des années 30 aux années 50, Reinette l’Oranaise règne sans partage sur les fêtes citadines d’Oran, de Tlemcen et d’Alger. Elle est sollicitée par les grandes familles, juives comme musulmanes, pour animer les mariages et les circoncisions. Son répertoire bilingue et sa maîtrise des classiques font d’elle une artiste universelle.
Elle se lie d’amitié avec Lili Boniche et le jeune Maurice El Medioni (le neveu de son maître Saoud). Ensemble, ils animent les nuits du cabaret « Le Coq d’Or », mélangeant le jazz naissant aux complaintes bédouines. Reinette est alors à l’apogée de sa gloire, enregistrant de nombreux 78 tours qui s’arrachent dans tout le Maghreb.
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Une icône de la fraternité judéo-arabe
Reinette l’Oranaise incarnait cette Algérie où la musique ne connaissait pas de religion. Elle maîtrisait l’arabe dialectal avec une telle perfection que beaucoup de ses admirateurs ignoraient ses origines confessionnelles. Elle puisait dans le Melhoun des poètes musulmans (Ben Msayeb, Ben Guitoun) avec une dévotion mystique.
Elle a côtoyé les géants de la musique chaâbi, notamment Hadj M’hamed El Anka, qui voyait en elle l’une des rares interprètes capables de respecter la structure savante des modes tout en y insufflant une chaleur populaire. Sa présence était le symbole d’une symbiose culturelle qui allait bientôt être brisée par l’histoire.
L’école du Derb
Dans le quartier juif d’Oran, Reinette n’était pas une exception. Elle faisait partie d’une scène foisonnante comprenant Blond-Blond, Line Monty et Alice Fitoussi, tous ambassadeurs d’un art judéo-algérien unique.
Le Hawzi au féminin
Elle a redonné au Hawzi une dimension charnelle et émouvante, prouvant que cette musique savante pouvait être interprétée avec une liberté de ton moderne.
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1962 : La Ghorba parisienne et la traversée du désert
L’indépendance de l’Algérie en 1962 sonne le glas de ce monde. Reinette, comme l’immense majorité de la communauté juive, s’exile en France. Elle s’installe à Paris dans des conditions précaires. Loin de son public oranais, elle sombre dans l’anonymat, jouant dans des petits bars du Sentier ou de Belleville pour un public de nostalgiques.
Pendant vingt ans, la « Petite Reine » est oubliée des grands médias. Elle vit modestement de ses économies, gardant son violon et son oud comme des reliques d’un paradis perdu. Elle ne reverra jamais sa terre natale, mais l’Algérie ne l’a jamais quittée : elle continue de cuisiner à l’oranaise et de parler le dialecte de sa jeunesse avec ses amis d’exil.
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Le retour triomphal et l’héritage éternel (1980-1998)
La renaissance publique de Reinette a lieu au milieu des années 80. Une nouvelle génération de mélomanes et de journalistes (notamment grâce au travail de Richard Robert et de l’Institut du Monde Arabe) redécouvre ce trésor vivant. À plus de 70 ans, elle remonte sur les grandes scènes parisiennes, à l’Olympia et au Théâtre de la Ville.
Son retour est un choc émotionnel. On découvre une vieille dame d’une dignité royale, dont la voix s’est bonifiée avec le temps, devenant plus grave et plus poignante. Elle enregistre de nouveaux albums, dont le sublime Mémoires de l’Orient. Elle participe également au début du projet El Gusto, scellant ses retrouvailles avec ses anciens musiciens musulmans d’Alger.
Reinette l’Oranaise s’éteint le 17 novembre 1998 à Paris à l’âge de 83 ans. Elle laisse derrière elle une œuvre qui est aujourd’hui une archive inestimable du patrimoine algérien. Elle a prouvé que la musique était plus forte que les frontières, les guerres et l’oubli. Elle reste, pour l’éternité, la Reine de l’âme d’Oran.
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Questions fréquentes
Est-elle née aveugle ?
Non, elle a perdu la vue à l’âge de deux ans à la suite d’une variole. Ce handicap a été déterminant dans son éveil musical, car elle a développé une écoute et une mémoire prodigieuses pour retenir des centaines de poèmes et de mélodies sans partition.
Pourquoi l’appelait-on Reinette ?
C’est son maître Saoud l’Oranais qui lui a donné ce surnom de « Petite Reine » (Reinette) en raison de sa prestance naturelle et de son autorité artistique précoce sur l’orchestre.
A-t-elle chanté en hébreu ?
Très rarement. L’essentiel de son répertoire était en arabe dialectal algérien et en arabe classique (pour les noubas). Sa culture était viscéralement algérienne, même si elle intégrait parfois des chants liturgiques juifs dans son intimité.
Où se trouve sa tombe ?
Reinette l’Oranaise est enterrée au cimetière de Pantin, près de Paris. Sa tombe est régulièrement fleurie par des admirateurs nostalgiques de l’Algérie plurielle.
« Ma voix est un oiseau qui a survolé la mer pour ne jamais oublier le parfum de la terre algérienne. »
— Hommage à Reinette l’Oranaise (1915 – 1998)
ⵔⵉⵏⵉⵜ ⵍⵓⵕⴰⵏⵉⵣ — La mémoire vive







































































































































































































































































































































































































































































































































































































