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Rachid Nekkaz candidat à la présidentielle de 2029

Depuis Paris, où il se décrit comme « migrant clandestin », Rachid Nekkaz a annoncé sur Facebook sa candidature à l’élection présidentielle algérienne de 2029. Six ans après sa dernière incarcération, l’opposant le plus médiatique du pays veut reprendre le fil de son aventure politique, entre récit personnel, critique radicale du système et programme aux accents très volontaristes.

Pourquoi Rachid Nekkaz revient maintenant sur le devant de la scène

Le 4 décembre, date anniversaire de son arrestation à l’aéroport d’Alger en 2019, Rachid Nekkaz publie un long texte en arabe et en français. Il y annonce clairement : il sera candidat à la présidentielle de 2029.

Cette déclaration n’arrive pas au hasard. Elle intervient :

  • six ans jour pour jour après son arrestation dans le contexte du Hirak ;

  • près de deux ans après sa libération pour raisons humanitaires puis son départ à l’étranger pour se soigner ; 

  • quelques mois après la date du 19 janvier 2025, à laquelle il affirme avoir retrouvé la totalité de ses droits politiques, civils, administratifs, financiers et nationaux à la suite d’une décision de justice algérienne. 

Dans son texte, il explique que sa situation actuelle de sans-papiers en France l’empêche de se présenter comme député de la diaspora, mais ne bloque pas sa candidature à la magistrature suprême en 2029. Il se présente comme un homme qui a « payé le prix fort » pour son engagement, et qui veut reprendre le combat promis à son père.

Pour comprendre ce retour, il faut d’abord revenir sur le parcours chaotique de ce candidat hors normes.

Qui est Rachid Nekkaz ? Biographie d’un opposant atypique

Des quartiers populaires français à la fortune de la bulle Internet

Né le 9 janvier 1972 à Villeneuve-Saint-Georges, en région parisienne, Rachid Nekkaz est fils d’ouvriers algériens originaires de Chlef et de Béjaïa. Il grandit dans un quartier populaire de Choisy-le-Roi, suit des études d’histoire et de philosophie à la Sorbonne, puis fait fortune à la fin des années 1990 dans la bulle Internet avant de se tourner vers l’immobilier. 

Sa trajectoire personnelle est une part de son récit politique : celui d’un autodidacte devenu millionnaire, qui se présente comme libre financièrement et donc indépendant du système.

Un militant très médiatisé en France

Avant d’être connu en Algérie, il fait parler de lui en France :

  • il milite contre la guerre en Irak et pour l’inscription des jeunes sur les listes électorales ;

  • surtout, il se rend célèbre en proposant de payer les amendes des femmes verbalisées pour le niqab, interdit dans l’espace public depuis 2010, ce qui le propulse dans les médias. 

En 2012, il est condamné à 18 mois de prison avec sursis pour tentative d’achat de parrainage à l’élection présidentielle française. Il sera aussi sanctionné pour avoir loué des logements indignes en région parisienne. 

Ces épisodes nourrissent à la fois son image de “justicier fantasque” et le caractère controversé de sa personnalité.

De la renonciation à la nationalité française à l’obsession présidentielle

Renoncer à la nationalité française pour se présenter en Algérie

En 2013, Rachid Nekkaz renonce officiellement à sa nationalité française pour pouvoir se présenter à la présidentielle algérienne de 2014, la Constitution interdisant aux binationaux d’accéder à cette fonction. 

Mais sa candidature est rejetée par le Conseil constitutionnel : son dossier est déclaré incomplet. Il dénoncera une décision politique.

2019 : le “phénomène Nekkaz” et la combine du cousin

En 2019, l’homme d’affaires revient au centre de la scène :

  • il parcourt le pays à pied, multiplie les meetings et les vidéos sur Facebook ;

  • il incarne pour une partie de la jeunesse algérienne un espoir de rupture avec le système Bouteflika ; 

  • sa candidature à la présidentielle du 12 décembre 2019 est de nouveau invalidée pour cause d’inéligibilité.

Il tente alors un coup spectaculaire : présenter à sa place un cousin homonyme, également nommé Rachid Nekkaz, pour contourner l’interdiction. La manœuvre fera la une des médias mais sera rapidement bloquée par les autorités. 

Dans son texte de 2025, il rappelle que le pouvoir aurait « annulé l’élection » par peur de sa popularité, parallèle à l’annulation du scrutin législatif de 1992.

Prison, maladie, exil : les années d’ombre

Arrestation en 2019, longues détentions, condamnations lourdes

Le 4 décembre 2019, alors qu’il arrive à l’aéroport d’Alger, Rachid Nekkaz est arrêté et placé en détention pour plusieurs chefs d’inculpation :

  • « atteinte à l’unité nationale »,

  • « incitation à la violence via les réseaux sociaux »,

  • « planification destinée à empêcher les citoyens de voter ». 

Il est incarcéré à Koléa, puis transféré en 2021 à la prison d’El Abiodh Sidi Cheikh, près du Sahara, loin de ses avocats. Il entame une grève de la faim, ses proches évoquent la découverte d’un début de cancer de la prostate.

  • Libéré provisoirement en février 2021, il est ensuite condamné à un an de prison en décembre 2021 ;

  • en juillet 2022, la justice algérienne le condamne à cinq ans de prison pour appel au boycott de l’élection de 2019. 

Le 18 janvier 2023, il est libéré pour « raisons humanitaires ». Quelques semaines plus tard, il obtient l’autorisation de quitter l’Algérie pour se faire soigner à l’étranger, d’abord en Espagne puis aux États-Unis, où réside sa famille.

Interdiction politique puis “retour des droits” en 2025

Son incarcération s’accompagne d’une interdiction d’exercer des activités politiques en Algérie. Selon ses propres déclarations et celles de ses soutiens, cette interdiction prend fin le 19 janvier 2025, date à laquelle il affirme retrouver la totalité de ses droits civiques et politiques à la suite d’une décision de justice. 

Cette restitution de droits est le point de départ de la séquence qui mène, fin 2025, à l’annonce de sa candidature à la présidentielle 2029.

Un “clandestin” en France mais candidat pour 2029

Dans son message, Rachid Nekkaz insiste sur un paradoxe :

  • son titre de séjour en France n’a pas été renouvelé en 2025 ;

  • il affirme être devenu un migrant irrégulier, donc inéligible pour représenter la diaspora algérienne lors des législatives de 2026 ;

  • mais il souligne que cela n’empêche pas sa candidature présidentielle en 2029, puisque le droit algérien ne conditionne pas le dépôt de candidature à un statut légal à l’étranger.

Il accuse nommément l’actuel ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, d’avoir agi de concert avec les autorités françaises pour faire obstacle à sa candidature comme député de la diaspora.

Cette posture de “candidat sans papiers” lui permet de se présenter comme un opposant gênant pour deux systèmes : le pouvoir algérien et l’appareil administratif français.

Les grands axes de son récit : promesse au père, jeunesse et “dictature algérienne”

Son texte est aussi un récit autobiographique et un manifeste.

Une promesse paternelle

Il revient sur l’engagement pris en 2011 devant son père mourant : consacrer au moins vingt ans de sa vie à l’Algérie. Cette promesse, martèle-t-il, serait le fil conducteur de ses quatre tentatives de candidature (2014, 2019, législatives diaspora 2017 et 2025) et de son nouveau projet pour 2029.

Il présente son livre écrit en prison, « Mon combat contre la dictature algérienne », comme le témoignage de cette continuité.

Critique des partis traditionnels et de la “vieille classe politique”

Une partie importante de son texte est consacrée à la critique du FLN, du RND et plus généralement des partis traditionnels :

  • il estime qu’ils ont transformé la mémoire de la guerre de libération en rente symbolique ;

  • il les décrit comme des formations vieillissantes, incapables de comprendre les mutations du pays, minées par la corruption politique et les calculs clientélistes.

Pour lui, l’avenir politique appartient à la jeunesse, qu’il décrit comme principale victime des blocages actuels : absence de perspectives, émigration clandestine, désintérêt pour la vie politique.

Un “nouveau modèle politique” à partir du numérique

Rachid Nekkaz insiste sur le rôle du numérique :

  • il affirme que l’espace digital est devenu le terrain central de la mobilisation ;

  • il revendique une stratégie inspirée des expériences récentes, citant notamment le cas du Sénégal et la figure d’Ousmane Sonko, emprisonné mais dont le mouvement a réussi à imposer une nouvelle génération de dirigeants.

Pour la présidentielle de 2029, il annonce déjà un “plan B” : si sa candidature est écartée, il soutiendra une personnalité “intègre et cultivée”, favorable à un État moderne basé sur la compétence et l’intérêt général.

Autrement dit, il se positionne moins comme un homme providentiel que comme un déclencheur de dynamique, prêt, dit-il, à se ranger derrière un autre si le système bloque son accès au scrutin.

Réconciliation nationale, amnistie générale et refonte du rapport au pouvoir

Parmi ses propositions politiques, plusieurs axes structurants apparaissent.

Une amnistie générale à large spectre

Il plaide pour une réconciliation nationale incluant :

  • les détenus d’opinion liés au Hirak ou à des affaires politiques récentes ;

  • certains détenus des années 1990 non impliqués dans des crimes de sang ;

  • les responsables politiques, hommes d’affaires, hauts fonctionnaires et officiers poursuivis pour corruption, à condition de restituer l’argent détourné.

Objectif affiché : mettre fin à l’instrumentalisation de la justice et transformer l’énergie négative accumulée depuis des décennies en force constructive.

Un statut de “président d’honneur à vie”

Il propose la création d’un statut constitutionnel de « président d’honneur à vie » pour tout chef d’État ayant quitté le pouvoir dans le respect de la Constitution, citant l’exemple de Liamine Zeroual.

Ce statut comprendrait :

  • un bureau permanent à El Mouradia ;

  • une immunité judiciaire ;

  • un rôle consultatif.

Pour lui, cette mesure vise à sécuriser les transitions au sommet de l’État et à lever la peur de la reddition de comptes, afin d’éviter les blocages et les prolongations de mandat.

Programme économique et social : dinar, diversification, diaspora

Au-delà des slogans, son texte ébauche un programme économique.

Renforcer la valeur du dinar et casser la “skwar”

Il affirme vouloir :

  • revaloriser le dinar par le développement de la production nationale ;

  • mettre fin à la planche à billets ;

  • supprimer le marché noir des devises, la “skwar”, pour le remplacer par des bureaux de change légaux ;

  • à terme, rendre le dinar convertible.

Diversification économique et un million d’emplois

Il promet :

  • une diversification autour de zones franches dans les 58 wilayas ;

  • le développement de l’industrie, de l’agriculture (autosuffisance alimentaire) et du tourisme culturel ;

  • la création d’un million d’emplois en 10 ans ;

  • une mobilisation des compétences de la diaspora algérienne pour les transferts de technologie.

Ce discours s’inscrit dans le registre classique des programmes de rupture, mais il insiste sur l’idée d’un État qui organise et sécurise, plutôt qu’un État qui contrôle tout.

Armée, dissuasion et partenariat nucléaire : un volet explosif

La partie la plus sensible de son texte concerne la défense :

  • il estime que, sans dissuasion nucléaire, aucun pays ne peut se protéger contre une attaque d’un adversaire mieux doté ;

  • il propose un partenariat stratégique avec le Pakistan, seule puissance nucléaire du monde musulman, afin de « sanctuariser » l’Algérie ;

  • il plaide pour que l’Armée nationale populaire (ANP) développe à terme ses propres activités économiques, sur le modèle égyptien.

Ce volet soulève de nombreuses questions :

  • compatibilité avec les traités internationaux signés par l’Algérie ;

  • équilibre des pouvoirs entre civil et militaire ;

  • impact sur la perception régionale et la sécurité au Maghreb.

Mais dans son récit, il s’agit de répondre à une obsession : la souveraineté et la protection des ressources nationales.

Candidature 2029 : chances réelles, obstacles et inconnues

La question centrale reste : cette candidature a-t-elle une chance d’aller au bout ?

Plusieurs facteurs pèseront :

  • son état de santé, après plusieurs années de prison et un cancer déclaré ;

  • sa capacité à revenir physiquement en Algérie en sécurité ;

  • la décision des autorités d’accepter ou non son dossier en 2029 ;

  • l’émergence d’autres figures issues du Hirak ou de la nouvelle opposition ;

  • la fatigue possible d’une partie du public vis-à-vis de son style très médiatique.

À l’inverse, plusieurs éléments jouent en sa faveur :

  • une notoriété très élevée, notamment chez les jeunes et dans la diaspora ;

  • une image de “poil à gratter du système” qu’il entretient depuis plus de dix ans ; 

  • le fait d’avoir payé un prix personnel important (prison, exil, maladie) ;

  • un récit politique clair : 20 ans pour l’Algérie, promesse au père, continuité de l’engagement.

Pour l’instant, la candidature Nekkaz 2029 est surtout un signal politique : celui d’un opposant qui refuse de disparaître et qui cherche à occuper l’espace longtemps à l’avance.

FAQ – Ce que les internautes algériens cherchent sur Rachid Nekkaz

Qui est Rachid Nekkaz ?

Rachid Nekkaz est un homme d’affaires et homme politique algérien, né en 1972 en France, d’origine algérienne. Ancien millionnaire de la bulle Internet, devenu très médiatisé pour ses actions controversées, il renonce à la nationalité française en 2013 pour se présenter à l’élection présidentielle en Algérie. Il est aujourd’hui l’une des figures d’opposition les plus connues du pays.

Pourquoi parle-t-on de Rachid Nekkaz et de la présidentielle de 2029 ?

Parce qu’il a annoncé, dans un long texte publié sur sa page Facebook, sa candidature à la présidentielle algérienne de 2029. Il lie cette annonce au sixième anniversaire de son arrestation du 4 décembre 2019 et à la restitution de ses droits politiques en janvier 2025.

Rachid Nekkaz a-t-il déjà été candidat en Algérie ?

Il a tenté de se présenter à plusieurs reprises :

  • présidentielle 2014 : dossier rejeté ;

  • présidentielle 2019 : déclaré inéligible, il envoie son cousin homonyme déposer un dossier à sa place ; Jeune Afrique

  • il a aussi voulu être député de la diaspora en 2017 et 2025, sans succès.

Il revendique quatre candidatures avortées en douze ans.

Pourquoi a-t-il été emprisonné en Algérie ?

Il a été arrêté en décembre 2019 et poursuivi notamment pour :

  • « incitation à la violence » via les réseaux sociaux,

  • « atteinte à l’unité nationale »,

  • « appel au boycott de l’élection présidentielle ». Wikipédia

Il a passé au total plusieurs années en prison avant d’être libéré pour raisons humanitaires en janvier 2023.

Est-il aujourd’hui libre de faire de la politique ?

Selon ses déclarations, la décision de justice du 19 janvier 2025 a mis fin à son interdiction d’exercer des activités politiques en Algérie. Il affirme avoir récupéré l’ensemble de ses droits civiques et politiques, ce qui lui permet d’annoncer sa candidature pour 2029

En revanche, il se présente comme clandestin en France, son titre de séjour n’ayant pas été renouvelé, ce qui limite son action sur le terrain de la diaspora.

Quelles sont ses principales propositions pour l’Algérie ?

Parmi les grands axes qu’il avance :

  • réconciliation nationale et amnistie générale encadrée ;

  • création d’un statut de « président d’honneur à vie » pour stabiliser les transitions ;

  • lutte contre la corruption et récupération des fonds détournés ;

  • diversification économique, zones franches, un million d’emplois ;

  • renforcement de la valeur du dinar et fin de la “skwar” ;

  • montée en puissance de l’ANP et réflexion sur une dissuasion nucléaire via un partenariat avec le Pakistan ;

  • centralité de la jeunesse et du numérique dans la vie politique.

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