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Qui est Rachid Nekkaz ?

Fils d’ouvriers immigrés devenu millionnaire de la bulle Internet, militant contre les lois sur le niqab en Europe, marcheur infatigable contre le gaz de schiste puis opposant emprisonné en Algérie : Rachid Nekkaz est l’une des figures les plus atypiques de la vie politique algérienne contemporaine. Entre coups médiatiques, condamnations judiciaires et promesse de consacrer « vingt ans » à l’Algérie, il se projette désormais vers la présidentielle de 2029.

Origines, enfance et études : un Français d’origine algérienne devenu “self-made man”

Rachid Nekkaz naît le 9 janvier 1972 à Villeneuve-Saint-Georges, en région parisienne, dans une famille ouvrière originaire de Chlef et de Béjaïa. Ses parents, immigrés algériens, s’installent dans un quartier populaire de Choisy-le-Roi, la cité dite « 120 ». Il y grandit dans l’univers des barres HLM, des petits boulots et des trajectoires brisées, ce qu’il racontera plus tard dans ses livres.

Elève jugé brillant, il étudie l’histoire et la philosophie à l’Université de Paris (Sorbonne). Il explique souvent que cette formation nourrit sa vision du pouvoir, de la colonisation et des luttes démocratiques.

Au tournant des années 1990-2000, il profite de la bulle Internet et de la spéculation boursière pour se constituer une fortune dans l’immobilier et les placements. Ce capital financier deviendra un argument politique central : il se présente comme un autodidacte devenu riche qui n’a pas besoin de l’argent du système.

Premiers engagements et coups d’éclat en France

Avant d’être connu comme opposant algérien, Rachid Nekkaz se fait remarquer en France.

Tentative de candidature à la présidentielle française

Au milieu des années 2000, il tente de se présenter à l’élection présidentielle française. Il achète symboliquement le parrainage d’un maire rural qui l’avait mis aux enchères, le déchire devant les caméras, et dénonce une dérive marchande de la démocratie. Le geste lui vaut une notoriété médiatique, mais aussi des démêlés judiciaires : il sera plus tard condamné à 18 mois de prison avec sursis pour tentative d’achat de parrainage.

“Zorro du niqab” : payer les amendes des femmes verbalisées

Il devient ensuite le “Voltaire du niqab” pour une partie de la presse européenne :

  • en France, en Belgique, au Danemark ou en Autriche, il annonce qu’il paiera les amendes des femmes verbalisées pour port du niqab ou de la burqa, au nom de la liberté individuelle ;

  • il met en scène ces actions devant les tribunaux et les parlements, ce qui lui vaut à la fois soutien et critiques.

Ce militantisme fait de lui une figure très médiatisée, décrite tour à tour comme défenseur des libertés, activiste provocateur ou opportuniste en quête de buzz.

Renoncer à la nationalité française pour viser la présidence algérienne

Le tournant décisif se produit en 2013.

La Constitution algérienne exige qu’un président de la République n’ait que la nationalité algérienne. Rachid Nekkaz, alors franco-algérien, annonce qu’il renonce à sa nationalité française pour pouvoir se présenter à la présidentielle de 2014.

Ce geste spectaculaire est entériné par décret français quelques mois plus tard. Il devient uniquement algérien et s’installe progressivement dans le champ politique d’Alger.

Il dénonce toutefois une utilisation restrictive de la loi sur la nationalité : pour lui, cette condition sert à écarter la diaspora de la compétition politique.

“Phénomène Nekkaz” : marches, anti-corruption et Hirak

Marches et lutte contre le gaz de schiste

À partir de 2014, Rachid Nekkaz multiplie les marches à travers l’Algérie. Il revendique des milliers de kilomètres parcourus à pied, notamment :

  • une marche de plus de 1 300 km contre l’exploitation du gaz de schiste à In Salah ;

  • des visites dans la majorité des wilayas pour prôner un “changement pacifique”.

Ces marches, filmées et diffusées sur Facebook, transforment le personnage en phénomène de société. De nombreux jeunes le suivent, l’accompagnent, ou partagent ses vidéos.

Offensive anti-corruption

Parallèlement, il mène une campagne contre la corruption des élites algériennes :

  • sit-in devant des appartements parisiens appartenant à des ex-ministres ;

  • actions symboliques contre d’anciens responsables de Sonatrach ou du gouvernement ;

  • dénonciation d’un système des « 40 voleurs » autour de la présidence Bouteflika.

Ces actions lui valent plusieurs condamnations civiles pour diffamation en France, mais renforcent son image de “poil à gratter de la République” en Algérie.

2014 et 2019 : candidatures avortées à la présidentielle algérienne

2014 : premier échec officiel

Pour la présidentielle de 2014, Rachid Nekkaz dépose un dossier de candidature. Le Conseil constitutionnel le rejette, estimant qu’il ne remplit pas toutes les conditions requises. Il dénonce une décision politique destinée à écarter un candidat issu de la diaspora.

2019 : l’épisode du “cousin homonyme”

En 2019, alors que le pays est secoué par le Hirak, il se déclare à nouveau candidat à la présidentielle, avec un discours très offensif contre la cinquième candidature d’Abdelaziz Bouteflika.

Mais la réforme constitutionnelle de 2016 le rend inéligible : elle exige que le candidat n’ait jamais possédé une autre nationalité que l’algérienne. Pour contourner l’obstacle, il imagine un scénario inédit :

  • son propre dossier étant refusé, il fait déposer celui de son cousin homonyme, lui aussi prénommé Rachid Nekkaz, mécanicien de profession ;

  • il annonce que, si ce cousin est élu, il créera un poste de vice-président pour lui céder ensuite la place.

L’initiative est perçue comme un coup médiatique, largement relayé par les chaînes internationales, mais n’aboutit pas : l’élection d’avril 2019 est finalement annulée dans le contexte du Hirak, puis reprogrammée pour décembre, sans lui.De l’espoir populaire à la prison : 2019–2023

Arrestation et inculpations

Le 4 décembre 2019, Rachid Nekkaz est arrêté à l’aéroport d’Alger, quelques jours avant la présidentielle. La justice lui reproche notamment :

  • « incitation à l’entrave au scrutin » ;

  • « incitation à la violence via les réseaux sociaux » ;

  • « atteinte à l’unité nationale ».

Il est placé en détention provisoire à Koléa, puis transféré dans une prison du sud. Ses avocats dénoncent des conditions très dures et un éloignement destiné à le couper de ses soutiens.

Condamnations successives

La séquence judiciaire est lourde :

  • février 2021 : libération provisoire, mais nouvelles poursuites ;

  • décembre 2021 : condamnation à un an de prison ;

  • 3 juillet 2022 : condamnation en appel à cinq ans de prison pour ses appels au boycott de l’élection de 2019.

Pendant cette période, il annonce souffrir d’un début de cancer de la prostate et d’autres problèmes de santé. Sa famille et ses avocats réclament une prise en charge médicale appropriée.

Libération humanitaire et départ à l’étranger

Le 18 janvier 2023, il est libéré pour raisons humanitaires. Au printemps 2023, il obtient l’autorisation de quitter l’Algérie pour se faire soigner, d’abord en Espagne puis aux États-Unis, où vivent son épouse et son fils.

Il affirme par la suite qu’une décision de justice, en janvier 2025, lui a rendu l’ensemble de ses droits civiques et politiques, ouvrant la voie à un possible retour dans l’arène politique algérienne.

Un opposant très connecté : Facebook, vidéos et “plan B”

Depuis plus de dix ans, Rachid Nekkaz fait de Facebook son principal outil politique :

  • retransmission en direct de ses marches et actions ;

  • annonces choc, comme sa décision de renoncer à la nationalité française ou de se présenter à la présidentielle ;

  • publication de lettres ouvertes et de manifestes.

Son style est reconnaissable :

  • langage simple, souvent direct, parfois brutal ;

  • usage massif de la vidéo ;

  • mise en avant de sa personne et de son histoire familiale (promesse faite à son père, difficultés de santé, éloignement de sa famille).

Il théorise aussi un “plan B” : si le système l’empêche d’être candidat, il soutiendra une autre personnalité perçue comme honnête et compétente, pour favoriser malgré tout une alternance.

Vision politique : jeunesse, réconciliation, souveraineté

Au-delà des coups d’éclat, que propose réellement Rachid Nekkaz ?

La jeunesse comme priorité

Il présente la jeunesse algérienne comme la principale force de changement :

  • il insiste sur la crise de confiance entre jeunes et institutions ;

  • il dénonce l’émigration clandestine, la mer devenue « cimetière » ;

  • il promet un État qui offre des perspectives plutôt que de pousser les jeunes à harraga.

Réconciliation nationale et amnistie encadrée

Il appelle à une réconciliation nationale fondée sur :

  • une amnistie pour les détenus d’opinion ;

  • une solution pour certains acteurs des années 1990 non impliqués dans des crimes de sang ;

  • une sortie négociée pour les responsables politiques et hommes d’affaires poursuivis pour corruption, à condition de restituer les fonds détournés.

La philosophie annoncée : mettre fin à l’instrumentalisation de la justice et tourner la page des guerres mémorielles internes.

Souveraineté économique et lutte contre la corruption

Son discours économique met l’accent sur :

  • la protection des ressources naturelles ;

  • la lutte contre la corruption et les réseaux d’influence liés aux multinationales ;

  • la diversification (zones franches, agriculture, tourisme, industrie) et la création massive d’emplois ;

  • la revalorisation du dinar et la suppression du marché noir des devises au profit de bureaux de change légaux.

Un volet défense très controversé

Dans ses derniers textes, Rachid Nekkaz va plus loin que la plupart des opposants sur les questions de défense :

  • il juge indispensable de doter l’Algérie d’une forme de dissuasion nucléaire, via un partenariat stratégique avec le Pakistan ;

  • il souhaite que l’Armée nationale populaire (ANP) développe des activités économiques pour s’auto-financer.

Ces propositions interrogent sur le plan du droit international et de l’équilibre civil-militaire. Elles montrent en tout cas une volonté de placer la souveraineté et la puissance au cœur de son projet.

Présidentielle 2029 : ambition réelle ou coup politique de plus ?

En annonçant sa candidature pour 2029, Rachid Nekkaz cherche plusieurs choses à la fois :

  • rappeler qu’il reste un acteur central de l’opposition ;

  • occuper le terrain médiatique très en amont, alors que le système semble verrouillé ;

  • montrer qu’il croit toujours en sa promesse de consacrer “au moins vingt ans” à l’Algérie.

Reste à savoir :

  • s’il pourra revenir en Algérie sans risquer de nouvelles poursuites ;

  • si son dossier sera accepté par les autorités électorales ;

  • si la jeunesse qui l’acclamait en 2019 le suivra encore après les années de prison et d’exil ;

  • si d’autres figures issues du Hirak ne capteront pas une partie de cet espace.

Quoi qu’il en soit, le nom de Rachid Nekkaz restera associé à une forme de politique spectaculaire, mêlant engagement réel, provocations calculées et usage intensif des réseaux sociaux.

FAQ – Questions fréquentes sur Rachid Nekkaz

Qui est Rachid Nekkaz ?

Rachid Nekkaz est un homme d’affaires et homme politique algérien, né en 1972 en France de parents algériens. Ancien militant très médiatisé en Europe pour avoir payé les amendes de femmes verbalisées pour port du niqab, il s’est ensuite lancé dans la politique algérienne, renonçant à sa nationalité française pour viser la présidence. Il est devenu une figure de l’opposition, plusieurs fois candidate avortée et plusieurs fois emprisonnée.

Pourquoi Rachid Nekkaz a-t-il renoncé à la nationalité française ?

Il a renoncé à la nationalité française en 2013 pour se conformer à la Constitution algérienne, qui exige que le président ne possède que la nationalité algérienne. Ce geste lui a permis de se présenter symboliquement à la présidentielle de 2014, même si sa candidature a ensuite été rejetée.

Pourquoi a-t-il été emprisonné en Algérie ?

Il a été arrêté en décembre 2019 et condamné notamment pour :

  • « atteinte à l’unité nationale »,

  • « incitation à entraver l’élection présidentielle »,

  • utilisation des réseaux sociaux pour appeler au boycott.

Ses condamnations successives ont abouti à une peine de cinq ans de prison en 2022. Il a été libéré en 2023 pour raisons humanitaires, après l’apparition d’un cancer de la prostate et d’autres problèmes de santé.

Rachid Nekkaz est-il toujours actif politiquement ?

Oui. Après sa libération et son départ à l’étranger pour se soigner, il affirme avoir retrouvé en 2025 l’ensemble de ses droits civiques et politiques. Il communique régulièrement sur les réseaux sociaux et a annoncé son intention de se présenter à la présidentielle algérienne de 2029, ou de soutenir un candidat alternatif s’il est à nouveau écarté.

Quel est son lien avec le Hirak ?

En 2019, ses marches et ses prises de position contre le cinquième mandat de Bouteflika en ont fait l’un des visages visibles du Hirak, même s’il n’en était pas le seul représentant. Pour une partie des manifestants, il incarne une contestation anti-système radicale ; pour d’autres, son style très personnel et ses coups médiatiques ont parfois brouillé le message du mouvement.

Rachid Nekkaz est-il soutenu par la France ou par l’étranger ?

Il a souvent été accusé, notamment par ses adversaires, d’être le “candidat de la France” ou d’autres puissances étrangères. Lui s’en défend fermement et met en avant :

  • sa renonciation à la nationalité française ;

  • ses condamnations devant la justice française ;

  • son exil médical forcé.

Dans son propre récit, il se présente comme un opposant indépendant, financé par sa fortune personnelle et par le soutien de sympathisants.