Québec : voile intégral et prières bannis des campus
- Dzaïr Zoom / 3 mois
- 26 novembre 2025

Le gouvernement québécois vient de franchir une nouvelle étape : salles de prière supprimées dans les cégeps et universités, voile intégral interdit dans tous les établissements d’enseignement, extension de la laïcité à la garderie et aux écoles privées subventionnées. Un durcissement qui secoue de plein fouet la diaspora algérienne, très présente dans le réseau éducatif et universitaire. Cette trajectoire rappelle celle de la France, pionnière des lois sur le voile dès 2004. Décryptage complet d’un virage qui bouleverse le quotidien de milliers de familles.
Le Québec “bannit” voile intégral et prières sur les campus
Le Québec n’a pas interdit tout voile dans tous les domaines.
En revanche, deux décisions législatives prises à quelques semaines d’intervalle marquent un virage net.
D’abord, Bill 94, adopté le 30 octobre 2025, étend la laïcité à tout le personnel scolaire, du primaire au secondaire. Là où la Loi 21 (2019) ciblait surtout les enseignants et certaines fonctions d’autorité, Bill 94 élargit la règle : surveillants, techniciens, animateurs, concierges, psychologues, tout le monde est concerné. Le voile, la kippa, le turban ou une croix voyante deviennent interdits pour tout employé d’une école publique.
Mais le texte va plus loin sur deux points extrêmement sensibles :
Interdiction du voile intégral (niqab, burqa) pour les élèves et les membres du personnel dans les écoles.
Obligation du visage découvert pour tous, dans toute activité scolaire ou parascolaire.
Ensuite, un nouveau projet de loi, présenté fin novembre, vise spécifiquement les cégeps et universités :
salles de prière supprimées dans les établissements publics ;
interdiction du niqab dans le post-secondaire ;
encadrement renforcé des activités religieuses visibles ;
extension des règles de laïcité aux garderies subventionnées et aux écoles privées religieuses afin de conditionner leur financement.
Le gouvernement précise que le voile intégral reste autorisé dans la rue. Mais dans presque tout le système éducatif, de la garderie à l’université, il devient impossible.
Pour une province où près de 200 000 Nord-Africains vivent aujourd’hui — dont une forte proportion d’Algériens —, l’impact est concret, immédiat et souvent anxiogène.
La laïcité québécoise passe en mode “choc” : pourquoi maintenant ?
Pour comprendre, il faut replacer ces décisions dans un contexte politique tendu.
Une compétition identitaire
La Coalition Avenir Québec (CAQ), au pouvoir, fait face à un Parti Québécois qui a replacé l’identité, la laïcité et la lutte contre « l’islamisme politique » au cœur de son discours.
Ces deux forces flirtent avec un électorat sensible à la défense des “valeurs québécoises” — un thème où le voile devient régulièrement un symbole.
De la Loi 21 à une laïcité totalisée
La Loi 21 (2019) avait instauré une neutralité stricte pour certaines professions.
Mais les débats ne se sont jamais apaisés :
contestations juridiques,
manifestations de femmes voilées,
tensions dans les écoles,
polémiques médiatiques répétées.
Les mesures de 2025 répondent d’abord à cette pression : solidifier le cadre juridique pour éviter les zones grises.
L’école comme champ de bataille
Comme en France à partir des années 2000, l’école devient ici le lieu où se joue la définition de la laïcité.
Et quand l’école devient un symbole, chaque foulard, chaque prière étudiante, chaque local réservé devient un enjeu politique.
Diaspora algérienne : les nouvelles règles qui frappent de plein fouet
Étudiantes algériennes : hijab, niqab et salles de prière supprimées
Pour les jeunes Algériennes inscrites en cégep ou université, la nouvelle loi change la donne :
Le hijab reste permis, mais toute activité religieuse visible (prières collectives, association étudiante confessionnelle, rassemblements) sera désormais très encadrée.
Les salles de prière disparaissent, alors qu’elles étaient essentielles pour les étudiants musulmans, notamment durant l’hiver.
Le niqab devient interdit dans tout le réseau éducatif.
Des étudiantes interrogées sur les campus montréalais décrivent une même réalité : « On devra prier dehors ou dans un coin isolé », « On nous fait comprendre qu’on n’est pas les bienvenues ».
Personnel scolaire d’origine algérienne : “choisis ton travail ou ton voile”
Beaucoup d’Algériennes et d’Algériens travaillent dans l’éducation :
enseignement,
soutien pédagogique,
surveillance,
services auxiliaires.
Certaines femmes vont désormais devoir retirer le hijab pour conserver leur poste ou pour accéder à une promotion.
L’une d’elles, rencontrée dans une école de Laval, résume :
« Je suis diplômée, compétente, appréciée. Le problème n’est pas mon travail. Le problème est mon foulard. »
Familles algériennes : inquiétudes pour les filles
Les parents algériens s’interrogent :
une adolescente peut-elle garder son hijab au secondaire ? Oui.
Peut-elle prier dans un coin tranquille ? De moins en moins certain.
Une future étudiante ayant besoin d’un local pour prier ? Impossible.
En filigrane, c’est la question de la compatibilité entre pratique religieuse et réussite scolaire qui ressurgit.
France : le précédent qui a tout déclenché (2004, 2010, burkini, abaya)
Le Québec n’avance pas dans le vide.
La France a tracé la route.
2004 : voile interdit à l’école
La loi du 15 mars 2004 bannit les « signes religieux ostensibles » des écoles publiques.
C’est le premier grand tournant politique de l’Europe face au voile.
2010 : le voile intégral interdit dans la rue
La France devient le premier pays occidental à interdire la burqa et le niqab dans tout l’espace public.
Amende, contrôle, “stage de citoyenneté” : une disposition radicale, largement critiquée hors d’Europe.
Burkini, abaya, sport : polémiques à répétition
Depuis 2016, les polémiques s’enchaînent :
arrêtés anti-burkini ;
interdiction de l’abaya en 2023 ;
débats sur le voile dans le sport, notamment aux JO de Paris.
Islam, immigration, terrorisme : le cocktail français
Les attentats de 2015 ont radicalement modifié l’opinion publique, renforçant le lien — souvent fallacieux — entre voile, communautarisme et menace sécuritaire.
Le Québec reprend aujourd’hui certains codes de ce modèle, sans le dire.
Entre “sécurité” et “islamophobie” : le débat piégé
Les partisans de la nouvelle loi avancent trois arguments :
la neutralité de l’État ;
la protection des femmes contre le voile intégral ;
l’intégration “républicaine” dans un contexte d’immigration élevée.
Les opposants dénoncent :
une atteinte directe à la liberté religieuse ;
une discrimination qui touche 90 % des femmes musulmanes pratiquantes ;
une normalisation de l’islamophobie d’État.
Le piège
Le débat finit toujours par enfermer les femmes musulmanes dans un dilemme impossible :
exister malgré le voile, ou exister à condition de l’enlever.
Algériens du Québec : vie quotidienne bouleversée ?
À l’école
hijab permis mais surveillé ;
voile intégral interdit ;
prière quasi impossible ;
inquiétudes pour les adolescentes.
À l’université
salles de prière supprimées ;
surveillance accrue des rassemblements religieux ;
sentiment d’exclusion rappelant la France.
Au travail
Loi 21 déjà restrictive ;
Bill 94 renforce l’interdiction pour un grand nombre de postes ;
plafond de verre pour les femmes voilées.
Identités en tension
Être francophone, musulman et algérien au Québec, c’est souvent être pris dans un tiraillement permanent entre intégration, conscience religieuse et regard social.
Réactions, recours et stratégies : que faire maintenant ?
Recours juridiques
Les contestations de la Loi 21 sont encore devant les tribunaux.
Les nouvelles mesures pourraient être contestées sur :
la liberté de religion ;
l’égalité hommes-femmes ;
la liberté d’expression ;
la Charte canadienne des droits.
Mobilisations
Des associations musulmanes et des groupes de défense des libertés préparent déjà des actions coordonnées.
Stratégies individuelles
contester au niveau institutionnel ;
se tourner vers le privé non subventionné ;
documenter les discriminations (Commission des droits de la personne).
Québec – France : une nouvelle ère de laïcité sous tension
La trajectoire est claire : une laïcité de plus en plus sécuritaire, focalisée sur l’islam et ses pratiques visibles, s’impose dans une partie du monde occidental.
La diaspora algérienne, forte numériquement, éduquée et jeune, est en première ligne.
Reste une question essentielle : comment concilier neutralité de l’État, pluralisme religieux et inclusion d’une génération qui refuse de choisir entre ses études, sa foi et sa place dans la société ?
FAQ
1. Le Québec interdit-il complètement le voile ?
Non. Le hijab reste permis dans la rue et dans la majorité des milieux. Le voile intégral devient interdit dans toutes les institutions éducatives.
2. Les salles de prière sont-elles supprimées partout ?
Elles sont supprimées dans les cégeps, universités et certaines institutions publiques. Pas dans les mosquées ni dans le privé non subventionné.
3. Les élèves du secondaire pourront-elles garder leur hijab ?
Oui. Le hijab est permis mais le niqab est interdit.
4. Peut-on encore prier à l’université ?
Oui individuellement, mais plus dans un local dédié, ce qui complique fortement la pratique.
5. Les lois québécoises s’inspirent-elles de la France ?
Le gouvernement ne l’admet pas, mais la trajectoire rappelle clairement les lois françaises de 2004 et 2010 sur le voile.
6. Qui est le plus touché ?
Les femmes musulmanes, notamment les étudiantes et les employées du secteur éducatif — dont une grande part est d’origine algérienne.







































































































































































































































































































































































































































































































































































































