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Palestine – Israël : Chronologie du conflit et enjeux actuels

Le conflit israélo-palestinien est l’un des plus documentés, commentés et instrumentalisés au monde, mais il reste souvent mal compris. Pour saisir ce qui se joue aujourd’hui à Gaza et en Cisjordanie, il faut remonter aux origines du mandat britannique, à la création d’Israël, aux déplacements de population palestiniens, puis suivre les guerres, les processus de paix avortés et les évolutions du droit international.

Ce dossier propose une chronologie claire des grandes étapes du conflit, un point sur les enjeux actuels (2025) — guerre de Gaza, décisions de la Cour internationale de justice, résolutions de l’ONU — et un zoom sur la position diplomatique de l’Algérie, constante depuis 1962 en soutien à la cause palestinienne.

Repères rapides sur le conflit israélo-palestinien

  • Un conflit né du chevauchement de deux projets nationaux sur le même territoire : un État juif et un État arabe en Palestine mandataire.
  • Des moments-clés : plan de partage de l’ONU (1947), guerre de 1948 et Nakba, guerre des Six-Jours (1967) et occupation de Gaza/Cisjordanie, Intifadas, accords d’Oslo, cycles de guerre à Gaza.
  • Depuis 1967, Israël contrôle militairement les territoires palestiniens (Gaza, Cisjordanie, Jérusalem-Est) malgré des accords intérimaires et des retraits partiels.
  • Depuis 2007, Gaza est sous blocus et dirigée de facto par le Hamas, tandis que l’Autorité palestinienne, issue d’Oslo, gouverne une partie de la Cisjordanie.
  • Depuis l’attaque du 7 octobre 2023 et la guerre de Gaza qui s’en est suivie, le conflit a basculé dans une phase d’intensité sans précédent, avec des dizaines de milliers de morts côté palestinien et plus de 1 200 morts côté israélien.

Aux origines : du mandat britannique au plan de partage de 1947

À la fin de la Première Guerre mondiale, la Palestine passe sous mandat britannique après la chute de l’Empire ottoman. La Déclaration Balfour de 1917 promet un « foyer national juif » en Palestine, tout en évoquant les droits des communautés non juives. Les vagues d’immigration juive (notamment dans l’entre-deux-guerres, puis après la Shoah) et l’opposition arabe à ce projet nourrissent des violences intercommunautaires croissantes.

Face à l’impasse, l’ONU vote en 1947 la résolution 181, qui prévoit le partage de la Palestine mandataire en deux États (un juif, un arabe) avec un corpus separatum pour Jérusalem. Le mouvement sioniste accepte, les dirigeants arabes et palestiniens rejettent le plan, jugé déséquilibré.

1948–1967 : création d’Israël, Nakba et guerres arabes-israéliennes

1948 : naissance d’Israël et exode palestinien

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l’État d’Israël. Le lendemain, les armées de plusieurs États arabes interviennent. La guerre de 1948–1949 se conclut par des armistices séparés : Israël contrôle une superficie supérieure à celle prévue par le partage, la Cisjordanie passe sous contrôle jordanien, Gaza sous contrôle égyptien.

Pour les Palestiniens, c’est la Nakba (« catastrophe ») : environ 700 000 d’entre eux fuient ou sont expulsés, devenant réfugiés dans les pays voisins ou territoires restés arabes.

1956 : crise de Suez

En 1956, la nationalisation du canal de Suez par Nasser entraîne une intervention militaire conjointe d’Israël, du Royaume-Uni et de la France contre l’Égypte. Sous pression américaine et soviétique, les forces étrangères se retirent. L’épisode consacre Nasser comme figure du nationalisme arabe, mais ne règle pas le dossier palestinien.

1967 : guerre des Six-Jours et début de l’occupation

En juin 1967, la guerre des Six-Jours voit Israël affronter l’Égypte, la Syrie et la Jordanie. En six jours, Israël s’empare de la Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est), de la bande de Gaza, du plateau du Golan et du Sinaï.

À partir de là, les territoires palestiniens sont sous occupation militaire israélienne, ce qui reste le cœur du contentieux jusqu’à aujourd’hui. La résolution 242 du Conseil de sécurité (1967) appelle à un retrait « des territoires occupés » en échange de la paix, sans préciser l’ampleur ni le calendrier, laissant la porte ouverte à des interprétations divergentes.

1967–1993 : occupation, Intifada et premières négociations de paix

Après 1967, Israël commence à implanter des colonies civiles en Cisjordanie, à Gaza et autour de Jérusalem-Est. Le mouvement national palestinien se recompose autour de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), qui revendique un État indépendant et mène des actions armées, depuis la Jordanie puis le Liban.

En 1973, la guerre du Kippour oppose à nouveau Israël à l’Égypte et à la Syrie ; elle débouche plus tard sur les accords de Camp David (1978) entre Israël et l’Égypte, premier traité de paix israélo-arabe, sans règlement global de la question palestinienne.

1987 : première Intifada

En 1987, une révolte populaire éclate dans les territoires occupés : c’est la première Intifada. Elle se caractérise par des manifestations, des grèves, des affrontements avec l’armée israélienne. Elle met au centre la vie quotidienne sous occupation (checkpoints, arrestations, confiscations de terres) et renforce la visibilité de la cause palestinienne.

Dans ce contexte, l’OLP finit par accepter le principe de deux États (résolution de 1988), ouvrant la voie aux négociations de paix.

1993–2005 : Oslo, Autorité palestinienne et blocage

Accords d’Oslo : l’espoir et ses limites

En 1993–1995, les accords d’Oslo aboutissent à une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP, à la création de l’Autorité palestinienne et à un transfert progressif de compétences civiles dans certaines zones de Cisjordanie et de Gaza. Les questions centrales (Jérusalem, réfugiés, frontières, colonies) sont renvoyées à des « négociations finales » qui n’aboutiront jamais.

Sur le terrain, le maillage des colonies, le réseau de routes réservées, le maintien total du contrôle israélien sur les frontières et l’économie, et la fragmentation des territoires classés en zones A, B et C créent une réalité très éloignée d’un État palestinien souverain.

Deuxième Intifada et mur de séparation

En 2000, l’échec du sommet de Camp David et la visite controversée d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées déclenchent la seconde Intifada, beaucoup plus militarisée : attentats suicide côté palestinien, opérations massives côté israélien, réoccupation de villes de Cisjordanie.

Israël construit un mur/barrière de séparation en grande partie à l’intérieur de la Cisjordanie, redessinant de facto la carte.

Disengagement de Gaza (2005)

En 2005, Israël se retire unilatéralement de la bande de Gaza, démantèle ses colonies mais conserve le contrôle de l’espace aérien, maritime et de la plupart des points de passage. Gaza reste juridiquement considérée par l’ONU comme un territoire occupé en raison de ce contrôle externe.

Depuis 2006 : Hamas, blocus de Gaza et cycles de guerre

En 2006, le Hamas remporte les élections législatives palestiniennes. Les tensions avec le Fatah dégénèrent en affrontements internes ; en 2007, le Hamas prend le contrôle de Gaza, tandis que l’Autorité palestinienne maintient son pouvoir en Cisjordanie.

Israël, avec l’Égypte, impose alors un blocus à Gaza, limitant drastiquement circulations de personnes et de biens. Le territoire devient l’un des espaces les plus densément peuplés du monde, sous pression permanente économique et humanitaire.

Des guerres récurrentes

Depuis, Gaza a connu plusieurs offensives majeures (2008–2009, 2012, 2014, 2021), ponctuées de cessez-le-feu fragiles. Civils israéliens et palestiniens payent un prix élevé, mais la situation politique reste bloquée : pas de réconciliation intra-palestinienne durable, pas de négociations de statut final crédibles.

7 octobre 2023 – 2025 : guerre de Gaza et recomposition diplomatique

Le 7 octobre 2023, une offensive d’ampleur du Hamas et d’autres groupes armés depuis Gaza cause la mort d’environ 1 200 personnes en Israël et l’enlèvement de nombreux otages. Israël répond par une campagne militaire massive sur Gaza, combinant bombardements et opérations terrestres.

Les destructions de logements, d’hôpitaux, d’infrastructures d’eau et d’assainissement sont considérables ; certaines estimations évoquent plus de 90 % des infrastructures hydriques de Gaza détruites ou hors service, dans un contexte déjà très dégradé.

Après plusieurs cessez-le-feu partiels (fin 2023, début 2025) et leur rupture, un accord de cessez-le-feu plus large est annoncé en octobre 2025 dans le cadre d’un « plan de paix en 20 points » soutenu par les États-Unis, prévoyant la démilitarisation de Gaza et la mise en place d’une nouvelle gouvernance civile.

En novembre 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution créant une force internationale de stabilisation (ISF) et une administration transitoire pour Gaza, avec une perspective affichée de chemin vers un État palestinien indépendant. La résolution est adoptée 13–0, Russie et Chine s’abstenant.

Sur le terrain, cependant, la situation reste très incertaine : plusieurs pays hésitent à envoyer des troupes, le Hamas rejette l’idée d’une « tutelle internationale », le gouvernement israélien exprime sa défiance envers tout mécanisme jugé favorable à la création d’un État palestinien, et la population gazaouie fait face à une catastrophe humanitaire durable.

Enjeux juridiques et humanitaires récents

La saisine de la Cour internationale de justice

Fin 2023, l’Afrique du Sud saisit la Cour internationale de justice (CIJ), accusant Israël de violation de la Convention sur le génocide dans la bande de Gaza. La Cour ne tranche pas sur le fond à ce stade mais prononce, le 26 janvier 2024 puis dans des ordonnances ultérieures, plusieurs mesures conservatoires : Israël doit notamment prévenir tout acte pouvant relever du génocide, permettre l’acheminement de l’aide humanitaire et sanctionner les incitations à la haine.

Ces décisions ne mettent pas fin aux hostilités, mais elles renforcent le débat international sur la responsabilité des parties et l’usage du droit international humanitaire dans ce conflit.

Crise humanitaire à Gaza

Les agences de l’ONU et les ONG documentent une crise humanitaire extrême : destruction massive de logements, malnutrition, effondrement des systèmes d’eau et d’assainissement, épidémies dans les camps de déplacés. Des recherches font état de centaines d’attaques contre les infrastructures hydriques palestiniennes entre 2020 et 2025, notamment à Gaza et en Cisjordanie.

Ces éléments alimentent la pression diplomatique pour un cessez-le-feu durable, un accès humanitaire complet et une solution politique à long terme.

Quelles solutions politiques ? Deux États, un État, droits égaux

Depuis plusieurs décennies, la référence dominante est la solution à deux États : un État d’Israël et un État de Palestine souverain, vivant côte à côte, sur la base — en théorie — des lignes de 1967 avec des échanges de territoires négociés. Cette option est soutenue par la plupart des résolutions de l’ONU et par la Ligue arabe.

Mais sur le terrain, plusieurs obstacles s’accumulent :

  • l’extension continue des colonies et de leurs infrastructures en Cisjordanie et autour de Jérusalem-Est ;
  • la fragmentation des territoires palestiniens et l’absence de continuité territoriale ;
  • la division politique entre Gaza (Hamas) et Cisjordanie (Autorité palestinienne) ;
  • la méfiance profonde entre populations après des décennies de violences.

D’autres approches émergent dans le débat intellectuel et militant : – un État binational avec égalité de droits pour tous les habitants ; – deux États dans une logique de confédération ; – ou un modèle purement droits-fondé, qui met l’accent sur l’égalité juridique, la fin de l’occupation et le droit au retour/compensation des réfugiés, plutôt que sur les architectures étatiques classiques.

Pour l’heure, aucun cadre politique n’a fait l’objet d’un accord concret, et l’équilibre des forces sur le terrain pèse lourd sur les perspectives.

Algérie : une diplomatie constante en faveur de la Palestine

Depuis son indépendance en 1962, l’Algérie fait de la cause palestinienne l’un des axes structurants de sa diplomatie. Membre actif du Mouvement des non-alignés, elle soutient très tôt l’OLP et la Palestine, accueille en 1988 la proclamation de l’État de Palestine à Alger et n’entretient pas de relations diplomatiques avec Israël.

Au sein de l’ONU et des forums multilatéraux

À l’Assemblée générale de l’ONU, l’Algérie vote systématiquement en faveur des résolutions reconnaissant les droits des Palestiniens, dont la résolution de 2012 élevant la Palestine au rang d’État observateur non membre.

En 2023, lors de la 78ᵉ session de l’Assemblée générale, le président Abdelmadjid Tebboune appelle à une session spéciale pour voter l’adhésion pleine et entière de la Palestine à l’ONU, estimant que c’est une condition pour sauver la solution à deux États.

Élue membre non permanent du Conseil de sécurité pour 2024–2025, l’Algérie se positionne comme l’une des voix les plus actives pour exiger cessez-le-feu, corridors humanitaires à Gaza, et reconnaissance des droits nationaux palestiniens, souvent en coordination avec l’Afrique du Sud et d’autres pays du Sud global.

Opinion publique et symbolique politique

Dans le débat intérieur algérien, la question palestinienne reste un référent central : – marches de solidarité, – campagnes de dons, – dimension symbolique dans le discours politique (parallèles avec la guerre de libération nationale).

Pour Alger, la défense de la Palestine s’inscrit dans une vision plus large : droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, rejet de l’occupation et des politiques d’apartheid, promotion d’un ordre international fondé sur le droit plutôt que sur le rapport de forces.

Enjeux actuels : Gaza, diplomatie et recomposition régionale

À court terme, les enjeux principaux sont :

  • la mise en œuvre — ou l’échec — du cessez-le-feu annoncé en octobre 2025 et de la force internationale de stabilisation à Gaza ;
  • la reconstruction d’un territoire largement détruit, avec un système d’aide humanitaire déjà saturé ;
  • l’avenir politique : place éventuelle d’une Autorité palestinienne réformée à Gaza, position du Hamas, réactions d’Israël à toute dynamique perçue comme favorisant un État palestinien ;
  • la poursuite ou non des procédures devant la CIJ et d’autres instances internationales ;
  • les recompositions régionales (Arabie saoudite, Iran, Turquie, Égypte, Qatar) autour de la question palestinienne.

Sur le moyen terme, la question reste la même qu’il y a plusieurs décennies : une solution durable est-elle possible sans mettre fin à l’occupation, sans traiter la question des réfugiés, sans garantir des droits égaux pour tous et sans un accord politique accepté, sinon souhaité, par les sociétés concernées ?

FAQ – Palestine / conflit israélo-palestinien

Qu’est-ce que le conflit israélo-palestinien en quelques mots ?
C’est un conflit national et territorial entre Israéliens et Palestiniens, né du chevauchement de deux projets nationaux sur la Palestine historique, aggravé par la colonisation, les guerres, l’occupation de 1967 et l’absence de règlement politique durable.

Pourquoi le conflit dure-t-il depuis si longtemps ?
Parce que les questions centrales (territoires, Jérusalem, réfugiés, sécurité, colonies, reconnaissance mutuelle) n’ont jamais été réglées de manière acceptée par les deux peuples, malgré des accords intérimaires et des initiatives de paix successives.

Que signifie la “solution à deux États” ?
L’idée d’un État d’Israël et d’un État de Palestine souverain dans les frontières de 1967 (avec ajustements), partageant ou co-administrant Jérusalem, et trouvant un arrangement sur le droit au retour/compensation des réfugiés.

Quel est le rôle de l’ONU dans ce conflit ?
L’ONU a proposé le plan de partage de 1947, gère la question des réfugiés via l’UNRWA, adopte des résolutions sur les territoires occupés et, depuis 2024, la CIJ est saisie sur la question du respect de la Convention sur le génocide à Gaza.

Quelle est la position officielle de l’Algérie ?
Soutien à la création d’un État de Palestine indépendant dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale, défense du droit au retour ou à la compensation des réfugiés, refus de normaliser avec Israël tant que la question palestinienne n’est pas réglée de manière juste.

La guerre de Gaza est-elle terminée ?
Un cessez-le-feu et un plan international de stabilisation ont été adoptés par le Conseil de sécurité en novembre 2025, mais la mise en œuvre reste incertaine et des violences persistent, notamment à Gaza et au Liban.

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