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Musique Chaoui

Musique Berbère • Aurès

Musique Chaoui
La Voix des Montagnes de l’Aurès

Des chants polyphoniques de la Rahaba à la voix légendaire d’Aïssa Djermouni, voyage au cœur d’une musique qui porte l’âme fière des bergers et des femmes bardes des montagnes fauves.

🏔️ Aurès • Est algérien
📍 Batna • Khenchela • Tébessa
🎸 Bendir • Gasba • Zorna

🎵 Fiche du Genre Musical
🎼
Genre
Musique Berbère
Zénète • Traditionnelle
📍
Origine
Aurès
Est de l’Algérie
🎸
Instruments
Bendir, Gasba
+ Zorna, Derbouka
👤
Père fondateur
Aïssa Djermouni
1886 — 1946

La musique chaoui est l’expression musicale des Chaouis, deuxième groupe berbérophone d’Algérie après les Kabyles, avec près de 3 millions de locuteurs. Née dans les montagnes de l’Aurès — la « Montagne fauve » de l’Antiquité — entre Batna, Khenchela et Tébessa, cette musique porte en elle l’âme fière des bergers-poètes et des femmes bardes qui chantaient la beauté, l’amour et la résistance.

« La voix d’Aïssa Djermouni portait à six kilomètres. C’était un long cri de douleur, une complainte émouvante, une révolte mêlée d’humilité et de bravoure. »

— Témoignage populaire de l’Aurès

🏔️
Origines et caractéristiques

La musique chaoui (en berbère : tacawit) est une musique traditionnelle originaire du massif des Aurès, dans l’est de l’Algérie. Cette région montagneuse, appelée « Montagne fauve » dans l’Antiquité, s’étend sur les wilayas de Batna, Khenchela, Oum El Bouaghi et Tébessa.

Les Chaouis parlent le chaoui, une langue berbère du groupe zénète, comme le mozabite. À l’origine, les musiciens étaient des bergers des montagnes qui chantaient leur poésie en gardant leurs troupeaux, perpétuant une tradition orale millénaire. Les femmes, appelées azriat, étaient des chanteuses-danseuses qui parcouraient les villages, jouissant d’un statut de femme libre.

🎵 Caractéristiques musicales
  • Système tonal de 3 notes — Sans mode majeur ni mineur
  • Rythmes marqués — Dansants et entraînants
  • Chant polyphonique — Plusieurs voix entrelacées
  • Style Amediaz — Voix forte, déclamatoire
  • Bendir omniprésent — Rythme caractéristique
🎯 Thèmes récurrents
  • L’amour et la beauté féminine
  • La vie des bergers — Montagnes, troupeaux
  • Les héros de la résistanceMostefa Ben Boulaïd
  • Les fêtes et mariages
  • L’identité amazighe
🎶 Autres genres chaouis
  • Izlen — Petites chansonnettes de 4-5 vers répétitifs
  • Rekrouki — Genre « écho » propre à la région de Tébessa
  • Ayache — Berceuses traditionnelles
  • Tinzarine — Chants liés au rite de la pluie (Anzar)

🎭
La Rahaba : spectacle traditionnel

La Rahaba (de irhaben en chaoui, tarhab en arabe : « souhaiter la bienvenue ») est le spectacle musical traditionnel par excellence des Aurès. C’est un groupement d’hommes en tenue traditionnelle qui entonnent des chants polyphoniques ancestraux, accompagnés du bendir et de la gasba.

🎪 Comment se déroule une Rahaba ?

La Rahaba se pratique traditionnellement l’été, après les moissons, dans la fraîcheur de la nuit. Deux rangs se font face — hommes d’un côté, parfois femmes de l’autre dans les groupes mixtes. Les participants portent le burnous traditionnel aux couleurs vives.

Le bendir est joué par les hommes, la gasba accompagne les mélodies, et des coups de fusil ponctuent les moments forts — une tradition de fantasia. Les femmes participent par leurs youyous stridents. Les thèmes évoluent au fil de la soirée : mystiques au début, lyriques et amoureux vers la fin.

🏔️ Variantes régionales
  • Aïth ‘Ujana (Ouest Aurès) — Déplacements vifs, textes raffinés
  • ‘Mamra — Jeu de jambes complexe, frappe au sol
  • Nmamcha — Style propre à Khenchela
👥 Groupes traditionnels célèbres
  • Refâa — Groupe emblématique
  • Yabous — Troupe traditionnelle
  • Ithran Khenchela — Particularité locale
  • Idhourar — Groupe des montagnes


Aïssa Djermouni : le père fondateur

Aïssa Djermouni (1886-1946), de son vrai nom Aissa Ben Rabah Merzougui, est considéré comme le père fondateur de la musique chaoui moderne. Né à M’toussa près de Khenchela dans la tribu des Aïth Kerkath, il grandit dans la misère et travaille comme berger dès l’enfance.

C’est en gardant les troupeaux qu’il apprend à chanter, dans la solitude des montagnes. Son frère Rabah, né après le décès de leur père, fredonnait des chansons chaouis qui inspirèrent le jeune Aïssa. Vers 1910, il rejoint la troupe de son cousin Hadj Mohamed Ben Zine (gasba) et sillonne l’Algérie et le Maghreb.

🎤
Aïssa Djermouni
Aissa Ben Rabah Merzougui
1886 — 1946
Origine :
M’toussa, Khenchela
Chansons :
35+
Olympia :
1936 (1er Algérien)

🎭

L’Olympia de Paris (1936)

Premier Algérien et premier Africain sur cette scène prestigieuse
1er
Algérien à l’Olympia
1er
Africain berbère/arabe
30+
disques enregistrés

En 1936, guidé par l’impresario José Haroun, Aïssa Djermouni monte sur la scène mythique de l’Olympia à Paris. C’est le premier Algérien, le premier Africain chantant en berbère et en arabe à se produire dans cette salle prestigieuse. Ses enregistrements chez Philips et Ouardaphone le font connaître dans tout le Maghreb.

📜 Chronologie d’une légende
  • Vers 1910 — Rejoint la troupe de Hadj Mohamed Ben Zine, Miloud Guerichi
  • 1930 — Premiers enregistrements à Tunis (78 tours Ben Baroud)
  • 1933 — Premier grand succès populaire
  • 1936 — Triomphe à l’Olympia de Paris
  • 16 décembre 1946 — Décès à Constantine (typhus), à 61 ans
💔 La mort d’une légende

Le 16 décembre 1946, Aïssa Djermouni s’éteint à l’hôpital de Constantine, emporté par le typhus. Il avait 61 ans. À l’annonce de sa mort, les commerçants d’Aïn Beïda baissèrent leurs rideaux en signe de deuil.

Son ami et flûtiste Hadj Mohamed Ben Zine brisa sa gasba et jura de ne plus jamais jouer. Un an plus tard, il partit à La Mecque ratifier sa promesse, et ne rejoignit son ami que des années plus tard.

Pour les femmes de l’Aurès, écouter Aïssa Djermouni pouvait résoudre un divorce. Sa voix les subjuguait tellement qu’elles en oubliaient leurs querelles.

— Témoignage d’une jeune musicienne d’Oum El Bouaghi

🌍
Houria Aïchi : l’ambassadrice

Houria Aïchi est bien plus qu’une chanteuse : c’est une artiste-anthropologue qui consacre sa vie à collecter et interpréter les chants traditionnels des femmes des Aurès. Née à Batna, au cœur de l’Aurès, elle grandit bercée par les chants de sa grand-mère et de ses tantes.

Après des études de psychologie à la Sorbonne dans les années 1970, elle retourne régulièrement dans l’Aurès pour collecter les chants menacés de disparition, interrogeant les anciens, fouillant les archives. Sa voix puissante, capable de couvrir plusieurs octaves, fait vibrer ces chants ancestraux sur les scènes du monde entier.

🎤
Houria Aïchi
Ambassadrice internationale
Origine :
Batna, Aurès
Collecte :
40+ ans
Collab. :
Ryuichi Sakamoto
💿 Discographie sélective
  • Chants de l’Aurès (1990, Auvidis) — Album fondateur, 2 morceaux retenus pour le film « Un thé au Sahara » de Bertolucci
  • Hawa — Avec Saïd Nissia à la gasba
  • Khalwa — Chants sacrés soufis, avec Henri Agnel
  • Cavaliers de l’Aurès — Avec le groupe L’Hijâz’Car, arrangements contemporains
  • Renayate — Hommage aux grandes chanteuses algériennes

Je descends d’une espèce de chaîne de femmes chantantes. C’est le rêve d’une petite fille qui se réalise.

— Houria Aïchi

🎸
Instruments traditionnels

La configuration fréquente d’un groupe chaoui comprend la zorna, la gasba, le bendir et les chanteurs. Les percussions nord-africaines (derbouka, qarqabou) complètent l’ensemble. Les groupes contemporains y ajoutent guitares acoustiques et électriques.

🥁

Bendir

Tambour sur cadre

Tambour cylindrique tendu de peau de chèvre (50 cm). Son rythme particulier se retrouve dans quasiment toutes les chansons de l’Aurès. Traditionnellement joué par les hommes.

🎵

Gasba

Flûte oblique en roseau

Flûte sans embouchure métallique, à 9 trous. Instrument des bergers de l’Aurès. Son rauque caractéristique, maîtrise nécessitant des années. Associée au bendir, elle génère une transe mélodique.

🎺

Zorna

Hautbois à anche double

Instrument à vent puissant utilisant la respiration circulaire pour un souffle continu. Son perçant pour les cérémonies et fêtes. Appelée « zokra » en Tunisie.

🪘

Derbouka

Tambour en gobelet

Percussion complémentaire en céramique ou bois, recouverte de peau de mouton. Instrument répandu dans tout le Maghreb.

🔔

Qarqabou

Castagnettes métalliques

Crotales métalliques claquées rythmiquement. Utilisées dans les moments festifs pour ponctuer les mélodies.

🎸

Guitare (moderne)

Acoustique & électrique

Introduite dans les années 1970-80, elle accompagne le chaoui moderne. Des groupes comme Tafert fusionnent rock, jazz et traditions chaouis.

🎤
La scène contemporaine

Depuis les années 1970, la musique chaoui connaît un renouveau créatif. Une nouvelle génération d’artistes mêle traditions ancestrales et sonorités modernes — rock, blues, folk, raï — en chaoui ou en arabe dialectal.

👑 Pionniers historiques
  • Ali Khencheli — Successeur de Djermouni, années 1940-60
  • Beggar Hadda (1920-2000) — Pionnière, première femme à chanter en public mixte
  • Thelja — Années 70, « Ya Saleh », arrangements modernes
  • Zoulikha — Poésie populaire, années 70

Dihya

La diva du chaoui

Voix puissante, répertoire entièrement en chaoui. Honorée par l’Académie des Arts-Sciences-Lettres en 2025. Épaulée par le compositeur Messaoud Nedjahi.

Massinissa

Chanteur de Merouana

Natif de Merouana (wilaya de Batna), figure du chaoui moderne avec des sonorités contemporaines.

Katchou

Figure du chaoui moderne

Artiste populaire qui mêle tradition et modernité, apprécié de la diaspora.

Groupe Tafert

Fusion rock-jazz-gnaoua

Mené par Ishem Boumaraf, mélange rock, jazz, musique celtique et gnaoua en langue chaoui.

Les Berbères (Djo)

Rock chaoui

Groupe d’Oum El Bouaghi mené par Djamel Sabri. Mêle le cri des montagnes au rythme rock.

Madioko (Rafika Hakkar)

Funk chaoui / Electro-bendir

Rencontre envoûtante entre la culture de l’Aurès, le bendir et l’électro-funk.

🎪 Festivals et institutions
  • Festival Aïssa Djermouni — Annuel à Oum El Bouaghi, galas, expositions, concours de poésie
  • Festival international de Timgad — Site antique de Batna
  • Institut régional de formation musicale de Batna — Conservatoire régional
  • Radio Aurès & Tamazight TV — Diffusion des artistes chaouis


Questions fréquentes

Qu’est-ce que la musique chaoui ?

La musique chaoui est une musique traditionnelle berbère des Aurès (est algérien). Elle se caractérise par un système tonal de 3 notes, des rythmes dansants au bendir, et des chants polyphoniques. Les thèmes évoquent l’amour, la vie des bergers et l’identité amazighe.

Qu’est-ce que la Rahaba ?

La Rahaba est un spectacle traditionnel où des hommes en burnous entonnent des chants polyphoniques accompagnés du bendir et de la gasba. Les femmes participent par leurs youyous, et des coups de fusil ponctuent la fête. Elle a lieu l’été, après les moissons.

Qui est Aïssa Djermouni ?

Aïssa Djermouni (1886-1946) est le père fondateur de la musique chaoui. Berger devenu chanteur légendaire, il fut le premier Algérien à l’Olympia de Paris en 1936. Sa voix mythique « portait à 6 kilomètres ».

Qui est Houria Aïchi ?

Houria Aïchi est une chanteuse et ethnomusicologue née à Batna. Ambassadrice internationale du chaoui, elle collecte depuis 40 ans les chants traditionnels. Elle a collaboré avec Ryuichi Sakamoto pour le film « Un thé au Sahara ».

Quels sont les instruments du chaoui ?

Les instruments traditionnels : bendir (tambour), gasba (flûte en roseau), zorna (hautbois), derbouka et qarqabou. Les artistes modernes y ajoutent guitare et synthétiseur.

Quels sont les thèmes des chansons chaoui ?

L’amour et la beauté féminine (avec une franchise caractéristique), la vie des bergers, les héros de la résistance (Mostefa Ben Boulaïd), les fêtes et mariages, l’identité amazighe.

🏔️ Artistes Chaouis

Houria Aïchi
Aïssa Djermouni
Dihya
Massinissa
Katchou
Hacen Dadi
Beggar Hadda
Groupe Tafert

📖 Articles liés


Batna

Capitale des Aurès

 



Khenchela

Terre d’Aïssa Djermouni

 



Oum El Bouaghi

Festival Aïssa Djermouni

 



Tébessa

Style Rekrouki

 

📚 Sources et références

  • Wikipédia — « Chaoui (musique) », « Musique dans les Aurès », « Rahaba », « Aïssa Djermouni »
  • Encyclopédie berbère (OpenEdition) — « Jermouni Aïssa (1886-1945) »
  • Pan African Music — Interview Houria Aïchi
  • Rythmes Croisés — « Flûtes-gasba du Nord-Est algérien »
  • Musée des Confluences — « Houria Aïchi, la voix des montagnes berbères »
  • Le Matin d’Algérie — « Dihya honorée par l’Académie des Arts-Sciences-Lettres » (2025)
  • Babzman — « 16 décembre 1946 : décès d’Aïssa Djermouni »
  • Aures360 — Portrait d’Aïssa Djermouni
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