Musique Chaoui
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Musique Berbère • Aurès
Musique Chaoui
La Voix des Montagnes de l’Aurès
Des chants polyphoniques de la Rahaba à la voix légendaire d’Aïssa Djermouni, voyage au cœur d’une musique qui porte l’âme fière des bergers et des femmes bardes des montagnes fauves.
📍 Batna • Khenchela • Tébessa
🎸 Bendir • Gasba • Zorna
La musique chaoui est l’expression musicale des Chaouis, deuxième groupe berbérophone d’Algérie après les Kabyles, avec près de 3 millions de locuteurs. Née dans les montagnes de l’Aurès — la « Montagne fauve » de l’Antiquité — entre Batna, Khenchela et Tébessa, cette musique porte en elle l’âme fière des bergers-poètes et des femmes bardes qui chantaient la beauté, l’amour et la résistance.
« La voix d’Aïssa Djermouni portait à six kilomètres. C’était un long cri de douleur, une complainte émouvante, une révolte mêlée d’humilité et de bravoure. »
— Témoignage populaire de l’Aurès
🏔️
Origines et caractéristiques
La musique chaoui (en berbère : tacawit) est une musique traditionnelle originaire du massif des Aurès, dans l’est de l’Algérie. Cette région montagneuse, appelée « Montagne fauve » dans l’Antiquité, s’étend sur les wilayas de Batna, Khenchela, Oum El Bouaghi et Tébessa.
Les Chaouis parlent le chaoui, une langue berbère du groupe zénète, comme le mozabite. À l’origine, les musiciens étaient des bergers des montagnes qui chantaient leur poésie en gardant leurs troupeaux, perpétuant une tradition orale millénaire. Les femmes, appelées azriat, étaient des chanteuses-danseuses qui parcouraient les villages, jouissant d’un statut de femme libre.
- Système tonal de 3 notes — Sans mode majeur ni mineur
- Rythmes marqués — Dansants et entraînants
- Chant polyphonique — Plusieurs voix entrelacées
- Style Amediaz — Voix forte, déclamatoire
- Bendir omniprésent — Rythme caractéristique
- L’amour et la beauté féminine
- La vie des bergers — Montagnes, troupeaux
- Les héros de la résistance — Mostefa Ben Boulaïd
- Les fêtes et mariages
- L’identité amazighe
- Izlen — Petites chansonnettes de 4-5 vers répétitifs
- Rekrouki — Genre « écho » propre à la région de Tébessa
- Ayache — Berceuses traditionnelles
- Tinzarine — Chants liés au rite de la pluie (Anzar)
🎭
La Rahaba : spectacle traditionnel
La Rahaba (de irhaben en chaoui, tarhab en arabe : « souhaiter la bienvenue ») est le spectacle musical traditionnel par excellence des Aurès. C’est un groupement d’hommes en tenue traditionnelle qui entonnent des chants polyphoniques ancestraux, accompagnés du bendir et de la gasba.
La Rahaba se pratique traditionnellement l’été, après les moissons, dans la fraîcheur de la nuit. Deux rangs se font face — hommes d’un côté, parfois femmes de l’autre dans les groupes mixtes. Les participants portent le burnous traditionnel aux couleurs vives.
Le bendir est joué par les hommes, la gasba accompagne les mélodies, et des coups de fusil ponctuent les moments forts — une tradition de fantasia. Les femmes participent par leurs youyous stridents. Les thèmes évoluent au fil de la soirée : mystiques au début, lyriques et amoureux vers la fin.
- Aïth ‘Ujana (Ouest Aurès) — Déplacements vifs, textes raffinés
- ‘Mamra — Jeu de jambes complexe, frappe au sol
- Nmamcha — Style propre à Khenchela
- Refâa — Groupe emblématique
- Yabous — Troupe traditionnelle
- Ithran Khenchela — Particularité locale
- Idhourar — Groupe des montagnes
⭐
Aïssa Djermouni : le père fondateur
Aïssa Djermouni (1886-1946), de son vrai nom Aissa Ben Rabah Merzougui, est considéré comme le père fondateur de la musique chaoui moderne. Né à M’toussa près de Khenchela dans la tribu des Aïth Kerkath, il grandit dans la misère et travaille comme berger dès l’enfance.
C’est en gardant les troupeaux qu’il apprend à chanter, dans la solitude des montagnes. Son frère Rabah, né après le décès de leur père, fredonnait des chansons chaouis qui inspirèrent le jeune Aïssa. Vers 1910, il rejoint la troupe de son cousin Hadj Mohamed Ben Zine (gasba) et sillonne l’Algérie et le Maghreb.
M’toussa, Khenchela
35+
1936 (1er Algérien)
L’Olympia de Paris (1936)
En 1936, guidé par l’impresario José Haroun, Aïssa Djermouni monte sur la scène mythique de l’Olympia à Paris. C’est le premier Algérien, le premier Africain chantant en berbère et en arabe à se produire dans cette salle prestigieuse. Ses enregistrements chez Philips et Ouardaphone le font connaître dans tout le Maghreb.
- Vers 1910 — Rejoint la troupe de Hadj Mohamed Ben Zine, Miloud Guerichi
- 1930 — Premiers enregistrements à Tunis (78 tours Ben Baroud)
- 1933 — Premier grand succès populaire
- 1936 — Triomphe à l’Olympia de Paris
- 16 décembre 1946 — Décès à Constantine (typhus), à 61 ans
Le 16 décembre 1946, Aïssa Djermouni s’éteint à l’hôpital de Constantine, emporté par le typhus. Il avait 61 ans. À l’annonce de sa mort, les commerçants d’Aïn Beïda baissèrent leurs rideaux en signe de deuil.
Son ami et flûtiste Hadj Mohamed Ben Zine brisa sa gasba et jura de ne plus jamais jouer. Un an plus tard, il partit à La Mecque ratifier sa promesse, et ne rejoignit son ami que des années plus tard.
Pour les femmes de l’Aurès, écouter Aïssa Djermouni pouvait résoudre un divorce. Sa voix les subjuguait tellement qu’elles en oubliaient leurs querelles.
— Témoignage d’une jeune musicienne d’Oum El Bouaghi
🌍
Houria Aïchi : l’ambassadrice
Houria Aïchi est bien plus qu’une chanteuse : c’est une artiste-anthropologue qui consacre sa vie à collecter et interpréter les chants traditionnels des femmes des Aurès. Née à Batna, au cœur de l’Aurès, elle grandit bercée par les chants de sa grand-mère et de ses tantes.
Après des études de psychologie à la Sorbonne dans les années 1970, elle retourne régulièrement dans l’Aurès pour collecter les chants menacés de disparition, interrogeant les anciens, fouillant les archives. Sa voix puissante, capable de couvrir plusieurs octaves, fait vibrer ces chants ancestraux sur les scènes du monde entier.
Batna, Aurès
40+ ans
Ryuichi Sakamoto
- Chants de l’Aurès (1990, Auvidis) — Album fondateur, 2 morceaux retenus pour le film « Un thé au Sahara » de Bertolucci
- Hawa — Avec Saïd Nissia à la gasba
- Khalwa — Chants sacrés soufis, avec Henri Agnel
- Cavaliers de l’Aurès — Avec le groupe L’Hijâz’Car, arrangements contemporains
- Renayate — Hommage aux grandes chanteuses algériennes
Je descends d’une espèce de chaîne de femmes chantantes. C’est le rêve d’une petite fille qui se réalise.
— Houria Aïchi
🎸
Instruments traditionnels
La configuration fréquente d’un groupe chaoui comprend la zorna, la gasba, le bendir et les chanteurs. Les percussions nord-africaines (derbouka, qarqabou) complètent l’ensemble. Les groupes contemporains y ajoutent guitares acoustiques et électriques.
Bendir
Tambour cylindrique tendu de peau de chèvre (50 cm). Son rythme particulier se retrouve dans quasiment toutes les chansons de l’Aurès. Traditionnellement joué par les hommes.
Gasba
Flûte sans embouchure métallique, à 9 trous. Instrument des bergers de l’Aurès. Son rauque caractéristique, maîtrise nécessitant des années. Associée au bendir, elle génère une transe mélodique.
Zorna
Instrument à vent puissant utilisant la respiration circulaire pour un souffle continu. Son perçant pour les cérémonies et fêtes. Appelée « zokra » en Tunisie.
Derbouka
Percussion complémentaire en céramique ou bois, recouverte de peau de mouton. Instrument répandu dans tout le Maghreb.
Qarqabou
Crotales métalliques claquées rythmiquement. Utilisées dans les moments festifs pour ponctuer les mélodies.
Guitare (moderne)
Introduite dans les années 1970-80, elle accompagne le chaoui moderne. Des groupes comme Tafert fusionnent rock, jazz et traditions chaouis.
🎤
La scène contemporaine
Depuis les années 1970, la musique chaoui connaît un renouveau créatif. Une nouvelle génération d’artistes mêle traditions ancestrales et sonorités modernes — rock, blues, folk, raï — en chaoui ou en arabe dialectal.
- Ali Khencheli — Successeur de Djermouni, années 1940-60
- Beggar Hadda (1920-2000) — Pionnière, première femme à chanter en public mixte
- Thelja — Années 70, « Ya Saleh », arrangements modernes
- Zoulikha — Poésie populaire, années 70
Dihya
Voix puissante, répertoire entièrement en chaoui. Honorée par l’Académie des Arts-Sciences-Lettres en 2025. Épaulée par le compositeur Messaoud Nedjahi.
Massinissa
Natif de Merouana (wilaya de Batna), figure du chaoui moderne avec des sonorités contemporaines.
Katchou
Artiste populaire qui mêle tradition et modernité, apprécié de la diaspora.
Groupe Tafert
Mené par Ishem Boumaraf, mélange rock, jazz, musique celtique et gnaoua en langue chaoui.
Les Berbères (Djo)
Groupe d’Oum El Bouaghi mené par Djamel Sabri. Mêle le cri des montagnes au rythme rock.
Madioko (Rafika Hakkar)
Rencontre envoûtante entre la culture de l’Aurès, le bendir et l’électro-funk.
- Festival Aïssa Djermouni — Annuel à Oum El Bouaghi, galas, expositions, concours de poésie
- Festival international de Timgad — Site antique de Batna
- Institut régional de formation musicale de Batna — Conservatoire régional
- Radio Aurès & Tamazight TV — Diffusion des artistes chaouis
❓
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la musique chaoui ?
La musique chaoui est une musique traditionnelle berbère des Aurès (est algérien). Elle se caractérise par un système tonal de 3 notes, des rythmes dansants au bendir, et des chants polyphoniques. Les thèmes évoquent l’amour, la vie des bergers et l’identité amazighe.
Qu’est-ce que la Rahaba ?
La Rahaba est un spectacle traditionnel où des hommes en burnous entonnent des chants polyphoniques accompagnés du bendir et de la gasba. Les femmes participent par leurs youyous, et des coups de fusil ponctuent la fête. Elle a lieu l’été, après les moissons.
Qui est Aïssa Djermouni ?
Aïssa Djermouni (1886-1946) est le père fondateur de la musique chaoui. Berger devenu chanteur légendaire, il fut le premier Algérien à l’Olympia de Paris en 1936. Sa voix mythique « portait à 6 kilomètres ».
Qui est Houria Aïchi ?
Houria Aïchi est une chanteuse et ethnomusicologue née à Batna. Ambassadrice internationale du chaoui, elle collecte depuis 40 ans les chants traditionnels. Elle a collaboré avec Ryuichi Sakamoto pour le film « Un thé au Sahara ».
Quels sont les instruments du chaoui ?
Les instruments traditionnels : bendir (tambour), gasba (flûte en roseau), zorna (hautbois), derbouka et qarqabou. Les artistes modernes y ajoutent guitare et synthétiseur.
Quels sont les thèmes des chansons chaoui ?
L’amour et la beauté féminine (avec une franchise caractéristique), la vie des bergers, les héros de la résistance (Mostefa Ben Boulaïd), les fêtes et mariages, l’identité amazighe.
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