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Mouloud Hamrouche

🇩🇿 Politique • Réformes

Mouloud Hamrouche : L’Homme des Réformes

Du moudjahid à 15 ans au chef du gouvernement réformateur — parcours de l’artisan du « Printemps algérien » et de l’ouverture démocratique après Octobre 1988.

📅 Né le 3 janvier 1943
📍 Constantine
⭐ Chef du gouvernement 1989-1991

📋 Fiche d’identité
Mouloud Hamrouche
مولود حمروش
Naissance
3 janvier 1943
Constantine
Grade militaire
Lieutenant-colonel
ANP
Fonction
Chef du gouvernement
Sept. 1989 – Juin 1991
Formation
Doctorat en droit
Sciences politiques

Mouloud Hamrouche (né en 1943) est l’homme qui a « ouvert le plus d’espaces de libertés dans l’Algérie indépendante ». Chef du gouvernement de septembre 1989 à juin 1991, il est l’artisan des réformes démocratiques qui ont suivi les événements d’Octobre 1988. « Fils du système » comme il le dit lui-même, il a mené les seules vraies tentatives de le changer de l’intérieur — du multipartisme à la presse libre, de l’autonomie des entreprises à l’indépendance de la Banque d’Algérie.

Je suis un fils du système, qui peut à la fois assumer son passé, et se prévaloir d’avoir mené les seules vraies tentatives de le changer.

Mouloud Hamrouche

⭐ Jeunesse et guerre d’indépendance (1943-1962)

Rien ne prédestinait cet enfant timide, natif de Constantine le 3 janvier 1943, à symboliser la liberté dans l’Algérie de la tourmente. Mais l’enfant grandit vite, trop vite.

🔥 Une famille dans la révolution

Toute la famille Hamrouche est engagée dans la guerre de libération. L’aîné Mahmoud est à la Wilaya II (Nord Constantinois). Saïd passe près de six années au maquis aux côtés de Zighoud Youcef, Ali Kafi et Salah Boubnider. Sa sœur Malika rejoint l’ALN avec son mari Rahmani Cherif, qui tombe au champ d’honneur ; elle-même est blessée, emprisonnée alors qu’elle est enceinte, et accouche en prison.

Le père de Mouloud, Bachir Hamrouche, est tué par l’armée française sous ses yeux, alors qu’il n’a que quatorze ans. Ce traumatisme fondateur scelle son engagement.

Le moudjahid à 15 ans

Malgré son jeune âge, Mouloud Hamrouche est rapidement intégré dans les réseaux FLN. Il accomplit de multiples missions de liaison et de contact, dévolues aux jeunes de son âge, avant d’effectuer le « grand saut » à quinze ans : il mène son premier attentat en faisant exploser une grenade, rue de France, à Constantine.

📅 Parcours révolutionnaire
  • Rejoint le maquis de la Wilaya II, dirigé par Messaoud Boudjeriou
  • En raison de son jeune âge, évacué vers la Tunisie (périlleux voyage : sur plusieurs dizaines, seuls 13 arrivent après 3 mois d’errance)
  • Intégré aux services de l’éducation de l’ALN — donne des cours aux maquisards en formation
  • Envoyé en Irak pour une formation militaire
  • Obtient le grade de sous-lieutenant à l’indépendance (1962)

📈 Ascension dans l’appareil d’État

De retour en Algérie indépendante, Mouloud Hamrouche est officier instructeur. Il est notamment muté à Boghar, au sud de Médéa, dans un centre d’instruction au climat rugueux.

C’est de là que le président Houari Boumédiène, qui l’avait rencontré aux frontières pendant la guerre, le fait muter à la présidence de la République, au service du protocole.

🎓 Formation et ascension

  • Reprend ses études tout en travaillant
  • Décroche un doctorat en droit et sciences politiques
  • Thèse sur le « phénomène militaire en Afrique »
  • Obtient une bourse pour une formation de deux ans en Angleterre
  • Quitte l’armée avec le grade de lieutenant-colonel

Du protocole au secrétariat général

Devenu directeur général du protocole sous Boumédiène, il conserve le même poste avec le président Chadli Bendjedid (1979), avant de gravir les échelons : secrétaire général du gouvernement, puis secrétaire général de la présidence de la République.

C’est à partir de ce poste stratégique qu’il commence à élaborer ce qui sera connu plus tard sous le nom de « Réformes ». L’équipe des réformateurs est née, autour de Mouloud Hamrouche et de Ghazi Hidouci, conseiller économique du président.

🔥 Octobre 1988 et la genèse des réformes

Dès 1986, face à la crise économique (chute des prix du pétrole, dette extérieure passant de 17 à 26 milliards de dollars), Mouloud Hamrouche et Ghazi Hidouci engagent un travail collectif avec plusieurs centaines de cadres de l’administration et des entreprises publiques pour élaborer un programme de transition pacifique.

📜 La loi du 12 janvier 1988

La loi N°88-01 portant sur les entreprises publiques économiques porte l’empreinte Hamrouche. Elle donne plus de liberté aux entreprises publiques en leur enlevant la tutelle ministérielle et en les dotant de conseils d’administration autonomes. Mais la démarche bute sur le blocage politique : « Il est impossible d’avancer avec un système de parti unique. »

Les événements d’Octobre 1988

Les 5-10 octobre 1988, l’Algérie s’embrase. Du centre-ville d’Alger, la protestation s’élargit à d’autres quartiers puis à d’autres villes. Les manifestants s’en prennent à tout ce qui symbolise l’État. L’armée tire sur la foule.

Hamrouche et son équipe sont écartés durant la crise. « Les réformes étaient prêtes, on ne pouvait plus faire grand-chose techniquement, on attendait une décision politique qui ne venait pas. »

💡 Le discours du 10 octobre 1988

C’est dans ces circonstances troublées que le groupe des réformateurs propose à Hamrouche de recommander au président un arbitrage allant au-delà des caciques du régime. Le discours présidentiel du 10 octobre 1988, qui annonce une voie démocratique par une nouvelle Constitution, prend de court l’armée et les services secrets. Le contournement du centre de décision est totalement inédit.

🏛️ Le gouvernement des réformes (1989-1991)

Une nouvelle Constitution ouvre la voie au multipartisme en février 1989. C’est dans ce contexte que Mouloud Hamrouche est nommé à la tête du gouvernement le 9 septembre 1989, pour succéder à Kasdi Merbah. Il a quarante-cinq ans.

« Pour la première fois nous n’allons pas commencer les informations par les réunions des ministres, les visites de chantier et les réceptions. »

Le présentateur du JT de l’époque

Les grandes réformes

🗞️ Liberté de la presse

Naissance de la presse privée, ouverture du champ médiatique. Des journaux indépendants concurrencent la presse étatique.

📺 Suppression du ministère de l’Information

Remplacé par un Conseil supérieur de l’audiovisuel. La télévision donne la parole aux opposants.

🏭 Autonomie des entreprises

Ouverture à l’investissement privé, autonomisation des entreprises publiques.

🏦 Loi sur la monnaie et le crédit

Pièce centrale : indépendance de la Banque d’Algérie, pouvoirs accrus.

🌾 Réforme agricole

Orientation vers la privatisation, restitution des terres nationalisées (loi 90-25).

❌ Suppression du ministère des Moudjahidines

Considéré comme faisant doublon avec l’organisation des Moudjahidines.

Le « Printemps de Hamrouche »

C’est une période d’euphorie démocratique sans précédent dans l’histoire de l’Algérie indépendante. L’unique chaîne de télévision publique offre aux opposants et aux partis politiques le droit à la parole. Des débats politiques, des critiques peuvent émerger.

Hamrouche tente aussi de rénover le FLN pour en faire un parti politique moderne. Pour les législatives, le FLN adopte une règle simple : les candidats doivent être élus par leur base. La plupart des « barons » du FLN, sans lien avec la société, n’arrivent même pas à être candidats. Le système est ébranlé.

⚠️ Le premier coup de semonce

Le premier avertissement vient de la victoire du FIS aux élections communales de juin 1990. Le système réagit fermement et pousse à la création d’alliances contre-nature entre différents courants ayant pour seul objectif la fin des réformes.

💔 La démission et la fin du Printemps (juin 1991)

En mai-juin 1991, le FIS lance une grève générale pour contester le découpage électoral des législatives. Les militants islamistes occupent les places publiques. Après les premières échauffourées violentes, le président Chadli Bendjedid et le ministre de la Défense Khaled Nezzar déploient l’armée autour d’Alger.

🛑 La nuit du 4 au 5 juin 1991

On veut forcer Hamrouche à changer de démarche. Il refuse et démissionne. Dans la nuit du 4 au 5 juin 1991, un escadron de blindés commandé par un général tire des coups de semonce sur le palais où siège encore le gouvernement démissionnaire. L’état de siège est instauré. Le gouvernement Hamrouche prend fin le 18 juin 1991 après à peine dix-huit mois.

« Je n’étais pas favorable à l’évacuation des places publiques par la force », dira-t-il plus tard. « Si la grève du FIS avait échoué, l’évacuation des places avait échoué aussi. »

Le basculement vers la tragédie

Un nouveau gouvernement organise des élections législatives en décembre 1991. Hamrouche fait campagne pour le FLN, dirigé par Abdelhamid Mehri, mais « les dés sont truqués ». Tout est fait pour assurer la participation du FIS et rien pour éviter sa victoire.

Le 26 décembre 1991, c’est le raz-de-marée du FIS au premier tour. Le pouvoir décide d’interrompre le processus électoral, de pousser Chadli vers la sortie, et d’instituer un Haut Comité d’État présidé par Mohamed Boudiaf, qui sera assassiné moins de six mois plus tard. Le terrorisme s’installe.

Hamrouche, qui connaît bien le système, refuse l’arrêt des élections, prône le dialogue et un retour à la volonté du peuple. En vain.

🕊️ Après 1991 : l’homme en retrait

Hamrouche prône une refondation du FLN, mais le parti est repris en main par le système, qui réussit finalement à faire éjecter Abdelhamid Mehri. Le dialogue qu’il préconise avec le FIS et les citoyens fait qu’il est mis au ban pendant plus de quinze ans.

🗳️ Les rendez-vous électoraux manqués
  • 1995 : Refuse de se présenter, « sachant que les jeux sont truqués »
  • 1999 : Se porte candidat sous le slogan du « changement » après des garanties de l’armée, mène une grande campagne, mais se retire avec six autres candidats à la veille du scrutin pour dénoncer la fraude
  • 2009 : Décline toute participation
  • 2014 : Rejette une proposition d’être colistier de Bouteflika et de lui succéder au bout de deux ans ; non-candidat
  • 2019 : Dans le contexte du Hirak, exclut de participer

Le 13 janvier 2020, il est reçu par le président Abdelmadjid Tebboune dans le cadre des consultations sur le projet de réforme de la Constitution.

Le régime, établi au lendemain de l’indépendance, a atteint ses limites en octobre 1988. La population, à l’époque, avait mis fin au processus né après l’indépendance. Entre 1988 et 1991, des hommes au sein du pouvoir et en dehors tentaient d’apporter des réponses aux problèmes du pays.

Mouloud Hamrouche

Interview Algeria-Watch

Mouloud Hamrouche reste une figure respectée pour son intégrité, sa vision moderne et sa détermination à construire un État en phase avec les aspirations des citoyens. Ses réformes — presse libre, multipartisme, autonomie économique — constituent des acquis indiscutables de l’ouverture démocratique algérienne, même si d’autres aspects restent débattus.

❓ Questions fréquentes sur Mouloud Hamrouche

Qui est Mouloud Hamrouche ?

Mouloud Hamrouche, né le 3 janvier 1943 à Constantine, est un homme d’État algérien. Chef du gouvernement de septembre 1989 à juin 1991, il est l’artisan des réformes démocratiques après Octobre 1988. Moudjahid dès 15 ans, il a vu son père tué par l’armée française et a mené son premier attentat à Constantine avant de rejoindre le maquis.

Quelles sont les réformes du gouvernement Hamrouche ?

Le gouvernement Hamrouche (1989-1991) a mis en œuvre : l’ouverture au multipartisme, la création de la presse privée, la suppression du ministère de l’Information, l’autonomie des entreprises publiques, la loi sur la monnaie et le crédit donnant l’indépendance à la Banque d’Algérie, l’ouverture à l’investissement privé, et la réforme agricole.

Pourquoi Mouloud Hamrouche a-t-il démissionné en 1991 ?

En juin 1991, face à la grève du FIS, le président Chadli Bendjedid et le ministre de la Défense Khaled Nezzar déploient l’armée et veulent forcer Hamrouche à changer de démarche. Refusant la répression, il démissionne. L’état de siège est proclamé le 4 juin 1991.

Mouloud Hamrouche a-t-il été candidat à la présidentielle ?

Il a refusé de se présenter en 1995 (élections truquées). En 1999, après des garanties, il se porte candidat sous le slogan du changement mais se retire avec six autres candidats pour dénoncer la fraude. Il a décliné les candidatures de 2009, 2014 (refusant d’être colistier de Bouteflika) et 2019 (Hirak).

Qu’est-ce que le « Printemps de Hamrouche » ?

Le « Printemps de Hamrouche » désigne la période d’euphorie démocratique sans précédent de septembre 1989 à juin 1991. Pour la première fois, la télévision donna la parole aux opposants, des débats politiques émergèrent, et une presse libre vit le jour. C’est la plus grande ouverture démocratique de l’Algérie indépendante.

Quel rôle Mouloud Hamrouche a-t-il joué pendant la guerre d’indépendance ?

Issu d’une famille entièrement engagée, Mouloud Hamrouche a vu son père Bachir tué sous ses yeux à 14 ans. À 15 ans, il mène son premier attentat à Constantine. Il rejoint le maquis de la Wilaya II, est évacué vers la Tunisie, puis envoyé en Irak pour une formation militaire. Il obtient le grade de sous-lieutenant à l’indépendance.

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Constantine

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📚 Sources

  • Wikipédia — « Mouloud Hamrouche », « Gouvernement Hamrouche »
  • Algeria-Watch — « Mouloud Hamrouche, l’homme du système qui a voulu changer le système », « Interview avec Mouloud Hamrouche »
  • Jeune Afrique — « Algérie : Mouloud Hamrouche veut faire tomber le système d’une manière pacifique » (2014)
  • TSA — « Mouloud Hamrouche, symbole de l’inquiétante résignation de l’opposition » (2019)
  • Le Matin DZ — « Mouloud Hamrouche : un parcours politique remarquable »
  • Intercoll — « Le mouvement des réformes (1986-1991), précurseur du Hirak »
  • Vitaminedz — « Biographie de Mouloud Hamrouche »
  • Middle East Eye — « Algérie : 30 ans après, les leçons (non apprises) du 5 octobre 1988 » (2018)
  • Myriam Aït-Aoudia — « L’expérience démocratique en Algérie, 1988-1992 », Presses de Sciences Po, 2015
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