Mohand Ouelhadj
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Mohand Oulhadj (Amghar) : Le Sage de la Wilaya III
Biographie complète du successeur d’Amirouche, héros de l’Opération Jumelles, qui hissa le premier drapeau algérien à Sidi Fredj le 5 juillet 1962.
📍 Bouzeguène (Kabylie)
⭐ Colonel • Chef Wilaya III
Mohand Oulhadj, surnommé Amghar (le Sage) par ses compagnons et « le Vieux Renard » par ses ennemis français, est l’une des figures les plus respectées de la révolution algérienne. Né en 1911 à Bouzeguène en Kabylie, il rejoint le maquis en 1955 avec ses trois fils et fait don de tous ses biens à la révolution. Successeur du colonel Amirouche à la tête de la Wilaya III, il déjoue l’Opération Jumelles du général Challe et commande la wilaya jusqu’à l’indépendance. C’est lui qui hissa le drapeau algérien à Sidi Fredj le 5 juillet 1962, marquant symboliquement la fin de 132 ans de colonisation.
Amghar est connu et respecté pour son combat, sa sagesse, son courage, sa loyauté et son amour pour la patrie.
Aït Ahmed Ouali
Moudjahid, compagnon d’armes
🌱 Jeunesse et formation
Akli Mokrane, connu plus tard sous le nom de Mohand Oulhadj, naît le 7 mars 1911 au village de Wizguène (qui donnera son nom à la commune de Bouzeguène), dans le douar d’Akfadou, au cœur de la Grande Kabylie. Fils de Mohand Saïd, artisan forgeron, et de Abbas Fadma, il grandit dans une famille modeste mais respectée.
Il suit ses études primaires à l’école d’Aït Ikhlef, où il se distingue rapidement par son intelligence et sa volonté d’apprendre. En 1926, il obtient son certificat d’études à Michelet (aujourd’hui Aïn El Hammam), mettant fin à sa scolarité pour aider son père dans la forge familiale.
- Années 1930 : Émigration en France, travail en usine
- Sétif : Vie militante aux côtés de Ferhat Abbas
- 1943 : Contremaître à l’usine Sochina (Gué de Constantine, Alger)
- 1947 : Retour à Bouzeguène pour défendre ses cousins condamnés pour les événements du 8 mai 1945
- 1948 : Installation à Ighil Bouammas, commerce de matériaux de construction
Connu pour sa conduite exemplaire et son intelligence, Mohand Oulhadj est élu président de la Djamaa (assemblée des notables) d’Akfadou. Cette position lui confère une autorité morale qui sera précieuse pour la suite.
🔥 L’engagement total dans la Révolution (1955)
Dès le début de l’année 1955, quelques mois après le déclenchement de la guerre de libération, Mohand Oulhadj prend une décision radicale : il abandonne tout — famille, commerces, biens — pour s’engager corps et âme dans la lutte armée.
L’engagement de Mohand Oulhadj est exemplaire :
- Il fait don de tous ses biens à la révolution
- Il verse 7 millions de francs de l’époque à l’ALN
- Ses trois fils l’accompagnent au maquis : Mohund Saïd, Maklouf et Ahmed (16 ans)
- En représailles, l’armée française emprisonne sa famille et brûle ses maisons (mars 1956)
Cet acte d’engagement héroïque et symbolique fait de Mohand Oulhadj un personnage mythique. Malgré les représailles, il ne fléchit pas. Au contraire, sa détermination s’affermit.
Rapidement, ses qualités et ses compétences lui permettent de gravir les échelons au sein de l’ALN de la Zone III (future Wilaya III), aux côtés de Krim Belkacem.
⭐ Adjoint d’Amirouche (1957-1959)
Dès 1957, Mohand Oulhadj est élevé au grade de commandant et devient l’adjoint politique du colonel Amirouche Aït Hamouda, le légendaire chef de la Wilaya III. Il suscite l’estime et le respect de tous, à tous les niveaux de la hiérarchie, par son comportement et sa personnalité.
C’est à cette époque qu’il gagne ses surnoms : ses compagnons l’appellent « Amghar » (le Sage en kabyle), non pas pour son âge mais pour sa sagesse légendaire. Les Français, eux, le surnomment « le Vieux Renard » pour son intelligence et sa ruse tactique.
🎖️ Intérims au commandement
À chaque déplacement d’Amirouche hors de la wilaya, c’est Mohand Oulhadj qui prend l’intérim du commandement :
Amirouche en mission en Wilaya II
Amirouche en mission vers Tunis
L’attentat à la radio piégée (1958)
L’armée française, consciente de ses capacités d’action et de mobilisation, tente de l’éliminer. À la fin 1958, alors qu’il assure l’intérim au PC de wilaya, elle utilise le même procédé que contre Mostefa Ben Boulaïd : une batterie de radio émetteur piégée.
L’explosion tue trois opérateurs et blesse grièvement Mohand Oulhadj. Soigné par le Dr Benabid, il survit et reprend ses fonctions.
🏔️ Chef de la Wilaya III (1959-1962)
Le 4 mars 1959, le colonel Amirouche réunit 63 officiers de la Wilaya III et désigne Mohand Oulhadj comme chef par intérim, au nom du GPRA. Puis, avec le colonel Si El Haouès (Wilaya VI), il part en mission vers Tunis.
Le 29 mars 1959, Amirouche et Si El Haouès tombent au champ d’honneur lors d’une embuscade à Djebel Thamer (Boussaâda). Cette perte est immense pour la révolution.
📋 Nomination officielle
- 📅
31 octobre 1959 (1er novembre selon certaines sources) - 🎖️
Grade : Colonel de l’ALN - 🏔️
Fonction : Chef de la Wilaya III (Kabylie)
Nomination par l’État-major de l’ALN
Mohand Oulhadj commandera la Wilaya III pendant les quatre années les plus difficiles de la guerre (1959-1962), celles qu’on appelle « les années de braise ».
⚔️ L’Opération Jumelles : le défi du général Challe
Dès juillet 1959, le général Maurice Challe lance l’Opération Jumelles, une offensive massive visant à éradiquer l’ALN en Kabylie. Plus de 60 000 soldats français sont déployés dans la seule Wilaya III.
- Ratissage systématique des territoires
- Politique de la terre brûlée
- Isolement des villages
- Organisation de l’autodéfense
- Étouffer définitivement la révolution
La riposte du « Vieux Renard »
Face à ce « rouleau compresseur », Mohand Oulhadj fait preuve d’une intelligence militaire remarquable. Il réorganise complètement ses troupes :
- Éclatement des grosses compagnies et bataillons en petites sections mobiles
- Pratique intensive de la guérilla
- Recours massif aux embuscades
- Mobilité accrue pour faciliter le repli
Cette tactique porte ses fruits. Plus de 20 postes avancés français sont enlevés par les commandos de l’ALN, permettant la récupération d’armes et de munitions vitales. La défaite de l’Opération Jumelles contraint le général de Gaulle à opter pour « la paix des braves », puis les négociations.
« Le colonel Mohand Oulhadj a su déjouer tous les plans de l’ennemi. Sa lucidité et sa sagesse ont permis à la Wilaya III de survivre face à l’armada française. »
Témoignage d’un moudjahid
🇩🇿 Le drapeau de Sidi Fredj (5 juillet 1962)
Le 5 juillet 1962 — exactement 132 ans après le débarquement de l’armée française le 14 juin 1830 — Mohand Oulhadj est désigné par le GPRA pour accomplir un geste d’une portée symbolique immense : hisser officiellement le drapeau algérien à Sidi Fredj (ex-Sidi Ferruch).
🏳️ Un moment historique
Mohand Oulhadj était alors le chef armé le plus gradé et le plus âgé de l’ALN. Devant une foule nombreuse et en présence des représentants du FLN et des officiers de l’ALN, il prononce également un discours d’environ 40 minutes.
Ce discours, prononcé en langue kabyle, fut le premier et (longtemps) le seul discours officiel dans cette langue dans l’Algérie indépendante.
Le trésor de guerre remis à l’État
Symbole de son intégrité absolue, Mohand Oulhadj remet à l’État algérien, contre récépissé, le trésor de guerre de la Wilaya III historique :
🏛️ L’Algérie indépendante et le FFS
Après l’indépendance, Mohand Oulhadj exerce dans les rangs de l’Armée nationale populaire (ANP) en qualité de commandant de la 7ème région militaire (Kabylie) de 1962 à 1964.
En 1963, Che Guevara, lors de sa visite en Algérie, le rencontre — témoignage de la stature internationale qu’avait acquise le colonel.
- 1962-1964 : Commandant de la 7ème région militaire
- Membre du Secrétariat exécutif du FLN
- Membre du Conseil de la Révolution
La création du FFS (septembre 1963)
Face au pouvoir autoritaire du duo Ben Bella–Boumediene, Mohand Oulhadj participe aux discussions qui mènent à la création du Front des forces socialistes (FFS).
Le 28 septembre 1963, à Aïn El Hammam, il assiste à la réunion fondatrice avec Hocine Aït Ahmed, Krim Belkacem, Ali Yahia Abdenour, Mourad Oussedik et d’autres figures. Le 29 septembre, les soldats de la 7ème région militaire sous son commandement encerclent Tizi Ouzou et le FFS est proclamé publiquement.
La guerre des Sables : le choix de l’unité nationale
Mais en octobre 1963, le Maroc attaque l’Algérie dans la région de Tindouf. Pour Mohand Oulhadj, la défense de l’intégrité territoriale prime sur les divisions internes.
Il quitte le FFS en novembre 1963 et part avec un bataillon de la Wilaya III et le colonel Ouamrane pour faire face à l’attaque marocaine. Il considérait que l’unité nationale était sacrée.
« La défense de notre intégrité territoriale est une priorité. »
Mohand Oulhadj
Expliquant son retrait du FFS
🏆 Héritage et mémoire
Les centres pour enfants de chouhada
Au lendemain de l’indépendance, le commandement de la Wilaya III, sous la direction de Mohand Oulhadj, fait de la prise en charge des orphelins de guerre une priorité. Il transforme les anciennes administrations coloniales en centres d’accueil pour les enfants de chouhada.
Cinq centres sont ouverts dans la région de Tizi Ouzou : Mekla, Larbaâ Nath Irathen, Boukhalfa, Oued Aïssi et Aghribs.
Décès et sépulture
Soigné à l’hôpital militaire d’Alger, puis transféré à Paris, Mohand Oulhadj décède le 2 décembre 1972, à l’âge de 61 ans. Selon ses dernières volontés, il est enterré aux côtés des siens, au pied de la Zaouïa de Sidi Amar Oulhadj, dans son village natal de Bouzeguène.
🏅 Hommages et commémorations
- Université Akli Mohand Oulhadj de Bouira
- Lycée Mohand Oulhadj de Bouzeguène et Bouira
- Jardin public au centre-ville de Tizi Ouzou
- Fondation Mohand Oulhadj
- Musée du Moudjahid de Médouha : exposition permanente
- Commémorations annuelles le 2 décembre
Sa maison familiale, détruite par l’armée coloniale en mars 1956, a été réhabilitée en mai 1965 et peut être visitée.
❓ Questions fréquentes sur Mohand Oulhadj
Qui était Mohand Oulhadj ?
Mohand Oulhadj (1911-1972), de son vrai nom Akli Mokrane, surnommé « Amghar » (le Sage) par ses compagnons et « le Vieux Renard » par ses ennemis, était un colonel de l’ALN et chef de la Wilaya III (Kabylie). Successeur du colonel Amirouche après sa mort en 1959, il commanda la wilaya durant les années les plus difficiles de la guerre.
Pourquoi Mohand Oulhadj est-il appelé Amghar ?
Le surnom « Amghar » signifie « le Sage » ou « le Vieux » en kabyle. Ce n’était pas une référence à son âge mais à sa sagesse légendaire, son intelligence tactique et sa capacité à rassembler et unifier les combattants. Ses ennemis français l’appelaient « le Vieux Renard » pour sa ruse militaire.
Quel rôle Mohand Oulhadj a-t-il joué face à l’Opération Jumelles ?
L’Opération Jumelles (1959), menée par le général Challe avec plus de 60 000 soldats, visait à éradiquer l’ALN en Kabylie. Mohand Oulhadj y répondit en éclatant les grosses compagnies en petites sections mobiles pratiquant la guérilla et les embuscades. Cette tactique permit à la Wilaya III de survivre.
Pourquoi Mohand Oulhadj a-t-il hissé le drapeau à Sidi Fredj ?
Le 5 juillet 1962, Mohand Oulhadj fut désigné par le GPRA pour hisser officiellement le drapeau algérien à Sidi Fredj, lieu symbolique où l’armée française avait débarqué le 14 juin 1830. Il était alors le chef armé le plus gradé et le plus âgé de l’ALN.
Quel était le trésor de guerre de la Wilaya III ?
En 1962, Mohand Oulhadj remit à l’État algérien le trésor de guerre de la Wilaya III historique : 46 kg d’or, 496 louis de 20 francs et 17 millions d’anciens francs. Ce geste témoignait de son intégrité et de son désintéressement total.
Pourquoi Mohand Oulhadj a-t-il rejoint puis quitté le FFS ?
En septembre 1963, Mohand Oulhadj rejoint le FFS de Hocine Aït Ahmed pour s’opposer au pouvoir autoritaire de Ben Bella. Cependant, lorsque le Maroc attaque l’Algérie lors de la guerre des Sables, il quitte le FFS en novembre 1963 pour défendre l’intégrité territoriale avec le colonel Ouamrane.
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