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Mohamed Zaamoum

🇩🇿 Révolution • Wilaya IV • Martyr

Mohamed Zaamoum (Si Salah) : Le Colonel qui Rencontra De Gaulle

Du tirage de la Proclamation du 1er Novembre 1954 à la rencontre secrète avec De Gaulle à l’Élysée — le destin tragique d’un héros controversé de la révolution algérienne.

📅 28 novembre 1928 — 20 juillet 1961
📍 Aïn Taya → M’Chedallah
⭐ Colonel ALN, Chef Wilaya IV

📋 Fiche d’identité
Mohamed Zaamoum
dit « Si Salah »
Naissance
28 novembre 1928
Aïn Taya (Alger)
Décès
20 juillet 1961
M’Chedallah (Bouira)
Grade
Colonel de l’ALN
Membre du CNRA
Fonction
Chef de la Wilaya IV
Mai 1959 – Juillet 1961

Mohamed Zaamoum, connu sous le nom de guerre Si Salah, demeure l’une des figures les plus controversées et les plus méconnues de la révolution algérienne. Colonel de l’Armée de libération nationale (ALN) et chef par intérim de la Wilaya IV historique, il est le seul responsable militaire algérien à avoir rencontré le général De Gaulle dans le secret de l’Élysée, le 10 juin 1960. Cette initiative audacieuse, connue sous le nom d’« affaire Si Salah », lui coûtera la vie et fera de lui un personnage longtemps occulté de l’histoire officielle.

De Gaulle nous a trahis. C’est lui le responsable de mon sort.

Dernières paroles attribuées à Si Salah

20 juillet 1961

⭐ Jeunesse et engagement nationaliste (1928-1954)

Ben Rabeh Mohamed Zaamoum naît le 28 novembre 1928 à Aïn Taya, près d’Alger. Son père, Cheikh Rabah, est l’un des premiers instituteurs de la région, ce qui confère à la famille un statut particulier dans la société coloniale.

Après des études primaires à Boghni avec son jeune frère Ali, Mohamed atteint le niveau du brevet élémentaire, un diplôme rare pour un Algérien de l’époque. Il occupe ensuite le poste de secrétaire de la mairie d’Ighil Imoula, en Grande Kabylie, fonction qui lui permettra de servir la cause nationaliste de manière décisive.

🏠 La famille Zaamoum : une famille au service de la Révolution

Le domicile familial à Ighil Imoula devient un point de ralliement pour les militants nationalistes de Kabylie :

  • Mohamed (Si Salah) — futur colonel, chef de la Wilaya IV
  • Ali Zaamoum — militant de l’OS, organisateur du tirage de la Proclamation, condamné à mort
  • Ferhat Zaamoum — également engagé dans la Révolution

L’engagement au PPA-MTLD et l’Organisation spéciale

Dès 1947-1948, Mohamed Zaamoum adhère au Parti du peuple algérien (PPA), puis au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), fondés par Messali Hadj. Il devient rapidement membre de l’Organisation spéciale (OS), la branche armée clandestine du parti.

En sa qualité de secrétaire de mairie, Mohamed utilise sa position pour fabriquer de fausses cartes d’identité destinées aux militants recherchés. En 1953, cette activité est découverte après l’arrestation d’un militant porteur d’un cachet officiel d’Ighil Imoula.

⛓️ L’épreuve de la prison (1953-1954)

Arrêté par les Renseignements généraux français, Mohamed Zaamoum est incarcéré à la prison de Tizi Ouzou de février 1953 à février 1954. Il subit la torture pendant 22 jours, mais ne livre aucun nom. Cette épreuve lui laissera des séquelles physiques durables, mais renforcera sa détermination. Libéré au début de l’année 1954, il reprend immédiatement ses activités clandestines aux côtés de Krim Belkacem et Amar Ouamrane.

📜 Le tirage de la Proclamation du 1er Novembre 1954

L’un des épisodes les plus glorieux de la vie de Mohamed Zaamoum reste sa participation au tirage de la Proclamation du 1er Novembre 1954, document fondateur de la révolution algérienne. Cette mission capitale est confiée au Comité de Kabylie, présidé par Krim Belkacem, en raison de la fiabilité et de la discipline de ses militants.

📍 Ighil Imoula : berceau de la Révolution

Dans la nuit du 26 au 27 octobre 1954, le texte de la Proclamation, rédigé de la main de Mohamed Boudiaf et Mourad Didouche, est reproduit dans le village d’Ighil Imoula.

  • Le texte est dactylographié sur stencil par le journaliste Mohamed Laïchaoui
  • Le tirage à la ronéo est effectué au domicile de Idir Rabah
  • Une tombola est organisée pour couvrir le bruit de la machine
  • Des centaines d’exemplaires sont produits et envoyés dans toute l’Algérie et à l’ONU

Le rôle du domicile des Zaamoum est central dans cette opération. Situé à l’entrée du village, il sert de refuge et de point de coordination pour les dirigeants du CRUA (Comité révolutionnaire d’unité et d’action). Mohamed Zaamoum et son frère Ali assurent la sécurité des militants, effectuant des rondes nocturnes tandis que les femmes de la famille font le guet.

🏆 Ighil Imoula : premier village en guerre

En organisant le tirage de la Proclamation, Ighil Imoula devient symboliquement le premier village d’Algérie à entrer en guerre contre l’occupant français. Ce fait historique confère au village et à la famille Zaamoum une place particulière dans la mémoire de la Révolution.

⚔️ L’ascension dans les maquis (1954-1959)

Dès le lendemain du tirage de la Proclamation, Mohamed Zaamoum rejoint les maquis de Kabylie. Il participe aux côtés de Krim Belkacem, Amar Ouamrane et Slimane Dehilès (Si Sadek) aux opérations du 1er novembre 1954.

Activement recherché par la police française, Mohamed Zaamoum est condamné à mort par contumace par le Haut Tribunal militaire. Cette sentence ne fait que renforcer son engagement. Il gravit progressivement les échelons de l’Armée de libération nationale (ALN).

Le passage par l’armée des frontières (1957)

En 1957, Si Salah rejoint l’armée des frontières basée au Maroc. Il est nommé adjoint du colonel Houari Boumédiène, chef de l’État-Major Général (EMG). Cependant, il ne peut rejoindre ce poste et retourne combattre à l’intérieur du pays, refusant les fonctions de l’extérieur qu’il considère comme éloignées du combat réel.

📊 Parcours militaire de Si Salah

  • 1954 — Rejoint les maquis de Kabylie
  • 1957 — Commissaire politique de la Wilaya IV sous le colonel Si M’hamed Bougara
  • 1957 — Passage à l’armée des frontières au Maroc
  • 1958 — Retour en Wilaya IV comme adjoint du colonel Si M’hamed
  • Mai 1959 — Chef par intérim de la Wilaya IV après la mort de Si M’hamed

🏔️ Chef de la Wilaya IV historique

En mai 1959, après la mort du colonel Si M’hamed Bougara (tué au combat le 5 mai), Mohamed Zaamoum prend la tête de la Wilaya IV historique en tant que chef par intérim. Il est simultanément élu membre du CNRA (Conseil national de la révolution algérienne).

🗺️ La Wilaya IV historique

S’étendant de Boumerdès à Chlef, la Wilaya IV comprenait :

  • L’agglomération algéroise et le Sahel
  • La plaine de la Mitidja
  • Le Titteri et l’Atlas blidéen
  • L’Ouarsenis et la vallée du Chelif

Une wilaya en difficulté

Si Salah hérite d’un commandement en grande difficulté. Le plan Challe, lancé par l’armée française en 1959, a décimé les rangs de l’ALN. L’opération « Courroie » a fait perdre à la Wilaya IV 40% de ses effectifs (2 400 combattants mis hors de combat), dont de nombreux officiers.

⚠️ La « Bleuite » : une tragédie dans la tragédie

D’avril à juin 1959, la Wilaya IV est frappée par la « Bleuite », une opération d’intoxication orchestrée par les services français pour semer la suspicion au sein de l’ALN. Sous les ordres de Si Salah, des centaines d’officiers sont exécutés, accusés à tort de trahison. Cette « purge » est conduite par son adjoint militaire, Si Mohamed (Djilali Bounaâma). Cette tragédie restera comme l’une des pages les plus sombres de la Révolution.

« Vous avez interrompu radicalement tout acheminement de compagnies et de matériel de guerre depuis 1958. Nous ne pouvons plus en aucune manière assister les bras croisés à l’anéantissement progressif de notre chère ALN. »

Lettre de Si Salah au GPRA, 15 avril 1960

🏛️ L’affaire Si Salah : la rencontre avec De Gaulle

L’« affaire Si Salah », également appelée « opération Tilsit » par les Français, constitue l’un des épisodes les plus controversés de la guerre d’Algérie. Face à l’abandon ressenti par les maquisards de l’intérieur, Si Salah prend une décision audacieuse : négocier directement avec le gouvernement français, sans l’accord du GPRA.

Les négociations secrètes (février-juin 1960)

À partir de février 1960, des contacts secrets sont établis entre les responsables de la Wilaya IV et les émissaires français, notamment Bernard Tricot (représentant de l’Élysée) et le colonel Mathon. Les négociations se déroulent à Médéa et aboutissent à un projet de cessez-le-feu.

📍 10 juin 1960 : la nuit à l’Élysée

Dans la nuit du 10 juin 1960, à 22 heures, le général De Gaulle reçoit secrètement dans son bureau de l’Élysée :

  • Si Salah (Mohamed Zaamoum) — chef politico-militaire de la Wilaya IV
  • Si Mohamed (Djilali Bounaâma) — adjoint militaire
  • Si Lakhdar (Bouchama) — chef de zone

Les trois hommes font le salut militaire au garde-à-vous devant De Gaulle. L’entretien est relativement bref : De Gaulle prend acte de leurs propositions mais annonce son intention de relancer un appel au GPRA.

Nous ne voulons plus que notre million de martyrs serve de slogan publicitaire… Il ne nous est plus permis de laisser mourir un seul Algérien en plus. Dans l’intérêt supérieur du peuple et de l’armée de libération, il est urgent de cesser le combat militaire pour entrer dans la bataille politique.

Lettre du Conseil de la Wilaya IV, 1960

L’échec de l’initiative

Quatre jours après la rencontre de l’Élysée, De Gaulle lance publiquement un nouvel appel au GPRA. Les négociations de Melun (25-29 juin 1960) échouent, mais le choix de De Gaulle de traiter avec le gouvernement provisoire plutôt qu’avec les maquisards de l’intérieur condamne l’initiative de Si Salah.

Au sein même de la Wilaya IV, l’opposition se manifeste. Le lieutenant Lakhdar Bourèga et d’autres officiers se rebiffent. Si Mohamed, convaincu par ces opposants, se retourne contre Si Salah et se proclame chef de la wilaya.

💀 La chute et la mort (1961)

Après l’échec de son initiative, Si Salah est arrêté par ses propres compagnons. Il passe deux mois aux arrêts, gardant son arme et son grade mais sans attributions, enfermé dans un mutisme quasi total.

Tous les protagonistes de la rencontre à l’Élysée sont éliminés les uns après les autres :

⚰️ La disparition des témoins algériens
  • Si Lakhdar (Bouchama) — exécuté le 19 juin 1960 sur ordre de Si Mohamed
  • Capitaine Abdelatif — exécuté le 8 août 1960
  • Commandant Halim — également éliminé
  • Si Salah — tué le 20 juillet 1961
  • Si Mohamed (Bounaâma) — tué le 8 août 1961 à Blida

L’embuscade de M’Chedallah (20 juillet 1961)

Convoqué par le GPRA, Si Salah se met en route pour la Tunisie avec une faible escorte. Le 20 juillet 1961, sur une crête du Djurdjura près de M’Chedallah (alors appelé Maillot), dans la wilaya de Bouira, il tombe dans une embuscade tendue par l’armée française.

De Gaulle nous a trahis. C’est lui le responsable de mon sort.

Dernières paroles attribuées à Si Salah

20 juillet 1961, M’Chedallah

Mohamed Zaamoum meurt à 33 ans, un an avant l’indépendance de l’Algérie. Les circonstances exactes de sa mort restent débattues : selon certaines sources, il a été tué par un commando de chasse français ; selon d’autres, il aurait été « livré » par ses propres camarades.

Comme les colonels Amirouche et Si El-Haouès avant lui, Si Salah meurt alors qu’il se rendait en Tunisie — une coïncidence troublante qui alimente encore aujourd’hui les spéculations sur les trahisons au sein de la Révolution.

❓ Questions fréquentes sur Mohamed Zaamoum

Qui était Mohamed Zaamoum, dit Si Salah ?

Mohamed Zaamoum, connu sous le nom de guerre Si Salah (1928-1961), était un colonel de l’ALN et chef par intérim de la Wilaya IV historique pendant la guerre d’Algérie. Il est célèbre pour avoir participé au tirage de la Proclamation du 1er Novembre 1954 et pour avoir rencontré secrètement le général De Gaulle à l’Élysée en juin 1960.

Qu’est-ce que l’affaire Si Salah ?

L’affaire Si Salah désigne la tentative de négociation secrète entre le colonel Si Salah et le général De Gaulle en juin 1960. Face aux difficultés des maquis et au manque de soutien du GPRA, Si Salah tenta de négocier une paix séparée directement avec les autorités françaises, sans l’accord du gouvernement provisoire algérien. L’initiative échoua lorsque De Gaulle choisit de négocier avec le GPRA.

Comment Mohamed Zaamoum est-il mort ?

Mohamed Zaamoum a été tué le 20 juillet 1961 dans une embuscade tendue par l’armée française à M’Chedallah, près de Bouira, alors qu’il se rendait en Tunisie sur convocation du GPRA. Ses dernières paroles auraient été : « De Gaulle nous a trahis. » Les circonstances exactes de sa mort restent débattues par les historiens.

Quel rôle a joué la famille Zaamoum dans la révolution algérienne ?

La famille Zaamoum d’Ighil Imoula a joué un rôle crucial dans la révolution. Mohamed (Si Salah) devint colonel et chef de la Wilaya IV. Son frère Ali participa au tirage de la Proclamation du 1er Novembre 1954 et fut condamné à mort par les Français. Leur domicile familial servait de point de ralliement aux militants nationalistes de toute la région.

Pourquoi Si Salah est-il une figure controversée ?

Si Salah reste controversé en raison de sa tentative de négocier une paix séparée avec la France, perçue par certains comme une « trahison » envers le GPRA. D’autres estiment qu’il cherchait sincèrement à épargner des vies face à l’abandon des maquisards par la direction extérieure. L’histoire officielle algérienne l’a longtemps passé sous silence avant une réhabilitation progressive de sa mémoire.

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📚 Sources

  • Wikipédia — « Si Salah », « Affaire Si Salah », « Wilaya IV historique »
  • Rabah Zamoum — Si Salah, mystère et vérité
  • Ali Zamoum — Thamurth Imazighen – Terre des hommes libres
  • Pierre Montagnon — L’affaire Si Salah
  • Gilbert Meynier — Histoire intérieure du FLN
  • Guy Pervillé — « L’affaire Si Salah : histoire et mémoire » (2012)
  • El Moudjahid — « 60e anniversaire de la mort du Colonel de l’ALN Mohamed Zamoum » (2021)
  • El Watan — Témoignages de Rabah Zamoum, fils du colonel Si Salah
Mohamed Zaamoum

Ferhat Mehenni

Mohamed Zaamoum

M’hamed Yazid

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