Mohamed Sifaoui accuse Ferhat Mehenni et le MAK
- Dzaïr Zoom / 2 mois
- 12 décembre 2025

Infiltration, manipulation, trahison. Dans une vidéo explosive qui secoue les réseaux sociaux, le journaliste Mohamed Sifaoui brise le silence sur le MAK et son leader Ferhat Mehenni. Entre accusations de supercherie politique, connexions troubles avec le Maroc et Israël, et proximité avec l’extrême droite française, le réquisitoire est implacable. À quelques jours de l’annonce d’indépendance de la Kabylie prévue le 14 décembre 2025, Sifaoui dénonce un mouvement qu’il qualifie d’« usurpateur » de la cause kabyle. Enquête sur un clash qui révèle les dessous d’une guerre d’influence régionale où la Kabylie sert de terrain de jeu géopolitique. Qui manipule qui ? Qui parle vraiment au nom des Kabyles ? Les réponses dérangent.
Mohamed Sifaoui qualifie le MAK de « supercherie » politique et Ferhat Mehenni d' »usurpateur »
Dans une vidéo au ton incisif qui fait le tour des réseaux sociaux, le journaliste franco-algérien Mohamed Sifaoui lance une charge frontale contre le MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie) et son leader Ferhat Mehenni. Qualifiant le mouvement de « supercherie » et son président « d’usurpateur », Sifaoui intervient dans un contexte explosif : l’annonce par le MAK d’une proclamation unilatérale d’indépendance de la Kabylie fixée au 14 décembre 2025. Entre accusations d’infiltration, de manipulation financière et de connexions troubles avec le Maroc, Israël et l’extrême droite française, cette prise de parole fracassante remet sur la table la question : qui parle vraiment au nom de la Kabylie ?
Un clash très politique : de quoi parle la vidéo de Mohamed Sifaoui ?
La vidéo de Mohamed Sifaoui sur le MAK ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Diffusée sur YouTube et largement relayée sur les réseaux sociaux, elle constitue un réquisitoire implacable contre le mouvement séparatiste kabyle et son fondateur.
Les accusations centrales tiennent en quelques formules chocs :
- « Le MAK est une supercherie, une structure sectaire et autoritaire qui ne représente qu’une infime minorité de Kabyles »
- « Ferhat Mehenni est un usurpateur qui confisque la cause kabyle à son profit personnel »
- Le mouvement serait infiltré par les services de renseignement algériens et instrumentalisé par des puissances étrangères
- Des accusations de manipulation financière, notamment via des cagnottes en ligne récupérant des drames humains
- Des connexions dénoncées avec le Maroc, Israël et des milieux d’extrême droite en France
Cette intervention intervient dans un contexte brûlant. Le MAK a annoncé une proclamation d’indépendance de la Kabylie pour le 14 décembre 2025, date symbolique qui renvoie à la conquête française de 1857. Cette annonce, non reconnue par l’Algérie ni par la communauté internationale, ravive les tensions dans un triangle géopolitique explosif : Algérie – Maroc – MAK, avec en toile de fond les accusations croisées d’instrumentalisation et les enjeux identitaires de la cause kabyle.
En Algérie et particulièrement en Kabylie, le sujet reste d’une sensibilité extrême, touchant à la fois à l’identité amazighe, à l’unité nationale et aux plaies non refermées du Printemps noir de 2001.
Qui est Mohamed Sifaoui ? Journaliste, écrivain, polémiste
Mohamed Sifaoui est un journaliste et écrivain franco-algérien reconnu pour ses enquêtes fouillées sur des sujets sensibles et explosifs. Spécialiste des questions liées au terrorisme islamiste, aux extrémismes de tous bords et aux dossiers algériens les plus brûlants, il s’est forgé une réputation de polémiste redouté dans les médias français.
Son positionnement est singulier : très critique envers le pouvoir algérien qu’il accuse régulièrement d’autoritarisme et de corruption, il s’oppose tout autant aux islamistes qu’aux mouvements séparatistes. Cette double opposition lui vaut autant d’admirateurs que de détracteurs virulents.
Le style de Mohamed Sifaoui est reconnaissable entre mille : frontal, sans concession, usant d’un vocabulaire dur (« supercherie », « usurpateur », « secte », « gourou »). Présent sur de nombreux plateaux télévisés français où il intervient dans des débats souvent houleux, il incarne une parole libre et clivante sur les questions touchant le monde arabe et musulman.
Dans sa vidéo sur Mohamed Sifaoui MAK et Mohamed Sifaoui Ferhat Mehenni, il mobilise toute cette verve polémique pour démonter ce qu’il considère comme une imposture politique majeure. Pour lui, la Kabylie mérite mieux qu’une aventure séparatiste portée par un « groupuscule ultra-minoritaire » aux connexions douteuses.
Le MAK : de la cause kabyle à l’accusation de « supercherie »
Qu’est-ce que le MAK ?
Le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) naît dans le sillage du Printemps noir de 2001, période de violentes émeutes en Kabylie réprimées dans le sang par les forces de sécurité algériennes. Fondé au début des années 2000, le mouvement revendique initialement une large autonomie pour la région kabyle.
À partir de 2013, le MAK opère un virage stratégique majeur en réclamant l’indépendance pure et simple de la Kabylie. Cette radicalisation entraîne une rupture nette avec d’autres forces politiques kabyles, y compris au sein du mouvement pour l’identité amazighe.
En 2021, les autorités algériennes franchissent un cap en classant le MAK comme « organisation terroriste« . Cette décision durcit considérablement la répression contre ses militants et sympathisants en Algérie, où toute activité liée au mouvement devient passible de lourdes peines de prison.
Le MAK trouve son principal ancrage dans la diaspora kabyle installée en France et dans certains réseaux militants amazighs européens. En Kabylie même, son influence réelle fait l’objet de débats contradictoires : ses partisans parlent d’un mouvement populaire étouffé par la répression, ses détracteurs d’un groupuscule déconnecté des aspirations réelles de la population.
L’annonce de l’indépendance de la Kabylie le 14 décembre 2025
Le 14 décembre 2025 devait marquer, selon le MAK, la proclamation unilatérale d’indépendance de la Kabylie. La date n’a pas été choisie au hasard : elle renvoie symboliquement au 14 décembre 1857, jour de la reddition du village de Tighzert face aux troupes françaises, marquant l’achèvement de la conquête coloniale de la Kabylie.
Cette annonce fracassante, relayée par les médias et les réseaux sociaux, ne bénéficie d’aucune reconnaissance : ni de la part de l’Algérie, qui la considère comme une provocation séditieuse, ni de la communauté internationale, qui maintient le principe de l’intégrité territoriale algérienne.
Pour le régime algérien, cette proclamation constitue une ligne rouge infranchissable et justifie la classification du MAK comme organisation terroriste. Pour Ferhat Mehenni et ses partisans, il s’agit au contraire d’un acte de libération d’un peuple opprimé aspirant à l’autodétermination.
L’indépendance de la Kabylie 14 décembre 2025 a produit trois effets immédiats : relancer le débat sur la légitimité de la cause kabyle, cristalliser les polémiques autour de Ferhat Mehenni et de ses méthodes, et donner une portée particulière à l’intervention de Mohamed Sifaoui contre le MAK.
Ce que dit Mohamed Sifaoui : « supercherie » et « usurpation »

« Le MAK ne représente pas la Kabylie »
L’argument central de Mohamed Sifaoui tient en une phrase : le MAK est un « groupuscule ultra-minoritaire » qui ne représente qu’une infime fraction des Kabyles. Selon lui, le poids réel du mouvement en Kabylie est dérisoire, mais son influence apparente serait amplifiée artificiellement par certains médias français complaisants et par une stratégie de communication agressive sur les réseaux sociaux.
Pour étayer sa thèse, Sifaoui développe une comparaison choc : « Le MAK est à la Kabylie ce que les islamistes sont à l’islam : une appropriation abusive, une confiscation d’une identité collective au profit d’une idéologie minoritaire et autoritaire. »
Son idée centrale repose sur un rappel historique : la Kabylie est profondément algérienne et les Kabyles ont été au cœur du combat pour l’indépendance de l’Algérie. Des figures majeures de la révolution algérienne étaient kabyles, et la région a payé un lourd tribut dans la guerre de libération. Selon Mohamed Sifaoui, le projet séparatiste du MAK trahit cet héritage historique et ne correspond pas aux aspirations réelles de la population kabyle, qui réclame avant tout des droits, des libertés et la reconnaissance de son identité dans le cadre algérien.
Un fonctionnement « sectaire » et un culte de la personnalité
Dans sa vidéo, Mohamed Sifaoui dresse un portrait accablant du fonctionnement interne du MAK. Il dénonce ce qu’il qualifie de « dérive sectaire » avec un culte de la personnalité construit autour de Ferhat Mehenni, présenté comme un leader incontesté et incontestable.
Selon lui, le mouvement ne tolère aucune critique ni dissidence interne. Toute voix discordante, tout Kabyle qui oserait remettre en question la stratégie du MAK ou la légitimité de Ferhat Mehenni serait immédiatement victime de harcèlement massif sur les réseaux sociaux. Sifaoui évoque l’existence de « fermes à trolls » pilotées par des militants du mouvement, qu’il compare aux « mouches électroniques » du régime algérien.
Le parallèle est dévastateur : pour Mohamed Sifaoui, les méthodes du MAK ressemblent étrangement à celles du pouvoir algérien qu’il prétend combattre, mais aussi à celles des mouvements islamistes. Dans les trois cas, même logique : excommunication des opposants, criminalisation de toute critique, diabolisation systématique de ceux qui ne suivent pas la ligne officielle.
Cette atmosphère d’intolérance aurait poussé de nombreux militants à prendre leurs distances avec le mouvement, parfois au prix de campagnes de diffamation et d’intimidation. Pour Sifaoui, ce fonctionnement autoritaire prouve que le MAK n’incarne pas les valeurs démocratiques et libertaires qu’il prétend défendre.
L’argent, les cagnottes et les drames instrumentalisés
L’un des passages les plus accablants de la vidéo de Mohamed Sifaoui concerne les pratiques financières du MAK. Il cite le témoignage de la sœur de Jugurta Lerguiwi, ancien militant du mouvement qui avait fini par prendre ses distances avec l’organisation.
Après le décès de Jugurta Lerguiwi à Paris, le MAK aurait lancé plusieurs cagnottes en ligne pour soutenir prétendument sa famille et honorer sa mémoire. Or, selon le témoignage de sa sœur rapporté par Sifaoui, la famille n’a jamais donné son accord pour ces collectes et n’aurait jamais vu la couleur de cet argent.
Plus grave encore, le MAK aurait tenté de récupérer politiquement la mort de ce militant pour sa communication, en le présentant comme un héros de la cause kabyle tombé sous les coups de la répression, alors que les circonstances de son décès n’auraient aucun rapport avec l’activisme politique.
Pour Mohamed Sifaoui, cet épisode illustre une réalité dérangeante : le MAK serait aussi une entreprise affairo-médiatique, pas seulement un mouvement politique. Les appels aux dons se multiplieraient sans transparence sur l’utilisation des fonds, alimentant les soupçons d’enrichissement personnel de certains cadres du mouvement.
Cette dimension financière renforce l’accusation d’usurpation : Ferhat Mehenni et son entourage exploiteraient la fibre identitaire kabyle et la souffrance de la diaspora pour alimenter une machine de collecte de fonds dont personne ne connaît vraiment la destination.
Maroc, Israël, extrême droite : les connexions dénoncées
Le MAK, « idiot utile » du régime algérien ?
L’une des thèses les plus audacieuses de Mohamed Sifaoui concerne l’infiltration présumée du MAK par les services de renseignement algériens. Selon lui, le mouvement serait largement noyauté par les services de renseignement algériens qui l’utiliseraient comme un épouvantail parfait pour justifier la répression.
La logique serait implacable : en maintenant en vie un mouvement séparatiste radical, le régime algérien pourrait stigmatiser l’ensemble de la Kabylie, criminaliser toute revendication identitaire amazighe, et surtout justifier l’arrestation d’opposants démocrates en les assimilant au MAK.
Dans cette lecture, Ferhat Mehenni serait devenu, volontairement ou non, un « idiot utile » du pouvoir algérien. Ses provocations, ses déclarations incendiaires, son annonce d’indépendance unilatérale ne feraient qu’offrir au régime les arguments dont il a besoin pour verrouiller encore davantage la région et réprimer toute contestation.
Mohamed Sifaoui affirme que cette analyse rejoint des notes de services occidentaux qui auraient identifié des infiltrations au sein du MAK. Il ne cite pas de documents précis, mais présente cette thèse comme une clé de lecture indispensable pour comprendre pourquoi le mouvement semble parfois servir objectivement les intérêts du pouvoir qu’il combat.
Soutien marocain et axe Rabat–MAK
La question des liens entre le MAK et le Maroc est au cœur des polémiques régionales. Il est établi que le mouvement a cherché et obtenu des soutiens à Rabat, notamment via des ONG, des plateformes médiatiques et des relais politiques marocains.
Dans le contexte de « guerre froide » qui oppose Algérie et Maroc depuis des décennies, notamment sur le dossier du Sahara occidental, chaque camp cherche à déstabiliser l’autre. Les autorités algériennes accusent régulièrement Rabat de financer et instrumentaliser le MAK pour fragiliser l’unité territoriale algérienne.
Mohamed Sifaoui reprend cette lecture en y ajoutant une nuance cynique : selon lui, le Maroc utiliserait le MAK comme un outil de pression et de déstabilisation, mais sans jamais soutenir réellement un projet d’indépendance kabyle. La raison ? Le Maroc lui-même est confronté à des revendications identitaires dans le Rif, et ne peut pas promouvoir le séparatisme ethnique sans risquer un effet boomerang sur son propre territoire.
Dans cette vision, Ferhat Mehenni et le MAK seraient les jouets d’un jeu géopolitique qui les dépasse, instrumentalisés par des puissances qui ne croient pas elles-mêmes au projet qu’elles prétendent soutenir. L’axe MAK Maroc Israël serait ainsi une alliance tactique sans cohérence idéologique profonde.
Proximité avec des réseaux extrémistes (Israël / extrême droite française)
L’un des aspects les plus controversés soulevés par Mohamed Sifaoui concerne les rapprochements de Ferhat Mehenni avec des milieux d’extrême droite, aussi bien en Israël qu’en France.
Sifaoui dénonce des connexions avec des personnalités et groupes de l’extrême droite israélienne, ainsi qu’un discours très aligné pro-Israël qui s’accompagne d’une rhétorique anti-arabe et anti-palestinienne. Pour un mouvement qui se réclame de la lutte anticoloniale et de l’identité amazighe progressiste, ces positions semblent pour le moins paradoxales.
En France, le leader du MAK aurait multiplié les contacts avec des cercles proches du Rassemblement National et de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour. Ces rapprochements avec l’extrême droite française, connue pour ses positions anti-immigration et anti-musulmanes, choquent d’autant plus que la diaspora kabyle en France est elle-même issue de l’immigration.
Pour Mohamed Sifaoui, ces alliances trahissent les valeurs historiques de la Kabylie : laïcité, progressisme, ouverture, lutte anticoloniale. Elles fragilisent considérablement la cause kabyle en la liant à des courants xénophobes et en alimentant l’amalgame entre revendication identitaire légitime et séparatisme ethno-nationaliste d’extrême droite.
Cette stratégie d’alliance avec des forces politiques radicales isolerait le MAK sur la scène internationale et le couperait définitivement des forces démocratiques qui pourraient soutenir une véritable émancipation de la Kabylie dans un cadre algérien rénové.
Ferhat Mehenni dans le viseur : l' »usurpateur »
Un ancien chanteur engagé devenu leader séparatiste
Ferhat Mehenni a d’abord été connu comme chanteur kabyle engagé, figure du mouvement culturel amazigh dès les années 1980. Ses chansons, portées par la langue tamazight et des textes dénonçant l’oppression culturelle, ont marqué toute une génération en Kabylie.
Après le Printemps noir de 2001, il fonde le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie et devient le visage du séparatisme kabyle. Exilé en France depuis des années, il a été condamné à la perpétuité par contumace par la justice algérienne, qui le considère comme un traître et un agent de l’étranger.
Pour ses partisans, Ferhat Mehenni incarne la résistance d’un peuple opprimé et le courage de défendre l’identité kabyle face à un régime autoritaire et arabisant. Pour ses détracteurs, dont Mohamed Sifaoui, il représente au contraire une imposture politique majeure.
Pourquoi Sifaoui parle d' »usurpation »
Le terme d' »usurpateur » utilisé par Mohamed Sifaoui pour qualifier Ferhat Mehenni n’est pas anodin. Il signifie que le leader du MAK se serait approprié illégitimement la cause kabyle pour servir des intérêts qui ne sont pas ceux du peuple qu’il prétend représenter.
Selon Sifaoui, Ferhat Mehenni a transformé la lutte identitaire amazighe, historiquement progressiste et inclusive, en une plateforme de carrière politique et financière personnelle. Il parlerait au nom de tous les Kabyles alors qu’il ne représenterait en réalité qu’une minorité marginale, coupée des réalités du terrain.
L’usurpation serait triple :
- Usurpation de légitimité : se proclamer président d’un gouvernement en exil sans aucune élection ni mandat démocratique
- Usurpation de représentativité : prétendre incarner la Kabylie alors que son influence réelle y serait dérisoire
- Usurpation de la mémoire : récupérer l’héritage des luttes kabyles historiques pour justifier un projet séparatiste qui trahit les valeurs de ces luttes
La formule forte de Mohamed Sifaoui résume sa pensée : « La Kabylie mérite mieux que le MAK« . Il existe selon lui une Kabylie démocratique, amazighe, attachée à ses racines mais aussi à l’Algérie, qui ne se reconnaît ni dans le régime autoritaire d’Alger ni dans l’aventure séparatiste de Ferhat Mehenni.

Enjeux pour la Kabylie et l’Algérie
Identité kabyle, amazighité et unité nationale
La Kabylie occupe une place particulière dans l’histoire algérienne. Région berbérophone de tradition démocratique villageoise, elle a fourni certains des cadres les plus importants de la guerre de libération nationale. Des figures comme Abane Ramdane, Krim Belkacem ou Hocine Aït Ahmed étaient kabyles.
Après l’indépendance, la Kabylie a été au cœur de toutes les luttes pour la démocratie, les libertés et la reconnaissance de la langue et de la culture amazighes. Le Printemps berbère de 1980, les émeutes de 1988, le Printemps noir de 2001 : chaque fois, la Kabylie a payé un lourd tribut dans le combat pour un État de droit en Algérie.
La reconnaissance de tamazight comme langue nationale en 2002, puis comme langue officielle en 2016, constitue une victoire historique arrachée par des décennies de lutte. Mais pour beaucoup de militants kabyles, ces avancées restent largement symboliques tant que les libertés fondamentales ne sont pas garanties et que la discrimination persiste.
Le débat autour de Mohamed Sifaoui MAK reflète une fracture profonde au sein de la société kabyle et algérienne :
- D’un côté, les séparatistes du MAK qui estiment que la Kabylie ne pourra jamais s’épanouir dans le cadre algérien et que l’indépendance est la seule issue
- De l’autre, les Kabyles algérianistes, attachés à l’unité du pays mais exigeant un État de droit, le respect des libertés et la pleine reconnaissance de l’identité amazighe
- Au centre, un régime qui instrumentalise la peur du séparatisme pour justifier l’autoritarisme, tout en continuant à marginaliser la culture amazighe
Instrumentalisation par Alger, Rabat et d’autres acteurs
La question kabyle est devenue un terrain de jeu pour plusieurs acteurs régionaux et internationaux, chacun y trouvant un intérêt stratégique propre.
Le régime algérien utilise la menace du MAK pour justifier une répression qui dépasse largement le mouvement séparatiste. En classant le MAK comme organisation terroriste, Alger se donne les moyens légaux d’arrêter n’importe quel opposant en l’accusant de sympathie séparatiste. La Kabylie entière est ainsi stigmatisée, et toute revendication identitaire peut être criminalisée.
Le Maroc, de son côté, voit dans le MAK un outil de pression sur son rival algérien. En offrant une tribune et des soutiens au mouvement séparatiste, Rabat cherche à fragiliser l’intégrité territoriale algérienne dans le contexte de la rivalité autour du Sahara occidental. Mais ce soutien reste purement tactique : le Maroc ne peut sincèrement promouvoir le séparatisme ethnique sans risquer de réveiller ses propres tensions internes dans le Rif.
Des réseaux politiques en Europe, notamment d’extrême droite, récupèrent également la question kabyle dans une logique anti-arabe, anti-musulmane et anti-immigration. Le MAK devient ainsi un instrument idéologique servant des agendas qui n’ont rien à voir avec l’émancipation réelle de la Kabylie.
La vidéo de Mohamed Sifaoui s’inscrit pleinement dans cette bataille informationnelle et médiatique. En dénonçant les manipulations dont le MAK serait à la fois l’auteur et la victime, Sifaoui veut démontrer que la cause kabyle est trahie de tous côtés : par un régime autoritaire, par un mouvement séparatiste aux connexions douteuses, et par des puissances étrangères cyniques.
Lecture critique : que vaut le réquisitoire de Sifaoui ?
Le discours de Mohamed Sifaoui sur le MAK et Ferhat Mehenni est indéniablement engagé, partial et virulent. Pour autant, peut-on le balayer d’un revers de main comme simple propagande pro-régime ?
Une partie de ce qu’il avance rejoint des faits et des accusations déjà documentés par d’autres sources :
- Le soutien marocain au MAK est largement attesté par plusieurs médias et observateurs
- Les rapprochements de Ferhat Mehenni avec certains milieux d’extrême droite en Israël et en France ont été documentés
- La classification du MAK comme organisation terroriste par l’Algérie, bien que controversée, s’inscrit dans une réalité juridique et politique
- Les débats sur la représentativité réelle du mouvement en Kabylie sont anciens et ne datent pas de l’intervention de Sifaoui
En revanche, d’autres éléments avancés restent difficiles à vérifier publiquement :
- Le niveau exact d’infiltration du MAK par les services de renseignement algériens
- Les montants précis des collectes de fonds et leur utilisation
- L’existence de « fermes à trolls » organisées par le mouvement
- Les détails concernant le témoignage de la sœur de Jugurta Lerguiwi
Le principal intérêt du discours de Mohamed Sifaoui n’est peut-être pas dans la véracité absolue de chaque accusation, mais dans les questions fondamentales qu’il soulève :
- Qui parle légitimement au nom de la Kabylie ? Un mouvement en exil, coupé du terrain ? Des militants réprimés sur place ? La diaspora ?
- Qui instrumentalise qui ? Le régime algérien instrumentalise-t-il le MAK, ou le MAK offre-t-il au régime les arguments de la répression ?
- Où s’arrête la cause identitaire légitime et où commence la manipulation géopolitique ? Peut-on défendre l’identité amazighe sans tomber dans le séparatisme ? Peut-on réclamer l’autodétermination sans devenir l’instrument de puissances étrangères ?
Ces questions dépassent largement le cas du MAK et touchent à tous les mouvements identitaires et séparatistes à travers le monde. Elles méritent un débat serein, fondé sur des faits vérifiables et une analyse rigoureuse, loin des invectives et des manipulations de tous bords.
FAQ : questions les plus posées sur Google & IA
Qui est Mohamed Sifaoui ?
Mohamed Sifaoui est un journaliste et écrivain franco-algérien spécialisé dans les questions de terrorisme, d’extrémismes et des dossiers politiques sensibles touchant l’Algérie et le monde arabe. Connu pour son ton frontal et ses prises de position clivantes, il est régulièrement présent sur les plateaux de télévision français où il intervient dans des débats sur l’islam, l’islamisme, l’Algérie et les questions d’immigration. Très critique envers le régime algérien comme envers les mouvements islamistes et séparatistes, il incarne une parole libre qui suscite autant d’adhésions que de rejets virulents.
Qu’est-ce que le MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie) ?
Le MAK est un mouvement politique séparatiste fondé au début des années 2000 après le Printemps noir de 2001 en Kabylie. Il revendique l’indépendance de la région kabyle et la création d’un État kabyle souverain. Classé comme organisation terroriste par les autorités algériennes en 2021, le mouvement est dirigé depuis la France par Ferhat Mehenni, ancien chanteur kabyle condamné à perpétuité par contumace en Algérie. Son influence réelle en Kabylie fait l’objet de débats contradictoires, et il trouve son principal ancrage dans la diaspora kabyle en France et en Europe.
Pourquoi Mohamed Sifaoui parle-t-il de « supercherie » à propos du MAK ?
Mohamed Sifaoui qualifie le MAK de « supercherie » car il estime que le mouvement ne représente qu’une infime minorité de Kabyles malgré sa visibilité médiatique. Selon lui, le MAK confisque abusivement la cause kabyle et l’identité amazighe au profit d’un projet séparatiste minoritaire, autoritaire et aux connexions troubles. Sifaoui affirme que la Kabylie est profondément algérienne, que les Kabyles ont été au cœur de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, et que le projet du MAK trahit cet héritage historique tout en servant objectivement les intérêts du régime algérien qu’il prétend combattre.
Pourquoi accuse-t-il Ferhat Mehenni d’être un « usurpateur » ?
Mohamed Sifaoui accuse Ferhat Mehenni d’être un « usurpateur » car il estime que le leader du MAK s’est approprié illégitimement la parole et la représentation des Kabyles sans mandat démocratique. Selon Sifaoui, Mehenni utilise la lutte identitaire comme une plateforme de carrière politique et financière personnelle, se proclame président d’un gouvernement en exil sans élection, et prétend incarner la Kabylie alors que son influence réelle y serait marginale. L’usurpation consisterait à confisquer l’héritage des luttes kabyles historiques pour justifier un projet séparatiste qui trahit les valeurs démocratiques et progressistes de ces luttes.
Le MAK représente-t-il vraiment la Kabylie et les Kabyles ?
La question de la représentativité du MAK en Kabylie est l’objet d’un débat intense et polarisé. Ses partisans affirment que le mouvement incarne l’aspiration profonde d’un peuple opprimé à l’autodétermination, mais que la répression féroce du régime algérien empêche son expression libre. Ses détracteurs, dont Mohamed Sifaoui, soutiennent que le MAK est un groupuscule ultra-minoritaire déconnecté des aspirations réelles de la population kabyle, qui chercherait avant tout la démocratie, les libertés et la reconnaissance de son identité dans le cadre algérien. L’absence d’élections libres et la répression rendent impossible toute mesure objective de son soutien populaire réel.
Quels sont les liens entre le MAK, le Maroc et Israël ?
Le MAK a cherché et obtenu des soutiens au Maroc, notamment via des ONG, des plateformes médiatiques et des relais politiques marocains. Dans le contexte de rivalité entre Algérie et Maroc, notamment sur le dossier du Sahara occidental, Rabat utiliserait le MAK comme outil de pression pour fragiliser l’intégrité territoriale algérienne. Concernant Israël, Ferhat Mehenni aurait développé des contacts avec des milieux de l’extrême droite israélienne et adopté un discours très pro-Israël accompagné d’une rhétorique anti-arabe et anti-palestinienne. Ces alliances sont dénoncées par Sifaoui comme trahissant les valeurs progressistes historiques de la Kabylie et isolant le mouvement sur la scène internationale.
Que signifie l’annonce d’indépendance de la Kabylie du 14 décembre 2025 ?
L’annonce d’indépendance de la Kabylie du 14 décembre 2025 par le MAK constitue une proclamation unilatérale de création d’un État kabyle indépendant. La date renvoie symboliquement au 14 décembre 1857, jour marquant l’achèvement de la conquête coloniale française de la Kabylie. Cette proclamation ne bénéficie d’aucune reconnaissance internationale ni de l’Algérie, qui la considère comme une provocation séditieuse. Pour le régime algérien, elle justifie la classification du MAK comme organisation terroriste. Pour Ferhat Mehenni, elle symbolise l’acte de naissance d’un État kabyle aspirant à l’autodétermination. Dans les faits, elle n’a aucun effet juridique ni pratique sur le terrain.
Le MAK est-il reconnu comme organisation terroriste ? Par qui ?
Le MAK a été classé comme « organisation terroriste » par les autorités algériennes en mai 2021. Cette classification s’accompagne d’une répression accrue contre les militants et sympathisants du mouvement en Algérie, où toute activité liée au MAK est désormais passible de lourdes peines de prison. Cette décision est controversée : pour le régime algérien, elle se justifie par des actes de violence et des connexions avec des services étrangers hostiles. Pour les défenseurs du MAK, il s’agit d’une criminalisation d’un mouvement politique légitime aspirant à l’autodétermination. Aucun autre pays ni organisation internationale n’a repris cette classification terroriste à son compte.








































































































































































































































































































































































































































































































































































































