Mohamed Mazouni
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 12 juillet 2017

Le Photographe du Quotidien Algérien
Mohamed Mazouni
Né en 1940 • L’Âme Populaire d’Alger • Le Barde de l’Immigration
Chanteur de l’exil et des métamorphoses sociales, Mohamed Mazouni a capturé les espoirs et les désillusions d’un peuple. Entre humour cinglant et tendresse nostalgique, il demeure une icône indémodable de la culture pop maghrébine.
📍 Alger • Paris
📺 Pionnier du Clip Musical
Mohamed Mazouni est le chroniqueur infatigable des Algériens. Né à la ville d’Alger, il a su capter avec une précision chirurgicale et un humour décapant les mutations de son pays. Que ce soit pour chanter le déchirement de l’exil ou les petits travers du quotidien, Mazouni a créé un genre à part entière. Ses textes, souvent perçus comme légers, cachent une profondeur sociologique qui a inspiré les plus grands, de Rachid Taha à l’Orchestre National de Barbès.
- 1. Alger : L’éveil d’une voix populaire (1940)
- 2. « Adieu la France » : L’hymne du retour et de l’exil
- 3. Le style Mazouni : Dérision et observation sociale
- 4. Collaborations prestigieuses : De l’ONB à Rachid Taha
- 5. Un pionnier du clip et de l’image médiatique
- 6. Un héritage indémodable et une postérité kitsch
- 7. Questions fréquentes
«Je ne suis pas un chanteur de salon, je suis le chanteur du peuple. Je chante ce que les gens vivent dans le bus, au marché et dans les foyers de travailleurs.
— Mohamed Mazouni
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Alger : L’éveil d’une voix populaire (1940)
Mohamed Mazouni naît le 4 janvier 1940 à Alger. Issu d’un milieu modeste, il grandit dans l’atmosphère électrique de la capitale, où les influences de la musique chaâbi et des variétés internationales commencent à se croiser. Très tôt, il se passionne pour la chanson, mais refuse les cadres classiques du conservatoire.
Il commence sa carrière dans les années 60, juste après l’indépendance de l’Algérie. Sa force réside dans son écriture : il utilise la Dardja (arabe dialectal) la plus pure, truffée d’expressions imagées et de proverbes détournés. Mazouni n’est pas là pour faire de la poésie savante, il est là pour raconter la réalité sociale d’une nation en pleine reconstruction.
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« Adieu la France » : L’hymne du retour et de l’exil
À la fin des années 60, Mazouni s’installe en France. C’est là qu’il va composer ses titres les plus marquants sur la condition de l’immigré algérien. En 1970, il sort « Adieu la France ». Contrairement à la plainte de la Ghorba de Dahmane El Harrachi, Mazouni adopte un ton résolu et festif pour parler du retour définitif au pays.
Ce titre devient un véritable phénomène sociologique. Chanté dans tous les foyers de travailleurs, il exprime le désir universel de l’immigré de retrouver sa terre. Mais Mazouni n’est pas dupe et chante aussi les désillusions de ce retour. Sa chanson Écoute-moi camarade devient également un tube, mettant en garde la jeunesse contre les mirages de l’exil facile.
L’idole des foyers ouvriers
Mazouni vend des milliers de cassettes dans le quartier de Barbès. Il est le seul artiste capable de réunir les anciens qui rêvent du village et les jeunes nés en France qui cherchent leurs racines.
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Le style Mazouni : Dérision et observation sociale
Le génie de Mazouni réside dans sa capacité à traiter des sujets graves avec une apparente légèreté. Il chante la crise du logement, le coût du mariage, la corruption, ou encore les rapports de force au sein du couple algérien. Sa chanson L’Américain est un modèle de satire sur l’occidentalisation superficielle de la société.
Il a su créer un son hybride, mélangeant les percussions traditionnelles à des lignes de basse funk et des claviers aux sonorités parfois kitsch. C’est ce mélange audacieux qui a fait de lui une figure de la pop algérienne, un artiste que l’on écoute autant pour ses paroles que pour son groove atypique. Il n’a jamais eu peur du ridicule, faisant de son image de « petit homme au chapeau » une marque de fabrique reconnaissable entre mille.
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Collaborations prestigieuses : De l’ONB à Rachid Taha
Longtemps boudé par l’élite intellectuelle qui le jugeait trop populaire, Mohamed Mazouni a connu une réhabilitation éclatante dans les années 90 et 2000. La nouvelle scène rock et alternative a reconnu en lui un précurseur de la fusion et de l’impertinence. Il a notamment collaboré avec l’Orchestre National de Barbès (ONB) sur l’album Poulina (1999), apportant sa voix unique à leur fusion gnaoua-rock.
Son titre Écoute-moi camarade a été magistralement repris par Rachid Taha, qui voyait en Mazouni un véritable punk algérien avant l’heure. Cette reconnaissance par les ténors de la World Music a permis de faire redécouvrir la richesse de ses textes à une nouvelle génération de mélomanes à travers le monde.
L’hommage de Rachid Taha
Rachid Taha disait de lui : « Mazouni, c’est notre Johnny Cash. Il raconte des histoires de marginaux avec une sincérité qui fait mal et qui fait du bien à la fois. »
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Un pionnier du clip et de l’image médiatique
Mohamed Mazouni a été l’un des premiers artistes algériens à comprendre le pouvoir de l’image. Dès les années 70, il produit des clips musicaux d’une créativité débordante pour l’époque. Ses mises en scène, souvent pleines d’autodérision, le montrent tour à tour en voyageur égaré, en amoureux transi ou en prédicateur des rues.
Il a su utiliser la télévision naissante pour installer son personnage de crooner populaire. Toujours élégant mais avec une pointe de décalage, il a marqué l’imaginaire visuel des Algériens. Ses apparitions étaient de véritables mini-pièces de théâtre, rendant ses messages sociaux encore plus percutants auprès d’un public qui découvrait la culture de masse.
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Un héritage indémodable et une postérité kitsch
Aujourd’hui, Mohamed Mazouni bénéficie d’un statut d’artiste culte. S’il a pu être critiqué pour son style parfois « kitsch », le temps a donné raison à sa vision. Il est devenu une référence pour les créateurs de contenu digitaux et les DJ qui remixent ses titres pour les dancefloors modernes.
Il laisse derrière lui une discographie immense (plus de 400 titres) qui constitue une véritable archive sonore de l’Algérie contemporaine. Pour les Algériens, Mazouni restera l’homme qui a su transformer leurs soucis en sourires, prouvant que la plus grande des sagesses réside souvent dans la simplicité du peuple.
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Questions fréquentes
Mazouni est-il un chanteur de Raï ?
Non, Mohamed Mazouni n’appartient pas strictement au genre Raï. Son style est plus proche de la variété citadine et du pop-folk narratif. Bien qu’il vienne d’Alger, il a influencé les paroliers du raï par sa liberté de ton et son usage de la langue populaire.
Est-il toujours en vie ?
Oui, Mohamed Mazouni est l’un de nos doyens les plus respectés. Il se produit encore lors de galas exceptionnels et reçoit régulièrement des hommages pour l’ensemble de sa carrière pionnière.
Quelle est la portée politique de ses textes ?
Dès les années 70, Mazouni a soutenu des causes fortes comme la Palestine ou la résistance à l’impérialisme, mais toujours avec une approche humaine et concrète, évitant le jargon idéologique pour parler au cœur des gens.
Pourquoi a-t-il collaboré avec l’ONB ?
L’Orchestre National de Barbès a voulu rendre hommage à celui qui a chanté ce quartier bien avant eux. Cette collaboration sur le titre Poulina a scellé le lien entre les pionniers de l’immigration et la nouvelle scène fusion.
« Ma voix n’est pas un monument, c’est une gazelle qui court dans les rues d’Alger. »
— Mohamed Mazouni, L’âme du peuple
ⵎⵓⵃⴰⵎⵎⴷ ⵎⴰⵣⵓⵏⵉ — La légende vivante







































































































































































































































































































































































































































































































































































































