Mohamed Lamouri
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Colonel Mohamed Lamouri : Le Chef des Aurès Victime du « Complot des Colonels »
Biographie complète du commandant de la Wilaya I historique, formé à l’Institut Ibn Badis, exécuté en 1959 pour avoir contesté la direction du GPRA, et réhabilité par le président Chadli Bendjedid.
📍 Aïn Yagout (Aurès)
⭐ Colonel de l’ALN
Mohamed Lamouri est l’une des figures les plus tragiques et controversées de la guerre d’Algérie. Formé à l’Institut Ibn Badis de Constantine, ce fils de l’Aurès devint l’un des chefs militaires les plus respectés de la Wilaya I historique, avant d’être exécuté par ses propres frères d’armes lors du dramatique « complot des colonels » en mars 1959. Son destin illustre les tensions profondes qui ont déchiré la direction de la Révolution entre l’intérieur et l’extérieur.
🏠 Origines et formation à l’Institut Ibn Badis (1929-1947)
Mohamed Lamouri naît en juin 1929 à Aïn Yagout, un village situé entre Aïn M’lila et Batna, au cœur de la région des Aurès. Il est issu d’une famille modeste de paysans chaouis, profondément ancrée dans les traditions de cette terre de résistance.
Le jeune Mohamed reçoit une double éducation : il effectue ses études primaires tout en fréquentant l’école coranique où il mémorise le Coran sous l’enseignement des chouyoukh (savants religieux) de son village. Cette formation religieuse façonne profondément sa personnalité et ses convictions.
Mohamed Lamouri poursuit ses études à l’Institut Ibn Badis de Constantine jusqu’en 1947. Cet établissement, fondé par l’Association des Oulémas Musulmans Algériens de Cheikh Abdelhamid Ben Badis, forme toute une génération de nationalistes algériens imbus de leur identité arabo-musulmane.
À la sortie de l’Institut Ibn Badis, Lamouri retourne dans son village natal d’Aïn Yagout où il travaille comme commerçant. Décrit comme « un nationaliste authentique attaché à sa foi musulmane », il est profondément influencé par les leaders du mouvement national.
✊ L’engagement nationaliste et la prison (1947-1955)
Après ses études, Mohamed Lamouri s’engage pleinement dans le mouvement national. Ses activités militantes ne passent pas inaperçues des autorités coloniales qui le surveillent étroitement.
En 1951, il est arrêté et emprisonné jusqu’en 1952 en raison de son activité au sein du mouvement nationaliste. Cette expérience carcérale renforce sa détermination à lutter pour l’indépendance de l’Algérie.
📋 Parcours avant la Révolution (1929-1955)
- 📖
1929 : Naissance à Aïn Yagout (Aurès) - 🕌
Études coraniques, mémorisation du Coran - 🎓
Jusqu’en 1947 : Études à l’Institut Ibn Badis (Constantine) - 🏪
1947 : Retour à Aïn Yagout, travaille comme commerçant - ⛓️
1951-1952 : Emprisonnement pour activité nationaliste
Libéré en 1952, Lamouri continue ses activités militantes dans la clandestinité. Lorsque le 1er novembre 1954 éclate dans les Aurès sous la direction de Mostefa Ben Boulaïd, Lamouri est déjà prêt à rejoindre les rangs de la Révolution.
🔥 L’entrée dans l’ALN et l’ascension (1955-1957)
L’engagement dans l’ALN (1955)
En 1955, Mohamed Lamouri rejoint officiellement les rangs de l’Armée de Libération nationale (ALN). La même année, il est chargé d’une mission délicate en Wilaya III (Kabylie). Sur le chemin du retour, il est capturé par les messalistes du MNA et retenu prisonnier pendant plusieurs mois avant de réussir à s’échapper ou à être libéré.
Cette expérience l’introduit dans les arcanes de la lutte fratricide qui oppose le FLN au MNA de Messali Hadj, conflit qui fait rage parallèlement à la guerre contre la France.
L’ascension rapide (1956-1957)
Fin 1956, Mohamed Lamouri est promu au grade de capitaine. Il est nommé chef de la zone A, qui comprend les régions stratégiques de Batna, Barika, Aïn Touta et s’étend jusqu’à Sétif. Il devient également porte-parole de la Wilaya I (Aurès-Nememchas).
En 1957, il est nommé membre de la direction de la Wilaya I, chargé du secteur politique. Ses capacités intellectuelles et organisationnelles, fruit de sa formation à l’Institut Ibn Badis, lui valent le respect de ses compagnons d’armes et une ascension fulgurante.
« L’éviction de Lamouri a créé un profond malaise dans les rangs des moudjahidine qui lui vouaient beaucoup de respect. »
Ammar Guerram
Témoignage sur le Colonel Lamouri
🎖️ Commandant de la Wilaya I (1957-1958)
La succession de Mahmoud Chérif
Au cours de l’année 1957, Mohamed Lamouri devient chef de la Wilaya I en remplacement du colonel Mahmoud Chérif, promu membre du Comité de coordination et d’exécution (CCE). Lamouri hérite d’une wilaya historiquement difficile à gérer, marquée par les dissidences et les rivalités régionales depuis la mort de Mostefa Ben Boulaïd et l’exécution d’Abbès Laghrour.
En avril 1958, Lamouri est promu au grade de colonel et nommé au COM-Est (Comité d’Organisation Militaire de l’Est), aux côtés de Mohamedi Saïd, Amara Bouglez et Benaouda. C’est à ce poste qu’il va entrer en conflit ouvert avec la direction extérieure de la Révolution.
📋 Ascension dans la hiérarchie de l’ALN
- ⭐
Fin 1956 : Promu capitaine, chef de la zone A (Batna, Barika, Aïn Touta, Sétif) - 📢
Nommé porte-parole de la Wilaya I - ⭐⭐
1957 : Membre de la direction de la Wilaya I (chargé du politique) - 🎖️
1957 : Chef de la Wilaya I (succède à Mahmoud Chérif) - ⭐⭐⭐
Avril 1958 : Promu colonel, nommé au COM-Est
Les tensions avec le GPRA
En 1958, Mohamed Lamouri demande au CCE des éclaircissements sur les conditions de formation du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne). Il conteste également la gestion des « 3B » — Krim Belkacem, Abdelhafid Boussouf et Lakhdar Bentobal — qu’il accuse d’avoir dévié la Révolution de ses objectifs initiaux.
Lamouri demande également des éclaircissements sur l’assassinat d’Abane Ramdane en décembre 1957 et exige que le CNRA se réunisse aux frontières, parmi les combattants, plutôt qu’au Caire.
Face à ces revendications, le CCE décide à l’encontre de Lamouri une « suspension illimitée de toute activité », la cassation de son grade (« remis capitaine pour travail fractionnel, régionalisme ») et un séjour forcé à Djeddah. Lamouri conteste vigoureusement ces accusations qu’il juge injustes.
⚔️ Le « Complot des Colonels » (1958-1959)
Le contexte de la fronde
Le mécontentement des officiers de la Wilaya I et de la Base de l’Est remonte au Congrès de la Soummam de 1956, lors duquel les Aurèsiens s’étaient sentis lésés. Les liquidations physiques d’Abbès Laghrour (juillet 1957) puis d’Abane Ramdane (décembre 1957) avaient semé le trouble et la peur parmi les moudjahidine.
Les combattants de l’intérieur souffraient du manque cruel d’armes et de munitions face aux grandes opérations de l’armée française. Ils considéraient que la direction de l’extérieur (le GPRA basé à Tunis) les abandonnait à leur sort.
La tentative de renversement du GPRA
Rentré au Caire après sa disgrâce, Lamouri entre en contact avec les services de renseignements égyptiens de Nasser, dirigés par Fathi Ed-Dib. L’Égypte, frustrée de voir le siège du GPRA transféré de Tunis plutôt qu’au Caire, soutient la fronde de Lamouri pour reprendre son influence sur la direction de la Révolution algérienne.
Avec son adjoint le colonel Ahmed Nouaoura, Lamouri s’appuie sur les officiers de la Base de l’Est, dont le colonel Mohamed Aouachria (chef de la Base de l’Est) et le commandant Mostefa Lakehal, figure légendaire du commando Ali-Khodja.
- Éclaircissements sur la formation du GPRA et la mort d’Abane Ramdane
- Tenue du CNRA aux frontières, parmi les combattants
- Approvisionnement des maquis en armes et munitions
- Fin de la mainmise des « 3B » sur la direction de la Révolution
L’arrestation au Kef (16 novembre 1958)
En novembre 1958, Lamouri se rend clandestinement en Tunisie et convoque une réunion de tous les « conjurés » au Kef. L’un des points à l’ordre du jour est la « séquestration de fait des ministres du GPRA présents à Tunis ».
Mais le complot est dénoncé. Le 16 novembre 1958, la villa où se réunissent les conjurés est encerclée par la gendarmerie tunisienne. Après des échanges de tirs et des négociations, Lamouri et ses compagnons se rendent aux autorités tunisiennes.
Le procès et l’exécution (mars 1959)
Mohamed Lamouri est jugé par un tribunal militaire présidé par Houari Boumedienne. Le procureur général est Ali Medjeli, et les juges sont le colonel Sadek (Slimane Dehilès) et Kaïd Ahmed.
Les accusations sont lourdes : « travail fractionnel, démoralisation de l’Armée, refus d’obéissance, divulgation de secrets avec préméditation, dilapidation de fonds, flagrant délit de complot contre la révolution ».
Le 28 février 1959, le tribunal militaire prononce la condamnation à mort de Mohamed Lamouri et de ses trois compagnons. Malgré les promesses faites à une délégation venue plaider leur cause (dont Chadli Bendjedid), les « 3B » ne tiennent pas parole. Dans la nuit du 15 au 16 mars 1959, Mohamed Lamouri, Ahmed Nouaoura, Mohamed Aouachria et Mostefa Lakehal sont exécutés.
« Il suffit de savoir, pour se convaincre de la probité exceptionnelle du colonel Mohamed Lamouri, que celui-ci, avec une grande dignité, a préféré mourir des mains de ses compagnons que d’accepter la protection que lui offrait le président Bourguiba. »
Salah Goudjil
Compagnon de combat du Colonel Lamouri
⚖️ La réhabilitation posthume
Pendant des décennies, l’« affaire Lamouri » reste un sujet tabou dans l’histoire officielle algérienne. Les officiers exécutés sont longtemps traités comme des traîtres, et leurs familles stigmatisées.
C’est le président Chadli Bendjedid, lui-même ancien officier de la Base de l’Est et compagnon de Lamouri, qui procède à la réhabilitation posthume des « comploteurs ». Il ordonne l’inhumation de leurs dépouilles au cimetière d’El Alia, dans le carré des martyrs, leur restituant ainsi leur honneur et leur place dans l’histoire de la Révolution.
L’affaire Lamouri illustre les tensions tragiques entre l’intérieur et l’extérieur qui ont déchiré la direction de la Révolution algérienne. Comme le dira Ferhat Abbas, ces officiers furent des « victimes immolées sur l’autel de la bêtise humaine ».
Aujourd’hui, les historiens s’accordent à reconnaître que Mohamed Lamouri et ses compagnons étaient des patriotes sincères qui ont donné leur vie pour l’indépendance de l’Algérie. Leur « complot » reflétait la détresse des combattants de l’intérieur, abandonnés face à la puissance de feu de l’armée française, et leur désir de voir la Révolution revenir à ses principes fondateurs.
❓ Questions fréquentes sur Mohamed Lamouri
Qui était le Colonel Mohamed Lamouri ?
Mohamed Lamouri (1929-1959) était un colonel de l’ALN et commandant de la Wilaya I historique (Aurès-Nememchas). Formé à l’Institut Ibn Badis de Constantine, il devint l’un des chefs militaires les plus respectés des Aurès avant d’être exécuté en mars 1959 pour sa participation à ce qu’on appelle le « complot des colonels ».
Qu’est-ce que le « complot des colonels » ou « affaire Lamouri » ?
Le « complot des colonels » désigne la tentative de Mohamed Lamouri et d’officiers de la Wilaya I de contester la direction du GPRA en novembre 1958. Soutenus par l’Égypte de Nasser, ils reprochaient aux « 3B » (Krim Belkacem, Boussouf, Bentobal) d’avoir dévié la Révolution. Arrêtés en Tunisie, Lamouri et trois autres officiers furent condamnés à mort et exécutés le 16 mars 1959.
Pourquoi le Colonel Lamouri s’est-il opposé au GPRA ?
Lamouri contestait la gestion du GPRA par les « 3B », demandait des éclaircissements sur l’assassinat d’Abane Ramdane, réclamait que le CNRA se réunisse aux frontières parmi les combattants plutôt qu’au Caire, et dénonçait le manque d’armes et de munitions dont souffraient les maquis de l’intérieur face aux opérations de l’armée française.
Comment Mohamed Lamouri a-t-il été réhabilité ?
Le président Chadli Bendjedid a été le premier chef d’État à rétablir l’honneur de Mohamed Lamouri et de ses compagnons en procédant à l’inhumation posthume de leurs dépouilles au cimetière d’El Alia, dans le carré des martyrs. Cette réhabilitation a reconnu leur engagement sincère pour la cause nationale.
Quel était le parcours militaire de Mohamed Lamouri dans l’ALN ?
Lamouri rejoint l’ALN en 1955, devient capitaine fin 1956 (chef de la zone A : Batna, Barika, Aïn Touta), puis membre de la direction de la Wilaya I chargé du politique en 1957. Il succède à Mahmoud Chérif comme chef de la Wilaya I et est promu colonel en avril 1958 avant d’être nommé au COM-Est.
Qui a jugé et condamné le Colonel Lamouri ?
Mohamed Lamouri fut jugé par un tribunal militaire présidé par Houari Boumedienne, avec Ali Medjeli comme procureur général et les colonels Sadek (Slimane Dehilès) et Kaïd Ahmed comme juges. Condamné à mort le 28 février 1959, il fut exécuté dans la nuit du 15 au 16 mars 1959 avec les colonels Nouaoura et Aouachria, et le commandant Mostefa Lakehal.
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