Mohamed Bouras
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Mohamed Bouras : Le Père des Scouts Musulmans Algériens, Bâtisseur de la Génération Révolutionnaire
Biographie complète du fondateur du scoutisme algérien (1908-1941), footballeur du Mouloudia d’Alger, formateur de héros comme Larbi Ben M’hidi et Didouche Mourad, exécuté par le colonialisme français.
📍 Miliana • Alger • Hussein Dey
⚜️ Fondateur des SMA
Chaque 27 mai, l’Algérie célèbre la Journée nationale des Scouts Musulmans Algériens en hommage à Mohamed Bouras, fondateur de ce mouvement qui a forgé une génération entière de révolutionnaires. Des légendes comme Larbi Ben M’hidi, Didouche Mourad ou Zighoud Youcef sont passés par cette école du patriotisme et du sacrifice. Fusillé en 1941 à l’âge de 33 ans, Mohamed Bouras n’aura pas vu la révolution qu’il avait préparée, mais son œuvre a changé le destin de l’Algérie.
🏔️ Jeunesse à Miliana (1908-1926)
Une enfance modeste dans la ville des cerises
Mohamed Bouras naît le 26 février 1908 dans le quartier Anassers à Miliana, ville perchée dans les montagnes de l’Atlas tellien, aujourd’hui dans la wilaya d’Aïn Defla. Il vient au monde dans une famille modeste mais honorable, qui lui transmet les valeurs de dignité et de courage.
L’enfant fréquente l’école « indigène » Maubourguet (devenue aujourd’hui école Larbi Tebessi), où il reçoit une instruction en français. Parallèlement, il étudie à la médersa Al-Falah, où il apprend la langue arabe et les bases théologiques de l’islam. Cette double formation, française et arabe, forge son identité et sa future action.
Exclu de l’école après l’examen du Certificat d’études, le jeune Mohamed organise avec ses camarades une manifestation de protestation contre la décision injuste du directeur. Ce premier acte de rébellion annonce déjà le caractère du futur fondateur des Scouts Musulmans.
Le sportif accompli
En 1922, à 14 ans, Mohamed Bouras adhère à une société de gymnastique où il joue comme gardien de but. Il devient également l’un des meilleurs tireurs à la carabine de la société sportive « La Milianaise ». Ces activités sportives développent chez lui les qualités de discipline, d’esprit d’équipe et de leadership qui le caractériseront tout au long de sa vie.
Il poursuit ensuite ses études au collège français de Miliana. Mais en 1926, à 18 ans, les conditions économiques difficiles l’obligent à quitter les bancs de l’école pour entrer dans la vie active. Il décide alors de tenter sa chance dans la capitale.
🌆 L’arrivée à Alger et l’éveil nationaliste
Le secrétaire de l’Amirauté
En 1926, Mohamed Bouras s’installe à Alger. Il travaille d’abord à Maison-Carrée (El Harrach), puis est recruté comme secrétaire dactylographe aux services de l’Amirauté d’Alger. Son chef de service, A. Carne, est lui-même un chef scout — une coïncidence qui jouera un rôle dans sa vocation future.
Parallèlement à son travail, le jeune homme poursuit sa formation intellectuelle. Il suit des cours du soir en langue arabe à la Chabiba et entame des études de capacité en droit à l’Université d’Alger. Cette soif de savoir ne le quittera jamais.
Le footballeur du Mouloudia d’Alger
Passionné de sport, Mohamed Bouras joue d’abord au football aux Deux Magots, avant de rejoindre le mythique Mouloudia Club d’Alger (MCA), le doyen des clubs algériens, fondé en 1921. Il intègre l’équipe première et devient l’un des meilleurs joueurs du club.
À l’époque, le MCA n’est pas seulement un club de football : c’est un symbole de fierté pour les « indigènes » face à la domination coloniale. Y jouer, c’est déjà affirmer son identité algérienne.
La rencontre avec les Oulémas
En 1932, Mohamed Bouras entre au Cercle du Progrès et fréquente le Cercle El-Taraki, deux établissements liés à l’Association des Oulémas Musulmans Algériens. Il devient proche politiquement de cette organisation et de son chef charismatique, le cheikh Abdelhamid Ben Badis.
Il participe à de nombreuses manifestations contre l’interdiction de prêcher dans les mosquées (décidée en 1933) et contre la fermeture des écoles arabes contrôlées par l’Association des Oulémas. Son engagement nationaliste s’affirme de jour en jour.
« Mohamed Bouras avait compris très tôt que, pour libérer un peuple, il fallait d’abord éduquer sa jeunesse, la structurer et l’éveiller à sa propre identité. »
El Moudjahid
Journée nationale des SMA
La fondation des Scouts Musulmans Algériens (1935)
Le groupe « El-Falah » : la première pierre
En 1935, Mohamed Bouras dépose les premiers statuts d’une organisation scoute musulmane algérienne. Ces statuts sont d’abord rejetés par l’administration coloniale à cause des mentions « Scouts Musulmans Algériens » et « Éducation para-militaire » — deux termes jugés subversifs par les autorités.
En 1936, les statuts sont finalement agréés — mais sans la mention « para-militaire ». Le premier groupe est créé à Alger, dans la Casbah, sous le nom de « El-Falah » (La Réussite). C’est la naissance officielle des Scouts Musulmans Algériens (SMA).
Les Scouts Musulmans Algériens : plus qu’un mouvement de jeunesse
Derrière les randonnées, les chants et les veillées se préparait un engagement plus profond. Le scoutisme de Mohamed Bouras n’était pas un loisir : c’était une école de la dignité et du patriotisme.
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Raviver la flamme patriotique : chants nationalistes, histoire de l’Algérie, valeurs ancestrales - 🕌
Protéger l’identité : langue arabe, civilisation islamique, personnalité algérienne - ⚔️
Former des hommes libres : discipline, rigueur, préparation physique et morale - 🤝
Solidarité sociale : aide aux plus démunis, scolarisation des enfants des rues
La devise des SMA, « Kun Musta’idan » (كن مستعدين – « Soyez prêts »), résume cette philosophie : préparer une génération aux combats à venir.
L’extension du mouvement (1936-1939)
En 1936, Mohamed Bouras participe au Congrès musulman algérien et devient dirigeant de la jeunesse de ce congrès. Il déploie une activité intense pour étendre le mouvement scout à travers le pays.
De 1936 à 1939, il se consacre presque entièrement au scoutisme, effectuant de nombreux déplacements : à Blida chez El Khadaoui, à Miliana pour encourager son ami d’enfance Sadek Elfoul, à Médéa, Tizi Ouzou… Partout, il suscite la création de nouvelles sections scoutes.
Une initiative particulièrement touchante illustre sa vision : l’Opération petits cireurs. Grâce aux SMA, de nombreux enfants des rues peuvent suivre des cours du soir et entrer en apprentissage chez des artisans. Le scoutisme de Bouras est au service des plus humbles.
Les chants patriotiques composés par Abderrahmane Aziz et initiés par Mohamed Bouras font le tour du pays, fredonnés par la jeunesse algérienne. Ils contribuent à éveiller la conscience nationale dans les villes et les villages.
🏕️ La Fédération des SMA (1939)
Le camp fédéral d’El Harrach
En juillet 1939, Mohamed Bouras organise un événement historique : le camp fédéral d’El Harrach. Pour la première fois, toutes les sections scoutes d’Algérie se rassemblent pour se constituer en une fédération nationale.
La Fédération des Scouts Musulmans Algériens est créée officiellement le 7 avril 1939, sous la présidence du cheikh Abdelhamid Ben Badis. Un comité directeur est mis en place pour la gestion du mouvement, ainsi qu’un quartier général chargé des activités scoutes : éducation, élaboration et application des programmes.
En tenue, des scouts musulmans algériens défilent avec éclat dans les rues d’El Harrach, affirmant fièrement leur identité. Pour les autorités coloniales, c’est un signal d’alarme.
Mohamed Bouras ne limitait pas son ambition à l’Algérie. Dès 1939, il rêvait d’une Fédération de scoutisme maghrébin. Des responsables marocains et tunisiens furent conviés au premier congrès d’El Harrach — preuve que l’idée d’une union maghrébine traversait déjà les esprits des nationalistes.
Le voyage en France (1940)
En septembre 1940, Mohamed Bouras s’embarque pour la France. Son objectif officiel : suivre des cours d’éducation physique à Clermont-Ferrand. Mais la Seconde Guerre mondiale fait rage, et les événements l’en empêchent.
Il se rend à Vichy, où il rencontre le Secrétaire général du Scoutisme français, nouvelle organisation créée par le maréchal Pétain regroupant toutes les associations scoutes. Bouras sollicite l’adhésion de la FSMA au même titre que les autres associations. N’obtenant qu’une réponse vague, il cherche d’autres appuis…
C’est à ce moment que se noue le drame qui lui coûtera la vie. Selon certaines sources, il aurait contacté des officiers allemands pour obtenir des armes destinées à préparer la lutte armée contre l’occupation coloniale. Cette démarche, qu’elle soit avérée ou fabriquée par les services français, servira de prétexte à son exécution.
L’arrestation et l’exécution (1941)
Un homme surveillé
À son retour d’Algérie, Mohamed Bouras apprend qu’il a été licencié des services de l’Amirauté. Employé ensuite à la direction des services de l’armistice, il est étroitement surveillé par les autorités coloniales.
En mars 1941, le commissaire scout français Noël, en mission en Algérie, prend contact avec Bouras. Après leurs entretiens, il déclare dans son rapport que les chefs des SMA sont « au moins suspects d’un nationalisme intempérant » et recommande la cessation d’activité des groupes SMA non affiliés au Scoutisme français.
Le 16 mars 1941, conscient d’être dans une situation dangereuse, Mohamed Bouras démissionne de la FSMA. Il préfère éviter des ennuis à ses collaborateurs. Mais il est déjà trop tard.
Mohamed Bouras est accusé d’avoir fourni des documents classifiés « secret défense » à des officiers nazis. Employé aux services de l’Amirauté, il aurait volé et transmis ces documents à la commission d’armistice allemande en Algérie. Cette accusation, vraie ou fabriquée, lui sera fatale.
L’arrestation et la torture
Le 8 mai 1941, Mohamed Bouras est arrêté devant l’hôtel Essafir (Aletti) à Alger par les services français de contre-espionnage. Avec lui sont arrêtées cinq autres personnes, dont son compagnon Mohamed Boucheraït.
Pendant des jours, il subit d’horribles tortures et des interrogatoires. Les services coloniaux veulent obtenir des aveux et des informations sur le mouvement scout et ses liens avec le nationalisme algérien.
Le 27 mai 1941 : l’aube funeste
Présenté devant un tribunal militaire constitué en cour martiale, Mohamed Bouras est condamné à mort dans sa séance du 14 mai 1941. Après un « semblant de procès », la sentence est sans appel.
Le 27 mai 1941, à l’aube — le moment des exécutions sommaires —, Mohamed Bouras est fusillé sur le terrain militaire d’Hussein Dey à Alger, en compagnie de Mohamed Boucheraït. Il a 33 ans et laisse derrière lui 5 enfants en bas âge.
« Mohamed Bouras meurt en héros, mais son sacrifice n’a pas été vain. Il devint un symbole et un exemple pour les générations de jeunes depuis cette date jusqu’à ce jour. »
Scouts Musulmans Algériens
Commémoration du 27 mai
L’héritage révolutionnaire des SMA
« Les soldats de l’avenir »
L’historien Mahfoud Kaddache a qualifié les Scouts Musulmans Algériens de « soldats de l’avenir ». Cette formule résume parfaitement l’œuvre de Mohamed Bouras : former une génération de jeunes prêts à tous les sacrifices pour l’indépendance de leur pays.
Le scoutisme algérien a été l’école du courage, de l’abnégation et du sacrifice. Auprès de lui, des générations se sont abreuvées de connaissances tout en consolidant leur volonté de libérer le pays de l’occupation coloniale.
🎖️ Les héros formés par les Scouts Musulmans Algériens
Ces révolutionnaires sont passés par l’école de Mohamed Bouras avant de devenir les artisans de l’indépendance :
Didouche Mourad
Zighoud Youcef
Ahmed Zabana
Badji Mokhtar
Souidani Boudjemaa
Si M’hamed Bougara
Hamou Boutlélis
Debbih Chérif
La Journée nationale des Scouts (27 mai)
Le 27 mai a été institué Journée nationale des Scouts Musulmans Algériens par décret présidentiel n°21-172 du 28 avril 2021, signé par le président Abdelmadjid Tebboune.
Cette journée vise à « préserver la mémoire nationale et renforcer la solidarité nationale » et exprime « la volonté de l’État de développer le mouvement éducatif de volontariat qui inculque l’esprit de générosité et de leadership ».
Chaque année, des cérémonies de recueillement ont lieu au cimetière de Ben Omar à Alger, où repose Mohamed Bouras, ainsi que dans sa ville natale de Miliana et à travers tout le territoire national.
Les SMA aujourd’hui
Aujourd’hui, les Scouts Musulmans Algériens restent le principal mouvement de scoutisme d’Algérie, avec des sections dans toutes les wilayas du pays. Ils continuent de transmettre les valeurs de solidarité, de discipline, d’amour de la patrie et de citoyenneté, dans le prolongement historique de l’action de Mohamed Bouras.
Comme l’a souligné le commandant général des SMA, Abderrahmane Hamzaoui : « Lorsqu’on évoque l’école de Mohamed Bouras, on évoque systématiquement le berceau de la révolution. »
❓ Questions fréquentes sur Mohamed Bouras
Le père d’une génération héroïque
Mohamed Bouras n’a pas vécu assez longtemps pour voir le déclenchement de la révolution qu’il avait préparée. Mais les « soldats de l’avenir » qu’il avait formés — Larbi Ben M’hidi, Didouche Mourad, Zighoud Youcef et tant d’autres — ont porté son message jusqu’à la victoire finale. Derrière les feux de camp, les randonnées et les chants patriotiques se forgeait une génération de héros. L’Algérie indépendante doit beaucoup à cet homme humble, fusillé à 33 ans pour avoir osé rêver d’un peuple libre et éduqué. Son sacrifice n’a pas été vain.







































































































































































































































































































































































































































































































































































































