Lounis Aït Menguellet
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 12 juillet 2017

Le Poète du Peuple
Lounis Aït Menguellet
Lounis Menguellet • Depuis 1950 • Kabylie
Plus qu’un chanteur, Lounis Aït Menguellet est le gardien du verbe kabyle. Depuis plus de cinq décennies, sa poésie ciselée et ses mélodies envoûtantes racontent l’âme d’un peuple, entre philosophie, engagement et sagesse ancestrale.
📍 Ighil Bouammas, Kabylie
📜 200+ Chansons • 50 ans de scène
Lounis Aït Menguellet n’est pas seulement une icône de la musique kabyle, il en est le monument vivant. Né au cœur du Djurdjura, cet artisan des mots a su transformer la chanson en un réceptacle de la sagesse universelle. À l’instar d’Idir ou de Matoub Lounès, il incarne la résistance culturelle et la profondeur de l’identité amazighe. Son œuvre, vaste et complexe, est une radiographie de la société algérienne, chantée avec une retenue qui confine au sacré.
«Aït Menguellet est un homme qui a la Kabylie au fond des yeux et le monde au bout de la plume.
— Mouloud Mammeri, écrivain et anthropologue
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Les racines : Ighil Bouammas
Lounis Aït Menguellet naît le 18 janvier 1950 à Ighil Bouammas, un petit village niché dans les montagnes de la commune d’Iboudraren, en haute Kabylie. Son enfance est marquée par la rigueur de la vie montagnarde et, surtout, par la Guerre d’Indépendance qui gronde dans les maquis environnants.
C’est dans cette atmosphère de tragédie et de poésie orale que le jeune Lounis forge sa sensibilité. Dans sa famille, comme dans beaucoup de foyers berbères, on ne parle pas beaucoup, mais on écoute. On écoute les anciens, les poètes errants et les chants des femmes qui accompagnent les travaux des champs.
Aït Menguellet s’inscrit dans la lignée directe des Ameddahs, ces troubadours berbères qui étaient à la fois les chroniqueurs de leur temps et les gardiens de la morale. Contrairement à certains de ses contemporains plus tournés vers le rythme, Lounis privilégie la tajeddit (la nouveauté dans la tradition), où chaque vers est pesé pour sa résonance philosophique.
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1967-1970 : L’éclosion d’un talent
En 1967, âgé de seulement 17 ans, il fait une entrée fracassante dans le paysage musical algérien via l’émission « Ichennayen n uzekka » (Les chanteurs de demain) sur les ondes de la chaîne 2 de la Radio nationale. Sa première chanson, Ma ttrun wallen-iw (Si mes yeux pleurent), révèle déjà une maturité mélancolique hors du commun.
À cette époque, il est parrainé par des maîtres comme Cherif Kheddam. Très vite, il s’éloigne des chansons d’amour légères pour s’attaquer à des thématiques sociales. Sa voix, haute et claire, portée par les accords simples d’une guitare et le rythme du bendir, devient le porte-voix d’une jeunesse en quête de repères.
Le passage à la maturité
Dès le début des années 70, Lounis change de dimension. Il n’est plus le jeune chanteur à succès, il devient un penseur. Ses chansons s’allongent, les textes deviennent des poèmes épiques. C’est le début d’une discographie qui comptera plus de 200 titres, dont beaucoup sont devenus des hymnes en Algérie.
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Le style Menguellet : La force du verbe
Ce qui distingue Aït Menguellet dans la musique kabyle, c’est l’économie d’effets pour une puissance maximale du texte. Ses chansons sont souvent comparées à des fables de La Fontaine, mais dans une version plus sombre et philosophique.
L’utilisation de la métaphore
Lounis ne critique jamais frontalement. Il utilise l’image du loup, de l’ogre, de la montagne ou du chemin pour parler du pouvoir, de l’injustice ou de la trahison. C’est ce qui lui a permis de traverser les décennies de censure en restant intouchable.
La structure narrative
Certaines de ses chansons, comme Amachahu ou J’ai dormi, durent plus de 15 minutes. Elles sont construites comme des récits initiatiques où l’auditeur est invité à une réflexion profonde sur sa propre condition.
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Engagement et traversée du temps
Aït Menguellet a vécu aux premières loges tous les soubresauts de l’histoire algérienne : le Printemps Berbère de 1980, la décennie noire des années 90, et plus récemment le Hirak.
S’il n’a jamais été un militant de parti, son engagement pour la reconnaissance de la langue Tamazight est total. En 1985, il passe plusieurs mois en prison, un épisode qui marquera profondément son œuvre et renforcera son aura de « sage » persécuté. Contrairement à Matoub Lounès, plus frontal, Lounis prône une résistance par l’intelligence et la culture.
- 1978 — Sortie de l’album Abrid n Tizi Ouzou, succès phénoménal.
- 1985 — Détention pour « détention d’armes de chasse », inspirant des textes sur la liberté.
- 2010 — Célébration de ses 40 ans de carrière à la Coupole d’Alger devant une foule immense.
- 2017 — Sortie de Tudert nni (Cette vie), montrant que sa plume est toujours aussi acérée.
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Héritage et Transmission
Aujourd’hui, Lounis Aït Menguellet continue de se produire sur scène, souvent accompagné de son fils Djaffar Aït Menguellet, musicien accompli qui a su moderniser les arrangements de son père tout en respectant l’essence acoustique de l’œuvre.
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Questions fréquentes
Pourquoi l’appelle-t-on « le poète » ?
En Kabylie, la distinction entre chanteur et poète est cruciale. On dit d’Aït Menguellet qu’il est un poète car la valeur de son texte (isefra) prime sur la musique. Il utilise un lexique kabyle très riche, souvent méconnu des jeunes générations, ce qui fait de lui un conservateur de la langue.
Est-il toujours actif sur scène ?
Oui, malgré son âge, Lounis Aït Menguellet continue de remplir des salles prestigieuses comme l’Olympia ou le Zénith de Paris, ainsi que les stades et salles en Algérie. Ses concerts sont vécus comme des communions par son public.
Quel est le lien entre Lounis et Matoub Lounès ?
Ils sont les deux piliers de la chanson engagée kabyle mais avec des styles opposés. Matoub était le « rebelle » impulsif, tandis qu’Aït Menguellet est le « sage » contemplatif. Bien qu’ils aient eu des divergences de vue, Matoub a toujours exprimé un immense respect pour la plume de Lounis.
« Ma plume est mon arme, et mon papier est mon champ de bataille. Tant que le verbe vivra, l’identité ne mourra pas. »
— Lounis Aït Menguellet, Entretien 2017
ⵍⵓⵏⵉⵙ ⴰⵢⵜ ⵎⵏⴳⵍⴰⵜ — L’âme de la montagne






































































































































































































































































































































































































































































































































































































