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Lili Boniche

 
 

Le Prince du Francarabe

Lili Boniche

1921 – 2008 • Le Crooner d’Alger • L’âme du métissage

Architecte d’une musique sans frontières, Lili Boniche a réconcilié l’Orient et l’Occident sur des airs de rumba et de paso doble. Sa voix de velours et son jeu de guitare swingué ont fait de lui l’idole des nuits blanches d’Alger.

🎵 Style Francarabe • Jazz-Chaâbi
📍 Casbah d’Alger
✨ Pionnier de la Fusion

🕌 Carte d’Identité de la Légende Citadine
🎂
Naissance
03/04/1921
Alger (Casbah)
🕊️
Décès
06/03/2008
Paris (86 ans)
🎸
Instrument
Guitare & Oud
Virtuose autodidacte
🎞️
Univers
Music-Hall
Cabarets d’Alger
💿
Succès
Alger, Alger
Hymne éternel

Lili Boniche, né Élie Boniche, est l’un des piliers les plus rayonnants de la musique judéo-arabe d’Algérie. Enfant prodige de la Casbah, il a été le premier à oser bousculer la rigueur du musique andalouse pour y injecter le swing de Broadway et la passion de Cuba. Ami intime de Maurice El Medioni et contemporain de Hadj M’hamed El Anka, il a incarné une époque où la ville d’Alger était le centre névralgique d’un Music-Hall méditerranéen flamboyant.

« 

Ma musique, c’est Alger qui danse avec Paris. C’est l’Orient qui se pare des habits du Jazz pour mieux chanter son amour de la vie.

— Lili Boniche

🌆
La Casbah : L’éveil d’un prodige algérois (1921-1935)

Élie Boniche naît le 3 avril 1921 à la Casbah d’Alger. Fils d’un père mélomane et joueur de mandole, il baigne dès son premier souffle dans la culture du Melhoun et de la poésie citadine. Dans les ruelles tortueuses de la vieille ville, le jeune Lili (diminutif d’Élie) observe les anciens accorder leurs instruments. Très vite, il délaisse les jeux de son âge pour s’emparer d’un Oud, dont il maîtrise les subtilités avant même d’avoir dix ans.

À l’âge de 15 ans, il est déjà considéré comme un virtuose. Il ne se contente pas d’apprendre les classiques ; il les transforme. Il est l’un des premiers à introduire la guitare moderne dans l’orchestre traditionnel, créant une sonorité plus cristalline et plus « swinguée » que le mandole traditionnel. Sa précocité est telle que les plus grands noms de la place d’Alger commencent à murmurer son nom dans les cercles initiés.

🎭 La rencontre avec Bachtarzi

C’est le grand Mahieddine Bachtarzi qui le découvre. Impressionné par le gamin de la Casbah, il l’intègre dans ses tournées. Lili Boniche apprend alors le métier de la scène, la discipline du music-hall et l’art de captiver un public de toutes confessions.

📻
L’ombre des Maîtres : De Bachtarzi à Radio Alger

Dans les années 30 et 40, Lili Boniche devient une figure incontournable des ondes. Il intègre Radio Alger où il dirige des émissions de musique andalouse. C’est à cette période qu’il affine sa technique vocale, un baryton-ténor d’une souplesse incroyable, capable de rivaliser avec les plus grands interprètes de musique chaâbi comme son contemporain Hadj M’hamed El Anka.

Il côtoie la diva Reinette l’Oranaise et le crooner Blond-Blond. Mais Lili a une ambition secrète : moderniser Alger. En pleine Seconde Guerre mondiale, au contact des musiciens alliés de passage, il découvre le Charleston et le Jazz. Il comprend que l’avenir de la musique algérienne réside dans le métissage.


L’invention du Francarabe : Une révolution festive

L’apport historique de Lili Boniche est la création du style Francarabe. Pour la première fois, les qasidates traditionnelles sont chantées sur des rythmes de Paso Doble, de Rumba ou de Tango. Il mélange les langues avec une audace inouïe, passant du français à l’arabe dialectal dans un même refrain. C’est l’acte de naissance du Music-Hall méditerranéen moderne.

L’alliance avec El Medioni

C’est avec son ami Maurice El Medioni au piano qu’il va donner ses lettres de noblesse à ce style. La technique du Pianoriental de Maurice s’accorde à merveille avec la guitare « jazzy » de Lili.

L’idole des Cabarets

Il devient le roi du cabaret Le Coq d’Or et de l’Opéra d’Alger. Sa prestance, ses costumes impeccables et son sourire ravageur font de lui le premier « sex-symbol » de la musique algéroise.

🕊️
1962 et le grand silence : Le départ pour Paris

L’indépendance de 1962 marque une rupture brutale. Lili Boniche, comme la quasi-totalité de la communauté juive d’Algérie, doit quitter sa terre natale. Arrivé à Paris, il prend une décision radicale qui surprend tout le monde : il arrête la chanson. Par pudeur, par tristesse ou par besoin de sécurité financière, il s’éloigne des projecteurs.

Pendant plus de 30 ans, il gère des salles de cinéma et des affaires de restauration. Il devient un homme d’affaires discret, rangeant son Oud et ses guitares dans le secret de son salon. Mais à Alger, on n’oublie pas sa voix. Ses chansons comme Alger, Alger ou Ana el Ower continuent d’être chantées dans les mariages musulmans, prouvant que son art avait transcendé les fractures de l’histoire.

🌟
Le retour triomphal : L’idole de la World Music (1990)

En 1990, sous l’impulsion du journaliste Francis Falceto, Lili Boniche accepte de remonter sur scène. Le retour est foudroyant. Le public parisien découvre un octogénaire d’une classe folle, dont la voix n’a rien perdu de sa chaleur. Il enregistre l’album B’net el-Alger, produit par Bill Laswell, qui le propulse au rang d’icône mondiale de la World Music.

Il tourne à nouveau dans le monde entier, remplissant l’Olympia et tournant en Europe et aux États-Unis. Il devient le patriarche respecté de la nouvelle génération. Son message est simple : l’amour n’a pas de religion et la musique est la seule patrie qui ne demande jamais de passeport. Il collabore avec les maîtres du chaâbi musulman au sein du projet El Gusto, scellant des retrouvailles historiques.

L’anecdote de la mémoire

On raconte qu’à son retour à l’Olympia, il était tellement ému de voir des jeunes Algériens porter le drapeau de son pays qu’il a pleuré sur scène avant d’entonner Alger, Alger. Un moment de grâce pure.

🏛️
Un héritage éternel : Le pont entre les deux rives

Lili Boniche s’éteint le 6 mars 2008 à Paris à l’âge de 86 ans. Il laisse derrière lui une œuvre monumentale qui est aujourd’hui étudiée comme le premier exemple de fusion réussie entre le patrimoine arabe et la modernité occidentale. Son titre Alger, Alger est devenu l’hymne officieux de tous les nostalgiques de la cité blanche.

Il a ouvert la voie à de nombreux artistes contemporains de la diaspora, prouvant que l’identité algérienne était multiple, riche et universelle. Pour les Algériens de toutes confessions, il restera « Lili », le gamin de la Casbah qui a fait danser le piano et pleurer les guitares.

📀 Les succès immortels de Lili Boniche
📀
Alger, Alger : L’ode absolue à la splendeur de la ville blanche.
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Ana El Ower : La quintessence du rythme orano-algérois.
📀
On m’appelle l’oriental : Le manifeste du style Francarabe.
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B’net El Alger : Un hommage galant à la beauté des Algériennes.


Questions fréquentes

Est-il le créateur du style Francarabe ?

Oui, Lili Boniche est considéré comme le père fondateur du Francarabe. Il a été le premier à systématiser l’usage du français et de l’arabe sur des rythmes de music-hall occidental (paso doble, rumba, tango).

Pourquoi a-t-il arrêté sa carrière pendant 30 ans ?

Après son exil en 1962, Lili Boniche a privilégié la stabilité de sa famille. Il est devenu gérant de plusieurs cinémas à Paris et s’est investi dans la restauration. Il n’a repris le chant que dans les années 90, poussé par des admirateurs qui voulaient redécouvrir son génie.

Quelle était sa relation avec Maurice El Medioni ?

C’était une collaboration fraternelle. Maurice El Medioni a été le pianiste et arrangeur attitré de Lili pendant des décennies. Maurice apportait la science du Pianoriental qui servait d’écrin à la voix de Lili.

Est-il enterré en Algérie ?

Non, il est décédé à Paris et repose dans un cimetière parisien. Cependant, son cœur et son œuvre sont restés à Alger, comme en témoigne son titre testamentaire Alger, Alger.

« Alger est la seule ville au monde qui a une voix. J’ai passé ma vie à essayer de la traduire en musique. »

— À la mémoire de Lili Boniche (1921 – 2008)

ⵍⵉⵍⵉ ⴱⵓⵏⵉⵛ — L’Orient Éternel

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