Liamine Zeroual
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Liamine Zéroual : le président de la « décennie noire » (biographie, décisions, démission)
Liamine Zéroual (né en 1941 à Batna) est l’un des visages les plus complexes de l’État algérien contemporain : un général formé dans l’armée, propulsé à la tête du pays en pleine guerre civile, puis élu président en 1995 avant de quitter le pouvoir en 1999. Son mandat se confond avec les années les plus sombres de la « décennie noire », entre lutte antiterroriste, tentatives d’issue politique et réforme institutionnelle — notamment la Constitution de 1996. Sa démission, annoncée à contretemps, reste un moment-clé de l’histoire politique algérienne.
Écrire sur Zéroual, c’est marcher sur une ligne de crête. D’un côté, des faits datés : une arrivée au sommet de l’État en 1994, une élection présidentielle en 1995, une refonte constitutionnelle en 1996, une recomposition partisane en 1997, puis un départ du pouvoir en 1999. De l’autre, un contexte : l’effondrement de la scène politique après l’arrêt du processus électoral de 1991-1992, l’explosion de la violence armée, la pression internationale, la fragmentation du champ islamiste, et une société algérienne prise en étau.
Cet article rassemble les repères essentiels (biographie, chronologie, décisions), mais aussi les débats qu’ils ont ouverts : Zéroual était-il un « transitionnel » chargé de stabiliser le régime, ou un chef d’État cherchant réellement une sortie politique ? Pourquoi a-t-il écourté son mandat alors qu’il disposait d’une légitimité électorale ? Et que reste-t-il, aujourd’hui, de ces années où l’Algérie cherchait une voie entre ordre, réforme et réconciliation ?
Sommaire
- Fiche d’identité
- Origines, guerre de Libération et formation
- Carrière militaire : du terrain aux régions stratégiques
- 1994 : arrivée au sommet de l’État, au cœur de la crise
- 1995 : l’élection présidentielle, une légitimité recherchée
- 1996 : Constitution, architecture du pouvoir et recomposition
- Dialogue, violence et impasses : Sant’Egidio et la guerre
- 1998-1999 : démission et sortie de scène
- Héritage : ce que Zéroual a laissé, ce qu’il n’a pas pu faire
- Chronologie (repères)
- Questions fréquentes
Fiche d’identité : Liamine Zéroual
| Nom complet | Liamine Zéroual (اليمين زروال) |
| Date de naissance | 3 juillet 1941 |
| Lieu de naissance | Batna (Aurès) |
| Parcours | ALN (1957) → ANP → commandements régionaux → ministre de la Défense (1993) → président (1994-1999) |
| Fonction | Président de l’État puis président de la République (31 janvier 1994 – 27 avril 1999) |
| Période | « Décennie noire » / guerre civile algérienne (années 1990) |
| Repères associés | Élection présidentielle 1995 ; Constitution 1996 ; recomposition politique 1997 ; départ anticipé 1999 |
| À lire aussi | Chadli Bendjedid • Redha Malek • Abdelaziz Bouteflika • Octobre 1988 |
1) Origines, guerre de Libération et formation
Né à Batna en 1941, Liamine Zéroual appartient à cette génération qui n’a pas connu l’Algérie indépendante à l’âge adulte : elle la conquiert d’abord, puis la construit, souvent dans l’uniforme. Il rejoint l’Armée de libération nationale (ALN) en 1957, adolescent, au cœur de la guerre contre la France — un point de biographie confirmé par des notices de référence. (Voir notamment la synthèse de l’Encyclopaedia Britannica.)
Après 1962, sa trajectoire épouse celle d’une armée devenue colonne vertébrale de l’État. Zéroual est envoyé en formation à l’étranger — la période est celle où l’Algérie, non-alignée mais très active diplomatiquement, diversifie ses partenariats militaires. Les biographies disponibles évoquent notamment un passage par l’Union soviétique et d’autres centres de formation. Cette dimension compte : elle contribue à fabriquer un profil d’officier « technicien », plus à l’aise dans la chaîne de commandement que dans les tribunes partisanes.
Repères : l’Algérie qui forme ses cadres militaires après 1962
Dans les décennies qui suivent l’indépendance, l’ANP structure ses écoles et envoie une partie de ses cadres se former à l’étranger. Ce mouvement crée des générations d’officiers marquées par une culture d’État : discipline, centralisation, et idée que la stabilité nationale se joue d’abord dans les institutions.
2) Carrière militaire : du terrain aux régions stratégiques
Les années 1970-1980 installent Zéroual dans des postes à responsabilité : écoles militaires, puis commandements de régions sensibles. Les biographies de référence et la littérature sur l’armée algérienne rappellent qu’il a dirigé des structures de formation et commandé des régions militaires — notamment à des périodes où les enjeux de frontières (Maroc), de profondeur saharienne, et de sécurité interne sont centraux. Cette montée en grade le place dans le cercle des officiers supérieurs qui, à la fin des années 1980, gèrent une Algérie sous tension sociale et politique.
En 1989, il atteint le sommet des forces terrestres (chef des forces terrestres, selon plusieurs notices). Mais sa trajectoire connaît un coude : il quitte l’armée sur désaccord avec le président Chadli Bendjedid, avant de passer par la diplomatie. Ce détail est souvent cité parce qu’il nuance l’image d’un pur « produit du système » : Zéroual est aussi, à certains moments, un homme qui se retire plutôt que de s’aligner.
3) 1994 : arrivée au sommet de l’État, au cœur de la crise
Quand Zéroual arrive au sommet de l’État (1994), l’Algérie traverse l’une des séquences les plus violentes de son histoire récente. Le pays vit les conséquences de la crise ouverte au début des années 1990 : polarisation politique, multiplication des groupes armés, attaques contre civils, forces de sécurité, infrastructures, et climat de peur. Des chronologies de référence sur la guerre civile algérienne décrivent cette période comme une spirale où la violence devient, pour beaucoup d’acteurs, un langage politique.
Zéroual vient alors du cœur de l’appareil d’État : ministre de la Défense en 1993, il apparaît comme une figure capable d’absorber la crise sans faire exploser la maison. Le choix n’est pas seulement personnel : il est institutionnel. L’objectif, à ce moment-là, est de restaurer un minimum de « verticalité » étatique — et d’éviter que la présidence ne devienne un simple siège vide.
À retenir
- 1994 : Zéroual prend les rênes en pleine guerre civile.
- Il cherche une légitimité électorale pour stabiliser l’exécutif.
- Son mandat mêle sécurité, réforme institutionnelle et tentatives d’ouverture.
4) 1995 : l’élection présidentielle, une légitimité recherchée
Le moment 1995 est décisif : il s’agit de transformer une direction « de crise » en présidence dotée d’un mandat populaire. Des ressources académiques et chronologiques rappellent que Zéroual remporte l’élection présidentielle de novembre 1995 — un scrutin présenté comme une étape de normalisation institutionnelle, même si le contexte sécuritaire et les conditions politiques alimentent, à l’époque, des controverses sur l’équité du jeu.
Dans les faits, cette élection sert deux objectifs. D’abord, reprendre l’initiative face aux groupes armés : un président élu peut prétendre parler au nom d’un corps électoral, pas seulement d’un conseil de sécurité. Ensuite, signaler — à l’intérieur comme à l’extérieur — que l’État algérien n’est pas en suspension. L’idée est simple : même en guerre, l’État prétend rester État.
Cette quête de légitimité ne résout pas tout : la violence ne cesse pas d’un coup, et l’espace politique reste verrouillé sur plusieurs fronts. Mais elle rebat les cartes : désormais, Zéroual n’est plus seulement un « chef de transition ». Il devient un président qui engage sa responsabilité devant l’histoire.
5) 1996 : Constitution, architecture du pouvoir et recomposition
La Constitution de 1996 est souvent citée comme le marqueur institutionnel du mandat Zéroual. Elle intervient après une période où l’Algérie cherche à redéfinir ses équilibres : présidence forte, encadrement du pluralisme, et volonté de limiter certaines dérives qui ont explosé au début des années 1990. Dans la lecture politique, l’enjeu n’est pas seulement juridique : il est de « refermer » la crise institutionnelle, en fixant des règles plus strictes et une architecture plus contrôlée.
C’est aussi l’époque de la recomposition partisane, où émergent ou se renforcent des formations alignées sur la stabilisation du régime. Ces dynamiques culminent à la fin des années 1990, au moment où la scène politique se reconfigure avant l’après-Zéroual.
Pour comprendre cette période, il faut la relier à l’amont : la rupture politique et sociale des années 1988-1992. Sur Zoom Algérie, notre dossier sur les émeutes d’octobre 1988 éclaire la fracture initiale : une société jeune, une crise économique, une perte de confiance — et l’ouverture pluraliste qui suivra, avec ses promesses et ses risques.
6) Dialogue, violence et impasses : Sant’Egidio et la guerre
Le nom de Zéroual est lié à un débat central : fallait-il négocier, et avec qui ? En janvier 1995, une partie de l’opposition algérienne se retrouve à Rome, à l’initiative de la communauté de Sant’Egidio, pour élaborer une plate-forme visant une sortie politique de crise. Le pouvoir algérien rejette cette initiative. Les sources disponibles sur cette plate-forme insistent sur un point : elle ne débouche pas sur des mesures concrètes, mais elle devient un symbole durable des tentatives de médiation internationale et des fractures de l’opposition.
Dans l’appareil d’État, la ligne dominante reste alors la priorité sécuritaire. Mais Zéroual est parfois décrit comme plus « dialoguiste » que d’autres figures du moment : non pas au sens d’une ouverture totale, mais au sens d’une recherche d’issue qui ne soit pas uniquement militaire. Le problème, dans les années 1990, est que le champ armé est fragmenté : même si un canal politique existe, une partie de la violence n’obéit plus à une logique négociable.
Cette tension — sécurité d’abord, politique ensuite — traverse tout son mandat. Elle explique aussi pourquoi les lectures sur Zéroual divergent : pour les uns, il a essayé d’ouvrir une porte ; pour les autres, il a consolidé un système qui n’a concédé que le strict minimum.
7) 1998-1999 : démission et sortie de scène
La séquence la plus commentée reste son départ. Fin 1998, Zéroual annonce une élection présidentielle anticipée et sa décision de ne pas aller au bout de son mandat. Dans la littérature médiatique et politique, cette démission est souvent présentée comme un moment de bascule : elle ouvre la voie à la présidentielle de 1999, remportée par Abdelaziz Bouteflika.
Pourquoi partir ? Deux lectures dominent. La première, institutionnelle, met en avant une volonté d’éviter l’enlisement : Zéroual aurait estimé que la sortie de crise exigeait un autre format politique, un autre pacte interne. La seconde, plus conflictuelle, insiste sur les rapports de force au sommet de l’État : la démission serait le produit de tensions internes, d’arbitrages de sécurité, et de désaccords sur la suite à donner au pouvoir. Des récits journalistiques détaillent cette hypothèse, en parlant d’une démission « sous pression » ou « forcée ».
Après son départ, Zéroual se tient largement à distance de la vie politique. Cet effacement nourrit son image : celle d’un président qui a quitté la scène sans chercher à la reconquérir — un choix rare dans l’histoire des pouvoirs.
8) Héritage : ce que Zéroual a laissé, ce qu’il n’a pas pu faire
Le bilan Zéroual se lit moins en « grands projets » qu’en gestion d’une tempête. Trois éléments ressortent.
1) Une présidence de stabilisation. En ramenant l’élection présidentielle au centre du dispositif, Zéroual cherche à restaurer une légitimité institutionnelle. Même contestée, cette démarche évite une présidence purement administrative. Des analyses universitaires de l’époque soulignent l’importance de cette étape dans la recomposition de l’État.
2) Une réforme institutionnelle structurante. La Constitution de 1996, quelle que soit la critique qu’on en fait, marque la volonté de verrouiller l’architecture politique après le chaos. Elle s’inscrit dans un mouvement de reprise de contrôle — sur les partis, les institutions, les équilibres.
3) Une tentative d’équation impossible : sécurité + politique. La guerre civile algérienne ne se « règle » pas par une seule décision. Zéroual se retrouve au milieu d’une crise où l’État veut survivre, où la violence se démultiplie, et où la société réclame à la fois protection et horizon. Ce dilemme explique pourquoi son mandat reste, aujourd’hui, un objet de débats.
Pour approfondir le contexte des années 1990 et ses racines, on peut relier cette période aux trajectoires politiques précédentes : Chadli Bendjedid (l’ouverture pluraliste), puis Bouteflika (la réconciliation et la longue séquence 1999-2019). C’est dans cet intervalle, précisément, que se situe Zéroual : un pont entre deux époques.
9) Chronologie (repères)
| Date | Événement |
|---|---|
| 3 juillet 1941 | Naissance à Batna |
| 1957 | Engagement dans l’ALN pendant la guerre de Libération |
| 1989 | Quitte l’armée (désaccords), puis passage par la diplomatie |
| 1993 | Ministre de la Défense |
| 31 janvier 1994 | Accède à la présidence en pleine crise |
| 16 novembre 1995 | Élu président de la République (élection présidentielle) |
| 1996 | Adoption d’une nouvelle Constitution |
| 1998 | Annonce d’une présidentielle anticipée et de son retrait |
| 27 avril 1999 | Fin de mandat ; transition vers l’élection de 1999 |
10) Questions fréquentes
Qui était Liamine Zéroual ?
Liamine Zéroual est un général et homme d’État algérien, président de l’Algérie de 1994 à 1999. Son mandat se déroule pendant la guerre civile des années 1990 (« décennie noire »), avec une recherche de légitimité électorale (présidentielle 1995) et une réforme institutionnelle (Constitution 1996).
Pourquoi parle-t-on de Zéroual comme du président de la « décennie noire » ?
Parce qu’il dirige l’État au moment où la violence armée et la crise politique atteignent un niveau extrême. Son mandat correspond à une partie centrale des années 1990, marquées par l’affrontement entre forces de sécurité et groupes armés, et par des tentatives d’issue politique.
Que change la Constitution de 1996 sous Zéroual ?
La Constitution de 1996 est souvent présentée comme une reprise de contrôle institutionnelle après le chaos du début des années 1990. Elle redéfinit l’architecture du pouvoir et encadre davantage le jeu politique, dans une logique de stabilisation de l’État.
Pourquoi Liamine Zéroual a-t-il démissionné avant la fin de son mandat ?
Sa décision (1998) d’abréger le calendrier et de se retirer est interprétée de deux façons : soit comme un choix de sortie institutionnelle pour débloquer la crise, soit comme le résultat de tensions internes au sommet de l’État. Les récits et analyses divergent sur le poids exact de chaque facteur.
Quel lien entre Zéroual et la plate-forme de Sant’Egidio (1995) ?
La plate-forme de Sant’Egidio est une initiative de médiation politique portée par une partie de l’opposition en 1995. Le pouvoir algérien la rejette. Elle reste surtout un marqueur des tentatives de sortie politique et des fractures de l’époque, plus qu’un accord appliqué.
Lire aussi :
- Portrait rapide : Liamine Zeroual — utile pour renvoyer vers l’ancienne version / consolidation SEO.
- Chadli Bendjedid — comprendre l’ouverture politique qui précède la crise.
- Redha Malek — figure de l’exécutif au début du mandat Zéroual.
- Abdelaziz Bouteflika — l’après-1999 et la séquence de la réconciliation.
- Émeutes d’octobre 1988 — racines sociales et politiques de la rupture.
- Autopsie d’une tragédie (1988-2000) — lecture d’ensemble de la période.
- Pouvoir et appareils en Algérie — pour contextualiser les rapports de force (à manier avec prudence éditoriale).
- Alger — capitale politique et centre de décision durant la crise.
- Batna — ancrage régional (Aurès), repère biographique.
- Rubrique Personnalités algériennes — renforcer le cocon sémantique.
Sources externes
- Encyclopaedia Britannica — notice biographique sur Liamine Zeroual (repères de carrière et mandat).
- Université de Sherbrooke (Perspective monde) — notice sur l’élection présidentielle de 1995.
- IREMAM / IREMmO — analyses et documents universitaires sur la période (contexte politique et électoral).
- OpenEdition (CNRS) — éléments de contexte sur Sant’Egidio et la médiation (lecture académique).
- Le Monde diplomatique — chronologies et repères sur la guerre civile des années 1990.
- Jeune Afrique — récit et enquête sur la démission de Zéroual (angle journalistique, à croiser).
Voir aussi : Chadli Bendjedid, Redha Malek, Abdelaziz Bouteflika. Abonnez-vous à la rubrique Personnalités algériennes pour suivre les mises à jour.






































































































































































































































































































































































































































































































































































































