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Larbi Ben M’hidi

Mohamed Larbi Ben M’hidi (1923-1957), surnommé « El Hakim » (le Sage), incarne l’âme pure de la Révolution algérienne. L’un des six chefs historiques qui déclenchèrent l’insurrection du 1er novembre 1954, il fut l’architecte de la bataille d’Alger. Arrêté en février 1957, il affronta ses bourreaux avec une sérénité qui força l’admiration de ses ennemis. Assassiné par l’armée française à 34 ans, sa mort fut maquillée en suicide. Le 1er novembre 2024, la France a officiellement reconnu sa responsabilité.

Fiche d’identité

Nom completMohamed Larbi Ben M’hidi (محمد العربي بن مهيدي)
SurnomsEl Hakim (le Sage), Zapata, Le Carburateur
Naissance1923, Douar El Kouahi, Aïn M’lila
OrigineFamille chaoui rurale aisée
DécèsNuit du 3 au 4 mars 1957 (34 ans)
Cause de la mortAssassiné par pendaison (maquillé en suicide)
ResponsableGénéral Paul Aussaresses
FonctionsChef Wilaya V, membre CCE, chef ZAA
SépultureCarré des Martyrs, cimetière El Alia, Alger

1. Origines et formation d’un révolutionnaire

Une jeunesse dans les Aurès

Mohamed Larbi Ben M’hidi naît en 1923 au douar El Kouahi, près de la ville d’Aïn M’lila, à 40 kilomètres au sud de Constantine, dans l’actuelle wilaya d’Oum El Bouaghi. Issue d’une famille chaoui rurale relativement aisée, les Ben M’hidi forment un grand arch (tribu) de la région. Il est le cadet d’une fratrie de cinq enfants : trois filles et deux garçons.

Son parcours scolaire témoigne d’une intelligence précoce. Après l’école primaire de son village, il poursuit ses études à Batna où il obtient son certificat d’études primaires en 1936. Il entreprend ensuite des études secondaires à Biskra, la « capitale des Ziban ».

Le scoutisme, creuset du nationalisme

En 1939, le jeune Larbi rejoint les Scouts Musulmans Algériens (SMA) à Biskra. Cette organisation constitue un véritable creuset pour le nationalisme algérien. Son leadership naturel le propulse rapidement au grade de chef de groupe. C’est dans ce cadre qu’il forge ses premières convictions patriotiques.

Biskra lui offre également d’autres écoles de vie : il joue au football à l’US Biskra et découvre une passion pour le théâtre. Il travaille quelque temps comme comptable au service du Génie civil.

2. L’engagement politique : du PPA à l’OS

Le traumatisme du 8 mai 1945

En 1944, Ben M’hidi adhère au Mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML) de Ferhat Abbas. Il milite parallèlement au Parti du Peuple Algérien (PPA) de Messali Hadj.

Les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata constituent un tournant décisif. Participant aux manifestations à Biskra, Ben M’hidi est arrêté et incarcéré à la prison du Coudiat de Constantine. Cette expérience renforce sa détermination : l’indépendance ne s’obtiendra que par la lutte.

« Le colonialisme est entré au pays par le sang, il en sortira de même. »

— Larbi Ben M’hidi

L’Organisation Spéciale (OS)

Ben M’hidi adhère au Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD) et devient cadre de l’Organisation Spéciale (OS), le bras armé secret chargé de préparer la lutte armée. En 1949, il devient responsable de l’aile militaire à Sétif et adjoint de Mohamed Boudiaf.

En 1950, après le démantèlement de l’OS, Ben M’hidi est condamné par défaut à dix ans de prison. Il entre dans la clandestinité totale, ce qui lui vaut le surnom de « l’homme aux vingt visages ».

3. Les « Six Historiques » et le 1er novembre 1954

La naissance du FLN

Face à la crise qui paralyse le MTLD, des militants décident de forcer le destin. En mars 1954, Ben M’hidi est l’un des neuf fondateurs du Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action (CRUA). Le 25 juin 1954, la réunion historique des « 22 » se tient au Clos Salembier, à Alger.

🏛️ Le Groupe des Six – Chefs historiques de l’intérieur

Les six membres du comité qui déclenchèrent l’insurrection du 1er novembre 1954 :

La Toussaint Rouge

Le 1er novembre 1954, à minuit, la Toussaint Rouge déclenche la guerre de libération. Soixante-dix attentats coordonnés frappent simultanément le territoire algérien. En Oranie, zone confiée à Ben M’hidi, les premières opérations ont lieu, notamment l’attaque de la gendarmerie de Cassaigne près de Mostaganem.

4. Chef de la Wilaya V : l’Oranie en résistance

Ben M’hidi prend la direction de la Zone 5 (future Wilaya V), couvrant l’ensemble de l’Oranie : Oran, Tlemcen, Mascara, Sidi Bel Abbès et Aïn Témouchent.

Surnommé « le Carburateur » en raison de son dynamisme infatigable, Ben M’hidi structure les réseaux clandestins, recrute des combattants et établit des liaisons avec le Maroc. En 1956, il transmet le commandement à Abdelhafid Boussouf pour rejoindre la direction nationale.

5. Le Congrès de la Soummam et le CCE

Du 13 au 20 août 1956, le Congrès de la Soummam se tient à Ifri-Ighzer Amokrane, dans la vallée de la Soummam. Ce congrès fondateur, organisé par Abane Ramdane, structure la Révolution. Ben M’hidi est élu président des séances.

📜 Les principes de la Soummam

  • Primauté du politique sur le militaire
  • Primauté de l’intérieur sur l’extérieur
  • Direction collégiale : création du CNRA et du CCE
  • Organisation territoriale : 6 wilayas + Zone Autonome d’Alger

Ben M’hidi est élevé au grade de colonel et désigné membre du Comité de Coordination et d’Exécution (CCE). Il est nommé chef de la Zone Autonome d’Alger (ZAA).

6. La Bataille d’Alger : l’épreuve de feu

À partir de l’automne 1956, Ben M’hidi met en œuvre la stratégie de guérilla urbaine avec Yacef Saâdi et Ali la Pointe.

« Mettez la révolution dans la rue, le peuple s’en emparera. »

— Larbi Ben M’hidi

Le 30 septembre 1956, les attentats du Milk-Bar et de la Cafétéria, perpétrés par Djamila Bouhired et Zohra Drif, marquent le début de la campagne.

« Donnez-nous vos avions et vos chars, nous vous donnerons nos couffins. »

— Larbi Ben M’hidi, aux journalistes français

La grève des huit jours

Du 28 janvier au 4 février 1957, Ben M’hidi organise une grève générale de huit jours avec l’appui de l’UGTA. Le gouvernement de Guy Mollet confie les pouvoirs de police au général Massu. La « Bataille d’Alger » commence.

⚔️ La répression de la Bataille d’Alger

  • Quadrillage de la Casbah
  • Arrestations massives (24 000 personnes)
  • Torture systématique (la « gégène », la « baignoire »)
  • Disparitions forcées (3 000 à 8 000 disparus)
  • Exécutions sommaires maquillées en suicides

7. Arrestation et derniers jours

Le 23 février 1957, Larbi Ben M’hidi est arrêté boulevard Saint-Saëns à Alger par le 3e RPC du colonel Marcel Bigeard.

Exhibé devant la presse, menotté, Ben M’hidi affiche un sourire serein qui deviendra iconique. Le colonel Jacques Allaire témoignera en 2006 :

« C’était un seigneur, Ben M’hidi. Il était impressionnant de calme, de sérénité et de conviction. J’aurais aimé avoir un patron comme ça de mon côté. »

— Colonel Jacques Allaire (2006)

💬 Le dialogue avec ses capteurs

« Ne croyez pas ça ! Un autre prendra ma place. Vous êtes le passé, nous sommes l’avenir. »

8. L’assassinat et la reconnaissance française

Le 6 mars 1957, un communiqué annonce que Ben M’hidi « s’est suicidé en se pendant avec des lambeaux de sa chemise ».

La vérité émerge en 2001 : le général Paul Aussaresses avoue dans Services spéciaux, Algérie 1955-1957 avoir organisé l’exécution par pendaison, maquillée en suicide.

⚫ Les dernières heures selon Aussaresses

  • Ben M’hidi est conduit dans une ferme de la Mitidja
  • Il refuse qu’on lui bande les yeux : « Je suis colonel de l’ALN »
  • La première fois, la corde casse
  • Il se tait jusqu’à la fin

La reconnaissance officielle de 2024

Le 1er novembre 2024, le président Emmanuel Macron reconnaît officiellement :

« Larbi Ben M’hidi, héros national pour l’Algérie, a été assassiné par des militaires français placés sous le commandement du général Aussaresses. »

Le 19 novembre 2024, l’ambassadeur de France dépose une gerbe sur sa tombe au cimetière d’El Alia.

9. Héritage et mémoire

En Algérie, Larbi Ben M’hidi est vénéré comme un héros national :

  • La rue Larbi Ben M’hidi à Alger (ancienne rue d’Isly)
  • Chaque ville d’Algérie possède une rue portant son nom
  • L’Université d’Oum El Bouaghi
  • Marsa Ben M’hidi, commune de Tlemcen
  • Les plages de Skikda

Lors du Hirak de 2019, son portrait fut brandi comme symbole de dignité. On le compare souvent à Jean Moulin, le héros français de la Résistance.

« Lorsque nous en aurons fini avec l’occupant, il se passera des choses terribles. On oubliera toutes les souffrances pour se disputer des places. Ce sera la lutte pour le pouvoir. »

— Larbi Ben M’hidi

10. Chronologie complète

DateÉvénement
1923Naissance à Aïn M’lila (Oum El Bouaghi)
1939Adhésion aux Scouts Musulmans Algériens
8 mai 1945Arrestation suite aux manifestations de Sétif
1947Intégration à l’Organisation Spéciale (OS)
1950Condamnation par défaut, entrée en clandestinité
Mars 1954Cofondateur du CRUA
1er nov. 1954Déclenchement de l’insurrection, chef Zone 5 (Oranie)
20 août 1956Congrès de la Soummam, membre du CCE
30 sept. 1956Attentats du Milk-Bar et de la Cafétéria
28 janv. 1957Grève générale des huit jours
23 fév. 1957Arrestation par le 3e RPC de Bigeard
3-4 mars 1957Assassinat par pendaison
2001Aveux d’Aussaresses
1er nov. 2024Reconnaissance officielle par le président Macron

11. Questions fréquentes

FAQ – Larbi Ben M’hidi

Qui était Larbi Ben M’hidi ?

Mohamed Larbi Ben M’hidi (1923-1957) était l’un des six chefs historiques qui déclenchèrent la guerre d’indépendance algérienne le 1er novembre 1954. Surnommé « El Hakim » ou le « Jean Moulin algérien », il fut membre du CCE et chef de la Zone Autonome d’Alger.

Comment est mort Larbi Ben M’hidi ?

Ben M’hidi a été assassiné par pendaison dans la nuit du 3 au 4 mars 1957, sur ordre du général Aussaresses. Son exécution a été maquillée en suicide. La France a reconnu sa responsabilité le 1er novembre 2024.

Quelle est la citation célèbre de Larbi Ben M’hidi ?

« Jetez la révolution dans la rue, le peuple s’en emparera. » Et aussi : « Donnez-nous vos avions et vos chars, nous vous donnerons nos couffins. »

Qui sont les « Six Historiques » ?

Les six chefs de l’intérieur du 1er novembre 1954 : Mohamed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad, Rabah Bitat, Krim Belkacem et Larbi Ben M’hidi.

Où est enterré Larbi Ben M’hidi ?

Au Carré des Martyrs du cimetière d’El Alia, à Alger.

Quand la France a-t-elle reconnu l’assassinat ?

Le 1er novembre 2024, soixante-dix ans après le déclenchement de la guerre d’Algérie.

Note éditoriale

Sources : Archives du FLN, aveux du général Aussaresses (Services spéciaux, Algérie 1955-1957, Perrin, 2001), documentaire d’Yves Boisset (2006), travaux de Mohammed Harbi et Benjamin Stora, communiqués de l’Élysée (novembre 2024).

Dernière mise à jour : Janvier 2026

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