Lakhdar Bentobal
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Lakhdar Bentobal (1923-2010), connu sous le nom de guerre « Si Abdellah », fait partie de ces dirigeants de la Révolution algérienne dont l’influence s’exerce davantage dans l’ombre que dans les tribunes. Militant précoce du PPA, cadre de l’Organisation spéciale (OS), membre du Groupe des 22, il devient ensuite l’un des hommes forts du FLN, notamment comme responsable de la Wilaya II (Nord-Constantinois), puis comme membre du CNRA et du CCE, avant d’être nommé ministre de l’Intérieur du GPRA et de participer aux négociations d’Évian.
Pourquoi Lakhdar Bentobal compte-t-il autant dans l’histoire de la guerre d’indépendance, alors que son nom est moins médiatisé que d’autres figures ? Parce qu’il traverse toutes les étapes décisives : la structuration clandestine (PPA/OS), la bascule vers l’insurrection (Groupe des 22), la conduite de la guerre dans une région clé (Wilaya II), la réorganisation politique après le Congrès de la Soummam, puis la diplomatie et la négociation jusqu’à 1962. Ce portrait remet en ordre les faits, le contexte et les controverses, sans mythifier ni caricaturer.
Sommaire
- Fiche d’identité
- Origines à Mila et éveil nationaliste
- Du PPA à l’Organisation spéciale : la clandestinité
- Le Groupe des 22 et la décision de l’insurrection
- Wilaya II : guerre, organisation, zones grises
- Soummam, CNRA, CCE : l’homme des appareils
- GPRA et Évian : du maquis à la négociation
- Après 1962 : retrait politique et mémoire
- Chronologie complète
- Questions fréquentes
Fiche d’identité : Lakhdar Bentobal
| Nom | Lakhdar Bentobal (الأخضر بن طوبال) |
| Nom de guerre | « Si Abdellah » |
| Date de naissance | 8 janvier 1923 |
| Lieu de naissance | Mila (wilaya de Mila) |
| Engagement | PPA → OS → CRUA/FLN → ALN |
| Fonctions clés | Chef/dirigeant de la Wilaya II (Nord-Constantinois), membre CNRA et CCE, ministre de l’Intérieur du GPRA, négociateur des Accords d’Évian |
| Date de décès | 21 août 2010 |
| Lieu de décès | Alger (Alger) |
1. Origines à Mila et éveil nationaliste
Né à Mila le 8 janvier 1923, Lakhdar Bentobal appartient à une génération qui grandit sous le régime colonial, entre inégalités juridiques, dépossession économique et contrôle politique. Dans les années 1940, le mouvement national se structure et se durcit : le Parti du Peuple Algérien (PPA) s’enracine dans les villes et les campagnes, et forme des cadres capables d’organiser, de recruter, de tenir la clandestinité.
Bentobal adhère tôt au PPA et devient responsable local dans sa région, selon plusieurs notices biographiques et nécrologies. Cette période est décisive : elle forge un profil d’« organisateur » — moins porté sur l’éloquence publique que sur les circuits, les liaisons, les consignes, et la discipline.
2. Du PPA à l’Organisation spéciale : la clandestinité
À la fin des années 1940, l’option armée se prépare dans l’ombre. Bentobal rejoint l’Organisation spéciale (OS), branche paramilitaire clandestine qui doit constituer un noyau opérationnel (armes, caches, cadres, entraînement). Pour situer cette étape dans la chronologie du nationalisme, on peut la lire en miroir avec les parcours d’autres figures déjà traitées sur Zoom Algérie, comme Didouche Mourad ou Mostefa Ben Boulaïd, eux aussi passés par l’OS.
L’OS est démantelée au début des années 1950, et nombre de militants entrent dans une clandestinité prolongée. Cette « école du secret » comptera dans les méthodes de la guerre : cloisonnement des réseaux, compartimentage de l’information, hiérarchie resserrée. Bentobal fait partie de ces cadres qui survivent politiquement à la répression grâce à cette discipline.
Repères : OS, CRUA, FLN — qui fait quoi ?
- OS : structure clandestine paramilitaire (fin des années 1940), matrice de futurs réseaux.
- CRUA : Comité révolutionnaire d’unité et d’action, créé pour sortir de l’impasse politique et préparer l’insurrection.
- FLN/ALN : Front de Libération Nationale et son bras armé, l’Armée de Libération Nationale, à partir de 1954.
3. Le Groupe des 22 et la décision de l’insurrection
En 1954, la crise du mouvement national ouvre une fenêtre : le moment est jugé venu d’enclencher l’action armée. Bentobal figure parmi les participants de la Réunion des 22 (souvent appelée « Groupe des 22 »), qui acte le principe d’une révolution « illimitée » jusqu’à l’indépendance. Cette réunion, tenue à Alger, constitue un jalon central — on la retrouve au cœur de plusieurs biographies de dirigeants du FLN.
À ce stade, Bentobal n’est pas encore une figure « de façade ». Son rôle s’inscrit dans la logique des réseaux : faire tenir l’organisation, assurer les liaisons, sécuriser les circuits, et préparer la phase suivante. Dans la mémoire du FLN, ce sont précisément ces profils qui deviennent indispensables quand la guerre s’étend et que l’appareil doit gérer à la fois le terrain et le politique.
4. Wilaya II : guerre, organisation, zones grises
Le Nord-Constantinois est un espace clé de la guerre : reliefs propices au maquis, densité humaine, routes stratégiques, proximité de Constantine, de Skikda (ex-Philippeville) et de zones rurales difficiles à contrôler. Bentobal y devient l’un des cadres importants, puis prend la tête de la Wilaya II en septembre 1956, après la mort de Zighoud Youcef, selon plusieurs sources de presse et travaux historiques.
La Wilaya II porte aussi les cicatrices d’une période extrêmement dure : intensification de la guerre, répression, logique de représailles, et conflits internes. L’offensive du 20 août 1955 dans la région de Philippeville/Skikda, suivie d’une répression massive, reste l’un des épisodes les plus controversés et les plus tragiques de la guerre. Les responsabilités sont discutées selon les récits, les archives et les témoignages ; ce que l’on peut affirmer sans surinterpréter, c’est que la Wilaya II se retrouve au centre d’une spirale de violence qui transforme durablement le conflit.
Wilaya II : pourquoi cette région pèse lourd
La Wilaya II (Nord-Constantinois) est un carrefour : routes vers l’Est, montagnes et vallées propices au maquis, proximité de grands centres urbains. C’est aussi une zone où l’ALN doit concilier guerre rurale, contrôle des liaisons et gestion politique d’une population prise entre répression et mobilisation.
5. Soummam, CNRA, CCE : l’homme des appareils
Le Congrès de la Soummam (août 1956) marque une réorganisation majeure : institutions, hiérarchies, articulation entre politique et militaire. Bentobal est cité parmi les cadres intégrés aux nouvelles structures, notamment le CNRA (Conseil national de la Révolution algérienne) et, ensuite, le CCE (Comité de coordination et d’exécution), organe exécutif du FLN.
C’est aussi la période où les équilibres internes se tendent. Dans plusieurs récits, Bentobal apparaît lié au noyau dit des « 3B » — avec Krim Belkacem et Abdelhafid Boussouf — un trio associé à la montée en puissance des appareils politico-militaires à l’extérieur (Tunisie) et à l’intérieur. Sur les conflits de direction (dont le cas Abane Ramdane), les sources divergent : ce qui relève du fait établi, c’est l’existence de luttes internes ; ce qui relève d’imputations, ce sont certaines responsabilités individuelles, souvent rapportées comme des accusations ou des « témoignages ».
6. GPRA et Évian : du maquis à la négociation
En 1958, la proclamation du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) formalise une diplomatie de guerre. Bentobal y est nommé ministre de l’Intérieur, fonction sensible : administration, sécurité, liaisons avec les wilayas, gestion de l’appareil dans une guerre qui exige à la fois discipline et souplesse.
Il participe ensuite à la délégation algérienne des Accords d’Évian, signés en mars 1962. Dans l’imaginaire collectif, Évian est souvent réduit à une date ; en réalité, c’est une négociation complexe où se joue, entre autres, la question du Sahara et des ressources, ainsi que les garanties du cessez-le-feu. Sur Zoom Algérie, ces enjeux se lisent aussi à travers le parcours d’autres négociateurs, comme Redha Malek ou Ahmed Boumendjel.
Évian : ce que « négocier » signifie en 1962
- Cessez-le-feu : calendrier, mécanismes, contrôle sur le terrain.
- Territoire : Sahara et intégrité territoriale au centre des discussions.
- Transition : cadre politique vers l’indépendance et administration.
7. Après 1962 : retrait politique et mémoire
L’été 1962 ouvre une crise politique majeure au sein du camp indépendantiste : rivalités de légitimité, rapports de force militaires, recomposition des alliances. Plusieurs sources indiquent que Bentobal, associé au camp du GPRA, est mis à l’écart et se retire progressivement de la vie politique. Ce choix — volontaire et/ou contraint — explique en partie pourquoi son nom circule moins dans la mémoire populaire que d’autres dirigeants.
Son héritage reste pourtant concret : une trajectoire qui relie le militantisme de base à l’État révolutionnaire en guerre, puis à la négociation finale. Pour replacer Bentobal dans la galerie des dirigeants de la Révolution, on peut le situer aux côtés de Rabah Bitat, Larbi Ben M’hidi, ou encore de figures politiques comme Ferhat Abbas et Benyoucef Benkhedda.
8. Chronologie complète
| Date | Événement |
|---|---|
| 8 janvier 1923 | Naissance à Mila |
| Années 1940 | Militantisme au PPA (implantation locale, organisation) |
| 1947 | Engagement dans l’Organisation spéciale (OS) |
| 25 juin 1954 | Participation au Groupe des 22 (décision du passage à l’insurrection) |
| 1er novembre 1954 | Déclenchement de la guerre d’indépendance (FLN/ALN) |
| Août 1956 | Congrès de la Soummam : intégration dans les nouvelles structures (CNRA/CCE selon les périodes) |
| Septembre 1956 | Prend la tête de la Wilaya II après la mort de Zighoud Youcef |
| 1958 | Nomination comme ministre de l’Intérieur du GPRA |
| Mars 1962 | Négociations et signature des Accords d’Évian (délégation du GPRA) |
| 1962 | Crise politique post-indépendance : mise à l’écart, retrait progressif |
| 21 août 2010 | Décès à Alger |
9. Questions fréquentes
Qui était Lakhdar Bentobal ?
Lakhdar Bentobal (1923-2010), dit « Si Abdellah », était un dirigeant du FLN/ALN : militant du PPA, membre de l’OS, participant au Groupe des 22, responsable de la Wilaya II (Nord-Constantinois), membre du CNRA et du CCE, ministre de l’Intérieur du GPRA et négociateur des Accords d’Évian.
Pourquoi l’appelle-t-on « Si Abdellah » ?
« Si Abdellah » est le nom de guerre attribué à Lakhdar Bentobal pendant la clandestinité et la guerre. Comme beaucoup de cadres de l’ALN, il utilise un nom d’emprunt pour limiter les risques d’identification et protéger les réseaux.
Quel rôle a-t-il joué dans la Wilaya II ?
Bentobal devient responsable de la Wilaya II à partir de septembre 1956 après la mort de Zighoud Youcef. La Wilaya II est alors une zone stratégique du Nord-Constantinois, où l’ALN doit structurer le maquis, sécuriser les liaisons et gérer une guerre très dure, marquée par une répression massive et des tensions internes.
Était-il ministre du GPRA ?
Oui. Lakhdar Bentobal est nommé ministre de l’Intérieur du GPRA à partir de 1958. Ce poste fait de lui un acteur central de l’appareil politico-administratif de la Révolution, à une période où la guerre se joue autant sur le terrain que dans la diplomatie.
A-t-il participé aux Accords d’Évian ?
Oui. Bentobal fait partie de la délégation algérienne aux négociations d’Évian (mars 1962). Les discussions portent notamment sur le cessez-le-feu, la transition vers l’indépendance et les questions territoriales, dont le Sahara.
À lire aussi :
- Rabah Bitat : parcours d’un des fondateurs du FLN
- Krim Belkacem : de la Kabylie aux négociations d’Évian
- Abdelhafid Boussouf : l’appareil du renseignement en guerre
- Abane Ramdane : organisation politique et débats internes
- Zighoud Youcef : la Wilaya II avant 1956
- Didouche Mourad : déclenchement du 1er novembre 1954
- Ferhat Abbas : itinéraire politique avant et après 1954
- Benyoucef Benkhedda : le GPRA et l’après-indépendance
- Constantine : repères historiques et géographiques
- Alger : capitale politique de la Révolution et de l’État
Sources externes et références
- El Watan — « Lakhdar Bentobbal : un artisan discret de la Révolution algérienne » (portrait) : https://elwatan.dz/lakhdar-bentobbal-un-artisan-discret-de-la-revolution-algerienne/
- Orient XXI — « Lakhdar Bentobbal, le combattant algérien qui rêvait d’une révolution agraire » : https://orientxxi.info/lakhdar-bentobbal-le-combattant-algerien-qui-revait-d-une-revolution-agraire%2C5300
- The Africa Report — « Lakhdar Bentobbal: An insider’s view of Algeria’s FLN » : https://www.theafricareport.com/229198/lakhdar-bentobbal-an-insiders-view-of-algerias-fln/
- Echorouk (nécrologie) : https://www.echoroukonline.com/deces-de-lakhdar-bentobal-une-des-figures-historiques-de-la-revolution-algerienne
- Accords d’Évian (liste des négociateurs) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_d%27%C3%89vian
Voir aussi : nos portraits de Rabah Bitat, Krim Belkacem et Abane Ramdane. Abonnez-vous à la rubrique Personnalités algériennes pour ne rien rater.






































































































































































































































































































































































































































































































































































































