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La ville d’El-Oued en Algérie

El Oued, surnommée « la ville aux mille coupoles », est une merveille architecturale nichée au cœur du Grand Erg Oriental. Capitale du Souf, cette oasis unique au monde a développé la technique ancestrale des ghouts — ces cratères creusés dans le sable où les palmiers puisent directement dans la nappe phréatique, inscrite au patrimoine agricole mondial par la FAO. Ses maisons aux coupoles blanches, adaptées au climat désertique, créent un paysage urbain féerique. Deuxième productrice de dattes d’Algérie avec ses millions de palmiers, El Oued est aussi devenue la première région productrice de pomme de terre du pays, transformant le désert en grenier agricole. La zaouïa Tidjaniya de Guemar (1789) rayonne sur toute l’Afrique de l’Ouest, faisant du Souf un haut lieu spirituel.

1. Présentation générale

El Oued (en arabe : الوادي, en berbère : ⵙⵓⴼ Souf) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située au sud-est de l’Algérie. La ville se trouve à 700 km au sud-est d’Alger, 222 km de Biskra, 212 km de Ouargla et à proximité de la frontière tunisienne.

Le toponyme « Souf » provient du berbère « Assouf » signifiant fleuve ou rivière. « Oued Souf » est donc un pléonasme (oued signifiant cours d’eau en arabe). Les chroniqueurs arabes racontent qu’au XIVe siècle, les tribus Troud découvrirent encore l’oued Souf visible.

El Oued est surnommée « la ville aux mille coupoles » en raison de son architecture unique : les toits en dômes blancs qui coiffent les maisons traditionnelles créent un paysage urbain spectaculaire, différent de toutes les autres villes sahariennes.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (wilaya)~680 000 habitants
Population (agglomération)~187 000 habitants
Superficie (wilaya)~44 600 km²
Nombre de daïras10
Nombre de communes22
Code wilaya39
Altitude75 m (quasi niveau de la mer)
Température moyenne21,8°C
Pluviométrie< 100 mm/an
Nombre de palmiers~3,5 millions

3. Histoire du Souf

3.1 Origines berbères et ibadites

Le Souf est habité depuis des siècles, comme l’attestent des vestiges de fossiles et débris de squelettes. Les premiers habitants connus étaient des populations berbères zénètes, présentes dès l’Antiquité. Ces nomades ou semi-nomades vivaient de l’élevage et du commerce caravanier transsaharien.

La première mention de l’oasis se trouve dans les anciennes chroniques ibadites qui l’appelaient « Sūf » ou « Asūf ». Les Berbères zénètes ont probablement adopté très tôt l’ibadisme.

3.2 Arrivée des tribus arabes

Le Souf est un « pays de refuge » qui a attiré de nombreux nomades arabes, aujourd’hui sédentarisés :

Rebaïa : venus de Libye.

Troud : arrivés à partir du XIVe siècle, ils auraient découvert l’oued Souf encore visible et la nappe phréatique peu profonde, développant la technique du ghout.

Châamba : arrivés au XVIIIe siècle, entrés dans un système d’alliances (çoff) avec d’autres groupes (Makhadma, Beni Thour, Saïd Otba).

3.3 Développement et rivalité Guemar-El Oued

El Oued remonte probablement au XVIe siècle, mais n’était qu’un gros village, longtemps moins urbanisé que sa rivale Guemar. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’elle s’imposa comme capitale du Souf.

Les habitants s’impliquèrent dans les luttes opposant Touggourt à Temacine, se divisant en deux çoff (factions). Jusqu’au XIXe siècle, on comptait sept villages principaux.

3.4 Période coloniale et indépendance

L’administration française fit d’El Oued la capitale de la région et le pôle auquel s’identifiait toute la population soufie. La ville fut érigée en commune en 1958 dans le département des Oasis.

En 1984, El Oued fut élevée au rang de chef-lieu de wilaya lors du découpage administratif.

4. Les ghouts : génie hydraulique

Définition et principe

Le ghout (pluriel : ghitan) est une technique agricole ancestrale unique au monde, apparue au XVe siècle. Elle consiste à creuser de vastes entonnoirs ou cratères dans le sable jusqu’à atteindre la nappe phréatique superficielle (1 à 2 mètres au-dessus).

Les palmiers dattiers sont plantés au centre de ces cuvettes. Leurs racines puisent directement l’eau souterraine, sans irrigation ni gaspillage par évaporation. Les cultures secondaires (légumes, céréales, arbres fruitiers) sont disposées en cercles concentriques autour du palmier.

Reconnaissance internationale

La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a inscrit les ghouts au patrimoine agricole mondial comme « système ingénieux du patrimoine agricole mondial ».

Le paysage oasien d’Oued Souf figure sur la liste indicative de l’UNESCO depuis 2002.

Menaces et défis

Sur 9 700 ghouts il y a quarante ans, il n’en restait que 2 355 en 2018. Les causes : remontée de la nappe phréatique (inondations), concurrence des palmeraies modernes, développement de la culture de pomme de terre grande consommatrice d’eau.

Des travaux d’assainissement et de drainage ont été entrepris depuis 2009 pour sauvegarder ce patrimoine unique.

5. Architecture : les mille coupoles

Les coupoles traditionnelles

El Oued se distingue par une architecture unique au Sahara. Contrairement aux terrasses plates des autres villes sahariennes, les maisons traditionnelles sont couvertes de dômes et coupoles en gypse et plâtre local.

Ces coupoles ont une fonction climatique : elles évitent l’entassement du sable sur les toits et assurent une meilleure aération des habitations, garantissant une fraîcheur relative aux intérieurs.

Les portes et fenêtres prennent la forme de voûtes, soutenues par des troncs de palmier.

Urbanisme

La médina d’El Oued, plus simple que celles de Touggourt ou Ouargla, est mieux conservée. Elle resserre ses ruelles et impasses tortueuses entre des maisons sans fenêtres extérieures mais ouvertes à la lumière à l’intérieur.

Le vieux quartier d’El Acheche-Massaâba a été classé secteur sauvegardé au patrimoine culturel algérien.

6. Agriculture et économie

Dattes : deuxième producteur national

El Oued est le deuxième producteur de dattes d’Algérie après Biskra. La vallée du Souf compte 3,5 millions de palmiers pour une production annuelle de 2,5 à 3 millions de quintaux.

Variétés cultivées : Deglet Nour (la plus prisée), Degla Beïda, El Gharss. Les dattes bio des ghouts (« Baâli ») se conservent une année sans altération et sont exportées vers l’Europe.

Le complexe Khalef à Guemar conditionne et exporte plus de 2 000 tonnes annuelles, produisant aussi jus de dattes, vinaigre et café aux noyaux de dattes.

Pomme de terre : première région productrice

Depuis les années 2000, El Oued est devenue la première région productrice de pomme de terre d’Algérie, assurant près de 45% de la production nationale (15 millions de quintaux). Les surfaces cultivées sont passées de 200 ha (1993) à 35 000 ha.

Variétés principales : Spunta (blanche, pour fritures), Désirée (rose), Bartina, Kondor.

Ce « miracle agricole » est dû à l’irrigation par pivots puisant dans les nappes profondes (300 à 2 000 m), au soutien étatique (400 km de pistes, 300 km de lignes électriques) et à l’opiniâtreté des agriculteurs soufis.

Autres productions

Olives : 1 million d’oliviers, 16 000 quintaux/an, 5 huileries modernes.

Tomates : 611 000 quintaux/an.

Arachides, cacahuètes croisées aux amandes, pistaches, tabac, roses de Guemar.

Commerce et ressources

Les Soufis sont réputés parmi les plus grands commerçants et entrepreneurs d’Algérie. El Oued possède également la plus grande mine africaine de sel (Chott Melrhir et Chott Marawan) et le plus grand nombre de chameaux au niveau national.

7. Patrimoine et spiritualité

Zaouïa Tidjaniya de Guemar

Fondée en 1789 par le mokadem Mohamed Essassi El Guemari, la zaouïa Tidjaniya de Guemar est l’une des plus anciennes de la confrérie Tidjaniya, la plus répandue en Afrique de l’Ouest.

Son architecture typique du Souf comprend colonnes larges, voûtes en demi-cylindre et coupoles en demi-sphères. Le sculpteur Omar Gaga de Guemar, spécialisé en gravure sur plâtre, fut sollicité pour décorer la Grande Poste d’Alger.

Autres sites classés

Zaouïa El Kadiria et minaret Sidi Salem : inscrits à l’inventaire des monuments classés.

Musée du Souf : collections ethnologiques, géographiques, géologiques et zoologiques.

Traditions

Course de chameaux : fête du folklore local au printemps.

Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Pour plus de recettes, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

8. Wilayas limitrophes

Wilaya/PaysDirectionDistanceCaractéristiques
BiskraNord-Ouest~222 kmZiban, dattes
KhenchelaNord~250 kmAurès
TébessaNord-Est~300 kmFrontière tunisienne
TunisieEstProcheFrontière
OuarglaSud-Ouest~212 kmPétrole, Sahara
El M’Ghair / TouggourtOuest~101 kmOasis, dattes

Villes principales du Souf

El Oued : capitale, plus de 100 000 habitants, mille coupoles.

Guemar : 2e ville, zaouïa Tidjaniya, aéroport international.

Robbah, Hassi Khalifa, Taghzout, Ouermes : zones de production agricole.

Accès

Aéroport international de Guemar : vols Air Algérie vers Alger, vol hebdomadaire vers Paris-CDG.

Université Hamma Lakhdar : 150 ha, 18 000 étudiants, 6 facultés.

Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

9. Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un ghout ?

Le ghout est une technique agricole ancestrale unique au monde, apparue au XVe siècle dans le Souf. Il consiste à creuser de vastes entonnoirs dans le sable jusqu’à la nappe phréatique (1-2 m). Les palmiers plantés au centre puisent directement l’eau par leurs racines, sans irrigation. La FAO a inscrit ce système au patrimoine agricole mondial. Malheureusement, sur 9 700 ghouts historiques, il n’en reste que 2 355 aujourd’hui.

Pourquoi El Oued est-elle appelée « la ville aux mille coupoles » ?

El Oued doit son surnom à son architecture unique au Sahara. Contrairement aux autres villes sahariennes aux terrasses plates, les maisons traditionnelles sont couvertes de dômes et coupoles en gypse blanc. Ces coupoles ont une fonction climatique : elles évitent l’accumulation de sable et assurent une meilleure aération, maintenant la fraîcheur intérieure. Vues du minaret de la mosquée Salem, ces milliers de coupoles créent un panorama spectaculaire.

Comment El Oued est-elle devenue première productrice de pomme de terre ?

Depuis les années 2000, El Oued a transformé le désert en grenier agricole grâce aux pivots d’irrigation puisant dans les nappes profondes (300-2000 m), au soutien étatique (pistes, électrification), et à l’opiniâtreté des agriculteurs soufis travaillant parfois sous 50°C. La wilaya assure aujourd’hui 45% de la production nationale (15 millions de quintaux sur 35 000 ha), dépassant les régions traditionnelles du Nord comme Aïn Defla ou Mostaganem.

Qu’est-ce que la zaouïa Tidjaniya de Guemar ?

Fondée en 1789 par Mohamed Essassi El Guemari, la zaouïa Tidjaniya de Guemar est l’une des plus anciennes de la confrérie Tidjaniya, la plus répandue en Afrique de l’Ouest. Son architecture typique du Souf comprend colonnes, voûtes et coupoles. Le sculpteur Omar Gaga, spécialisé en gravure sur plâtre du Souf, fut sollicité pour décorer la Grande Poste d’Alger. C’est un site de pèlerinage incontournable.

Comment se rendre à El Oued ?

Par avion : L’aéroport international de Guemar (16 km du centre) est desservi par Air Algérie depuis Alger, avec un vol hebdomadaire vers Paris-CDG. Par la route : El Oued est à 700 km d’Alger (8-9h), 222 km de Biskra, 212 km d’Ouargla. La ville est quasi au niveau de la mer (75 m d’altitude) malgré sa position en plein désert.

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