La ville de Tissemsilt en Algérie
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Tissemsilt, nichée au cœur des hauts plateaux de l’Ouest algérien, est la « capitale de l’Ouarsenis ». Son nom berbère signifie « coucher de soleil », évoquant la beauté des crépuscules sur les montagnes environnantes. La wilaya abrite l’un des trésors naturels de l’Algérie : le parc national de Theniet El Had, paradis des cèdres de l’Atlas chanté par Guy de Maupassant. Du haut du pic Sidi Amar (1 985 m), point culminant du massif, on embrasse un panorama allant jusqu’à la Méditerranée. Fondée au IVe siècle av. J.-C., devenue Columnata sous les Romains, la région conserve les traces du royaume berbère des Djedars et fut un bastion de la résistance durant la guerre d’Algérie au sein de la wilaya IV historique.
Sommaire
1. Présentation générale
Tissemsilt (en arabe : تسمسيلت, en berbère : ⵜⵉⵙⵎⵙⵉⵍⵜ) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située dans le centre-ouest de l’Algérie. La ville se trouve à 245 km au sud-ouest d’Alger et 275 km d’Oran, sur la partie septentrionale du plateau du Sersou, à 900 m d’altitude.
Le nom « Tissemsilt » est d’origine berbère, signifiant « coucher de soleil » ou « passage du soleil ». Durant la colonisation française, la ville portait le nom de Vialar.
Surnommée « capitale de l’Ouarsenis », Tissemsilt est la porte d’entrée du plus vaste massif montagneux du Tell algérien. Son territoire est constitué à 65% de zones montagneuses, le reste étant occupé par les hauts plateaux et les steppes.
2. Données géographiques et démographiques
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Population (wilaya) | ~300 000 habitants |
| Superficie | 3 151 km² |
| Nombre de daïras | 8 |
| Nombre de communes | 22 |
| Code wilaya | 38 |
| Altitude chef-lieu | 900 m |
| Point culminant | Pic Sidi Amar (1 985 m) |
| Couverture forestière | 20% du territoire |
| Climat | Continental semi-aride (400-500 mm/an) |
| Parc national | Theniet El Had (3 425 ha) |
3. Histoire : de Columnata aux maquis
3.1 Préhistoire et Antiquité
La région de Tissemsilt est habitée depuis plus de 10 000 ans. Des découvertes à Oum Laalou (Ezzahair) ont mis au jour un crâne humain et des outils en pierre datant de l’âge de la pierre. Les premiers hommes se sont fixés dans les monts de l’Ouarsenis et sur la plaine du Sersou.
La ville fut fondée au IVe siècle av. J.-C., intégrée au royaume de Numidie, puis passa sous le contrôle de la Maurétanie après la chute de Jugurtha en 105 av. J.-C.
En 30 av. J.-C., les Romains conquirent la ville et lui donnèrent le nom de Columnata. Auguste en fit une colonie militaire de la 2e Légion. La cité devint un centre de production agricole (céréales, légumes secs, olives, raisins, bois). Des mosaïques et inscriptions romaines ont été retrouvées, notamment à Khemisti et Ouled Bassam.
3.2 Royaume des Djedars
Entre le Ve et le VIIe siècle, la région vit l’émergence du royaume berbère des Djedars (ou royaume de Tiaret/Ouarsenis). Les Djedars, imposants mausolées pyramidaux près de Tiaret, témoignent de cette puissance. Le roi Mastinâs (ou Mastigas) « gouvernait les Barbares de Maurétanie ».
3.3 Période islamique et ottomane
La région fut conquise entre 655 et 700 par les armées musulmanes sous Abou El Mouhajir Dinar. Elle fut gouvernée successivement par les Rostémides, Almoravides, Almohades, Zianides et Mérinides.
Sous les Rostémides, la région portait le nom de « Tissisine », nom d’une source qui existe encore. Le marché « Souk Tissemine » rassemblait les montagnards de l’Ouarsenis jusqu’à la fin de la période ottomane (1515-1830).
3.4 Résistance et colonisation
L’Émir Abdelkader reçut l’allégeance de nombreuses tribus de l’Ouarsenis. Il érigea une place forte à Taza (aujourd’hui Bordj Emir Abdelkader). Sa mère, Lalla Zahra, serait enterrée dans la région.
En 1843, les Français installèrent un poste militaire à Theniet El Had pour couper les communications des troupes de l’Émir et protéger les colons. La caserne de Theniet El Had, construite en 1834, fut l’une des plus anciennes d’Algérie.
Tissemsilt (alors Vialar) fut érigée en centre en 1890, puis en commune de plein exercice en 1924.
3.5 Guerre de libération nationale
Durant la guerre d’Algérie, l’Ouarsenis fut un bastion de la wilaya IV historique. Le commandant Djilali Bounaâma (Si Mohammed), dernier chef de la wilaya IV, mena une guérilla exemplaire contre l’opération « Couronne » en 1958.
La bataille de Djebel Bouzegza (janvier 1958) infligea de lourdes pertes à l’armée française : 60 soldats tués dont un commandant, un avion détruit. Les katibas « Hamdania », « Karimia » et « Zoubiria » multiplièrent les actions dans la région.
La wilaya de Tissemsilt fut créée en 1984 lors du redécoupage administratif, séparée de Tiaret.
4. L’Ouarsenis : montagne mythique
Présentation
L’Ouarsenis (en berbère : ⵡⴰⵔⵙⵏⵉⵙ) est le plus vaste massif montagneux du Tell algérien. Il s’étire sur environ 200 km d’ouest en est et 100 km de largeur, à cheval sur cinq wilayas : Tissemsilt, Chlef, Médéa, Relizane et Tiaret.
Le toponyme « Ouarsenis » (ou Ouarchenis selon Ibn Khaldoun) signifierait en berbère « rien de plus haut ».
Sommets principaux
Le pic Sidi Amar (Kef Sidi Amar), près de Bordj Bou Naama, culmine à 1 985 m. Autres sommets : mont Achaoun (1 850 m), Ras El Braret (1 787 m), Kef Siga (1 784 m), pic Sidi Abdelkader, mont Tamedrara.
Populations berbères
Les habitants sont d’origine berbère zénète, descendants des Aït Ifran, Beni-Ouragh, Meknassas, Matmatas, Houaras et Maghraouas. Le berbère, autrefois parlé dans tout le massif, ne survit que dans quelques îlots depuis le XIXe siècle.
5. Parc national de Theniet El Had
Présentation
Le parc national de Theniet El Had, créé le 23 juillet 1983, s’étend sur 3 425 hectares dont 1 000 ha de cèdres. Il remplace un parc créé dès 1929 (1 500 ha). C’est le premier parc national d’Algérie.
Surnommé « El Meddad » (la forêt des cèdres) ou « Paradis des Cèdres », il abrite l’unique cédraie de l’Ouest algérien.
Guy de Maupassant et les cèdres
L’écrivain français Guy de Maupassant célébra la beauté du site en 1889 : « Mais ce qui m’a laissé au cœur les plus chers souvenirs en cette excursion, ce sont les marches de l’après-midi […] depuis la mer bleuâtre jusqu’à la chaîne de l’Ouarsenis qui porte sur ses faîtes la forêt de cèdres de Theniet-el-Had. »
Points d’intérêt
Ras El Braret (1 787 m) : point culminant du parc, au centre de l’Atlas tellien.
Kef Siga (1 784 m) : immense rocher coiffé d’un « cèdre parasol », offrant une vue jusqu’à la Méditerranée.
Sultan et Sultana : couple de cèdres multicentenaires aux troncs de 9 m de circonférence.
Chalet Jourdan : construit en 1887, près d’une clairière entourée de cèdres.
Sources ferrugineuses : Aïn Harhar, Tirsout, Ouertane, Sidi Abdoun, recommandées pour les troubles intestinaux.
Flore et faune
La flore comprend 450 espèces dont beaucoup endémiques : cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica), chêne-liège (jusqu’à 1 600 m, rare en Méditerranée), chêne vert, pins d’Alep.
La faune compte 17 espèces de mammifères protégées : sanglier, chat sauvage, genette, mangouste, porc-épic, hérisson. Nombreux rapaces : aigle royal, aigle de Bonelli, gypaète barbu, vautour percnoptère, faucon pèlerin.
La dernière panthère de Barbarie de l’Ouarsenis fut abattue le 21 mars 1919 à Douar Ghilés.
6. Patrimoine et culture
Sites archéologiques
Vestiges romains : mosaïques et inscriptions à Khemisti, Ouled Bassam, Aïn Tokria.
Art rupestre de Kasria : peintures rupestres à Sidi Boutouchent, aux limites du parc national.
Bordj Emir Abdelkader : ancienne place forte de l’Émir, à Taza.
Traditions et festivals
Festival de la chanson bédouine : célèbre les traditions musicales des hauts plateaux.
Festival du blé et de l’orge : met en valeur la vocation céréalière de la région.
Fantasias équestres : spectacles de cavalerie traditionnelle fréquents lors des fêtes.
Artisanat
Tissemsilt est réputée pour ses tapis, vases et tuiles traditionnelles, un savoir-faire reconnu au niveau national.
Gastronomie
La cuisine des hauts plateaux privilégie le couscous aux légumes secs, les viandes grillées, le pain traditionnel. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.
Pour plus de recettes, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.
7. Économie et agriculture
Agriculture
Wilaya à vocation sylvo-agricole, Tissemsilt est versée dans la production de céréales (blé, orge), fourrage sec et l’élevage de bétail. Le plateau du Sersou est l’un des greniers à blé de l’Algérie.
Ressources en eau
Plusieurs barrages alimentent la wilaya : Koudiet Errosfa, Bougara, Mghila, Tamellaht, Oued Aïssa.
Thermalisme
Une station thermale se trouve à environ 60 km de la ville, exploitant les sources chaudes de la région.
8. Wilayas limitrophes
| Wilaya | Direction | Distance | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Aïn Defla | Nord | ~80 km | Vallée du Chelif |
| Chlef | Nord-Ouest | ~100 km | Plaine du Chelif |
| Relizane | Ouest | ~120 km | Plaine de la Mina |
| Tiaret | Sud | ~70 km | Sersou, Djedars |
| Djelfa | Sud-Est | ~150 km | Steppe, moutons |
| Médéa | Est | ~100 km | Titteri, vignobles |
Villes principales de la wilaya
Tissemsilt : chef-lieu, plateau du Sersou.
Theniet El Had : porte du parc national des cèdres.
Bordj Bou Naama (ex-Molière) : 1 098 m d’altitude, cœur de l’Ouarsenis, près du pic Sidi Amar.
Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.
9. Questions fréquentes
Qu’est-ce que le parc national de Theniet El Had ?
Le parc national de Theniet El Had, créé en 1983, est le premier parc national d’Algérie. Il s’étend sur 3 425 hectares dont 1 000 ha de cèdres de l’Atlas, l’unique cédraie de l’Ouest algérien. Surnommé « El Meddad » ou « Paradis des Cèdres », il offre des randonnées jusqu’au Ras El Braret (1 787 m) avec vue sur la Méditerranée. Guy de Maupassant l’a célébré dans ses écrits en 1889.
Qu’est-ce que le massif de l’Ouarsenis ?
L’Ouarsenis est le plus vaste massif montagneux du Tell algérien, s’étirant sur 200 km d’ouest en est. Il culmine au pic Sidi Amar (1 985 m) près de Bordj Bou Naama. Le nom signifierait « rien de plus haut » en berbère. Ses habitants sont d’origine berbère zénète. Le massif abrite de vastes forêts de cèdres, chênes et pins, et fut un bastion de la résistance durant la guerre d’Algérie.
Que signifie le nom Tissemsilt ?
Tissemsilt est un nom d’origine berbère signifiant « coucher de soleil » ou « passage du soleil », évoquant la beauté des crépuscules sur les montagnes de l’Ouarsenis. Durant la colonisation française, la ville portait le nom de Vialar. Elle est surnommée « capitale de l’Ouarsenis » en raison de sa position au pied du massif.
Quelle est l’histoire romaine de Tissemsilt ?
Fondée au IVe siècle av. J.-C., la ville fut intégrée au royaume de Numidie puis à la Maurétanie. En 30 av. J.-C., les Romains la conquirent et la nommèrent Columnata. Auguste en fit une colonie militaire de la 2e Légion. Elle devint un centre de production agricole. Des vestiges (mosaïques, inscriptions) ont été retrouvés à Khemisti et Ouled Bassam.
Comment se rendre à Tissemsilt ?
Par la route : Tissemsilt est à 245 km d’Alger (environ 3h30), 275 km d’Oran, 70 km de Tiaret. La RN 14 traverse la wilaya. Pour le parc national de Theniet El Had, compter environ 120 km depuis Tiaret. La ville est également accessible depuis Chlef (100 km) et Médéa (100 km).
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