La ville de Tindouf en Algérie
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Tindouf, à l’extrême sud-ouest de l’Algérie, est une terre de légendes sahariennes. Fondée en 1852 par les Tadjakant sur les ruines d’un ksar du XVIe siècle, cette oasis fut le carrefour des routes caravanières reliant le Maroc, la Mauritanie, le Mali et le Touat. Perchée sur la hamada, l’un des plateaux les plus arides du Sahara, la wilaya recèle l’un des plus grands gisements de fer au monde : Gara Djebilet. Frontalière du Maroc, de la Mauritanie et du Sahara occidental, Tindouf occupe une position géostratégique unique. Son mouggar (foire traditionnelle) perpétue l’héritage nomade des tribus du désert, tandis que son territoire immense de 159 000 km² — la plus vaste wilaya du nord algérien — n’abrite que deux communes.
Sommaire
1. Présentation générale
Tindouf (en arabe : تندوف, en berbère : ⵜⵉⵏⴷⵓⴼ) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située à l’extrême sud-ouest de l’Algérie. La ville se trouve à 1 460 km au sud-ouest d’Alger, 720 km de Béchar et 770 km d’Adrar.
Le nom « Tindouf » est d’origine berbère. Selon l’étymologie la plus répandue, il dérive de « Tidaf », signifiant « la sentinelle » ou « le surveillant », évoquant la fonction de tour de guet de ce ksar stratégique.
La wilaya est frontalière de trois pays ou territoires : le Maroc au nord et à l’ouest (50 km), le Sahara occidental au sud-ouest et la Mauritanie au sud (65 km). Cette position de carrefour en a fait, pendant des siècles, un relais majeur du commerce transsaharien.
2. Données géographiques et démographiques
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Population (wilaya) | ~104 000 habitants (2020) |
| Population (ville) | ~46 000 habitants (2008) |
| Superficie | 159 000 km² |
| Densité | ~0,65 hab./km² |
| Nombre de daïras/communes | 1 daïra, 2 communes |
| Code wilaya | 37 |
| Altitude | ~400 m |
| Climat | Désertique hyper-aride (~27 mm/an) |
| Gisement de fer | Gara Djebilet (3 milliards tonnes) |
| Frontières | Maroc, Mauritanie, Sahara occidental |
3. Histoire : des caravanes à la guerre des Sables
3.1 Fondation et commerce caravanier (1852-1894)
Tindouf fut édifiée en 1852 par le cheikh Mrabet Ould Belamech, de la tribu des Tadjakant, sur l’emplacement d’un ancien ksar du XVIe siècle. Sa position exceptionnelle — à l’intersection des routes caravanières reliant Guelmim, Agadir, Atar (Mauritanie), Tombouctou (Mali), la Saguiet-el-Hamra et le Touat — en fit rapidement un centre commercial prospère.
La ville comptait jusqu’à un millier d’habitants, « sans compter les esclaves ». On y échangeait or, cuivre, ivoire, cuirs, encens, cotonnades, ainsi que des esclaves Bambara destinés au Sultan du Maroc. La concentration de chameaux pouvait atteindre plusieurs milliers de têtes lors des grandes caravanes.
3.2 Destruction et déclin (1894-1934)
Les Tadjakant étaient en conflit latent avec la grande tribu nomade des Reguibat. En 1894, aidés par leurs alliés Aït Oussa, les Reguibat lancèrent une expédition de 1 200 hommes contre Tindouf. Après une bataille de sept jours, ils forcèrent les défenses, pillèrent la ville et décimèrent ses défenseurs.
La prise de Tombouctou par la France la même année détourna le commerce vers les ports de Saint-Louis et Dakar, achevant le déclin de Tindouf. En 1918, il ne restait que quelques familles. Le 31 mai 1934, le général Giraud occupa une oasis dévastée où ne subsistait plus qu’un vieux jardinier.
3.3 Période coloniale
Rattachée à l’Algérie française, Tindouf devint sous-préfecture du département de la Saoura. Sa position frontalière resta stratégique pour le contrôle des routes sahariennes.
3.4 La guerre des Sables (1963)
Dès l’indépendance de l’Algérie (1962), Tindouf fut au cœur des revendications territoriales marocaines visant le « Grand Maroc ». En octobre 1962, des incidents éclatèrent lorsque l’armée algérienne ordonna au caïd local d’amener le drapeau marocain flottant sur la casbah. Une bataille opposa l’armée aux tribus Tadjakant et Reguibat.
La guerre des Sables (octobre-novembre 1963) opposa l’Algérie au Maroc. Un accord frontalier fut signé en 1972, ratifié par le Maroc en 1992, consacrant l’appartenance de Tindouf à l’Algérie.
3.5 Époque contemporaine
Depuis 1975, la région accueille des populations liées au conflit du Sahara occidental. La wilaya fut créée en 1984 lors du redécoupage administratif. Le parc naturel de Tindouf, créé en 2008, couvre l’ensemble du territoire de la wilaya pour préserver les sites et monuments historiques.
4. Gara Djebilet : le trésor de fer
Présentation
Situé à 200 km au sud-est de Tindouf, près de la frontière mauritanienne, le gisement de Gara Djebilet est l’un des plus grands gisements de fer au monde. Ses réserves sont estimées à plus de 3 milliards de tonnes de minerai.
Exploitation
Le gisement fut nationalisé par l’Algérie en 1966, provoquant des tensions avec le Maroc. En 1970, lors de la rencontre de Tlemcen, le roi Hassan II renonça à ses revendications sur Tindouf en échange d’une exploitation commune du fer, projet jamais concrétisé.
La localité de Garet Djebilet (une quarantaine d’habitants en 2008) dispose d’un aérodrome. Un second gisement important se trouve à Mechri Abdelaziz, 400 km à l’est de la ville.
5. Géographie : la hamada et l’erg
La hamada
La wilaya est dominée par la hamada, vaste plateau rocailleux surélevé, extension nord-est de l’Atlas. Connue localement sous les noms de Douakhil (est) et Orqueida (sud), cette zone hyper-aride est réputée comme l’une des plus inhospitalières du Sahara : températures extrêmes (dépassant 50°C en été), tempêtes de sable fréquentes.
Erg Iguidi
L’Erg Iguidi s’étend à l’ouest, couvrant de ses dunes le massif de l’Eglab. Au sud, le massif Yetti-Eglab présente des pénéplaines avec des intrusions de diorite et rhyolite.
Sebkha
Une vaste sebkha (dépression saline) s’étire sur environ 100 km de long et 10 à 20 km de large dans une direction ouest-est.
Climat
Tindouf connaît un climat désertique chaud (BWh selon Köppen), typique du cœur du Sahara : étés très longs et extrêmement chauds, hivers courts et modérément chauds. Les précipitations annuelles moyennes sont d’environ 27 mm, avec 0 mm entre mai et juillet.
6. Culture et traditions
Le mouggar
Chaque année au mois de mai, Tindouf accueille le mouggar, grande foire traditionnelle héritée du commerce caravanier. Cette rencontre perpétue les traditions nomades des tribus du Sahara.
Tribus historiques
Tadjakant : Tribu d’origine arabe ou Sanhaja (Lemtouna), fondatrice de la ville. Leurs alliances avec les Berbères Aït Khebbach et les Arabes Beni Mhammed du Tafilalt garantirent la prospérité du commerce caravanier.
Reguibat : Groupement tribal arabophone d’origine berbère Sanhadja, établi entre le Sahara occidental, le sud du Maroc, le nord de la Mauritanie et le sud-ouest algérien. Tribu guerrière et indépendante.
Gastronomie
La cuisine de Tindouf est celle du grand Sahara : couscous de blé dur, viande de chameau, thé à la menthe. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.
Pour plus de recettes, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.
7. Wilayas et pays limitrophes
| Wilaya/Pays | Direction | Distance | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Béchar | Nord-Est | ~720 km | Saoura, oasis |
| Adrar | Est | ~770 km | Touat, foggaras |
| Maroc | Nord/Ouest | ~50 km | Frontière fermée depuis 1994 |
| Mauritanie | Sud | ~65 km | Désert, Atar |
Communes de la wilaya
Tindouf : Chef-lieu, environ 46 000 habitants. Localités : Garet Djebilet, Aouinet Bélagraa, Chénachène, Oum El Achar.
Oum El Assel : Anciennement nommée Reguibat, située à 210 km au nord-est. Avec près de 90 000 km², c’est la plus grande commune d’Algérie.
Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.
8. Questions fréquentes
Qu’est-ce que le gisement de Gara Djebilet ?
Gara Djebilet est l’un des plus grands gisements de fer au monde, situé à 200 km au sud-est de Tindouf, près de la frontière mauritanienne. Ses réserves sont estimées à plus de 3 milliards de tonnes de minerai. Nationalisé par l’Algérie en 1966, son exploitation représente un enjeu stratégique majeur.
Qu’est-ce que la hamada ?
La hamada est un vaste plateau rocailleux désertique qui domine le paysage de la wilaya de Tindouf. C’est l’une des zones les plus arides du Sahara, surnommée « le Jardin du Diable ». Les températures estivales y dépassent souvent 50°C et les précipitations sont quasi inexistantes (environ 27 mm par an).
Quelle est l’histoire de Tindouf comme carrefour caravanier ?
Fondée en 1852 par les Tadjakant, Tindouf était un carrefour majeur des routes caravanières reliant le Maroc, la Mauritanie, le Mali et le Touat algérien. On y échangeait or, cuivre, ivoire, cuirs et encens. La ville prospéra jusqu’à sa destruction par les Reguibat en 1894 et la prise de Tombouctou par la France.
Comment se rendre à Tindouf ?
Par avion : L’aéroport de Tindouf est desservi par Air Algérie depuis Alger, Constantine et Oran. Par la route : 800 km depuis Béchar, plus de 1 400 km depuis Alger. Attention : la frontière avec le Maroc est fermée depuis 1994.
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