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La ville de Tiaret en Algérie

Tiaret, l’antique Tahert, fut la capitale du premier État musulman du Maghreb : le royaume rostémide (761-909). Cette cité des hauts plateaux, surnommée « l’Irak du Maghreb » pour son rayonnement intellectuel et sa tolérance religieuse, conserve un patrimoine unique. Les mystérieuses pyramides des Djeddars (Ve-VIIe siècles), témoins d’un royaume berbère pré-islamique, et le célèbre haras de Chaouchaoua, berceau du cheval barbe, font de Tiaret une destination fascinante au cœur du grenier céréalier de l’Algérie.

1. Présentation générale

Tiaret (en arabe : تيارت ; en berbère : ⵜⴰⵀⵔⵜ, Tahert) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située au centre-ouest de l’Algérie, sur les hauts plateaux. Le toponyme berbère signifie « lionne », en référence aux lions de Barbarie qui peuplaient autrefois les forêts de la région.

Située à 340 km au sud-ouest d’Alger et à 120 km au sud-est d’Oran, Tiaret occupe un col stratégique à 1 083 mètres d’altitude, au contact du Tell et des hauts plateaux. Cette position en fit historiquement une clé de la domination du Maghreb central.

La wilaya de Tiaret est surnommée le « grenier de l’Oranie » pour sa vocation céréalière. Le plateau du Sersou, vaste étendue de terres agricoles, produit une part importante du blé algérien. La région est également réputée pour son élevage équin, le cheval barbe étant indissociable de l’identité tiaretienne.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (ville)~200 000 habitants
Population (wilaya)~850 000 habitants
Superficie (wilaya)20 050 km²
Nombre de daïras14 daïras, 42 communes
Code wilaya14
Altitude1 083 m
ClimatContinental semi-aride
Températures-5°C à +35°C (hiver rigoureux, neige)
Distance Alger340 km
Villes principalesTiaret, Frenda, Sougueur, Ksar Chellala

3. Histoire : de Tingartia au royaume rostémide

3.1 Préhistoire et Antiquité

La région de Tiaret est habitée depuis environ 8 000 ans av. J.-C., comme l’attestent les nombreux vestiges préhistoriques. Les Romains y établissent au IIIe siècle la colonie de Tingartia (ou Columnata), poste fortifié sur le limes d’Afrique.

Après les invasions vandales puis l’occupation byzantine, la région voit émerger au VIe siècle un royaume berbère indépendant, dont témoignent les mystérieuses pyramides des Djeddars.

3.2 Conquête arabe et fondation de Tahert

681 : Lors de la conquête musulmane, Oqba ibn Nafi détruit Tingartia. Les tribus berbères Beni Ifren et Maghraoua se convertissent progressivement à l’islam.

761 : Abd al-Rahman ibn Rustom, un chef ibadite d’origine perse chassé de Kairouan par les Abbassides, fonde Tahert-la-Neuve (Tahert al-Jadida), à 10 km de l’actuelle Tiaret. C’est la naissance du premier État musulman indépendant du Maghreb.

3.3 Déclin et renaissances

909 : Les Berbères Kutama, alliés aux Fatimides, détruisent Tahert. La population ibadite s’exile vers Sedrata (près d’Ouargla) puis fonde les villes du M’Zab.

La région passe ensuite sous le contrôle des Zianides de Tlemcen, puis des Ottomans au XVIe siècle, qui y installent une garnison.

1836-1841 : L’Émir Abdelkader fait de Tagdempt (sur les ruines de Tahert) l’une de ses capitales. Il y édifie une fabrique d’armes, un atelier monétaire et des réserves de vivres. Le 24 mai 1841, le général Bugeaud détruit la citadelle.

La ville moderne de Tiaret est reconstruite par les Français à partir de 1843.

4. Le royaume rostémide (761-909)

Le royaume rostémide est considéré par certains historiens comme le premier État algérien. Fondé par Abd al-Rahman ibn Rustom, ce fut un État théocratique ibadite (branche du kharidjisme) réputé pour :

La tolérance religieuse

Contrairement aux autres États islamiques de l’époque, Tahert accueillait musulmans sunnites, chrétiens et juifs. Les quartiers étaient organisés par communautés : habitants originaires de Kairouan, Koufa, Bassorah, chrétiens…

Le rayonnement intellectuel

Surnommée « l’Irak du Maghreb », Tahert était un foyer culturel majeur. Ses bibliothèques renfermaient des manuscrits d’exégèse coranique, de médecine et d’astronomie. Des savants venaient de tout le monde musulman y étudier théologie, droit, grammaire et mathématiques.

La prospérité économique

Tahert était un carrefour commercial majeur sur la route transsaharienne. On y échangeait : blé, textiles, laines, moutons, dattes, mais aussi or, ivoire et esclaves venus d’Afrique noire. Le négoce avec l’Andalousie omeyyade était florissant.

L’urbanisme

La ville, dominée par une citadelle, était organisée autour de la Grande Mosquée construite par Ibn Rustom. Un rempart percé de plusieurs portes (Bab al-Andalus, Bab al-Safa…) la protégeait. Les souverains développèrent l’irrigation et les cultures maraîchères.

L’héritage rostémide se perpétue aujourd’hui dans les villes ibadites du M’Zab, fondées par les descendants des exilés de Tahert.

5. Les Djeddars : pyramides berbères

À 30 km au sud-ouest de Tiaret, sur les djebels Lakhdar et Araoui, se dressent les Djeddars, l’un des sites archéologiques les plus fascinants et mystérieux d’Algérie.

Description

Les Djeddars sont 13 monuments funéraires à base carrée et élévation pyramidale à degrés, construits entre le IVe et le VIIe siècle. Ils sont les derniers grands mausolées érigés en Algérie avant l’arrivée de l’islam.

Le plus grand, le Djeddar F, mesure 46 mètres de côté et atteignait 18 mètres de hauteur. Le Djeddar A possède un système de galeries comportant 8 salles ornées de sculptures en bas-relief.

Mystères et hypothèses

Les Djeddars auraient servi de sépultures royales pour des princes berbères de la période post-romaine. L’ornementation mêle motifs géométriques, symboles chrétiens (colombes, calices) et représentations animales (chevaux, lions, bovins).

Selon les recherches de l’archéologue Fatima Kadra et les travaux récents, ces princes appartenaient au « Royaume d’Altava », un État berbéro-romain successeur de Rome en Maurétanie.

Patrimoine national

Inscrits au patrimoine national depuis 1969, les Djeddars sont candidats au patrimoine mondial de l’UNESCO. Par leur aspect de pyramides à degrés, ils sont comparables au Medracen de Batna et au Mausolée royal de Maurétanie à Tipasa.

6. Le cheval barbe et le haras de Chaouchaoua

Tiaret est la capitale équestre de l’Algérie, voire du Maghreb. Le cheval barbe, race autochtone d’Afrique du Nord montée depuis l’Antiquité, y est élevé depuis des siècles.

Le haras national de Chaouchaoua

Créé en 1877 sous le nom de « Jumenterie de Tiaret » par le ministère français de la Guerre, ce haras fut l’un des plus importants producteurs de chevaux au monde. Il faisait naître jusqu’à 22 000 poulains par an au début du XXe siècle.

Après l’indépendance, Chaouchaoua devient un haras national voué à la préservation des races barbe, arabe et arabe-barbe. Il abrite aujourd’hui environ 250 chevaux.

Le cheval barbe

Race endémique d’Afrique du Nord, le barbe est réputé pour son endurance, sa rusticité et son caractère. Croisé avec le pur-sang arabe introduit lors des conquêtes musulmanes, il donne l’arabe-barbe, monture d’élite.

Des chevaux de Chaouchaoua ont été offerts en cadeau diplomatique aux présidents français Valéry Giscard d’Estaing (1975) et Nicolas Sarkozy (2007).

Fantasia et traditions équestres

Le Festival du Cheval de Tiaret célèbre chaque année cette passion. La fantasia (« tbourida »), charge équestre traditionnelle, est omniprésente lors des fêtes et zerdas de la région.

7. Sites et attractions

Site archéologique de Tagdempt

À 9 km à l’ouest de Tiaret, les vestiges de Tahert rostémide et de la citadelle de l’Émir Abdelkader témoignent de l’histoire mouvementée de la région.

La Redoute

Fort construit par les Français dominant la ville, offrant un panorama sur les hauts plateaux.

Pinède de Tiaret

Poumon vert de 35 hectares au nord de la ville, abritant sangliers, lapins, perdrix et diverses espèces. Le Rostom Park y est installé.

Monts de l’Ouarsenis

Au nord de la wilaya, ce massif montagneux offre randonnées et paysages forestiers. Le versant méridional marque la transition vers les hauts plateaux.

Plateau du Sersou

Vaste étendue céréalière caractéristique des hauts plateaux algériens, parsemée de villages et de cultures de blé.

8. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
RelizaneNord~100 kmPlaine du Chélif, agriculture
TissemsiltNord-Est~80 kmOuarsenis, forêts
DjelfaEst~180 kmSteppes, élevage ovin
LaghouatSud-Est~200 kmPorte du Sahara
El BayadhSud~150 kmAtlas saharien, Djebel Amour
SaïdaOuest~100 kmHauts plateaux oranais
MascaraOuest~120 kmTerre de l’Émir Abdelkader

9. Gastronomie

La cuisine de Tiaret est celle des hauts plateaux, robuste et généreuse, adaptée au climat continental. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Plats emblématiques

Couscous : Plat roi des hauts plateaux, servi avec agneau et légumes de saison.

Mechoui : Agneau rôti entier à la braise, spécialité des grandes occasions.

Medlouk : Plat à base de semoule roulée et de viande séchée.

Beghrir : Crêpes mille-trous servies au miel.

Msemmen : Galettes feuilletées au beurre.

Pour plus de recettes traditionnelles, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

10. Culture et traditions

Musique bédouine

Tiaret est un haut lieu du chant bédoui, poésie chantée des hauts plateaux. Le Festival National du Chant Bédoui célèbre cette tradition musicale. Pour découvrir les genres musicaux algériens, consultez nos articles sur la musique raï et la musique chaâbi.

Artisanat

Sellerie traditionnelle : Selles brodées au fil d’or pour les chevaux de fantasia.

Tissage : Tapis, burnous et haïks des hauts plateaux.

Bijoux berbères : Fibules et bracelets traditionnels.

Pour découvrir l’artisanat algérien, consultez notre article sur les arts traditionnels algériens.

Festivals

Festival du Cheval : Courses hippiques, fantasia, ventes aux enchères, concours de modèle et allures.

Festival du Chant Bédoui : Célébration de la poésie chantée des hauts plateaux.

11. Questions fréquentes

Qu’est-ce que le royaume rostémide ?

Le royaume rostémide (761-909) fut le premier État musulman indépendant du Maghreb. Fondé par Abd al-Rahman ibn Rustom à Tahert (près de l’actuelle Tiaret), c’était un État ibadite réputé pour sa tolérance religieuse, son rayonnement intellectuel et sa prospérité commerciale. Surnommée « l’Irak du Maghreb », Tahert attirait savants et marchands de tout le monde musulman. Le royaume prit fin en 909 avec l’attaque des Fatimides ; les survivants fondèrent les villes du M’Zab.

Que sont les Djeddars ?

Les Djeddars sont 13 monuments funéraires berbères à base carrée et élévation pyramidale, situés à 30 km de Tiaret. Construits entre le IVe et le VIIe siècle, ils sont les derniers grands mausolées pré-islamiques d’Algérie. Le plus grand mesure 46 m de côté. Ils auraient servi de sépultures royales pour des princes berbéro-romains chrétiens. Inscrits au patrimoine national, ils sont candidats au patrimoine mondial UNESCO.

Pourquoi Tiaret est-elle la capitale du cheval barbe ?

Tiaret abrite le haras national de Chaouchaoua, créé en 1877, l’un des plus anciens centres d’élevage équin au monde. Il préserve les races barbe, arabe et arabe-barbe. Au début du XXe siècle, il produisait jusqu’à 22 000 poulains par an. Le climat des hauts plateaux et la tradition équestre ancestrale en font le berceau naturel du cheval barbe, monture emblématique de la fantasia algérienne.

Que visiter à Tiaret ?

Les sites incontournables sont : les Djeddars de Frenda (pyramides berbères à 30 km), le site archéologique de Tagdempt (vestiges de Tahert et citadelle de l’Émir Abdelkader), le haras de Chaouchaoua, la Redoute et la pinède de Tiaret. Le Festival du Cheval (généralement en octobre) permet d’assister à des fantasias spectaculaires. Meilleure période : printemps et automne (hivers rigoureux avec neige).

Comment se rendre à Tiaret ?

Par la route : 340 km d’Alger via les RN14 et RN23, 120 km d’Oran via la RN90. La ville est au carrefour des RN14, RN23, RN40, RN90 et RN91. Pas d’aéroport commercial mais desserte depuis Oran (aéroport Ahmed Ben Bella). Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

Quel lien entre Tiaret et le M’Zab ?

Les habitants ibadites de Tahert, après la destruction de leur capitale par les Fatimides en 909, se sont d’abord réfugiés à Sedrata (près d’Ouargla) puis ont fondé les villes du M’Zab au XIe siècle. Ghardaïa, Beni Isguen, Melika, El Atteuf et Bounoura perpétuent l’héritage spirituel et urbanistique rostémide. C’est pourquoi l’histoire de Tiaret est indissociable de celle du M’Zab ibadite.

 

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