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La ville de Tébessa en Algérie

Tébessa, l’antique Théveste romaine, est l’un des plus importants trésors archéologiques d’Algérie. Située aux portes de la Tunisie, cette ville trois fois millénaire conserve un patrimoine exceptionnel : l’arc de triomphe de Caracalla (214 ap. J.-C.), les remparts byzantins les mieux préservés d’Afrique du Nord, le temple de Minerve et la monumentale basilique Sainte-Crispine. Candidate au patrimoine mondial de l’UNESCO, Tébessa est aussi la terre natale du Cheikh Larbi Tébessi, figure emblématique du mouvement réformiste algérien.

1. Présentation générale

Tébessa (en arabe : تبسة ; en tamazight : ⵜⵉⴱⵙⵜ, Tibest) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située à l’extrême est de l’Algérie, à seulement 45 km de la frontière tunisienne. La ville occupe une position stratégique entre le massif de l’Aurès et les hauts plateaux orientaux.

Le toponyme Tébessa est la forme arabisée de Théveste, nom latin de la cité. Certains linguistes rattachent ce nom au mot chamito-sémitique signifiant « oasis ». Les Grecs la nommaient Hécatompyle (« la ville aux cent portes »), selon la mythologie fondée par Héraclès.

Située à 593 km d’Alger et à 217 km de Constantine, Tébessa se trouve au carrefour de plusieurs routes historiques. Elle était, sous l’Empire romain, le point de jonction de neuf voies différentes et la cité la plus riche d’Afrique après Carthage.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (ville)~200 000 habitants
Population (wilaya)~700 000 habitants
Superficie (wilaya)13 878 km²
Nombre de daïras12 daïras, 28 communes
Code wilaya12
Altitude863 m (ville), 1 544 m (Djebel Chambi)
ClimatSemi-aride froid (300-500 mm/an)
Température moyenne14,7°C
Distance Alger593 km
Frontière Tunisie297 km (10 communes frontalières)
UniversitéUniversité Larbi Tébessi (depuis 2009)

3. Histoire : de Théveste à Tébessa

3.1 Antiquité : la puissante Théveste

L’occupation humaine de la région remonte à la préhistoire, comme l’attestent les dolmens de Tébessa et Guestel explorés par Louis Faidherbe en 1869. Les populations berbères y établirent une cité prospère bien avant l’arrivée des Romains.

Ier siècle ap. J.-C. : La IIIe Légion Auguste établit son quartier général à Théveste (vers 75 ap. J.-C.), avant de le transférer à Lambèse. La ville devient un carrefour militaire et commercial majeur.

Sous Trajan (98-117) : Théveste est érigée en colonie romaine et compte alors près de 30 000 habitants. Elle devient la cité la plus riche d’Afrique après Carthage, au carrefour de neuf voies romaines.

211 ap. J.-C. : L’empereur Septime Sévère accorde la citoyenneté romaine à tous les habitants. Son fils Caracalla fait ériger en 214 l’arc de triomphe monumental qui porte son nom.

IVe siècle : Le christianisme se développe. La basilique Sainte-Crispine est construite, devenant l’une des plus grandes d’Afrique du Nord. Maximilien de Theveste, premier martyr chrétien d’Afrique, y est né (274-295). Le schisme donatiste secoue la région.

3.2 Invasions et période byzantine

Ve siècle : Les Vandales s’emparent de Théveste et la pillent, sans la détruire totalement.

496 : Des tribus berbères envahissent la région sous la conduite de Jaldas. La ville est ruinée.

535 : Le général byzantin Solomon, lieutenant de Bélisaire, reconquiert la région pour l’empereur Justinien. Il fait construire les remparts byzantins monumentaux qui ceinturent encore aujourd’hui la vieille ville, intégrant l’arc de Caracalla comme porte principale.

3.3 Période islamique et ottomane

682 : Théveste devient Tébessa après la conquête musulmane du Maghreb. Les géographes arabes des IXe-XIIIe siècles la qualifient de madîna awwaliyya (« cité antique »).

Sous les Hafsides, la ville passe sous le contrôle de cheikhs locaux. Elle fait ensuite partie du Beylik de Constantine à l’époque ottomane, occupée par une garnison de janissaires.

3.4 Colonisation française et guerre d’indépendance

1851 : Les Français occupent Tébessa, bien après la prise de Constantine (1837).

1871 : Muhyi al-Din, fils de l’Émir Abdelkader, tente de s’emparer de la ville lors de l’insurrection kabyle.

1880 : Tébessa est érigée en commune de plein exercice.

Seconde Guerre mondiale : Avec son terrain d’aviation, Tébessa sert de base de ravitaillement aux Alliés lors de la bataille de Kasserine (1943).

Guerre d’Algérie : Tébessa joue un rôle crucial. La Ligne Morice (barrage électrifié de 200 km) s’étend de Bône à Tébessa pour couper les combattants de leurs bases tunisiennes. Les batailles d’El-Djorf, Arkoun et Djebel Anoual marquent la région. C’est à Tébessa que furent tournées les premières images de la Révolution algérienne, faisant de la ville le « berceau du cinéma algérien ».

4. Patrimoine archéologique

Le patrimoine archéologique de Tébessa est inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO. Six monuments majeurs composent cet ensemble exceptionnel.

Arc de triomphe de Caracalla (214 ap. J.-C.)

Érigé en l’honneur de Septime Sévère, cet arc tétrapyle est le deuxième plus remarquable de son genre après celui de Rome. Ses dimensions forment un cube parfait de 11 mètres de côté. Intégré aux remparts byzantins en 535, il sert toujours de porte d’accès au centre historique.

Temple de Minerve (211 ap. J.-C.)

Ce temple corinthien, dédié à la déesse de la sagesse, est l’un des rares temples romains encore debout en Algérie et en Afrique du Nord. Sa construction répond à l’essor du christianisme dans la cité.

Remparts byzantins (535 ap. J.-C.)

Construits par le général Solomon, ces remparts forment un rectangle de 320 m × 280 m avec une muraille de 2 m d’épaisseur et 4 m de hauteur, flanquée de 14 tours carrées. C’est l’exemple le plus complet de fortification byzantine en Afrique du Nord. Quatre portes percent l’enceinte : la porte de Caracalla (nord), la porte de Constantine (ouest), la porte de Solomon (est) et une porte au sud.

Basilique Sainte-Crispine (IVe siècle)

Consacrée à sainte Crispine, martyre locale, cet ensemble basilical de près de 2 hectares est l’un des plus grands complexes paléochrétiens d’Afrique. Il comprend basilique, baptistère, chapelles, monastère et 23 cellules monastiques. Des galeries souterraines ont été découvertes en 1944.

Amphithéâtre romain

L’un des amphithéâtres les mieux conservés d’Algérie, témoignant de l’importance de Théveste comme centre de divertissement.

Tébessa Khalia

Ensemble de ruines situées à 3 km au sud-ouest, comprenant un temple romain et divers vestiges explorés en 1954. Site en cours de restauration.

5. Cheikh Larbi Tébessi

Cheikh Larbi Tébessi (1891/1895-1957), de son vrai nom Larbi Ferhati, est l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire moderne de l’Algérie. Né à Stah, près de Tébessa, dans une famille paysanne de la tribu chaouie des Nemencha, il incarne le mouvement réformiste musulman algérien.

Formation et engagement

Après avoir mémorisé le Coran, il poursuit ses études à la Zitouna (Tunisie) puis à Al-Azhar (Égypte). De retour en Algérie, il participe en 1931 à la fondation de l’Association des Oulémas Musulmans Algériens aux côtés de Cheikh Abdelhamid Ben Badis.

En 1934, il fonde à Tébessa la médersa Tahdib, ouverte aux garçons et aux filles, accueillant plus de 500 élèves dès sa première rentrée. Ses prêches anticolonialistes lui valent plusieurs arrestations (1943, 1945).

Président des Oulémas et martyr

Devenu président de l’Association des Oulémas en 1952, il est l’artisan de son ralliement au FLN en 1956. Le 4 avril 1957, pendant la bataille d’Alger, il est enlevé à son domicile par un commando de l’armée française. Son corps ne sera jamais retrouvé.

L’université de Tébessa et l’aéroport portent son nom. Le prix Larbi-Tébessi récompense les meilleurs chercheurs algériens.

6. Sites et attractions

La médina de Tébessa

Le centre historique, toujours ceint des remparts byzantins, conserve l’atmosphère de la cité antique. La mosquée El Atiq (ancienne mosquée) témoigne de l’islamisation de la ville. Un chemin de ronde permet d’embrasser le panorama depuis les murailles.

Musée de Théveste

Installé dans l’ancienne église (inaugurée en 1907, transformée en musée en 1971), il expose des pièces archéologiques de toutes les périodes et abrite un musée en plein air des vestiges romains. La mosaïque découverte par Stéphane Gsell en 1922 y est conservée.

Djebel Doukkane et Djebel El Onk

Ces chaînes montagneuses offrent randonnées et panoramas sur les steppes des hauts plateaux. Le Djebel Chambi (1 544 m), à la frontière tunisienne, domine la région.

Huilerie romaine de Berzguène

Au sud-est de Tébessa, cette huilerie antique bien conservée témoigne de l’activité agricole de la région à l’époque romaine.

Sites préhistoriques

Les dolmens de Tébessa et Guestel, les grottes au sud de la ville (où fut découvert en 1918 un manuscrit manichéen latin du IVe siècle) attestent l’ancienneté de l’occupation humaine.

7. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
Souk AhrasNord~126 kmTaghaste, patrie de Saint Augustin
Oum El BouaghiOuest~100 kmHauts plateaux, Sigus
KhenchelaOuest~80 kmAurès, Chélia 2 328 m
El OuedSud~200 kmSouf, ville aux mille coupoles
TunisieEst45 kmPoste frontalier Bouchebka

La proximité avec Batna (184 km, Timgad) et Annaba (224 km, Hippone) permet de créer un circuit archéologique exceptionnel.

8. Gastronomie

La cuisine de Tébessa mêle influences des hauts plateaux, de l’Aurès chaoui et des traditions frontalières tunisiennes. Découvrez l’ensemble des spécialités algériennes dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Plats emblématiques

Chakhchoukha : Plat emblématique des hauts plateaux, galettes émiettées arrosées de sauce rouge à la viande et aux pois chiches.

Rechta : Pâtes fraîches faites maison, servies avec une sauce blanche au poulet.

Couscous aux légumes secs : Version locale avec pois chiches, fèves et viande d’agneau.

M’hadjeb : Galettes feuilletées farcies aux oignons et tomates, spécialité régionale.

Pâtisseries

Makroud : Losanges de semoule fourrés aux dattes et frits au miel, spécialité de l’Est algérien.

Ghribia : Petits gâteaux sablés aux amandes ou aux pois chiches.

Pour plus de recettes traditionnelles, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

9. Économie

Industrie minière

La wilaya de Tébessa est un pôle minier majeur grâce aux gisements de phosphate de Djebel Onk, parmi les plus importants d’Algérie. La cimenterie d’El-Ma-Labiodh complète le tissu industriel.

Agriculture et élevage

Zone agropastorale par excellence, la wilaya produit céréales, légumineuses et pratique un élevage ovin extensif sur les hauts plateaux steppiques. L’arboriculture (oliviers, amandiers) se développe dans les zones sub-humides.

Commerce frontalier

La proximité avec la Tunisie (poste frontalier de Bouchebka) fait de Tébessa un relais commercial important sur l’axe AnnabaEl Oued.

Tourisme culturel

Le patrimoine archéologique exceptionnel attire chercheurs et visiteurs. La candidature UNESCO pourrait dynamiser le secteur. La ville s’inscrit dans un circuit archéologique régional avec Timgad, Djemila et Tipasa.

10. Culture et personnalités

Personnalités célèbres

Maximilien de Theveste (274-295) : Premier martyr chrétien d’Afrique, soldat romain qui refusa de porter les armes pour des raisons religieuses.

Cheikh Larbi Tébessi (1891-1957) : Président de l’Association des Oulémas, figure du réformisme musulman et martyr de la Révolution.

Robert Merle (1908-2004) : Écrivain français né à Tébessa, lauréat du prix Goncourt pour Week-end à Zuydcoote, auteur de Malevil.

Othman Saadi : Homme politique et militant indépendantiste né à Tébessa.

Université Larbi Tébessi

Créée en 1985 comme institut des mines, devenue centre universitaire en 1992 puis université en 2009, elle forme des milliers d’étudiants dans diverses disciplines.

Patrimoine immatériel

Les traditions chaouies des Nemencha, les chants et danses berbères, l’artisanat du tissage et de la poterie perpétuent l’héritage culturel régional. Pour découvrir l’artisanat algérien, consultez notre article sur les arts traditionnels algériens.

11. Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’arc de Caracalla à Tébessa ?

L’arc de Caracalla est un arc de triomphe romain construit en 214 ap. J.-C. en l’honneur de l’empereur Septime Sévère. C’est le deuxième monument de ce type le mieux conservé au monde après celui de Rome. Ses dimensions forment un cube parfait de 11 m. Intégré aux remparts byzantins au VIe siècle, il sert toujours de porte d’entrée principale à la vieille ville de Tébessa.

Pourquoi Tébessa est-elle candidate au patrimoine UNESCO ?

Tébessa possède un ensemble archéologique exceptionnel : l’arc de Caracalla, le temple de Minerve (l’un des rares encore debout en Afrique), les remparts byzantins les mieux préservés d’Afrique du Nord, la basilique Sainte-Crispine (l’un des plus grands ensembles paléochrétiens du continent) et l’amphithéâtre romain. Ces monuments témoignent de 3 000 ans d’histoire continue.

Qui était Cheikh Larbi Tébessi ?

Cheikh Larbi Tébessi (1891-1957) était un savant musulman réformiste, président de l’Association des Oulémas Musulmans Algériens. Formé à la Zitouna et Al-Azhar, il fonda la médersa Tahdib à Tébessa en 1934. Artisan du ralliement des Oulémas au FLN en 1956, il fut enlevé et assassiné par l’armée française en avril 1957. L’université et l’aéroport de Tébessa portent son nom.

Que visiter à Tébessa ?

Les sites incontournables sont : l’arc de Caracalla, le temple de Minerve, les remparts byzantins avec leur chemin de ronde, la basilique Sainte-Crispine, le musée de Théveste, l’amphithéâtre romain, les ruines de Tébessa Khalia (3 km), l’huilerie romaine de Berzguène. La médina dans l’enceinte byzantine conserve l’atmosphère de la cité antique. Meilleure période : printemps et automne.

Comment se rendre à Tébessa ?

Par avion : aéroport Cheikh Larbi Tébessi avec liaisons vers Alger. Par la route : 593 km d’Alger via l’autoroute Est-Ouest puis RN10, 217 km de Constantine, 184 km de Batna. Par train : ligne ferroviaire Annaba-Tébessa prolongée jusqu’à Djebel Onk. La ville est au carrefour des RN10, RN16, RN82 et RN83.

Quel circuit archéologique faire depuis Tébessa ?

Tébessa s’inscrit dans un circuit archéologique exceptionnel : Timgad (184 km, cité romaine UNESCO), Lambèse (ancien QG de la IIIe Légion), Djemila (mosaïques UNESCO), Hippone à Annaba (224 km, Saint Augustin), Madaure/M’Daourouche (86 km), Taghaste/Souk Ahras (126 km, patrie de Saint Augustin). Comptez 3 à 5 jours pour un circuit complet de l’Algérie romaine.

 

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