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La ville de Tamanrasset en Algérie

Tamanrasset, que les Algériens appellent affectueusement « Tam », est la capitale des Touaregs et la porte d’entrée vers le majestueux massif du Hoggar. Perchée à 1 400 mètres d’altitude au cœur du Sahara, cette ville mythique fascine par ses paysages lunaires, ses sommets volcaniques culminant au Tahat (2 918 m, point culminant d’Algérie), l’ermitage spirituel de l’Assekrem et le mystérieux tombeau de Tin Hinan, reine légendaire des Touaregs. À 1 900 km d’Alger, Tamanrasset est un carrefour entre Méditerranée et Afrique subsaharienne.

1. Présentation générale

Tamanrasset (en touareg : Tamenɣast, « celle des tentes » ou « le lieu de l’eau ») est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située à l’extrême sud de l’Algérie. À 1 900 km au sud d’Alger et à environ 400 km de la frontière malienne, elle constitue le cœur du Sahara central.

La ville s’étend à 1 400 mètres d’altitude dans la chaîne montagneuse du Hoggar, ce qui lui confère un climat plus tempéré que les zones désertiques environnantes. Cette altitude exceptionnelle en plein Sahara en fait un cas unique.

Tamanrasset est la capitale historique et culturelle des Touaregs algériens, ces « hommes bleus » du désert dont la civilisation millénaire fascine le monde entier. La ville fut le lieu de résidence de l’aménokal Moussa ag Amastan, chef suprême des Touaregs de l’Ahaggar, qui effectua un voyage historique en France en 1910.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (ville)~150 000 habitants
Superficie (wilaya)~556 000 km² (plus grande wilaya d’Algérie, équivalent à la France)
Nombre de daïras3 daïras, 5 communes (après 2021)
Code wilaya11
Altitude1 400 m (ville) à 2 918 m (Tahat)
ClimatDésertique chaud, hyper-aride (~43 mm/an)
Températures5-22°C (hiver), 25-40°C (été)
Distance Alger1 900 km (route), vols quotidiens
AéroportAéroport international Aguenar – Hadj Bey Akhamoukh
Frontières~1 200 km avec Niger et Mali

3. Histoire : des caravanes à l’ère moderne

3.1 Préhistoire et peuples anciens

L’occupation humaine du Hoggar remonte au IVe millénaire avant J.-C., attestée par les extraordinaires peintures et gravures rupestres disséminées dans le massif. À cette époque, le Sahara était une savane verdoyante où cohabitaient éléphants, girafes, rhinocéros et populations de chasseurs-cueilleurs.

Les Berbères, notamment les ancêtres des Touaregs, s’installèrent progressivement dans la région. La légende de Tin Hinan (IVe siècle) marque symboliquement la fondation de la civilisation touarègue du Hoggar.

3.2 Carrefour des caravanes

Pendant des siècles, le Hoggar fut un passage obligé pour les caravanes transsahariennes reliant l’Afrique du Nord à l’Afrique subsaharienne. Or, sel, esclaves, épices et tissus transitaient par ces routes commerciales vitales. Les Touaregs Kel Ahaggar contrôlaient ce commerce et prélevaient des droits de passage.

3.3 Période coloniale française

1902 : La bataille de Tit oppose les Touaregs aux Compagnies méharistes sahariennes françaises, conséquence du massacre de la mission Flatters (1881).

1905 : Le Père Charles de Foucauld s’installe à Tamanrasset, alors simple village d’une vingtaine de maisons habitées par des harratins (serviteurs des Touaregs). Il y construit un ermitage et consacre sa vie à l’étude de la langue et la culture touarègues.

1916 : Charles de Foucauld est assassiné le 1er décembre lors d’une révolte senoussiste instrumentalisée par les Ottomans pendant la Première Guerre mondiale.

1958 : Le général de Gaulle prononce sa célèbre phrase : « Tous Français, de Dunkerque à Tamanrasset ».

1960 : Premier essai nucléaire français (Gerboise bleue) à Reggane, dont les retombées radioactives atteignent Tamanrasset. Les essais nucléaires français au Sahara (1960-1967) ont laissé des séquelles sanitaires importantes dans la région.

3.4 Depuis l’indépendance

1974 : Tamanrasset devient chef-lieu de wilaya avec 30 000 habitants. Le tourisme se développe rapidement.

2021 : Les circonscriptions d’In Salah et In Guezzam sont promues en wilayas distinctes, réduisant la superficie de la wilaya de Tamanrasset.

4. Le massif du Hoggar

Le Hoggar (Ahaggar en touareg, « la terre des nobles ») est un massif montagneux circulaire au cœur du Sahara, aussi vaste que la France. Dominé par le plateau de l’Atakor (« le milieu de la montagne »), il offre des paysages d’une beauté saisissante.

Sommets majeurs

Tahat : 2 918 m, point culminant de l’Algérie et l’un des plus hauts sommets du Sahara.

Assekrem : 2 728 m, plateau volcanique célèbre pour ses levers de soleil.

Ilamane : 2 760 m, avec ses colonnes de basalte dressées comme des orgues.

Garet El Djenoun : 2 327 m, dans le massif de la Tefedest au nord.

Géologie exceptionnelle

Le Hoggar est un massif cristallin soulevé par le volcanisme au Tertiaire. Sa géologie comprend roches volcaniques, métamorphiques et plutoniques, dont l’obsidienne. Les formations rocheuses spectaculaires incluent pitons, aiguilles, gorges et « gueltas » (points d’eau naturels).

Parc culturel de l’Ahaggar

Créé en 1987, le Parc culturel de l’Ahaggar couvre plus de 633 000 km², ce qui en fait le deuxième plus grand parc d’Algérie. Il est classé patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2012 et protège des espèces menacées comme le mouflon à manchettes, l’addax, le guépard du Sahara, la gazelle dorcas et le fennec. La flore comprend le cyprès du Tassili, espèce endémique millénaire.

5. L’Assekrem et Charles de Foucauld

À 80 km au nord de Tamanrasset, le plateau de l’Assekrem (« la fin du monde » en touareg) culmine à 2 728 m d’altitude. C’est l’un des sites les plus spirituels et les plus spectaculaires du Sahara.

L’ermitage du Père de Foucauld

Charles de Foucauld (1858-1916), militaire devenu explorateur puis prêtre ermite, s’installe à l’Assekrem en 1911 pour y construire un second ermitage après celui de Tamanrasset. Depuis cette retraite, il écrit : « La vue est plus belle qu’on ne peut le dire ou l’imaginer. Rien ne peut donner une idée de la forêt de pics et d’aiguilles rocheuses qu’on a à ses pieds : c’est une merveille. »

Foucauld consacra sa vie à l’étude de la langue touarègue (tamasheq), produisant un monumental dictionnaire touareg-français qui reste une référence. Béatifié en 2005 puis canonisé en 2022, il attire pèlerins et visiteurs du monde entier.

Les levers de soleil légendaires

L’Assekrem est mondialement réputé pour ses levers et couchers de soleil époustouflants. Depuis le plateau, le regard embrasse la « forêt » de pitons volcaniques du Hoggar baignés d’une lumière dorée. Jusqu’à 15 000 visiteurs par an venaient contempler ce spectacle avant les troubles sécuritaires des années 2010.

6. Tin Hinan : la reine des Touaregs

À Abalessa, à 80 km de Tamanrasset, se trouve le tombeau de Tin Hinan, figure légendaire considérée comme l’ancêtre originelle des Touaregs nobles du Hoggar.

La légende

Tin Hinan (« celle qui vient de loin » ou « celle des tentes ») aurait vécu au IVe siècle. Selon la tradition orale, cette princesse berbère du Tafilalet (Maroc) traversa le Sahara avec sa servante Takamat pour s’établir dans le Hoggar. Elle y fonda une dynastie et organisa la vie sociale des Touaregs. Tin Hinan est décrite comme « une femme d’une beauté irrésistible, grande, au visage sans défaut ».

La découverte archéologique

En 1925, des archéologues découvrent à Abalessa un mausolée de 11 chambres contenant un squelette de femme exceptionnellement grande (1,72-1,75 m), des bijoux en or et argent, des pièces de monnaie à l’effigie de l’empereur Constantin et un riche mobilier funéraire. Le corps et les bijoux sont conservés au musée du Bardo à Alger.

L’historien Ibn Khaldoun avait noté que les Touaregs de l’Ahaggar se désignaient comme « les enfants de Tiski » (« les descendants de la femme qui boîte »), ce que confirme l’arthrose lombaire du squelette retrouvé.

7. Sites et attractions

Le vieux Tamanrasset

Le bordj (fortin) du Père de Foucauld, le marché animé aux épices, dattes et artisanat touareg, les ruines du palais de l’aménokal Moussa ag Amastan.

Tassili du Hoggar

À 150 km au sud-est, ce plateau gréseux de 700 km en forme de fer à cheval offre des paysages lunaires, des formations rocheuses ruiniformes et des peintures rupestres millénaires.

Gueltas et oasis

Les gueltas (points d’eau naturels dans les rochers) comme celles d’Issakarassen et Afilal (sites Ramsar) attirent une faune diverse. Les oasis d’Abalessa et Tazrouk offrent palmeraies et jardins.

Route transsaharienne

Tamanrasset est traversée par la RN1 (Route nationale 1), épine dorsale de la route transsaharienne de 4 800 km reliant Lagos (Nigeria) à Alger. Cette route mythique attire les aventuriers du monde entier.

8. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
In SalahNord~700 kmNouvelle wilaya (2021), porte du Tidikelt
GhardaïaNord~1 200 kmM’Zab UNESCO, architecture ibadite
IlliziEst~450 km (Djanet)Tassili n’Ajjer UNESCO, Djanet
In GuezzamSud~400 kmNouvelle wilaya (2021), frontière Niger
AdrarOuest~800 kmTouat, Gourara, foggaras
NigerSud-EstFrontièrePays limitrophe (Sahel)
MaliSud-OuestFrontièrePays limitrophe (Azawad)

9. Gastronomie

La cuisine touarègue est adaptée aux conditions extrêmes du désert, privilégiant les aliments qui se conservent et les cuissons au feu de bois ou sous le sable. Pour découvrir l’ensemble des spécialités algériennes, consultez notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Plats emblématiques

Taguela : Pain traditionnel touareg cuit sous le sable brûlant, accompagné de sauce.

Taguella n’kseksu : Couscous saharien à la viande de chameau ou de chèvre.

Eghajira : Bouillie de farine de mil mélangée au lait de chamelle.

Viande séchée : Préparation ancestrale pour la conservation en milieu désertique.

Boissons rituelles

Thé touareg : Rituel incontournable en trois services (« le premier est amer comme la mort, le second doux comme la vie, le troisième sucré comme l’amour »). La préparation du thé est un art et un moment de partage essentiel.

Lait de chamelle : Boisson nutritive prisée des nomades.

Pour les recettes détaillées, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

10. Culture touarègue

Les « hommes bleus »

Les Touaregs (Kel Tamasheq, « ceux qui parlent tamasheq ») sont un peuple berbère nomade du Sahara. Surnommés « hommes bleus » en raison de leur vêtement indigo qui déteint sur la peau, ils ont développé une civilisation unique adaptée au désert.

Langue et écriture

Les Touaregs parlent le tamasheq et utilisent l’alphabet tifinagh, l’un des plus anciens systèmes d’écriture au monde. Les traditions sont essentiellement orales : poésie, contes et légendes se transmettent lors des « ahals », réunions galantes où les jeunes hommes rivalisent de poésie pour séduire.

Société matrilinéaire

Particularité remarquable : la société touarègue est matrilinéaire. La descendance et l’héritage se transmettent par les femmes. L’aménokal (chef suprême) est choisi parmi les familles nobles selon la lignée maternelle. Les femmes jouissent d’un statut privilégié et ne portent pas le voile, contrairement aux hommes qui couvrent leur visage.

Artisanat

L’artisanat touareg est réputé pour ses bijoux en argent (croix d’Agadès, pendentifs, bracelets), le travail du cuir (sacs, selles, objets rituels), les textiles indigo et les épées traditionnelles. Pour découvrir l’artisanat algérien, consultez notre article sur les arts traditionnels algériens.

Festival Tin Hinan

Le Festival International des Arts de l’Ahaggar – Tin Hinan célèbre la culture touarègue avec musique, danse, poésie et artisanat. Il perpétue la mémoire de la reine légendaire.

Musique

La musique touarègue (Tinariwen, Tartit, etc.) mêle traditions ancestrales et influences blues/rock, créant le « blues du désert » mondialement reconnu. Pour explorer les genres musicaux algériens, consultez notre article sur la musique targuie et gnawa.

11. Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Hoggar et pourquoi est-il célèbre ?

Le Hoggar (Ahaggar) est un massif montagneux volcanique au cœur du Sahara algérien, aussi vaste que la France. Il abrite le Tahat (2 918 m), point culminant de l’Algérie, et le plateau de l’Assekrem (2 728 m). Classé patrimoine UNESCO depuis 2012, il fascine par ses paysages lunaires, ses pitons volcaniques, ses peintures rupestres millénaires et la culture touarègue. C’est l’un des hauts lieux du tourisme saharien mondial.

Qui était Charles de Foucauld ?

Charles de Foucauld (1858-1916) était un militaire français devenu explorateur puis prêtre ermite. Installé à Tamanrasset en 1905, il consacra sa vie à l’étude de la langue et la culture touarègues, produisant un dictionnaire touareg-français monumental. Son ermitage à l’Assekrem est devenu un lieu de pèlerinage. Assassiné en 1916 lors d’une révolte, il a été canonisé en 2022.

Qui était Tin Hinan ?

Tin Hinan est la reine légendaire considérée comme l’ancêtre des Touaregs nobles du Hoggar. Elle aurait vécu au IVe siècle. En 1925, son tombeau présumé a été découvert à Abalessa (80 km de Tamanrasset), contenant un squelette de femme, des bijoux en or et argent, et des pièces romaines. Son nom signifie « celle qui vient de loin ». Son histoire est au cœur de l’identité touarègue.

Que visiter à Tamanrasset et dans le Hoggar ?

Les sites incontournables sont : l’Assekrem et son ermitage (levers de soleil époustouflants), le tombeau de Tin Hinan à Abalessa, le massif de l’Atakor et le Tahat (2 918 m), le Tassili du Hoggar et ses formations rocheuses, les gueltas (points d’eau), le vieux Tamanrasset et son marché touareg, le bordj du Père de Foucauld. Meilleure période : octobre-avril pour éviter les chaleurs extrêmes.

Comment se rendre à Tamanrasset ?

Par avion : vols quotidiens Air Algérie depuis Alger vers l’aéroport international Aguenar (~2h30 de vol). Par la route : RN1 (transsaharienne) depuis Ghardaïa ou In Salah en 4×4 (plusieurs jours de trajet). Un véhicule tout-terrain et un guide local sont indispensables pour explorer le Hoggar. Les agences de tourisme locales proposent des circuits en 4×4 ou des méharées (randonnées chamelières).

Qui sont les Touaregs ?

Les Touaregs (Kel Tamasheq) sont un peuple berbère nomade du Sahara, présents en Algérie, Niger, Mali, Libye et Burkina Faso. Surnommés « hommes bleus » pour leur vêtement indigo, ils ont une société matrilinéaire unique où la descendance passe par les femmes. Ils parlent le tamasheq et utilisent l’alphabet tifinagh. Leur culture millénaire (poésie, artisanat, musique « blues du désert ») fascine le monde entier.

 

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