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La ville de Souk-Ahras en Algérie

Souk Ahras, l’antique Thagaste, est l’une des villes les plus chargées d’histoire de l’Algérie. C’est ici, le 13 novembre 354, que naquit Saint Augustin, Père de l’Église latine et philosophe majeur du christianisme. Son olivier millénaire, vieux de près de 29 siècles, reste un lieu de pèlerinage mondial. « Marché des lions » en arabe-berbère, cette cité carrefour des civilisations numide, romaine et chrétienne conserve des trésors archéologiques exceptionnels : Madaure, où naquit Apulée, auteur du premier roman de l’humanité, et Khemissa, avec l’un des plus beaux théâtres romains d’Afrique du Nord. Aux portes de la Tunisie, la wilaya déploie 35 000 hectares de forêts de chênes-lièges et zéens, dans un écrin naturel d’une rare authenticité.

1. Présentation générale

Souk Ahras (en arabe : سوق أهراس, en berbère : ⵚⵓⵇ ⴰⵀⵔⴰⵙ) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située au nord-est de l’Algérie, à la frontière tunisienne. La ville se trouve à 100 km au sud-est d’Annaba et 75 km au sud-est de Guelma.

Le nom « Souk Ahras » combine l’arabe souk (« marché ») et le berbère chaoui ahras (pluriel de aher, « lion »). La ville est donc le « marché des lions », en référence aux lions de Barbarie qui peuplaient ses forêts jusqu’en 1948, date à laquelle le dernier spécimen sauvage fut abattu.

L’ancien nom Thagaste dérive du berbère « Thagoust » (sac) ou du phénicien « tha-gaste » (maison du trésor). Pline l’Ancien mentionne déjà cette ville comme un municipe prospère.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (wilaya)~438 000 habitants (2008)
Population (ville)~150 000 habitants
Superficie (wilaya)4 541 km²
Nombre de daïras10
Nombre de communes26
Code wilaya41
Couvert forestier96 463 ha (~23% du territoire)
Pluviométrie300-650 mm/an
ClimatMéditerranéen au nord, continental au sud
Potentiel hydrique265 millions m³/an

3. Histoire : de la Numidie à l’Islam

3.1 Préhistoire et époque numide

La région connut la culture atérienne du Paléolithique. Au Ier millénaire av. J.-C., elle fit partie du royaume numide. Les Berbères y développèrent une civilisation originale, mêlant influences berbères et puniques.

Les premiers habitants connus étaient les tribus Papiria (ou Babiria), Mousoulami et Kirina. Les Hnanchas et Hrakta s’y établirent ensuite.

En 814 av. J.-C., les Phéniciens fondèrent Carthage et établirent trois centres commerciaux à Souk Ahras, M’daourouch et Tébessa.

3.2 Époque romaine : l’âge d’or

Après la victoire de Massinissa et Scipion sur Hannibal à la bataille de Zama (202 av. J.-C.), située selon certains historiens près de Souk Ahras, la Numidie fut unifiée.

Thagaste devint un municipe prospère, relié par voie romaine à Hippone (Annaba) et Theveste (Tébessa). L’agriculture florissait (céréales, oliviers), et la ville était un centre intellectuel majeur.

C’est à cette époque que naquirent les grandes figures : Apulée (125-170) à Madaure, Sainte Monique (332-387) et son fils Saint Augustin (354-430) à Thagaste.

3.3 Vandales, Byzantins et conquête arabe

Les Vandales de Genséric envahirent la région après 430. Les tribus berbères se soulevèrent contre eux. En 534, les Byzantins reprirent le contrôle et édifièrent citadelles et forteresses à Khemissa, Madaure, Taoura et Tiffech.

Les soulèvements berbères se généralisèrent sous Koceïla puis la Kahina. La conquête arabe au VIIe siècle mit fin au pouvoir byzantin. La ville prit alors le nom arabe de Souk Ahras.

3.4 Période coloniale et guerre d’indépendance

En 1853, un corps du Génie français fonda la ville moderne de Souk Ahras. La Basilique Saint-Augustin fut inaugurée en 1930. Le chemin de fer arriva en 1881.

Durant la guerre d’Algérie, la région abrita la « base de l’Est » de l’ALN dans les djebels des Ouled Bechiah. En 1984, Souk Ahras devint chef-lieu de wilaya.

4. Saint Augustin et l’olivier millénaire

Aurelius Augustinus

Saint Augustin (Aurelius Augustinus) naquit à Thagaste le 13 novembre 354. Son père Patricius était un notable païen, membre du conseil municipal (Splendidissimus Ordo Thagastensis). Sa mère Monique, chrétienne fervente, sera canonisée.

Augustin étudia à Madaure (grammaire latine) puis à Carthage. Après un séjour en Italie, il revint fonder une communauté religieuse à Thagaste avant d’être appelé comme évêque d’Hippone (Annaba) de 395 à sa mort en 430.

Philosophe et théologien majeur, il est l’un des quatre Pères de l’Église latine. Ses Confessions sont une source précieuse sur la vie à Thagaste.

L’olivier millénaire

Du haut du monticule de Sidi Messaoud, l’olivier de Saint Augustin veille sur l’antique Thagaste. Selon des études scientifiques récentes, cet arbre aurait 29 siècles (planté vers 900 av. J.-C.), bien avant la naissance du saint.

Augustin aurait passé de longues heures sous son ombre à prier, méditer et rédiger ses ouvrages. L’olivier est devenu un lieu de pèlerinage pour les chrétiens, protestants et jansénistes du monde entier, ainsi qu’un symbole de la ville.

Une tradition locale faisait que les femmes musulmanes y enterraient les prépuces des circoncis pour que leurs enfants aient l’intelligence du philosophe.

5. Patrimoine archéologique

Madaure (M’daourouch)

À 50 km au sud de Souk Ahras, Madaure (Madauros) fut un centre intellectuel majeur. Son université, l’une des premières au monde avec Carthage, attira philosophes, grammairiens et rhétoriciens.

Apulée (125-170), auteur de L’Âne d’orpremier roman de l’humanité — y naquit. Se revendiquant « mi-numide et mi-gétule », il fut initié au culte d’Isis. Voltaire évoquait Madaure comme « ville considérable par le commerce, mais encore plus par les lettres ».

Vestiges visibles : thermes, temples païens, trois basiliques chrétiennes, huileries, et le plus petit théâtre romain au monde (33 m × 20 m, huit rangées de sièges), ainsi qu’une forteresse byzantine (535).

Khemissa (Thubursicu Numidarum)

Ville natale du guerrier berbère Tacfarinas, Khemissa possède l’un des théâtres romains les mieux conservés d’Afrique du Nord, large de 70 mètres avec ses gradins intacts.

Le site comprend également l’un des plus importants nymphées du monde romain, des forums, des thermes, des citernes et des temples.

Autres sites

Taoura (Tagora) : ruines d’une ville berbère et citadelle byzantine.

Tiffech : fortifications militaires romaines et byzantines.

Kef Lemsaoura : dessins rupestres montrant des scènes de chasse.

Musée archéologique de Souk Ahras : découvertes locales.

6. Nature et forêts

Un écrin forestier

La wilaya compte 96 463 hectares de forêts (23% du territoire), soit plus de 35 000 hectares de surfaces boisées. C’est un véritable écrin naturel.

Principales espèces :

Chêne-liège et chêne zéen : massifs les mieux arrosés du nord.

Pin d’Alep : zones moins arrosées et reboisements.

Cèdre : petite forêt au Djebel M’cid (315 ha).

Alfa : 9 200 ha dans la zone steppique du sud.

Faune historique : le lion de Barbarie

Le lion de Barbarie, sous-espèce aujourd’hui éteinte à l’état sauvage, peuplait les forêts de Souk Ahras. Le dernier spécimen sauvage fut abattu en 1948. Les Romains utilisaient ces lions pour les combats de gladiateurs.

Sites naturels

Lacs Burgas (Taoura) : oiseaux migrateurs au printemps.

Aïn Zana : à 1 400 m d’altitude, climat idéal pour le sport.

Hammams thermaux : Ouled Ziad, El Ma Lahmar, El F’Hiss, Tassa.

7. Économie et agriculture

Vocation agricole et sylvo-pastorale

La wilaya à vocation agricole et sylvo-pastorale possède un potentiel hydrique de 265 millions de m³/an. Trois barrages alimentent la région : Aïn Edalia (76 millions m³), barrage Oued Charef (82 millions m³) et barrage Aïn Dalia (157 millions m³).

Productions : céréales, oléiculture (huile d’olive), élevage ovin et bovin.

Patrimoine ferroviaire

En 1881, la ligne de chemin de fer Bône-Guelma atteignit Souk Ahras. Un dépôt de locomotives fut créé pour les trains de minerai de fer et de phosphates. En 1928, 776 000 tonnes de minerai de fer et 676 000 tonnes de phosphates furent acheminées.

Tourisme

Le tourisme culturel (Saint Augustin, sites romains), thermal et de montagne représente un potentiel important. La région forestière de Tiffech et Mechrouha offre des paysages verdoyants pour la randonnée.

Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

Découvrez les spécialités locales dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

8. Wilayas limitrophes

Wilaya/PaysDirectionDistanceCaractéristiques
AnnabaNord-Ouest~100 kmHippone, Saint Augustin évêque
GuelmaNord-Ouest~75 kmCalama romaine
TébessaSud~100 kmTheveste romaine
Oum El BouaghiSud-Ouest~120 kmHauts plateaux
TunisieEstFrontière5 communes frontalières
El TarfNord-Est~80 kmParc d’El Kala

Personnalités célèbres

Apulée (125-170) : écrivain latin, auteur de L’Âne d’or.

Sainte Monique (332-387) : mère de Saint Augustin.

Saint Augustin (354-430) : Père de l’Église latine.

Alypius de Thagaste (360-430) : évêque, ami d’Augustin.

Martianus Capella (360-428) : encyclopédiste latin.

Saliha (1914-1958) : chanteuse de folklore algérien.

Evan Fournier (1992-) : basketteur français (grands-parents de Souk Ahras).

9. Questions fréquentes

Pourquoi Saint Augustin est-il né à Souk Ahras ?

Saint Augustin (Aurelius Augustinus) naquit à Thagaste, l’actuelle Souk Ahras, le 13 novembre 354. Son père Patricius était un notable du conseil municipal, sa mère Monique une chrétienne fervente. Thagaste était alors un municipe romain prospère, centre intellectuel de la province de Numidie. Augustin y passa son enfance avant d’étudier à Madaure puis Carthage. Devenu évêque d’Hippone (Annaba), il reste l’un des quatre Pères de l’Église latine.

Qu’est-ce que l’olivier de Saint Augustin ?

L’olivier de Saint Augustin est un arbre millénaire situé sur le monticule de Sidi Messaoud à Souk Ahras. Des études scientifiques l’ont daté d’environ 29 siècles (planté vers 900 av. J.-C.), bien avant la naissance du saint. Augustin aurait médité et rédigé ses ouvrages sous son ombre. Symbole de paix et de longévité, l’olivier est devenu un lieu de pèlerinage pour les chrétiens du monde entier et un emblème de la ville.

Qui était Apulée de Madaure ?

Apulée (Lucius Apuleius) naquit vers 125 à Madaure (M’daourouch), à 50 km de Souk Ahras. Auteur de « L’Âne d’or » (ou « Les Métamorphoses »), il est considéré comme l’auteur du premier roman de l’humanité. Se revendiquant « mi-numide et mi-gétule », il étudia à Carthage et Athènes, fut initié au culte d’Isis et accusé de magie. Il mourut vers 170. Voltaire l’évoquait comme un homme de lettres majeur de Madaure.

Que signifie « Souk Ahras » ?

« Souk Ahras » signifie « marché des lions » : « souk » (marché) en arabe et « ahras » (lions) en berbère chaoui (pluriel de « aher »). Ce nom rappelle la présence des lions de Barbarie dans les forêts de la région jusqu’en 1948, date à laquelle le dernier spécimen sauvage fut abattu. Une légende alternative évoque « Souk Ras » (marché des têtes), où l’on vendait des têtes momifiées d’animaux sauvages.

Quels sont les principaux sites romains de la wilaya ?

La wilaya compte plusieurs sites exceptionnels. Madaure (M’daourouch) : université antique, plus petit théâtre romain au monde, forteresse byzantine. Khemissa (Thubursicu Numidarum) : théâtre de 70 m, nymphée monumental, forums, thermes. Taoura : citadelle byzantine. Tiffech : fortifications romaines. Le musée archéologique de Souk Ahras présente les découvertes locales. Ces sites méritent d’être inscrits aux grands itinéraires culturels méditerranéens.

 

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