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La ville de Sidi Bel Abbès en Algérie

Sidi Bel Abbès, surnommée la « Capitale de la Mekerra », est une ville dynamique de l’ouest algérien nichée dans une plaine fertile au pied des monts de Tessala. Fondée au XIXe siècle, elle fut longtemps liée à l’histoire de la Légion étrangère dont elle abrita la « maison mère » jusqu’en 1962. Aujourd’hui pôle universitaire et agricole majeur, cette cité au plan en damier conserve un riche patrimoine architectural colonial et s’affirme comme berceau de la musique raï avec le légendaire groupe Raïna Raï.

1. Présentation générale

Sidi Bel Abbès (en arabe : سيدي بلعباس), souvent appelée simplement « Bel Abbès » ou « SBA », est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située dans l’ouest de l’Algérie. La ville se trouve à 82 km au sud d’Oran, 87 km au nord-est de Tlemcen et 96 km au nord-ouest de Saïda.

Implantée à 470 m d’altitude sur la rive droite de l’oued Mekerra, la ville s’étend dans une vaste plaine agricole dominée au nord par les monts de Tessala (1 061 m). Cette position stratégique, au carrefour des routes entre Mascara, Tlemcen, Oran et les hauts plateaux, a fait d’elle un centre commercial et administratif majeur de l’Oranie.

La ville doit son nom au saint musulman Sidi Bel Abbès el-Bouzidi, décédé vers 1780, dont la qoubba (mausolée) se trouvait près du site où fut fondée la ville coloniale en 1843. Aujourd’hui, Sidi Bel Abbès est un important pôle universitaire avec l’Université Djilali Liabès et l’École Supérieure d’Informatique (ESI-SBA).

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (ville)~250 000 habitants
Population (wilaya)~725 000 habitants
Superficie (wilaya)9 150 km²
Nombre de daïras/communes15 daïras, 52 communes
Code wilaya22
Altitude470 m (ville), 1 061 m (Tessala)
ClimatSemi-aride continental
Distance Oran82 km
Relief40% steppes, 35% plaines, 25% montagnes
Villes principalesSidi Bel Abbès, Sfisef, Telagh, Aïn el-Berd

3. Histoire : des Beni Amer à l’indépendance

3.1 Antiquité et période médiévale

La région de Sidi Bel Abbès est habitée depuis la préhistoire. Des vestiges romains attestent d’une présence antique sous le nom d’Astacilis, notamment un fort romain sur les monts de Tessala. La toponymie berbère (Tiliouine, Magramen) témoigne de l’ancienneté du peuplement amazigh.

Du XIIIe siècle à 1830, l’histoire de la région se confond avec celle des Beni Amer, tribu arabe installée dans la plaine de la Mekerra. Ces terres fertiles, surnommées « al-blād al-dqīq » (le Pays de la Semoule), constituaient le grenier à blé de la région et alimentaient Tlemcen. Le roi zianide Yaghmoracen développa l’irrigation dans la vallée de la Mekerra.

3.2 Résistance et colonisation

En 1832, les Beni Amer rejoignirent la coalition qui porta l’Émir Abdelkader à la tête de la résistance algérienne. En 1835, le maréchal Clauzel établit un poste fortifié sur le site lors de son expédition contre Mascara. Dès 1843, le général Bedeau installa une redoute près du mausolée de Sidi Bel Abbès el-Bouzidi.

En 1847, le général Lamoricière conçut le projet d’une ville fortifiée. Le capitaine Prudon dessina les plans d’une cité en damier avec remparts, casernes, hôpital et infrastructures. Le 10 novembre 1848, la création de la ville fut officialisée. Les premiers colons, souvent des déportés politiques français et des immigrés espagnols, s’installèrent progressivement malgré les épidémies et la difficulté de maîtriser l’eau.

Napoléon III visita la ville le 16 mai 1865, accélérant son développement. En 1877, le chemin de fer relia Sidi Bel Abbès à Oran. En 1881, la ville comptait déjà 16 840 habitants et devint chef-lieu d’arrondissement du département d’Oran.

3.3 Guerre de libération et indépendance

Durant la guerre d’Algérie, Sidi Bel Abbès fut intégrée à la zone V de la wilaya V. Les combats furent intenses dès l’automne 1955. En 1962, la ville comptait 80 000 habitants. À l’indépendance, la Légion étrangère quitta sa « maison mère » pour Aubagne (France), emportant son monument aux morts et ses reliques.

4. La Légion étrangère et Sidi Bel Abbès

L’histoire de Sidi Bel Abbès est indissociable de celle de la Légion étrangère. Dès 1843, la ville devint garnison du 1er Régiment étranger. Les légionnaires bâtirent littéralement la ville de leurs mains : assainissement des marécages, défrichement, construction des premiers édifices, et création des premières exploitations agricoles.

En 1933, Sidi Bel Abbès fut officiellement désignée « Maison Mère » de toute la Légion. Le quartier Viénot, principal cantonnement, devint le cœur battant de l’institution. La symbiose était si forte que la grenade à sept flammes, emblème des légionnaires, fut ajoutée aux armoiries de la ville.

La salle d’honneur abritait les reliques les plus précieuses : la main de bois du capitaine Danjou (héros de Camerone), les drapeaux et étendards des régiments, le monument aux morts inauguré en 1931 pour le centenaire de la Légion. Le général Rollet, « père de la Légion moderne », y codifia les traditions et développa les œuvres sociales.

En 1962, le départ de la Légion fut un déchirement. Tout fut démonté et transféré à Aubagne. L’ancien quartier Viénot a depuis été reconverti, mais le souvenir de cette période reste gravé dans la mémoire collective.

5. Patrimoine et sites touristiques

Monts de Tessala

Les monts de Tessala culminent à 1 061 mètres et offrent une vue panoramique exceptionnelle sur la plaine de la Mekerra et, de l’autre côté, jusqu’au littoral oranais. Le site abrite les ruines d’un fort romain (Astacilis) et un sanatorium. La dense couverture forestière renferme une riche faune et flore. Destination prisée pour les pique-niques et randonnées.

Lac Sidi Mohamed Benali

Situé à 3 km de la ville au pied du Tessala, ce lac naturel alimenté par l’oued Mekerra est une zone humide d’importance. Ses rives verdoyantes accueillent des oiseaux migrateurs : flamants roses, canards colverts, oies cendrées, poules d’eau. Les pêcheurs y trouvent gardons et carpes argentées.

Architecture coloniale

Le centre-ville conserve un remarquable patrimoine colonial qui valut à la ville le surnom de « Petit Paris » :

Place du 1er Novembre 1954 (ancienne place Carnot) : Cœur de la ville avec ses arcades, le théâtre, et les bâtiments administratifs.

Hôtel de ville : Bel exemple d’architecture du XIXe siècle.

Théâtre régional : Édifice prestigieux témoignant de la vie culturelle d’antan.

Gare ferroviaire : Plus de 2 millions de voyageurs par an, l’une des principales gares d’Algérie.

Palais Napoléon : Résidence où séjourna l’empereur lors de sa visite en 1865.

Jardin public (1857) : Avec piscine, théâtre de verdure, et un séquoia centenaire.

Forêts récréatives

Les forêts de Tenira, Louza, Maksi et Dhaya offrent des espaces de détente pour les familles et les amateurs de pêche.

6. Économie et agriculture

Agriculture

La plaine de la Mekerra est l’une des plus fertiles d’Algérie. Surnommée historiquement « le Pays de la Semoule », elle produisait jadis le dixième du blé algérien. Aujourd’hui, les principales productions sont :

Céréales : Blé dur, blé tendre, orge.

Viticulture : Tradition viticole héritée de la colonisation.

Arboriculture : 452 000 quintaux annuels (olives, agrumes, fruits).

Élevage : Bovins, ovins ; le fromage Tessala (camembert local) est une spécialité réputée.

Industrie

La zone industrielle (434 hectares) à l’est de la ville concentre :

Industrie électronique et machinisme agricole.

Industrie agroalimentaire et parapharmaceutique.

Manufactures diverses.

Université et recherche

L’Université Djilali Liabès (depuis 1989) et l’ESI-SBA (École Supérieure d’Informatique) font de Sidi Bel Abbès un pôle d’excellence académique dans les domaines technologiques et scientifiques.

7. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
OranNord82 kmMétropole, port, El Bahia
Aïn TémouchentNord-Ouest65 kmVignobles, littoral
TlemcenSud-Ouest87 kmPerle du Maghreb, patrimoine
MascaraEst93 kmCapitale Émir Abdelkader
SaïdaSud-Est96 kmVille des eaux, thermalisme
NaâmaSud~150 kmSteppes, hauts plateaux
El BayadhSud~180 kmGravures rupestres, steppes

8. Gastronomie

La cuisine de Sidi Bel Abbès reflète les traditions oranaises et les influences berbères, arabes et méditerranéennes. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Spécialités locales

Fromage Tessala : Camembert local produit au pied des monts, spécialité emblématique.

Couscous oranais : Préparé avec légumes de saison et viande d’agneau des hauts plateaux.

Chorba frik : Soupe au blé vert concassé, traditionnelle du Ramadan.

Méchoui : Agneau entier rôti, tradition pastorale des grandes occasions.

Kalbelouz : Pâtisserie aux amandes typique de l’Oranais.

Pour plus de recettes, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

9. Culture et personnalités

Musique raï

Sidi Bel Abbès est un berceau de la musique raï. Le légendaire groupe Raïna Raï, fondé en 1980 avec leur tube « Ya Zina Diri Lattay », a révolutionné le genre. La ville a vu naître Djilali Amarna et Lotfi Attar du groupe, ainsi que Cheikha Remitti (1923-2006), la « mamie du raï ».

Personnalités

Mohammed Bedjaoui (1929-) : Diplomate, ministre des Affaires étrangères et de la Justice.

Djilali Liabès (1948-1993) : Ministre de l’Enseignement supérieur, assassiné, dont l’université porte le nom.

Kad Merad (1964-) : Acteur et humoriste français, star du cinéma.

Lili Labassi (Élie Moyal) : Chanteur et violoniste, père du comédien Robert Castel.

Belaïd Lacarne (1940-2024) : Arbitre de la Coupe du monde de football 1982.

Jean-Marc Aveline (1958-) : Cardinal et archevêque de Marseille.

Sport

SC Bel-Abbès : Fondé en 1906, club historique avec deux périodes fastes (années 1920 et 1950).

USM Bel-Abbès (ex-EMBA) : Club fondé en 1931, couleurs rouge et blanc.

10. Questions fréquentes

Pourquoi Sidi Bel Abbès était-elle la « maison mère » de la Légion étrangère ?

Dès 1843, la Légion étrangère s’installa à Sidi Bel Abbès et bâtit littéralement la ville. Le quartier Viénot devint le siège du 1er Régiment étranger et, en 1933, la « Maison Mère » officielle de toute la Légion. La salle d’honneur abritait les reliques (main de Danjou, drapeaux). La grenade à sept flammes fut ajoutée aux armoiries de la ville. À l’indépendance en 1962, tout fut transféré à Aubagne (France).

Que signifie le nom Sidi Bel Abbès ?

La ville doit son nom au saint musulman Sidi Bel Abbès el-Bouzidi, personnage vénéré décédé vers 1780. Sa qoubba (mausolée) se trouvait sur la rive gauche de l’oued Mekerra, près du site où les Français fondèrent la ville en 1843. « Sidi » est un titre honorifique signifiant « mon seigneur » et « Bel Abbès » est un prénom composé.

Que visiter à Sidi Bel Abbès ?

Les incontournables sont : les monts de Tessala (1 061 m, panorama, ruines romaines), le lac Sidi Mohamed Benali (zone humide, oiseaux migrateurs), le centre-ville colonial (place du 1er Novembre, théâtre, jardin public avec séquoia centenaire), le palais Napoléon, et les forêts récréatives de Tenira et Louza. La gare ferroviaire est également un bel édifice patrimonial.

Comment se rendre à Sidi Bel Abbès ?

Par la route : Sidi Bel Abbès est à 82 km d’Oran, 87 km de Tlemcen et 93 km de Mascara (RN7). Par le train : la gare ferroviaire dessert plus de 2 millions de voyageurs/an avec des liaisons vers Oran et l’intérieur. Un aérodrome existe mais l’essentiel du trafic aérien passe par l’aéroport d’Oran. Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

Quelle est l’importance économique de Sidi Bel Abbès ?

Sidi Bel Abbès est un pôle agricole majeur : la plaine de la Mekerra produit céréales, vignes, olives et fruits. La zone industrielle (434 hectares) concentre électronique, agroalimentaire et machinisme agricole. C’est aussi un pôle universitaire avec l’Université Djilali Liabès et l’ESI-SBA (informatique). Le fromage Tessala est une spécialité réputée.

Pourquoi Sidi Bel Abbès est-elle liée à la musique raï ?

Sidi Bel Abbès est un berceau du raï moderne. Le groupe Raïna Raï, fondé en 1980, y révolutionna le genre avec leur tube « Ya Zina Diri Lattay ». La ville a vu naître des figures majeures comme Cheikha Remitti (1923-2006), surnommée la « mamie du raï », et les musiciens de Raïna Raï (Djilali Amarna, Lotfi Attar). Cette tradition musicale reste vivante aujourd’hui.

 

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