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La ville de Naâma en Algérie

Naâma, aux confins du Sud oranais, est la wilaya des grands espaces steppiques et des monts des Ksour. Entre hauts plateaux couverts d’alfa et sommets de l’Atlas saharien culminant à plus de 2 200 m au Djebel Aïssa, ce territoire abrite les célèbres dunes dorées d’Aïn Sefra, où repose l’écrivaine voyageuse Isabelle Eberhardt (1877-1904). Les gravures rupestres de Tiout, parmi les premières au monde signalées comme œuvres préhistoriques (1847), et les ksour millénaires témoignent d’une histoire riche, marquée par la résistance de Cheikh Bouamama et les tribus nomades Hamyan et Amour.

1. Présentation générale

Naâma (en arabe : النعامة, en tamazight : ⵏⵄⴰⵎⴰ) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située à l’ouest de l’Algérie, à la frontière avec le Maroc. Petite ville des hauts plateaux, elle se trouve à 352 km au sud d’Oran, 320 km au nord de Béchar et 240 km au sud-est de Tlemcen.

La wilaya fut créée en 1984, issue du découpage de la wilaya de Saïda. Le choix de Naâma comme chef-lieu résulta d’un compromis entre deux villes concurrentes : Mécheria (tribu des Hamyan) et Aïn Sefra (tribu des Amour), toutes deux aptes à ce statut.

En 2019, le gouvernement algérien a créé les wilayas déléguées de Mécheria et d’Aïn Sefra.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (wilaya)~193 000 habitants (2008)
Superficie (wilaya)29 514 km²
Nombre de daïras7
Nombre de communes12
Code wilaya45
Altitude moyenne> 1 000 m
Djebel Aïssa2 236 m (plus haut sommet)
Djebel Mekter2 200 m
Djebel Antar1 721 m (domine Mécheria)
ClimatContinental aride (−10°C à +45°C)
Pluviométrie200-300 mm/an

Relief

La wilaya est traversée par la chaîne de l’Atlas saharien, avec les monts des Ksour :

Djebel Aïssa (2 236 m) : plus haut sommet, site potentiel de préservation de la faune et flore, superficie de 22 400 ha.

Djebel Mekter (2 200 m) : domine Aïn Sefra au sud.

Djebel Antar (1 721 m) : surplombe Mécheria.

Climat

Le climat est continental aride avec des amplitudes thermiques extrêmes : moyennes de −10°C l’hiver (avec neige fréquente) et plus de 45°C l’été. La classification de Köppen est de type BWk (désertique froid).

3. Histoire : des gravures rupestres à Cheikh Bouamama

3.1 Préhistoire et art rupestre

La région recèle des stations d’art rupestre d’âge néolithique parmi les plus importantes au monde. Les gravures de Tiout, Moghrar et Asla furent les premières au monde signalées comme œuvres préhistoriques en 1847.

En octobre 2000, des sites de dinosaures ont été découverts à Rouis El Djir, attirant de nombreux paléontologues et touristes.

En 2003, la région a été classée Parc National pour sa richesse archéologique.

3.2 Les tribus nomades

La région était le territoire de grandes confédérations tribales nomades :

Hamyan : tribu dominant la région de Mécheria, pratiquant l’élevage extensif sur les terres arch (pâturages collectifs).

Amour : tribu de la région d’Aïn Sefra.

Ces populations effectuaient des migrations saisonnières pour alimenter leurs troupeaux sur les flancs des monts des Ksour.

3.3 La résistance de Cheikh Bouamama

En 1881, Cheikh Bouamama mena depuis son bastion de Figuig (frontière marocaine) une grande insurrection contre l’occupation française. Le général Négrier lança ses colonnes depuis la forteresse d’Aïn Benkhelil.

En réponse, le général Colonieu fonda Mécheria en 1881. La voie ferrée arriva à Mécheria en 1883, puis à Aïn Sefra en 1887, jalonnée de gares fortifiées.

L’aéroport de Mécheria porte aujourd’hui le nom d’Aéroport Cheikh Bouamama.

3.4 L’exploitation de l’alfa

L’exploitation de l’alfa (Stipa tenacissima) remonte à 1863-1870, avec l’ouverture du canal de Suez. L’alfa servait de fret de retour aux bateaux charbonniers anglais pour la fabrication de papiers de luxe.

La steppe des Hamyan, au nord des monts des Ksour, demeure la principale région alfatière d’Algérie. La cueillette se pratique du 1er juillet au 1er mars.

4. Aïn Sefra : la perle des dunes

Situation

Aïn Sefra (« la source jaune » en arabe) est une oasis située dans les monts des Ksour, à 70 km au sud de Naâma et 101 km de Mécheria. Deuxième commune la plus peuplée de la wilaya (~125 000 hab. en 2023), elle est chef-lieu de daïra.

La ville est dominée par un cordon dunaire de 12 km de long et 1,5 km de large, aux reflets dorés célèbres qui tranchent sur le fond sombre du Djebel Mekter.

Le ksar

Le ksar de Sidi Boutkhil, classé au patrimoine culturel algérien, fut construit autour du mausolée du saint marabout Sidi Boudkhil (1480-1563), appartenant à la confrérie Qadiriyya.

Le ksar est un amas serré de maisons émergeant de jardins où s’élancent palmiers et arbres fruitiers.

La ville coloniale

La ville moderne remonte à 1882, poste de garnison militaire stratégique suite à la révolte de Cheikh Bouamama. Elle conserve l’aspect d’une ville de garnison avec d’immenses casernes ressemblant à un palais mauresque.

Un écrivain du XIXe siècle décrivait : « Blanche et riante, à l’ombre de ses plantations, Aïn Sefra se dresse au milieu d’une nature triste et tourmentée. »

5. Isabelle Eberhardt : l’écrivaine du désert

Une vie hors normes

Isabelle Eberhardt (Genève, 17 février 1877 – Aïn Sefra, 21 octobre 1904) fut une exploratrice, journaliste et écrivaine suisse devenue française par mariage. Convertie à l’islam sous le nom de Mahmoud Saadi, elle parcourut le Sahara déguisée en homme, partageant la vie des Bédouins.

Polyglotte (russe, français, arabe, allemand, turc), elle collabora au journal arabophile L’Akhbar et devint en 1903 la première femme reporter de guerre, couvrant les troubles à la frontière marocaine.

La rencontre avec Lyautey

En novembre 1903, elle rencontra le colonel Lyautey (futur maréchal de France) qui dit d’elle : « Elle était ce qui m’attire le plus au monde : une réfractaire. Trouver quelqu’un qui passe à travers la vie aussi libéré que l’oiseau dans l’espace, quel régal ! »

La mort tragique

Le 21 octobre 1904, l’oued d’Aïn Sefra se transforma en torrent furieux. La ville basse fut submergée. Son époux Slimane survécut, mais Isabelle, affaiblie par le paludisme, périt dans sa maison effondrée. Elle avait 27 ans.

Lyautey fit rechercher son corps et ses manuscrits durant plusieurs jours, conscient de leur valeur littéraire.

La tombe

Elle repose au cimetière musulman Sidi Boudjemaâ à Aïn Sefra. Sur sa tombe, on peut lire son nom français et son nom arabe. Elle qui voulut être enterrée « n’importe où dans le sable brûlé du désert, loin des banalités profanatrices de l’Occident envahisseur » a trouvé sa dernière demeure dans ce lieu qu’elle aimait.

Ses œuvres (Au pays des sables, Dans l’ombre chaude de l’Islam, Yasmina) furent publiées après sa mort et constituent un témoignage précieux de la vie algérienne au début du XXe siècle.

6. Patrimoine et sites touristiques

Gravures rupestres

Station de Tiout : gravures néolithiques parmi les premières signalées au monde (1847).

Djebel Mahisserat (station du Rocher) : en bordure de la route d’El Bayadh.

Moghrar et Asla : autres sites majeurs classés Parc National (2003).

Les ksour

Ksar de Moghrar : abrite la citadelle de Cheikh Bouamama.

Ksar de Sfissifa, ksar de Tiout, ksar d’Asla : témoignages de l’hospitalité des populations locales.

Sites naturels

Vallée verdoyante de Moghrar et oasis de Tiout.

Djebel Aïssa : flore et faune typiques (genévrier, romarin, armoise), refuge d’hyènes, vautours et quelques gazelles menacées.

Pour l’hébergement dans la région, consultez notre guide des hôtels en Algérie par ville et budget.

7. Économie : steppe et élevage

Élevage ovin

L’élevage extensif du mouton est la principale ressource économique. Mécheria dispose d’un gros marché d’ovins et de laine, l’un des plus importants de la steppe oranaise.

Alfa

La cueillette de l’alfa constitue la seconde ressource traditionnelle. Cette plante steppique (Stipa tenacissima) pousse sur les hauts plateaux et sert à la fabrication de papier, cordages et vannerie.

Agriculture oasienne

À Aïn Sefra, les ksouriens pratiquent des cultures irriguées : dattes, cultures vivrières. La production reste modeste mais essentielle à l’économie locale.

Transports

Mécheria est au croisement de trois routes nationales (RN6, RN22, RN119) et reliée par train à Oran (2h30) et Béchar. L’aéroport Cheikh Bouamama dessert la région.

8. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
TlemcenNord260 kmPerle du Maghreb
Sidi Bel AbbèsNord~200 kmCapitale de la Mékerra
El BayadhEst~150 kmHauts plateaux, Ksour
BécharSud320 kmPorte du Sahara
MarocOuestFrontièreFiguig
SaïdaNord-Est154 kmEx-wilaya mère

Principales villes

Mécheria (~66 500 hab.) : plus grande ville, carrefour routier et ferroviaire, marché ovins.

Aïn Sefra (~125 000 hab.) : oasis, dunes dorées, tombe d’Isabelle Eberhardt.

Naâma (~16 000 hab.) : chef-lieu administratif.

Moghrar : citadelle de Cheikh Bouamama, gravures rupestres.

9. Questions fréquentes

Qui était Isabelle Eberhardt ?

Isabelle Eberhardt (1877-1904) était une exploratrice, journaliste et écrivaine suisse convertie à l’islam. Déguisée en homme sous le nom de Mahmoud Saadi, elle parcourut le Sahara algérien et devint la première femme reporter de guerre en 1903. Elle mourut tragiquement à 27 ans lors d’une crue de l’oued à Aïn Sefra le 21 octobre 1904. Sa tombe se trouve au cimetière musulman Sidi Boudjemaâ.

Pourquoi Aïn Sefra est-elle célèbre pour ses dunes ?

Aïn Sefra est dominée par un cordon dunaire de 12 km de long aux reflets dorés spectaculaires, contrastant avec le fond sombre du Djebel Mekter. Ces dunes, semblables à celles de l’Erg saharien, ont failli engloutir la ville avant d’être stabilisées par des clayonnages et des semis. Elles font la réputation de « la source jaune » depuis le XIXe siècle.

Qu’est-ce que l’alfa et pourquoi est-il important dans la région ?

L’alfa (Stipa tenacissima) est une plante steppique des hauts plateaux. La steppe des Hamyan, au nord des monts des Ksour, est la principale région alfatière d’Algérie. Exploité depuis 1863, l’alfa servait à la fabrication de papiers de luxe et était exporté vers l’Angleterre. La cueillette se pratique du 1er juillet au 1er mars et constitue, avec l’élevage ovin, la ressource traditionnelle des populations nomades.

Qui était Cheikh Bouamama ?

Cheikh Bouamama fut le chef de la grande insurrection de 1881 contre l’occupation française dans le Sud oranais. Parti de son bastion de Figuig à la frontière marocaine, il mena une résistance acharnée qui conduisit les Français à fonder Mécheria et construire la voie ferrée jusqu’à Aïn Sefra. Sa citadelle se trouve au ksar de Moghrar. L’aéroport de Mécheria porte aujourd’hui son nom.

Quelles sont les gravures rupestres de la région ?

Les stations de Tiout, Moghrar et Asla abritent des gravures rupestres d’âge néolithique parmi les plus importantes au monde. Celles de Tiout furent les premières au monde signalées comme œuvres préhistoriques en 1847. La région a été classée Parc National en 2003. Des sites de dinosaures ont également été découverts à Rouis El Djir en 2000.

 

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