La ville de M’sila en Algérie
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

M’Sila, capitale du Hodna, est une ville millénaire fondée en 928 par les Fatimides, au cœur des hauts plateaux algériens. Située à la charnière du Tell et du Sahara, elle règne sur une vaste plaine steppique de 1,2 million d’hectares réputée pour son élevage ovin. La wilaya abrite des trésors patrimoniaux exceptionnels : la Kalâa des Béni Hammad (UNESCO), l’oasis enchanteresse de Bou Saâda immortalisée par le peintre Nasreddine Dinet, la zaouïa d’El Hamel fondée par Lalla Zineb, et des vestiges romains de Zabi. Avec plus d’un million d’habitants, cette wilaya agropastorale est aussi un pôle industriel (cimenterie, aluminium) et universitaire en plein essor.
Sommaire
1. Présentation générale
M’Sila (en arabe : المسيلة, en berbère : Tamsilt) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située dans le centre de l’Algérie. La ville se trouve à 248 km au sud-est d’Alger, 60 km au sud de Bordj Bou Arreridj, 125 km de Sétif et 256 km de Constantine.
Construite aux bords de l’oued Ksob, au milieu de terres irriguées, M’Sila occupe une position stratégique au contact du Tell et du bassin du Hodna. Ce nom arabe signifie « la plaine entourée de montagnes » ou « sérénité, paix ».
La ville est le berceau de personnalités illustres : Mohamed Boudiaf (1919-1992), premier président du Haut Comité d’État, et Mohammed Lakhdar-Hamina, réalisateur lauréat de la Palme d’or à Cannes 1975 pour « Chronique des années de braise ».
2. Données géographiques et démographiques
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Population (ville) | ~160 000 habitants |
| Population (wilaya) | ~1 210 000 habitants |
| Superficie (wilaya) | 18 175 km² |
| Nombre de daïras/communes | 15 daïras, 47 communes |
| Code wilaya | 28 |
| Altitude | 450 m (M’Sila), 520 m (Bou Saâda) |
| Climat | Semi-aride froid (250 mm/an) |
| Steppe | 1 200 000 ha (63% superficie) |
| Principales villes | M’Sila, Bou Saâda, Sidi Aïssa, Aïn El Melh |
| Barrage vert | Incluse dans le projet (1970) |
3. Histoire : des Fatimides aux Hammadides
3.1 Origines romaines : Zabi
La région de M’Sila était occupée dès l’Antiquité. Les Romains y établirent la cité de Zabi (ou Zabi Justiniana sous Justinien), située à 3,5 km de l’actuelle ville, dans le village de Bechilga. Des ruines nombreuses, aqueducs, citernes attestent d’une civilisation avancée. Une magnifique mosaïque du IIIe siècle (6,18 × 4,4 m) représentant une scène de chasse a été découverte à Dehahna.
3.2 Fondation fatimide (928)
M’Sila fut fondée en 928 (313 de l’hégire) par le Fatimide Abou El Qasim. Selon la légende, monté sur son cheval, il traça la place de la ville avec la pointe de sa lance. Conçue comme base militaire dans le Zab, elle supplanta Tobna et devint, sous Ali Ibn Hamdun, une cité florissante entourée de deux murs d’enceinte avec un canal d’irrigation.
3.3 Âge d’or hammadide
En 1007, Hammad ibn Bologhine (fils de Bologhine, fondateur d’Alger) fonda la Kalâa des Béni Hammad à Maadid, qui devint la capitale régionale. Il rasa M’Sila et transféra ses habitants. Cette cité, aujourd’hui classée UNESCO, fut l’une des plus brillantes du Maghreb médiéval.
3.4 Invasions hilaliennes et déclin
Les Hilaliens, envoyés par les Fatimides en 1052, ravagèrent le Hodna. Ibn Khaldoun raconte comment ils poursuivirent les Hammadides, dévastèrent jardins et bois, et mirent en ruine Tobna et M’Sila. La ville perdit son rang de grande cité pour ne devenir qu’une simple localité.
3.5 Périodes ottomane et coloniale
M’Sila comportait une garnison turque. En 1841, elle fut occupée par les Français avec seulement 1 500 habitants. La révolte de Mokrani (1871) mobilisa les tribus locales. Ahmed Ben Bella, futur premier président algérien, y fut mis en résidence surveillée. Durant la guerre d’Algérie, la région fut un foyer de résistance.
4. Patrimoine et sites touristiques
Kalâa des Béni Hammad (UNESCO)
À Maadid, les ruines de la première capitale des Hammadides (1007-1090) sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le minaret de la mosquée, les vestiges du palais et les fortifications témoignent de la splendeur de cette cité qui rivalisa avec Béjaïa.
Ruines romaines
Les sites de Khoubana et M’cif conservent des vestiges romains. À Bechilga, l’ancienne Zabi présente des traces de l’occupation antique.
Art rupestre préhistorique
Les gisements de Sidi Ameur et Ben S’Rour présentent des peintures rupestres et dessins préhistoriques témoignant d’une occupation humaine très ancienne.
Sources thermales
Les thermes de Belaribi et Hammam Dhalaa sont réputés pour leurs bienfaits contre les rhumatismes, les maladies gynécologiques et dermatologiques.
5. Bou Saâda, la porte du bonheur
Bou Saâda (« père du bonheur » en arabe) est sans doute la ville la plus célèbre de la wilaya. Cette oasis aux portes du Sahara fascine par ses paysages de dunes, de palmeraies et de ksour.
Nasreddine Dinet
Le peintre orientaliste français Nasreddine Dinet (1861-1929), converti à l’islam, vécut à Bou Saâda qu’il immortalisa dans ses toiles. Son tombeau est un lieu de pèlerinage. Le moulin Ferrero, qu’il fréquenta, est un site historique.
Zaouïa d’El Hamel
La zaouïa Rahmania d’El Hamel, fondée au XIXe siècle par Mohammed Ben Belgacem (1823-1897), est un haut lieu spirituel. Sa fille Lalla Zineb lui succéda (jusqu’en 1904), cas exceptionnel de direction féminine d’une confrérie soufie. Les deux saints y reposent.
Patrimoine de Bou Saâda
La vieille médina, le vieux ksar, le Fort Cavaignac, le souk de l’artisanat et les dunes environnantes composent un ensemble pittoresque. La ville est célèbre pour ses tapis et sa gastronomie épicée.
6. Économie et agropastoralisme
Élevage ovin
Le Hodna est l’une des régions d’élevage ovin les plus importantes d’Algérie. Depuis l’Antiquité pharaonique, les Égyptiens venaient au grand marché d’ovins de M’Sila. La steppe (1,2 million d’hectares) nourrit d’immenses troupeaux de moutons.
Agriculture
Malgré la faible pluviométrie (250 mm/an), l’agriculture représente 20% de la superficie : céréales (blé dur, orge) sur les hauts plateaux, maraîchage dans les périmètres irrigués, arboriculture (abricotiers, oliviers) dans les oasis. Les barrages de Soubella (31 millions m³), Ksob, M’djedel assurent l’irrigation.
Industrie
M’Sila dispose d’une cimenterie (4,5 millions tonnes/an), d’une industrie de métallurgie de l’aluminium, d’une centrale électrique (880 MW) et de zones industrielles. L’artisanat (tapis, poterie, couture) est réputé.
Université
L’Université de M’Sila compte 7 facultés, 2 instituts et plus de 28 000 étudiants. Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.
7. Wilayas limitrophes
| Wilaya | Direction | Distance | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Sétif | Nord | ~125 km | Hauts plateaux, Djemila |
| Bordj Bou Arreridj | Nord | ~60 km | Électronique, industrie |
| Bouira | Nord-Ouest | ~100 km | Kabylie, Djurdjura |
| Batna | Est | ~150 km | Aurès, Timgad |
| Biskra | Sud-Est | ~180 km | Ziban, dattes, Sahara |
| Djelfa | Ouest | ~150 km | Steppe, moutons, cèdres |
| Médéa | Nord-Ouest | ~120 km | Titteri, vignobles |
8. Gastronomie
La cuisine de M’Sila et du Hodna est réputée pour ses saveurs épicées. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.
Spécialités locales
Z’viti : Le plat emblématique de Bou Saâda, « qui se mange avec un mouchoir tant il est piquant » ! Ragoût très épicé aux légumes et viande.
Couscous du Hodna : Préparé avec l’agneau local, les légumes de saison.
Méchoui : Agneau rôti entier, spécialité des grandes occasions.
Dattes et abricots : Fruits des oasis environnantes.
Galettes et khobz : Pains traditionnels cuits au feu de bois.
Pour plus de recettes, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.
9. Questions fréquentes
Qu’est-ce que la Kalâa des Béni Hammad ?
La Kalâa des Béni Hammad est une cité fortifiée fondée en 1007 par Hammad ibn Bologhine, fils du fondateur d’Alger. Première capitale de la dynastie hammadide, elle fut l’une des plus brillantes cités du Maghreb médiéval. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, ses ruines à Maadid présentent un minaret remarquable, des vestiges de palais et de fortifications. Elle fut abandonnée en 1090 face à la menace hilalienne.
Qui était Nasreddine Dinet ?
Nasreddine Dinet (1861-1929), né Alphonse-Étienne Dinet, était un peintre orientaliste français. Converti à l’islam, il vécut à Bou Saâda qu’il immortalisa dans ses toiles représentant la vie quotidienne, les paysages désertiques et les scènes de l’oasis. Il est enterré à Bou Saâda où son tombeau est un lieu de pèlerinage. Ses œuvres sont exposées dans les plus grands musées.
Que visiter dans la wilaya de M’Sila ?
Les incontournables sont : la Kalâa des Béni Hammad (UNESCO) à Maadid, Bou Saâda (médina, vieux ksar, tombeau de Dinet, Fort Cavaignac, moulin Ferrero), la zaouïa d’El Hamel (tombeau de Lalla Zineb), les ruines romaines de Khoubana et M’cif, l’art rupestre de Sidi Ameur et Ben S’Rour, les sources thermales de Hammam Dhalaa et Belaribi, et le chott El Hodna (lac salé).
Pourquoi le Hodna est-il célèbre pour l’élevage ovin ?
Le Hodna est réputé pour son élevage ovin depuis l’Antiquité (les Égyptiens y venaient pour le marché aux moutons). La vaste steppe (1,2 million d’hectares, 63% de la wilaya) offre des pâturages naturels. Les races locales sont adaptées au climat semi-aride. L’élevage extensif y perdure, faisant de M’Sila l’une des principales régions ovines d’Algérie.
Comment se rendre à M’Sila ?
Par la route : M’Sila est à 248 km d’Alger, 60 km de Bordj Bou Arreridj, 125 km de Sétif. Les routes nationales desservent la ville. Des projets ferroviaires relient Aïn Touta-M’Sila et M’Sila-Bordj Bou Arreridj. Une ligne M’Sila-Boughezoul est en réalisation. Bus et taxis assurent les liaisons régulières. L’aéroport le plus proche est Sétif (125 km).
Qu’est-ce que la zaouïa d’El Hamel ?
La zaouïa Rahmania d’El Hamel fut fondée au XIXe siècle par Sidi Mohammed Ben Belgacem (1823-1897), né près de Hassi Bahbah (Djelfa). À sa mort, sa fille Lalla Zineb lui succéda jusqu’en 1904, cas rare de direction féminine d’une confrérie soufie. La zaouïa reste un haut lieu spirituel où les deux saints reposent. Elle perpétue l’enseignement religieux et accueille des pèlerins.
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